TÉGÉE
KLEITOR
MAINALOS
PARRHASIE
Lycomédès
Hopoléas
Timon
Proxénos
Lycomédès
Hopoléas
Kléolaos
Akriphios
Eukampidas
Hiéronymos
Pasicratès
Théoxénos
Il y a une erreur évidente du copiste dans la liste de Tégée, dont les deux premiers noms, qui appartiennent à Mantinée, doivent être rayés. D’ailleurs, il n’y avait aucune raison pour que Tégée eût à elle seule 4 commissaires. Les raisons tirées de ce passage pour expliquer, par l’existence d’un Lycomèdes tégéate, la méprise de Diodore (XV, 39) [Voy. Hertzberg. At/esiluos p. 331 — Schiller, Staminé v. Staate der Griichen, I, p. 21, 63 — Von Stern. Gesch. der Spartan. u. theb. Hegemonie, p. 138] sont tout à fait dénuées de fondement.
Intervention de Sparte (novembre 370)
lant pas de caraage, les laisse en repos : on entre en négociations. Maïs Callibios avait précisément fait appeler ceux de Mantinée à la rescousse. Voilà que ceux-ci sont signalés. A l’annonce de ce renfort, les démocrates montent sur le chemin de ronde, crient aux Mantinéens de se presser; déjà d’autres vont leur ouvrir les portes. Stasippos et les siens, sentaut l’ennemi dans la place, déguerpissent par la porte de Pallaution et se réfugient dans un temple d’Artémis (1). Mais ceux qui les poursuivent, sans respect pour la sainteté du lieu, montent sur le toit du temple, en arrachent les tuiles et les jettent dans l’intérieur de la cella sur les réfugiés. Accablés, ceux ci se rendent. On les saisit, on les ligotte, on les entasse sur un ciiariot et on 1 ;s ramène à Tégée. Là, d’accord avec les Mantinéens, on les condamne et on les exécute (2).
Cependant 800 oligarques avaient réussi à gagner Sparte, où leur présence et leur récit causèrent une chaude émotion. Les éphores voient que Tégée leur échappe et s’alarment de l’audace croissante de Mantinée; ils se décident à agir. Mantinée est accusée d’avoir violé la paix de 371 par son agression contre Tegée (3); ou lui déclare la guerre; on lève des troupes et on en donne le commandement à Agésilas. Des deux côtés on convoque les alliés : tous les Arcadiens, sauf Orchomène (4) se solidarisent
(1) Pausanias (VIII, 53, 11) mentionne à 9 stades de Tégée, sur la route de Laconie, le tempie d’Artémis Limnatis. Il ne signale aucun Artémision sur la route de Pallantion. D’après Diodore (XV, 59) les fuyards, au nombre de 1400, se réfugièrent, les uns sur Sparte (800 d’après Xénophon), les autres sur Pallantion (soit 000). Ces derniers furent livrés par les Pallantins. Il faut supposer qu’un petit groupe de ceux-ci, voulant dépister les poursuites, aura gagné par un chemin de traverse la route de Laconie et l’ Artémision. Xénophon s’est attaché à cet épisode du temple, comme plus caractéristique, pour montrer que la fureur des démocrates n’avait pas reculé devant un sacrilège. Cf. Xén. Agé*. II, 23.
(2) Xén. Hell. VI, 5, 10.
(3) Xén. Hellen. VI, 5, 10 : xoïç Aaxeoato.ovtotç ISoxst po'qQ'qxeôv eîvat xxxà xoùç ôpxouç xotç xsOvstoct xüv Teysaxcov xat sx7t£Trxa>xô<7f xat odxa> oxpaxeuodfftv etù xoùç Mavxtveaç, toç 7rapà xoùç opxouç ffùv o7vXoiç èÀ7|XuÔôxü>v aùxüiv Itù xoùç Tsyexxaç (Cf. ibid. 36). — Ces ooxot désignent, la paix conclue en 371 à Sparte avant Leuctres (voy.plus haut, p. 430) et non la Ligue attique, que Xénophon désigne par le singulier opxoç. (Swoboda. R hein. Mus. XLIX, 1884, p. 330).
(4) La haine d’Orchomène contre Mantinée s’était accrue depuis 371 ; de plus, elle s’opposait à la Ligue arcadienne, craignant de perdre ses cantons occidentaux au profit de Mégalopolis.
avec les Mautinéens. L’armée de la jeune Ligue arcadieuoe allait débuter. Les Argiens, les Éléens et les ïhébaius, également sollicités, devaient arriver plus tard (1). Sparte, de son côté, pouvait compter sur les Pbliasiens, les Héréens, les Lépréates et les Orchoméniens renforcés par un corps de mercenaires corinthi'-ns sous les ordres de Pol) tropos (2).
Au début de la campagne (hiver 370) les fo ces arcadiennes Expédition étaient disséminées. Les troupes de la Ligue devaient se rassem- d'Agésilas en bler à Aséa dans le bassin intermédiaire entre les cantons de Arcadie(déc-37o>l’Alphée et Tégée, tandis que les Mantinéens se voyaient immobilisés chez eux par les armements des Orchoméuiens. Les premières opérations s’engagèrent à la fois aux deux extrémités de la Haute Plaine. Au S. Agésilas, aussitôt entré en Arcadie, avait occupé Eutaia, une des dernières places de la Ménalie, daus le voisinage d’Aséa (3). La ville était presque déserte,
(I) D’après Diodore (XV, 62) Athènes avait repoussé la demande de secours des Arcadiens. — Voy. Swoboda. R hein. mus. XLIX, 1894, p. 338. — Les Arcadiens durent conclure avec Thèbes un traité en règle. (Xén. Hellen. Vil,
( ) D’après Diodore (XV, 62), ce personnage était un officier lacédémonien que Sparte mit à la tète de 1000 hoplites Spartiates, de 300 réfugiés argiens et béotiens, et qu’elle envoya occuper Orchomène. C’est une erreur manifeste. Si Sparte avait été en état de mettre sur pied deux armées, Xénophon l’aurait fait valoir. Ces troupes appartenaient à l’armée d’Agésilas qui comprenait en outre les 800 réfugiés tégôates et des Périèques. Quant à Polytropos, si l’on tient à justifier la méprise de Diodore, on peut, avec Hertzberg ( AgesUaos ,
332, 126) admettre que, chargé par Sparte d’aller recruter des mercenaires à Corinthe, il fut provisoirement mis à la disposition d’Orchomène, à la demande de celle-ci. Au reste, tout ce récit de Diodore n’est qu’un tissu de bévues : le texte de Xénophon mérite seul confiance.
( ) On n’a d’autre donnée sur l’emplacement de cette localité que l’épithète de Xénophon (VI, 5, 12 : iroXtv ojaooov oùcav). Voisine de la Skiritide, elle appartenait à la Ménalie méridionale. Ses habitants contribuèrent à peupler Mégalopolis (Paus. VIII, 27, 3) Loring l’identifie avec les ruines de la colline d’Hagios Constantinos (village moderne de Lianou?). En la reportant au N. d’Aséa, comme le propose Hertzberg ( I gesilaos, 332, 128b) on lui fait perdre sa situation de ville frontière. D’autre part, comme Agésilas attendait à Eutaia les troupes de Polytropos, il n’eût pas laissé entre elles et lui l’armée arcadienne d’Aséa, qui l’eût facilement coupé. (Voy . Loring. Joum. of hell Stud ,
XV. 1893. fig. o, et la carte pl. 1, où est figuré l’itinéraire d’Agésilas). —
Plutarque [Agés. XXX, 3), résumant cette campagne d’après Xénophon, désigne, sans la nommer, Eutaia en ces termes : éXcov 8k itoXt/VTjv Ttvà tojv Mavxivéïov. Je ne crois pas que cette attribution d’Eutaia aux Mantinéens ait la moindre valeur: Plutarque l’a faite au hasard, par ignorance de la position exacte de cette bicoque, dont le nom lui était inconnu. Il est donc inutile de
Attaque de Lycomèdes sur Orchomène.
Agésilas dans la Man Unique (début
de décembre 370).
tous les hommes valides ayant rejoint l’armée fédérale à Aséa. Il ne restait que les vieillards, les femmes et les enfants. Agésilas se montra débonnaire, ne fit de mal à personne et obligea ses soldats à payer tout ce qu’ils prenaient. Il poussa la complaisance jusqu’à réparer les murailles en attendant l’arrivée de Polytropos.
Cependant les Mantinéens, ayant à leur tête l’entreprenant Lycomèdes, prennent l’offensive contre Orchomène. Un assaut aux murailles est repoussé avec perte. Ils battent en retraite jusqu’à Élymia (Lévidi) sans être poursuivis par les hoplites orchoméniens, mais seulement parles peltastes de Polytropos. Serrés de près et harcelés de traits, ils veulent prendre de l’air, se retournent contre les mercenaires, les repoussent avec vigueur et leur tuent Polytropos. C’est alors à eux de poursuivre l’ennemi en déroute. Mais au moment où ils vont l’achever, surviennent les cavaliers de Phlious qui les ont tournés par derrière. Les Mantinéens alors s’arrêtent, se reforment et rentrent chez eux ( l).
Agésilas, privé de ses mercenaires, entre en Tégéatis, où il prend le repas du soir. Le lendemain, il s’engage dans la Mantinique et va asseoir son camp au pied des collines ouest ; de là, il ravage le pays. Aussitôt les milices fédérales se hâtent de quitter Aséa et de passer à Tégée, d’où elles s’avancent vers le Nord, en occupant les hauteurs entre Tégée et Mantinée, avec l’idée de se joindre aux Mantinéens (2). Le lendemain, Agésilas s’avance jusqu’à une vingtaine de stades (3,700 m.) de la ville et campe
chercher à la justifier, en supposant contre toute vraisemblance qu’Eutaia était un débris des anciennes conquêtes des Mantinées (ce district ne dut d’ailleurs jamais leur apparteniri, ou bien en imaginant que la Ligue arcadienne leur confia cette position, maîtresse d’une des routes stratégiques qui conduisaient de la Laconie dans la Haute Plaine, cela pendant la construction de Mégalopolis. Eutaia était simplement alors une ville affiliée à la Ligue. Agésilas la traita avec douceur, espérant la ramener à Sparte.
(1) Voici la version de Diodore (XV. (52 :) « Lycomèdes de Mantinée, stratège général des Arcadiens, s’avança sur Orçhomène à la tète d’un corps de 5,000 hommes, appelé l’élite (ÈuiXîXTot). Les Lacédémoniens firent une sortie, et livrèrent un combat acharné dans lequel périrent leur chef et 200 guerriers. Le reste fut poursuivi jusque dans la ville ». Les émXexTO! dont il est encore question au liv. XV, 67 sont peut-être identiques aux liripixoc, l’armée permanente de la Ligue arcadienne, noyau des milices fédérales (Xén. llell. VII, 4, 22, 33, 34, 36).
(2) Qui avaient grand besoin de renforts, car les Argiens n’étaient pas venus au complet (Xén. HelL. VI, 5, 16).
PÉRIODE THÉBAIXE.
probablement dans la gorge de Kapsia ( l . Il laisse les troupes de la Ligne gagner Mintinée, de peur que, s'il s’engige contre elles dans la plaine, les Mantinéens. par une brusque sortie, ne viennent accabler son flanc gauche et ses derrières (2). D’ailleurs, il est prêt à accepter franchement la bataille, si les ennemis veulent en venir aux mains (3). C’est alors que les renforts attendus, peltastes mercenaires et cavalerie phliasienne, arrivent d’Orchomène après avoir échappé par une marche nocturne à la surveillance des Mantinéens, Agésilas fait prendre à ses troupes le repas du matin et leur fait traverser la plaine. Il passe l’après midi entre la pointe Sud de l’Alésion et la Kapnistra, pour laisser croire qu'il se prépare à la retraite ; puis, le soir venu, il s’engage sans être vu dans l’Argon Pédion où il établit son camp i4). Peut-être se proposait-il d’en sortir comme d’une embuscade dès que ses éclaireurs lui auraient signalé que les enuemis, le croyant parti, s’étaient répaudus hors de la ville. Mais son stratagème éventé faillit se retourner contre lui. Le lendemain, au point du jour, un parti de Mantinéens, ayant franchi l’Alésion, apparaît rassemblé au-dessus de la queue de son armée. La position des Lacédémoniens, dans ce cul de-sac, avec l’ennemi à dos, est très critique. Agésilas comprend qu’il lui faut en sortir au plus vite ; mais s’il prend la formation de retraite et se retire en tête de sa colonne, il craint une attaque par derrière. Il reste donc en place, fait front à l’ennemi (c’està-dire à l’Alésion), commande à la queue (devenue l’aile droite), d’évoluer par le flanc à droite et de venir s’aligner derrière les derniers rangs de la phalange : le front se trouve ainsi diminué
(1) Il pouvait, par la plaine Alcimédon et le passage de Lévidi (Élymia?) communiquer avec Orchomène et couper l’armée arcadienne de celle de Lycomèdes.
(2) Xén. Hell. VI, o, 16 : xxtx xspxç — xxt sx Ttüv otucSsv ctùrw.
Ces mots déterminent la position de l’armée d’Agésilas, dans la partie occidentale de la plaine, entre Mantinée et les contreforts du Ménale; en cas de bataille, le front tourné vers les Arcadiens du S. elle avait Mantinée en arrière à gauche.
(3) Plutarque (Agés. 30, o) dit au contraire qu’Agésilas évita prudemment toute rencontre.
(4) Xén. VI, 3, 17. eiç -rbv StcutOev xoXtïov t?); MavvsvtxTjî, u.xX a cm/sy vu; xxi xtixÀto opTj eyovtx.
(3 1 A l’heure où Agésilas sacrifiait en avant de son armée.
Retraite
d'Agésilas.
de moitié et la profondeur doublée (1). Il suffit alors d’un autre mouvement par le flanc gauche pour que toute la colonne ainsi ramassée, avec son chef eu tète, pût sortir sans encombre. Une fois dans la grande plaine, il la déploie de nouveau en ligne de bataille sur la profondeur de 9 à 10 boucliers (2).
Les Mantinéens n’allèrent plus l’attaquer. Les Éléeus, qui venaient de se joiudre à eux, leur avaient conseillé de ne pas livrer bataille avant l’arrivée des Thébains, arrivée imminente, disaient-ils, puisqu’Élis leur avait avancé 10 talents pour les frais de l’expédition. Les Arcadiens s’abstienneut donc de toute sortie. Agésilas, fatigué de parcourir un pays détrempé par la pluie, sous un climat dont la rigueur (on était alors au milieu de l’hiver (3), soit en décembre) faisait souffrir ses Lacédémoniens habitués à la température plus douce de la Laconie, songe à rentrer dans son pays. Mais pour enlever à son départ toute apparence de précipitation et de crainte, il reste encore trois jours dans les environs de Mantinée. Le quatrième jour, au matin, après le déjeuner, il fait mine de regagner son ancien camp au pied du Méuale à 1 entrée de la plaine et d’attendre la bataille. Comme aucun Arcadien ne se présente, il gagne à marche forcée Eutaia, malgré l'heure avancée, de façon à emmener ses hoplites avant d’apercevoir les feux de l'ennemi : ainsi, pensait-il, cette retraite ne ressemblerait pas à une fuite. De fait, à Sparte, l'abattement était tel qu’on lui fit une gloire de cetle campagne exempte de revers. On était fier de ce qu’il avait ravagé le territoire arcadien sans que personne eût osé se mesurer avec lui. Xénophon s’associe de tout coeur à ces sentinents. Il ne veut pas avouer que l’excuse de la saison était médiocre, puisqu’elle n’empêchait pas les Thébains d’entrer eu campagne. La prudence la plus élémentaire conseillait aux Arcadiens d’attendre ce puis-
(1) Cf. une manœuvre analogue Anah. IV, 3, 29. Le mot oùpi désigne la dernière file de l’aile gauche. Donc, l’armée d’Agésilas faisait, dans sa position primitive, face au Lyrkéion, dans le sens de la longueur de la plaine : Agésilas, placé à l’aile droite, se trouvait plus près de l’entrée. Sa préoccupation fut de faire face à l’ennemi avec son aile droite par la manœuvre appelée È;eÀ'Yp.ot, et de diminuer, au profit de la profondeur, le front dosa phalange, à mesure qu’il se rapprochait de l’étroite issue delà plaine. Le danger de cette marche était de présenter à l’ennemi le côté découvert.
(2) Leake (iloren. III, p. 7ol et Loring ( Journ nf hellen. Stud. XV. 1893, p. 86) ne se sont pas rendu exactement compte des opérations d’Agésilas.
(3) Xén. Bell. VI, 5, 20 : xai yàp Tjv [aîo-o; yz ig-cuv.
PÉRIODE THÉBAINE
sont renfort avant de livrer bataille. Cela ne voulait pas dire qu’il eussent peur d’Agésilas. Au contraire Agésilas montrait une prudence excessive, eu s’esquivant avant l’arrivée des Thébains (1).
Après son départ, dès qu’ils surent son armée licenciée, les Épaminondas et Arcadiens profitent de ce qu’ils sont réunis et marchent contre Peiopidasa
Héraia, pour la punir d’avoir refusé d’adhérer à la Ligue et e' ,
d’avoir fait cause commune avec Sparte. Enlrés dans le pays, ils ucoaie. brûlent les maisons et coupent les arbres (fin déc. 370) (2). (décembre- février
En leur absence, l’armée thébaine et ses alliés, Phocéens, 370-369). Eubéens, Ioniens des deux Locrides, Acarnanieus, Héradeotes,
Maliens, peltastes et cavaliers thessaliens arrivent à Mautinée, sous la conduite d Épaminondas et de Pélopidas (3). Aussitôt les Arcadiens abandonnent Héraia et viennent rejoindre leurs alliés.
L’armée concentrée à Mantinée présentait un des plus puissants rassemblements de forces helléniques qu’on eût encore vus. Elle
(I) Voici, d’après Xénophon, l’emploi du temps d’Agésilas, jour par jour, a partir de son premier séjour à Eutaia :
1er jour :
D’Eutaia en Tégéatis.
2e jour :
mâtin.
De la Tégéatis à la Mantinique.
nuit.
Marche des Arcadiens d’Aséa à Tégée.
3e jour :
matin.
Camp de Kapsia : ravage du pays.
midi.
Jonction des Arcadiens et des Mantinéens.
nuit.
Marche des Orchoméniens.
4P jour :
matin.
Arrivée des Orchoméniens au camp d’Agésilas. Agésilas traverse la plaine.
soir.
Camp de l’Argon Pédion.
5e jour :
matin.
Attaque des Mantinéens sur l’Alésion.
Manœuvre d’Agésilas pour sortir de la plaine.
6e, 7e et 8e jour.
Agésilas reste en vue de Mantinée.
9e jour :
matin.
Retour simulé à l’ancien camp.
soir.
Départ pour Eutaia.
10“ jour :
Retour à Sparte.
(2) Héraia avait
été synœcisée après Leuetres par Cléombrote. (Strab. VIII,
33" — Voy. plus haut, p. 374, note 3.
(3) Milieu de décembre 170. La campagne devait être très courte, parce que les pouvoirs de béotarque d’Épaminondas expiraient au solstice d’hiver, le 21 décembre. Aussi ne trouvant plus ni amis ni ennemis, Épaminondas voulait rentrer en Béotie. Cédant aux instances des Arcadiens, il prit sur lui de prolonger le terme légal de son commandement, mais il savait que ses ennemis à Thèbes exploiteraient contre lui cette illégalité: cette préoccupation explique qu’il ait écourté la campagne.
comptait 70.000 hommes dont 40,000 hoplites (1). Près des deux tiers appartenaient aux pays au-delà de l’isthme : jamais force étrangère aussi cousidérable n’était encore entrée dans le Péloponnèse. Épaminondas, entraîné par les Arcadiens, se décide à envahir la Laconie. Les Arcadiens forcent brillamment un passage de la Skiritis, à Oion, défendu par le Lacédémonien Ischolaos. Une fois en plaine, ils ravagent les villages de la Laconie, avec les Argiensetles Éléeus. tandis que les Thébains, renonçant à attaquer Sparte, vont assiéger Gythion. Sparte, acculée dans sa vallée, faillit être réduite aux abois, et la cause première de cette detresse était l'attenlat contre Mautinée.
Cependant, les Arcadiens, chargés de butin, rentrent chez eux. Épaminondas, ayant dépassé la limite de son commandement, ne pouvant plus subsister sur un territoire dévasté, et averti qu’Alhènes avait envoyé Iphicrate pour lui barrer le passage de l’Isthme (2), reprit en hâte le chemin de la Béotie (fév. ? 069) (3).
Exaltée par ses succès, la Ligue arcadienne, sans doute inspirée par Lyeomèdes, décida (mars-juin 369 ?) de proclamer aux yeux du monde grec sa vitalité et ses exploits précoces : un ex-voto consacré à Delphes avec la dîme du butin recueilli en Laconie devait présenter aux Hellènes sous le patronage d’Apollon et de Nikè, les héros de toutes les tribus arcadiennes alignés aux côtés d’Arcas (4).
(1) Ce sont les chiffres de Plutarque (Agés. 31 — Pélop. 24, 4); il compte, outre ces peltastes, les gens sans arme, qui suivaient pour piller. Diodore (XV, 62) compte en bloc 50.000 h.
(2) En effet, Athènes s’était émue des succès d’Épaminondas en Laconie. Dans une assemblée ijanv. ? 369 on discuta si l’on porterait secours aux Lacédémoniens, d’après le traité de 371 conclu avant Leuclres. La conduite des Mantinéens à l’égard des Tégéates fut l’objet d’appréciations contradictoires les uns les justifiant d’avoir secouru les partisans de Proxénos tués par ceux de Stasippos, les autres déclarant qu’ils avaient violé le traité. Enfin, le Phliasien Proclès, dans un discours plus déclamatoire que solidement déduit, enleva les suffrages en faveur des Lacédémoniens. Xén. Hell. VI, 5, 33-30.
(3) Xén. VI, 5, 22-33. — Diocl. XV, 62-65. — Pausan. IX, 14, 6. — sti xcd y£t|juov Tjv (Xén. VI, 5, 50).
(4) Sur ce monument, voy. Pausan. X, 9, 3. — Pointow. Ath. Mith. XIV, 1889, p. 15 et suiv. — Beilrcige zur To/ogr. von Delphi, p. 54-56, 114, pl. XIV, 39. — Homolle. Bull, de Corr. hellen., XXI (1897), p. 276 et suiv. Sur les fragments du socle se sont retrouvés les noms de la plupart des divinités et héros cités par Pausanias, avec les signatures de trois des artistes
PÉRIODE THËBAINE.
Après le dépnrt des Thébnins, les Arcadiens, au dire de Diodore, auraient aussitôt renouvelé leurs fructueuses incursions en Laconie. Lycomèdes, à la tête de 5000 sTrtXsxxot, auraient surpris Pellène de Laconie, massacré la garnisson lacédémonienne de 300 hommes et saccagé la ville et son territoire. Après quoi ils seraient rentrés chez eux ( 1).
Dans le courant de cette même anuée 369 (2), Athènes et
qu’il nomme. SL sa description, sans doute empruntée à quelque périégèse, est exacte, l’interprétation et l’attribution du monument, faites par à peu près, sont tout à fait erronées. Les vers de la dédicace à Apollon Pythien (dont le ton rappelle justement à Pomtow celui des discours de Lycomèdesj : tojvSs go\ sxysvsxa! AaxsSataova OT|[uocavT£ç ’Asxxos; effTTjTav avÿu. ’èirtytvojj.svosç, rapprochés par Pomtow des expressions de Diodore (XV, 65) : TtScxv os xYjv XaxomxTjV 07)ojsxvtsç xtX ; ensuite, le distique consacré à Areas (Bull. Curr. hell. ibicl, p. 279) et qui peut être reconstitué ainsi :
’Aoxàç goûgo ’Ètsxvüxj ’ oV xoûxo,[v àvâÔTjULa G~~r[GX'i Èpet'^avxsç y 'qv AaxsSa[tp.ov''av, enfin la présence de ïriphylos à côté d’Arcas, ne laissent aucun doute sur la date de la consécration. La Nike rappelait la victoire des Arcadiens à Oion sur Ischolaos (Xén. Hellen., VI, 5, 26. — Diod. XV, 64). La Triphylie dut se séparer de l’Élide et s’adjoindre à l’Arcadie dès 369. — Des décrets de proxénie delphique décernés à des Arcadiens de Stymphale, de Phénéos, de Mégalopolis furent, au IIIe siècle, gravés sur le socle du monument. — Sur un autre ex-voto des Arcadiens faisant face à celui-ci, voyez plus loin.
( 1) Cet épisode n’est relaté que par Diodore (XV, 67, 2). Il ressemble beaucoup, quant au fond, au récit de la surprise d’Asiné de Laconie, racontée par Xénophon (voy. plus loin p. 448) D’autre part, Xénophon relate les opérations des Thébains, des Arcadiens, des Éléens et Argiens contre Pellène d’Achaïe ( Hellen ., VI, 1, 15-18). Il est permis de se demander si Diodore n’a pas substitué par erreur le nom de Pellène à celui d’Asiné, s’il n’a pas attribué à cette Pellène la qualification de Laconienne que Xénophon applique à Asiné, et créé ainsi de toutes pièces, par une confusion assez vraisemblable chez un écrivain aussi étourdi, une surprise de Pellène de Laeonie par les Arcadiens. Il est, en effet, étonnant qu’il ignore complètement les opérations des Thébains-Arcadiens contre Pellène d’Achaie. — Sur la topographie de cette campagne, voy. Loring. Journ. of hellen. Stud. XV, 1895, p. 60-63.
(2) Xénophon ( ’lell . VII, 1-14', place la conclusion de la paix xto ÙGzéoo) sts!, comptant l’année nouvelle soit à partir du printemps 369, à la manière de Thucydide, soit à partir du début de l’année civile à Athènes (10 juillet 369, d’après Bœchh. Mundcyclen.). La chronologie des événements compris entre la bataille de Leuctres et celle de Mantinée est très-indécise, Xénophon datant rarement ses récits et Diodore les datant mal. On attribue d’ordinaire la 2' campagne d’Épaminondas dans le Péloponnèse à l’été 369. Je crois en effet que les événements, qui occupent dans les IB lléniques le début du Livre VI (de 1 à 22), ont rempli l’été et l’automne de 369 (usxà toüjtx u.svto: ot 07] [5 a !C". àirqXG ov ot'xxos, xxc ot ôéXXo'. 5s ïxacvcç otxacos).
Surprise de Pellana par Lyeomèdes (été 369).
2' campagne d'Epaminondas dans le Péloponnèse (été 369).
Réaction antilhébaine en • Arcadie (369).
Sparte conclurent une alliance sur le pied degalité. Les nouveaux alliés, renforcés par les secours de Denys le Tyrau, et les Thébains assistés des Arcadieus et de leurs autres alliés, guerroient autour de Corinthe, de Sicyone, de Pellène d’Achaïe et d’Épidaure.
C’est après cette campagne que se manifesta dans le Péloponnèse, et particulièrement en Arcadie, une certaine impatience à l’égard de l’hégémonie Ihébaiue.
Celte fois Mantinée paraît à la tète du mouvement nouveau. Lycomèdes se multiplie dans une campagne de propagande anti-thébaine, qui devait aboutir à rejeter l’Arcadie, à la suite d’Athènes, dans les rangs auxiliaires de Sparte contre Épaminonclas. Depuis Pausanias (1), ce revirement apparent de la politique mantinéenue a été mal compris et mal jugé. Il a valu à Mantinée des reproches de versatilité fort immérités. A examiner les choses de près, on doit reconnaître que la prévoyante cité et sou intelligent conseiller restaient conséquents avec euxmèmes : leur nou\elle attitude était déterminée par une sagace entente de ta situation que l’Arcadie devait à leur initiative. L’œuvre i êvée par Lycomèdes et ses compatriotes était accomplie. Us avaient édifié la patrie arcadienne, envers et contre Sparte. Ils avaient profilé pour cela des victoires de Thèbes; ils avaient même accepté la collaboration des Thébains, que les mêmes griefs leur associaient dans la même haine. Mais, une fois délivré, le peuple arcadien, conscient de sa force, croyait avoir conquis le droit de vivre libre. 11 n’entendait pas changer de maître. Par la restauration de la Messénie, par la création de Mégalopolis, par la résurrection de Mantinée, l’action envahissante de Sparte se trouvait enrayée. La Ligue se chargeait de lui tenir tête à l’avenir avec l’aide des alliés dont elle n’avait rien à craindre, Argos, la Messénie, Athènes. Or, voici que Thèbes s’avisait de prendre des allures despotiques, de parler en maîtresse du Péloponnèse. Le péril thébain so substituait au péril laccdemonien. Le principe nouveau auquel on s’était dévoué, le Péloponnèse aux Péloponuésiens et chaque peuple libre dans le Péloponnèse, allait être compromis par l’ambition de libérateurs prêts à prendre la place de ceux qu’ils renversaient. Il devenait impossible d'encourager ni même de tolérer l’ingérence
constante des Béotiens dans la péninsule. La patrie arcadienne prétend lit se suffire à elle même : la reconnaissance des services reudus entrait en conflit avec la sauvegarde de l’indépendance nationale : celle ci devait l’emporter. Les villes arcadiennes les plus influentes, comme Mantiuée et Tégée, avaient subordonné leurs ambitions particulières à la communauté, en renonçant au titre de capitale en faveur de Mégalopolis. Elles prétendaient avec raison n'être pas dupes de leur désintéressement ui s’ètre sacrifiées au profit de l’étranger. Mantiuée. le cerveau de la Ligue et le défenseurclairvoyant des idées d’autonomie, jugea opportun de dissiper tout malentendu. Elle signifia aux Thébains la volonté de l’Arcadie d’agir pour son propre compte et de n’ètre plus l’instrument de personne (1).
Pendant les deux campagnes précédentes, la question du commandement en chef avait souvent divisé les alliés. Des contestations s’étaient élevées entre les généraux arcadiens, éléens, argiens et thébains (2). Mais le prestige d’Épaminondas et de Pélopidas l’avait toujours emporté au moment décisif. On s’était mis d’accord pour leur laisser la direction des opérations. Cette subordination parut à la fin humiliante et dangereuse à Lycomèdes. Il piqua au vif la fierté des Arcadiens, leur disant qu’eux seuls avaient le droit de regarder le Péloponnèse comme leur patrie, eux seuls étant autochthones(3) Les Arcadiens formaient la plus nombreuse des tribus grecques. N’étaieut-ils pas réputés les premiers de tous par la vigueur physique et par la bravoure?
(1) La rupture de la Ligue arcadienne avec Thèbes est racontée par Xénophon (Hetl. VII, 1, 22-23), hostile au parti national arcadien. 11 en est aussi question dans Pausanias (VIII, 8, 10) et dans Plutarque (Pi\oii. 24, 7 — Agés. 34, 3) qui représentent la tradition thébaine. Les uns et les autres exposent les laits de façon à faire ressortir l’ingratitude des Arcadiens envers Épaminondas. Mais on ne doit pas juger toute la politique béotienne d’après les idées personnelles d’Épaminondas. Il y avait derrière lui un parti beaucoup moins modéré, qui l’accusa de faiblesse à plusieurs reprises, réussit à le faire destituer et dont les ambitieuses visées menaçaient la liberté des autres États. Or les Mantinéens se considéraient comme responsables de l’indépendance de la Ligue. — Les faits compris entre le diœcisme de 38o et la bataille de 302 étaient exposés du 20e au 25e liv. des Histoires d’Éphore.
(2) Plut. Pelop. 24, 7. Xénophon ne parle pas de ces dissentiments. Il dit seulement que les alliés o[xo6op.aobv xod ETtpxxTOv xai èaxpaxEÙovxo vj youpuvtov (Or^atojv (VII, 1, 22).
(3) Cf. dans la dédicace de l’ox-voto de Delphes l’affirmation de cette autochthonie, p. 106, n. 2.
Propagande de Lycomè les .
Attitude active de la
jigue arcadienne.
Quand on avait besoin d’auxiliaires, à qui avait on recours, sinon aux Arcadiens ? Sans eux, les Lacédémoniens n’auraient jamais pu envahir l’At tique, ni les Thébains la Laconie. « La sagesse, leur disait il, vous conseille de ne plus obéir aux volontés de n’importe qui. Vous avez fortifié les Lacédémoniens en marchant avec eux. Vous allez, eu suivant les Thébains au hasard, sans réclamer votre part de commandement, retrouver bientôt en eux de nouveaux Lacédémoniens ». L’ardeur communicative de Lycomèdes enflamma ces montagnards que leurs instincts rendaient impatients de tout joug, mais que leur inexpérience livrait à la discrétion de leurs maîtres. Ils trouvaient en lui un chef, capable de les mener à la victoire et au profit. Sa popularité était telle qu’ils lui obéirent aveuglément. Ils choisissent pour officiers tous ceux qu’il leur désigne. Des paroles, ils passent aux actes avec un entrain qui leur vaut de brillants succès. Ils délivrent les Argiens, cernés par les peltastes de Chabrias, par les hoplites athéniens et corinthiens. Ils poussent une nouvelle pointe en Laconie, attaquent Asmé (368), battent la garnison lacédémonien ne, tuent le polémarque Spartiate Géranor et mettent à sac le faubourg d’Asiné (1). Ils étaient faits pour ces coups de main Ils pratiquaient la guerre suivant leur tempérament, comme une manière de brigandage, en procédant par surprise. Xénophon est obligé d’admirer leur prodigieuse endurance et leur audace pour ce genre d’exploits: « Quand ils veulent aller quelque part, ni la nuit, ni le mauvais temps, ni la longueur de la route, ni les montagnes impraticables ne les arrêtent. » Ce sont les ancêtres des modernes Palikares. Leur enivrement ne connaît alors plus de bornes; les Thébains commencent à les redouter. Mais il leur restait à acquérir pour les batailles rangées la discipline et la cohésion des troupes régulières : ils se firent
(1) Xén. Hellen. VU, 1,25 : e!ç ’Aot'vt]v -r?| ç Aaxa''vr]ç. La position de cette place, au S de Gythion, parait bien éloignée pour un coup de main. Peutêtre les Arcadiens font-ils surprise en passant par la Messénie et par le Taygète. Cela justifierait les termes de Xénophon : où/, opvj oùffjfaToc à7rÈxtoXuev ai’iToù; (VI, 1. 25). C’est peut-être à l’occasion de cette nouvelle campagne que tut élevé à Delphes un autre ex-voto, situé en face de celui dont il a été parlé plus haut (voy. p. 444, n. 4. — Ilomolle. Bull, de Corr. hellen. XXL 1897, p. 289). Pausanias l’a omis dans sa description de Delphes. Gn a retrouvé des fragments du socle, long de I21"; la dédicace même est perdue; il ne reste qu’une série de décrets de proxénie en l'honneur d’Arcadiens de Mantinée, de Môgalopolis, de Phénéos, de Stymphale, décrets gravés ultérieurement, suivant l’habitude des Delphiens d’utiliser à cet usage des monuments anciens.
PÉRIODE THÉBAINE
battre à Maléa ou Médéa (1) par Archidamos, fils d’Agésilas. Sparte, déshabituée de la victoire, en pleura de joie (367).
Il y avait certes une turbulence inquiétante dans le déchaînement de cette humeur batailleuse. Elle déconcertait les calculs non seulement des Béotiens, mais aussi des Éléens, jusqu’alors accoutumés à considérer les Arcadiens comme les soldats de leur politique. Cet État ne perdait jamais de vue ses intérêts. Il s’était séparé de Sparte pour conserver Lépréon et comptait sur l’Arcadie pour lui garantir la possession de la Triphylie. Mais voilà que la Ligue arcadienne improvisait une politique nouvelle, celle du panarcadisme ! Non seulement elle prétendait ne plus relever que d’elle-même, mais encore faire rentrer au giron les rejetons égarés de la vieille famille. Or, certaines tribus triphyliennes, tels que les Caucones et les Paroréates, quoique soumis d’une manière intermittente à la domination des Éléens, étaient sans conteste de sang arcadien ; les autres réclamaient leur autonomie à l’égard d’Élis et se prétendaient affranchis par la convention d’Athènes en 371, bien que les Éléens eussent, pour cette raison, refusé d’y souscrire. Tous paraissent, après la constitution de la Ligue arcadienne, s’être adjoints à elle dès 370 : la parenté de la Triphylie avec l’Arcadie fut solennellement affirmée, sur l’ex-voto de Delphes, par l’inscription d’un héros Triphylos parmi les fils d’Arcas (2). Il n’en fallut pas davantage pour brouiller les Éléens avec la Ligue (3).
Ce fut après l’ambassade de Pélopidas et des autres Grecs à Suse (367) que le conflit arcadico thébain en arriva à l’état aigu. Le délégué de la Ligue arcadienne, Antiochos, desservi par les Thébains, avait été reçu assez froidement (4). Quand les Thébains convoquèrent les États pour entendre la lecture du traité reconnu par le roi de Perse et qu’ils prétendaient substituer à celui d’Antalcidas, les députés des villes ne voulurent pas prêter serment à Thèbes et demandèrent qu’on envoyât des délégués dans
(1) Dans la Maléatis, près des sources de l’Eurotas. Ce fut la victoire dite « sans larmes, » àSaxpuç jxccy/j. Plut. Agés. 33, 3. — Diod. XV, 72. — Xén. Hell. VII, 1, 28.
(2) Voy. plus haut, p. 207, 444 et Pausan. X, 9, 5. — Cf. Polyb. IV, 77.
(3) Xén. Hellen. VII, I, 26.
(4) Xén. Hell. VII, 1, 38. De retour à Mégalopolis, il déclara aux Dix-Mille n’avoir nullement été ébloui par les splendeurs trop vantées de la cour royale. L’idée de mêler le Grand Roi aux affaires de la Grèce répugnait aux Arcadiens, et Antiochos se rendit bien compte qu’il y avait peu à tirer de l’alliance perse.
Conflit avec l'Élide (368).
Congrès de Thèbes ; opposition de Lycomèdes (368).
MANTINÉE ET l’aRCADIE ORIENTALE.
Mission diplomatique de Lycomèdes à Athènes.
Sa mort (366).
Conséquences de cette perte pour la Ligue arcadienne.
chaque ville pour y recevoir les serments. Ils refusaient de reconnaître Thèbes comme le centre des affaires grecques. Lycomèdes ajouta même que Thèbes n’était pas désignée pour être le siège des Congrès, que ceux-ci devaient avoir lieu où se ferait la guerre, c’est-à-dire au lieu où l’armée des contractants se trouverait réunie. Les Thébains protestent et l’accusent de vouloir faire échouer le traité. Là-dessus Lycomèdes quitte la séance, suivi de tous les députés arcadiens (367).
Cette attitude des Arcadiens impressionna péniblement Épaminondas. Elle pouvait, par la contagion de l’exemple, créer des embarras à sa patrie ; en tous cas, elle prouvait que l'hégémomie thébaine se heurterait à d’énergiques résistances. Le traité de Pélopidas, s’il sanctionnait la chute de Sparte, avait aussi en vue de désarmer Athènes au profit de Thèbes. Dès lors un groupement nouveau de forces hostiles à Thèbes s’imposait fatalement. Après la 3e campagne d’Épamiuoudas dans la péninsule (366), où les Thébains tentèrent de s’assurer TAchaïe comme contrepoids à la fidélité chancelante de l’Arcadie, Lycomèdes comprit que la lutte de son pays avec Thèbes était imminente ; pour l’y préparer, il entreprit une campagne diplomatique et chercha des alliances. Il commence par Athènes (366). Avec l’autorisation des Dix-Mille, il va solliciter l’amitié des Athéniens. Le traité de 371 entre Athènes et Sparte n’avait pas été dénoncé. Aussi le parti laconien à Athènes éleva-t-il des objections contre l'admission dans la Symmachie d’une république ennemie de Sparte. Mais l’ingénieux Mantinéen fit valoir que Sparte, aussi bien qu’Athènes, était intéressée à arracher l’Arcadie des mains de Thèbes, qu’en conséquence il n’y avait pas incompatibilité entre les deux alliances. Il sut convaincre les Athéniens et sa proposition fut acceptée. Mais il ne, devait pas porter lui-même la bonne nouvelle à Mégalopolis. En quittant Athènes, il choisit au Pirée un bateau. Pour ne pas divulguer à l’avance le lieu de son débarquement, il convint qu’il le fixerait en route. La précaution se tourna contre lui : une inspiration malencontreuse lui fit désigner un point de la côte où il tomba au milieu d'exilés arcadiens, ses ennemis politiques, qui l’assassinèrent (1).
La disparition du brillant stratège portait un coup à la cause arcadienne. La Ligue s’incarnait en lui. Il était comme la per-
(I) Xén. flell. VII, 4, 2-3. Xénophon ne désigne pas [cet endroit. Peut-être était-ce un point de la côte d’Épidaure?
PÉRIODE THEBAINE.
sonnification passionnée du sentiment national. Lui seul avait assez de cœur et d'esprit pour imposer silence aux convoitises privées au profit de l’union. Depuis 371. il avait dirigé les affaires de la Ligue avec une vigueur et une netteté de vues remarquables. Ëpaminondas trouva tour à tour en lui son plus actif collaborateur et sou plus sérieux adversaire. Sa mort prématurée rendait sou œuvre précaire : une Ligue sans cohésion, compromise devant Tlièbes, voilà pour l'extérieur; au dedans, la faction démocratique désemparée contre les représailles des exilés, le parti national en lutte avec les tendances particularités des villes. Le conflit entre la Jeune et la Vieille Arcadie allait s’ouvrir.
Pour Mantinée surtout, la perte était irréparable. Lycomèdes impuissance avait non seulement ressuscité cette ville comme exécuteur de Mantinée contre prompt et sagace de la pensée d’Épaminondas, mais il l’avait !a démagogie poussée d’emblée à la tête de la nouvelle Arcadie. Mantinée, arcadienne' grâce à sou talent, avait donné le branle au mouvement démocratique et nationaliste: elle avait inspiré les autres cités qui s’inclinaient devant la supériorité de ses lois et de ses hommes d’État. Lycomèdes disparu, ce beau rôle lui échappa. Les démagogues mantinéeus qui recueillirent son héritage n’avaient plus que de bonnes intentions à opposer à la pression des passions mauvaises qui agitaient certains membres de la Ligue. Ils n’avaient ni le prestige impérieux de l’éloquence ni la souplesse diplomatique qui impose ses volontés sans contrainte. L'influence passa à d'autres chefs. Avec eux, la démocratie arcadienne répudia les sages principes de Lycomèdes pour verser dans la pire démagogie. A côté des éléments organisés, stables et modérés de la Ligue, il y avait tout ce ramassis de peuples arrachés à la vie rurale, jetés sans préparation dans la plus violente mêlée. A ces hommes, Lycomèdes avait proposé un noble but : la gloire de la patrie commune ; il savait contenir en de certaines limites leur tempérament demi-sauvage. Mais, au fond, ce qui les séduisait le plus dans les expéditions entreprises au nom de la Ligue, c’était l’appât du butin. Chez eux. l’éducation morale que donne aux peuples organisés la pratique d’un patriotisme éclairé leur manquait. Citoyens improvisés, ils continuaient à se comporter au service de leur pairie comme des mercenaires.
Tant que prévalut l'autorité de la sage Mantinée, la Ligue fut empêchée de dégénérer en une institution de brigandage. Mais, dès que le gouvernement passa en des maius moins scrupuleuses,
Les Arcadiens pillent
• le sanctuaire olympique.
Opposition de Mantinée (été 364).
les traditions d’honneur furent vite reléguées au second plan par le déchaînement des appétits. Au lieu de gloire et de liberté, on ne rechercha plus que le profit. Les chefs de la Ligue n’eurent plus qu’un souci : s’enrichir par de fructueuses pilleries et maintenir leur popularité en donnant satisfaction aux instincts cupides de leurs partisans. L’armée fédérale devint une bande de Klephtes. Alors, ceux que dégoûtait cette exploitation du système national s’isolèrent avec dédain. La grande idée arcadienne s’échoua misérablement sur les bas-fonds de la politique des intérêts personnels.
On eut la manifestation immédiate de ces symptômes pendant l’expédition contre Élis. La guerre avait éclaté en 365 à propos de Lasion, localité tributaire de la Ligue arcadienne, et que les Éléens avaient occupée (1). Les Arcadiens, avec les auxiliaires d’Argos et d’Athènes, avaient envahi l’Élide, soutenue par l’Achaïe et même par une armée lacédémonienne commandée par Archidamos. Ils s’étaient emparés d’OIympie et installés dans l’Altis convertie en camp retranché. Ils enlevèrent aux Éléens, au profit des Pisates, la présidence de la fête olympique de la 104e olympiade, année 1 (juillet 364) (2). Maîtres du sanctuaire et de ses trésors, les magistrats de la Ligue crurent pouvoir en user comme d’un butin ordinaire pour payer l’arriéré de la solde dû aux Éparites. Mais cette question soulevait trop de difficultés pour être tranchée avec tant de sans-façon. Les fonds sacrés n’étaient pas la propriété des Éléens, mais celle de Zeus et de ses donateurs ; les Éléens n’en étaient que les dépositaires et les intendants. Quelque commode que fût le procédé pour assurer à la Ligue des ressources financières inépuisables, il répugnait à bien des consciences, car il soulevait la réprobation de tous les États grecs dépouillés des offrandes accumulées par leur piété. Il pouvait aussi attirer sur les spoliateurs la malédiction divine. Il n’y a aucune raison de suspecter la sincérité de ces scrupules religieux et d’en méconnaître la puissance, surtout chez un peuple aussi superstitieux que les Arcadiens (3). Il est donc superflu de mettre en jeu des influences politiques, d’ailleurs contesta-
(1) Xén. Eell. VII, 12. — Diod. XV, 77.
(2) Monnaies en or de la Ligue avec IV. c a. dans Weil. Zeitsclir. f. Nuinism. IX. 1882. 30.
(3) Cf. sur la dédicace de Delphes : îepaç Aaôç à[ir ’ ’ApxaSi'jaç, îepou 8g ysvouç ’Apx[oc8] ’gepuae.
PÉRIODE THÉBAINE
blés, et de supposer, par exemple, à Mantinée, après la mort de Lycomèdes, une restauration du parti conservateur, pour expliquer l’attitude des Mantinéens en cette occurrence (1). En effet, dès qu’elle connut l’emploi attribué aux fonds sacrés, la ville défendit par un décret de touchera cet argent, et, pour répudier toute solidarité avec les sacrilèges, elle envoya aux chefs de la Ligue sa part de contribution régulière pour l’entretien des Éparites fournis par elle. Par là, Mantinée faisait acte solennel d’opposition au gouvernement fédéral. Celui-ci, se sentant mal soutenu, ne veut point paraître faiblir. Il cite les magistrats de Mantinée à comparaître devant les Dix-Mille. Les Mantinéens refusent ; on les condamne par défaut et l’on charge un corps d’Éparites d’aller se saisir d’eux et de les amener. Mais les Mantinéens ferment leurs portes aux troupes fédérales et ne les laissent point entrer (364).
La rébellion de Mantinée et l’impuissance du pouvoir central Germes de à la châtier font réfléchir les autres membres de la Ligue. Beau - désunion dans la coup sont frappés de l’injustice de l’accusation intentée à la ville Llgueréfractaire, simplement coupable de respect à l’égard du patrimoine commun de la Grèce et de ses dieux. Ils jugent odieux de pousser les choses à l’extrême et de s’associer par une lâche complaisance aux méfaits d’un parti rapace jusqu’au sacrilège.
Ils craignent de faire peser sur leurs descendants l’expiation de leur impiété. Aussi, stimulée parla dévotion, l’honnêteté groupa tout un parti. La majorité des voix se déplaça dans les Dix-Mille : l’assemblée décida qu’on ne toucherait pas aux fonds sacrés.
Alors, tous les aventuriers qui escomptaient le bénéfice de la guerre et ne pouvaient se passer de solde se voient contraints
(I) Curtius. Hist. gr. t. IV, p. 439. La modération traditionnelle de la démocratie mantinéenne suffit à justifier son opposition aux excès sacrilèges de la Ligue. Diodore (XV, 82, 1, 2), en désaccord avec Xénophon (VII, 4, 33) qu’il semble* avoir mal compris, soutient que les Mantinéens firent usage d’une bonne partie des olïrandes sacrées (.3(33) et qu’ils désiraient entretenir la guerre contre les Éléens, afin d’éviter toute reddition de comptes. Ainsi présentés, les faits deviennent inintelligibles. Mantinée désirait le fonctionnement régulier des institutions fédérales; en matière financière, elle réprouvait les expédients illicites et donnait le bon exemple en payant ses milices. Curtius déclare qu’il n’existait pas de trésor public de la Ligue et qu’on en était réduit au gain des expéditions. Qu’était-ce donc que la part que chaque ville avait à payer pour la solde de la troupe permanente des Éparites? (xo yiyvousvov p.Éooç etç xoùç ’ ËTtaptTOuç. — Xén. Hell. VII, 4, 33). Les difficultés venaient des Klephtes de la Ligue, réfractaires par nature à toute obligation onéreuse.
Schisme entre le parti de Mantinée et celui de Tégée.
de déserter. Les plus aisés restent ou engagent leurs amis à s'enrôler comme volontaires. Cette manœuvre habilement conduite par les modérés eut pour effet d’éliminer de la force armée l’élément irrégulier et de réduire à la dépendance les démagogues effrénés qui compromettaient l’honneur de la Ligue.
La communauté arcadienne, encore neuve et mal cimentée, était menacée d’un schisme entre deux groupes dissidents (1) : celui de Mantinée et celui de Mégalopolis et de Tégée, dirigé par les ultra, compromis dans le maniement des fonds sacrés. Comme les chefs craignaient pardessus tout d’avoir à rendre des comptes et d’être exécutés pour malversations, il leur fallait une diversion pour se tirer d’affaire. Iis mettaient en avant la peur d’une restauration laconieune en Arcadie; ils excitèrent Thèbes à intervenir en libératrice pour défendre son œuvre contre leurs adversaires. Ceux-ci se groupaient autour de Mantinée, restée fidèle à ses traditions de libéralisme modéré (2). Ils avaient
(1) Diod. XV, 82, 2: rsvou.Évü>v oùv ouoïv ÉTa'.csuov, cuvïêa'.ve ttjç jaIv touç Teyeâ"aç, TT|Ç o\ toÙç Mavrivsïç vjysïirôa' .
(2) Grote (XV, 181-187) et Curtius (IV, 460) supposent qu’une réaction oligarchique avait concerté à Mantinée un revirement complet de la politique arcadienne, sur les bases suivantes : 1” abandon de la politique nationaliste; 2° retour aux traditions particularistes de la Vieille Arcadie; 3“ antagonisme avec Tégée; 4° appel au patronage oligarchique de Sparte. Ce n’est pas ainsi que Xénophon présente les faits : ce sont Diodore (XV, 82), Plutarque (Agés. 34, 3) et Pausanias (VIII. 8, 6) qui se sont mépris sur l’attitude de Mantinée après Leuctres. Ils n’ont été frappés que de ce fait : 9 ans après sa reconstruction, la ville d’Epaminondas s’est retournée contre son bienfaiteur et négocie avec Sparte. Pausanias se montre le plus injuste : « Après leur retour dans leur ville, les Mantinéens ne se conduisirent pas toujours avec équité, car on les surprit négociant avec les Lacédémoniens et cherchant à faire leur paix en particulier, à l’écart de la Ligue arcadienne. Se voyant découverts, la crainte des Thébains les porta à se ranger ouvertement du côté des Lacédémoniens ». Ce jugement n’est qu’un écho de la version béotienne, qui, ellemême, s’était inspirée des rapports du parti Jtégéate, où l’on dénonçait, avec une exagération malveillante, les prétendues perfidies des Mantinéens (Xén. Hell. VII, 4, 34). La plupart des historiens modernes ont emboité le pas ù Pausanias et incriminé ù l’envi la politique tortueuse, la versatilité, l’ingratitude de Mantinée. Toutefois, les faits non dénaturés suggèrent les remarques suivantes : 1“ Loin de s’isoler de la Ligue, les Mantinéens entraînent l’adhésion de la majorité dans l’assemblée des Dix-Mille. Ce n’est pas au nom des Mantinéens et de leurs alliés, mais au nom des Arcadiens, que sont envoyées les délégations à Thèbes (Xén. Hell. VII, 4, 35), que sont conclues les alliances avec Athènes, l’Élide, l’Achale, Phlious (C. I. A, 57b), et probablement aussi le rapprochement avec Sparte (Xén. ib. 5, 3). Dans le traité d’alliance de 362 (voy. plus
PÉRIODE THÉBAINE
horreur de l’intervention béotienne et songeaient à lui opposer l’alliance athénienne conclue par Lycomèdes, et, au besoin, un rapprochement avec Sparte beaucoup plus inoffensif pour l’indépendance nationale que la tutelle de Thèbes. Ce parti réussit d’abord à parer le danger d’une invasion béotienne en lui enlevant tout prétexte. Les chefs de la Ligue avaient cru faire un coup de maître en mettant la main sur les trésors d’Olympie. Par une opportune réconciliation avec l’Élide, le groupe mantinéen lit cesser le scandale qui avait attristé le monde grec. L’Altis fut restituée au peuple qu’une tradition séculaire avait investi du sacerdoce et de l’intendance olympiques. On pria les Thébains de rester chez eux, et d’attendre, pour intervenir en Arcadie, qu'on les y conviât.
Toutefois la paix avec l’Élide, bien que jurée avec joie par toutes les villes, n’apportait qu’une solution illusoire à cette crise de désordre. Elle ne dispensait pas les magistrats concussionnaires de rendre compte de leur gestion. Par suite, ils se
bas, p. 461), les Arcadiens s’engagent à défendre la démocratie athénienne. 2° Pourquoi Mantinée aurait-elle renié tout à coup son passé démocratique, pourquoi ses alliés d’Athènes et d’Argos se seraient-ils prêtés à une restauration oligarchique? Xénophon désigne le groupe mantinéen par ces termes : (VII, 5, 35) oî ok Ta xsxTEcrra IIsXoTrovv/jffw [3o’j),s:i>6iusvoe, et (VII, 5, 1) MavTivsïç Te xai t<üv Ÿ/.âwv ’Aoxàowv ol XYjOÔusvo'. tt,ç HsÀottovv/^O’j. Ce sont là des périphrases assez vagues, qu’on a tort d’interpréter comme signifiant : les oligarques. S’il s’était produit une révolution oligarchique, Xénophon l’eût raconté : or, il ne signale aucun mouvement dans les villes arcadiennes. Les expressions citées plus haut s’appliquent au parti démocratique honnête et modéré, représenté par Mantinée, en opposition avec la fraction extrême qui dominait à Tégée et à Mégalopolis, non sans l’appui de Thèbes. 3° Quant à l’alliance Spartiate, les partisans de Thèbes en Arcadie avaient beau jeu d’en tirer argument pour prédire le retour de l’Arcadie au régime ancien, si Thèbes n’y mettait bon ordre. Mais ils n’étaient guère de bonne foi. Tout ce que le parti mantinéen demandait à cette alliance, comme à celle d’Athènes, c’était un renfort militaire, afin de parer à la supériorité numérique des troupes béotiennes. Toute arrière-pensée de vassalité et de réforme constitutionnelle en était exclue. Les temps avaient changé : demander secours à Sparte, s’était s’assurer un auxiliaire, non plus un protectorat. L’amitié des Spartiates était désormais sans danger, alors que celle de Thèbes devenait de plus en plus menaçante. En s’alliant à eux, les Mantiuéens faisaient non pas acte d’adhésion au régime et aux ambitions Spartiates, mais seulement acte d’opposition à Thèbes; et, ce faisant, ils persévéraient dans leur politique traditionnelle d’autonomie. Tout ce qu’on peut avancer, c’est que les partis aristocratiques, aussi bien à Tégée qu’à Mantinée, durent se rallier aux modérés et leur prêter leur concours.
L'affaire de l'harmoste thébain à Tégée (363).
voyaient toujours réduits à chercher dans une guerre ou dans un coup d’état une échappatoire. Le centre de l’influence béotienne en Arcadie résidait alors à Tégée. Thèbes y avait, comme dans d’autres villes, en Achaïe par exemple (1), installé un harmoste avec 300 hoplites pour y soutenir les démocrates. Le traité éléen n’avait pas l’assentiment de Thèbes. Les auteurs de la paix ne mirent que plus d’obstination à faire reconnaître leur influence et ratifier leurs actes en exigeant le serment du commandant thébain de Tégée. Cette adhésion suprême était une victoire pour le groupe mantinéen. Tous les commissaires arcadiens qui avaient été de ville en ville recevoir les serments des autorités locales se trouvaient en dernier lieu réunis à Tégée. On y organisa de grandes fêtes pour célébrer la conclusion définitive de la paix. Peut-être même ces réjouissances devaient elles être suivies d’une assemblée fédérale où la conduite des magistrats sortant de charge serait examinée. Les ultra jugèrent l’occasion propice pour le coup de main qui les tirerait d’embarras (363). Ils représentèrent sans doute au commandant thébain que son adhésion au traité ne plairait pas à son gouvernement; que, compromis par son imprudente faiblesse, il n’avait plus qu’à tenter un coup de force pour sauver sa situation, que l’attitude arrogante du parti adverse lui fournissait un prétexte excellent à user de représailles, qu’on lui saurait certainement gré à Thèbes d’un acte de fermeté destiné à réhabiliter le prestige béotien. L’harmoste, convaincu, ordonne la fermeture des portes et fait saisir la nuit, en plein banquet, les aristocrates de Tégée et les Arcadiens du parti anti-béotien. La prison et la maison commune (2) regorgent de prisonniers. Mais les Mantinéens n’y figuraient qu’en petit nombre. En effet, la plupart d’entre eux, après la tournée des commissions, avaientdû rentrer dans leurs foyers, la proximité des deux villes leur permettant de venir siéger au moment voulu. Or, c’était précisément leur capture qui intéressait le plus le gouverneur et ses conseillers. Le coup était à moitié manqué.
Le lendemain matin, quand la nouvelle de ces faits se répandit à Mantinée, l’émoi fut grand. Les autorités expédièrent aussitôt aux autres villes d’Arcadie l’avis de prendre les armes et de surveiller leurs portes. Elles mirent Mantinée même en état de défense, puis envoyèrent à Tégée des hérauts réclamer l’élargis-
(1) Xen. VII, 1, 43.
(2) 7) olyJ.a. (Xén. Hellén. VII, 4, 36).
sement de tous les Mantinéens détenus. On protestait en outre contre l’arrestation ou l’exécution arbitraire d’un Arcadien quelconque ordonnées sans jugement régulier. On réclamait la juridiction du tribunal fédéral : l’État mantinéen se portait garant de la comparution devant l’assemblée de tous ceux qui y seraient cités comme accusés.
Au reçu de ce message, le gouverneur s’aperçoit qu'il s’est mis dans un mauvais cas en violant sans succès la paix et les formes légales. Il ne sait comment arranger l’affaire et relâche tout le monde. Le lendemain, il convoque une assemblée, donne des explications embarrassées et déclare à sa décharge qu’il a été trompé : on lui avait dénoncé, dit-il, un complot lacédé monien; les ennemis attendaient en armes à la frontière, de connivence avec des aristocrates de Tégée qui devaient leur livrer la ville. L’assemblée ne fut pas dupe de ce mensonge (1). Cependant, elle préféra suivre à l’égard de l’harmoste une procédure régulière. Elle envoya une délégation porter à Thèbes un rapport contre lui et réclamer son exécution : il est très probable que des Mantinéens dirigeaient l’ambassade (2).
Cette démarche eut le don d’irriter vivement Épaminondas. Déjà les affaires précédentes du Péloponnèse l’avaient fort mécontenté. Il voyait avec amertume son œuvre se retourner contre lui. En vain, il avait tenté de fonder dans la péninsule un régime d’équilibre stable, en compensant par un savant système de contrepoids l’antique prépondérance de Sparte. Au lieu de l’ordre rêvé, tout n’était plus que chaos. L’Arcadie, et Mantiuée en particulier, n’avaient guère répondu à son attente. Au lieu des instruments dociles qu’il avait cru tenir eu main, il n’entrevoyait que méfiance et ingratitude à l’égard de Thèbes. L’orgueil béotien ne recueillait qu’avanies eu guise d’hommages. On s’explique que, malgré sa modération ordinaire, Épaminondas n’ait pu maîtriser sa colère. La situation lui apparaissait si tendue que Thèbes n’avait plus d’autre alternative que d’abdiquer ou de réprimer sans merci. Il fit donc sentir aux députés arcadiens que Thèbes n’acceptait pas l’état de choses qu’ils prétendaient substituer à ses combinaisons. Dans une réponse
(1) Grote (XV, p. 184) admet que le prétendu complot n’était pas de tous points une invention, et qu’Épaminondas y crut. Mais ses arguments ne me paraissent pas convaincants.
(2) Xén. üellen. VII, 4, 36-40.
Mécontentement et menaces d'Épaminondas
4oS
Émotion en Arcadie.
cassante et menaçante, il couvrit son subordonné, ne lui reconnaissant qu’un tort celui d’avoir relâché ses prisonniers : « Vous vous êtes conduits en traîtres, ajouta-t-il. Vous commencez par nous entraîner à la guerre et vous faites ensuite la paix sans notre aveu. Eh bien ! nous irons en Arcadie combattre avec nos fidèles partisans (1) ! ».
Cette violente sortie souleva en Arcadie une vive émotion. On y vit à bon droit une provocation. Le sage béotarque s’était emporté comme un Spartiate : on eût cru entendre Agésilas. La situation du Péloponnèse exigeait elle une intervention armée ? Le parti modéré dirigé par Mantinée avait réussi à imposer ses vues à la majorité de l’assemblée fédérale. Il avait fait jurer la paix par toutes les villes. La fin des hostilités contre l’Élide avait, en général, reçu un accueil enthousiaste en Arcadie et ailleurs. La faction des brouillons et des concussionnaires, discréditée et poussée dans ses derniers retranchements après l’échec du coup de main de Tégée, semblait perdue. L’élément pacifique et honnête l’emportait. Sparte n’était pas plus redoutable qu’après Leuctres. Si l’Arcadie voulait se défendre avec ses seules forces, elle le pouvait. Le but suprême, l’affranchissement de la péninsule, avait été atteint (2). Quel besoin pour Thèbes d’obéir aux sollicitations intéressées d’une faction aux abois, de compromettre sa cause avec celle des turbulents, de se solidariser avec les excès d’un subalterne maladroit? En soufflant sur le feu à peine éteint, elle ne pouvait guère prétendre agir en bienfaitrice du Péloponnèse Elle démasquait au contraire ses ambi tions : l’Arcadie serait thébaine ou elle ne serait pas. voilà ce que signifiait l’ultimatum d'Épaminondas (3). Ainsi les prévisions
(1) Xén. Eell. VII, 4. 40.
(2) A'J-rôvoaoç 3’ ’ EX), à; ira <7’ êv éXeuôssty), disait le dernier vers d’une épigramme gravée sur une statue d’Epaminondas (Paus. IX, 15, 3).
(3) On le comprit de suite à Mantinée, dès que la réponse d’Épaminondas y fut connue. Les réflexions que Xénophon prête aux Mantinéens et à leurs partisans montrent avec quelle justesse de coup d’œil ils jugèrent la situation : (VII, o, 1-2.) « Quand ces paroles furent rapportées à la Ligue areadienne et aux villes, les Mantinéens et ceux des Arcadiens qui avaient souci du Péloponnèse, ainsi que les Éléens et les Achéens, en conclurent que les Thébains ne cachaient plus leur désir de voir le Péloponnèse s’alïaiblir le plus possible, afin de pouvoir plus aisément l’asservir. « En effet, disaient- ils, pourquoi nous veulent-ils en guerre, sinon pour qu’après s’ètre réciproquement maltraités, les deux partis aient besoin d’eux? Pourquoi, quand nous leur affirmons n’avoir pas besoin d’eux actuellement, se disposent-ils à marcher? n’estil pas évident que c’est pour nous , faire quelque mal qu’ils préparent cette campagne? »
PÉRIODE THÉ B AINE
de Lycomèdes se réalisaient. Les libérateurs prenaient des allures de tyrans. En somme, la nécessité de cette guerre ne s'imposait qu’aux partisans de l’absorption de la Grèce dans la puissance béotienne. Sans doute, l’exclusion signifiée par les Dix Mille mortifiait l'orgueil thébain. Mais on peut s'étonner qu’Épaminondas, raisonnant plutôt en chauvin qu’en ami de la Grèce, n’ait pas reculé devant un conflit sanglant pour sauver l’amourpropre de sa patrie. Il risqua sa vie dans cette entreprise. Thèbes avec lui tomba du haut de ses rêves : elle perdit tout pour- avoir voulu recommencer Leuctres.
La déclaration de guerre contenue dans la réponse d'Éparainondas n'intimida personne. Elle provoqua au contraire la coalition immédiate des ennemis de Thèbes. Au nom de l’importante fraction dont elle était l’inspiratrice. Mantinée organisa la résistance. Vite elle essaya de grouper en faisceau ses amis anciens ou récents. La première pensée fut pour Athènes, liée avec l’Arcadie anti thébaine depuis la mission de Lycomèdes. Il suffisait de lui rappeler ses engagements et de lui demander son concours. L’amitié de l’Élide et de l'Arcadie devait naturellement profiter au groupe mantinéen. fauteur de la réconciliation entre les deux pays. L’Achaie, placée sous le protectorat de Thèbes depuis la campagne de 367, avait trouvé moyen de réduire à l'impuissance les harmostes thébains. Le parti conservateur qui triomphait dans les villes achéennes avec l'appui de Sparte faisa't des vœux pour la chute de l’influence thébaine en Arcadie. Ses sympathies l attiramnt donc vers le groupe mantinéen. Il y avait aussi la ville de Phlious dont les démêlés avec Argos et l’Arcadie et la fidélité à Sparte ont ému Xénophon. Elle avait signé la paix avec Thèbes en 366 à condition de ne pas être obligée de faire la guerre à Sparte. Les troupes phliasiennes n’ayant pas combattu à Mantmée, Xénophon a omis de citer Phlious parmi les alliées de Mantinée; mais l'accession de cette ville à l'alliance arcadico- athénienne est attestée paruue inscription à qui nous devons de précieux détails sur les préliminaires du grand conflit ' 1, .
! C. I. A. II. 11 ï f-t 57>. — Hicks. Gre^k histor. inscr. n 94. — I>-5 deux fragments sont réunis, avec des restitutions plus complètes, dans Dittenberi-er i Syll^ge. n‘ 83'. C’est le texte que j’ai suivi pour la traduction. La stele est surmontée d’un bas-relief : 2 -us est assis, la foudre en main: une femme s’approche, levant son voile personnification du Péloponnèse, suivant Kœhler, de la Symmachie, suivant Hicks , tandis qu’Athëna se tient auprès
Coalition des ennemis de Thèbes :
Mantinée, Athènes, Phi.jas, Dis, i'Achaïe.
Décret athénien ratifiant cette alliance (juillet 362).
Ce texte nous renseigne sur la campagne diplomatique alors entreprise par Mantiuée. Elle réussit sans doute à décider les Éléens, les AchéeDs et les Phliasiens à joindre leurs députations à celle de l’Arcadie pour solliciter une alliance en bonne forme avec Athènes et ses alliés. 11 s’agissait de reconstituer une symmachie anti-thébaine. En effet, au début de l’archontat de Molon (olymp. 104, 4. — 362/1), vers la fin de juillet 362, le peuple athénien, dans une première délibération, adopta les propositions des Péloponnésiens, les soumit, conformément aux statuts de la seconde Ligue athénienne, à l’approbation du synédrion des alliés, lesquels les ratifièrent par un dogma (1). Celui-ci fut retourné au Conseil, confirmé par un probouleuma et finalement
d’elle. Outre la présence de Phlious et l’adjonction de ces alliances au système de la seconde Ligue athénienne avec garantie des constitutions, ce document ajoute aux textes des historiens une importante donnée chronologique : 1" le décret est antérieur à la bataille : d’après la formule dubitative de la ligne 6, le peuple attend, pour glorifier les dieux, que la fortune des armes se soit prononcée; 2° la bataille a donc eu lieu sous l’archontat de Molon, c’est-à-dire après le 22 ou le 23 juillet 362, date de son entrée en charge d’après les calculs de Bœckh (Zur Geschichte der Mondcyrlen , p. 64 et suiv.) et avant la fin de la moisson (Xén. Uell. VII, o, 14), dont la date extrême, dans la plaine de Mantinée ne peut être reculée au-delà de la première quinzaine d’aoùt. Il n’est pas nécessaire de supposer que le décret a précédé de beaucoup la bataille; les renforts athéniens ne partirent qu'au dernier moment et la cavalerie se battit le jour même de son arrivée à Mantinée. Pour exprimer en chiffres les dates, à mon avis, les plus vraisemblables, je placerais le décret entre le 23 et le 26 juillet, et la bataille dans les premiers jours d’aoùt. Encore faut-il admettre que, cette année, la moisson était fort en retard, car il résulte des termes de Xénophon non pas qu’elle touchait à sa fin, mais qu’elle battait son plein. La date de milieu août, proposée par Kœhler d’après les observations insuffisantes d’A. Mommsen, me parait trop tardive : j’ai toujours vu, dans la Mantinique, les blés coupés dès la fin de juillet (Voy. p. 36). A plus forte raison, Ilicks se trompe-t-il, en écrivant cette phrase, d’ailleurs contradictoire : « The inscription proves it to hâve been early in the autuum of 362, soon ofter Molon’s archonship began ». Ce que Kœhler a fait ressortir) \ th. Mith. I, 18 6, p. 197), c’est l’inexactitude des dates indiquées par Plutarque [Vit. X oral. p. 843 E) et par Diodore (XV, 82) : tous deux placent la bataille sous l’archontat de Charikleidès, prédécesseur de Molon. Dans un autre passage (De glor. Atlien p. 330 A). Plutarque écrit : TYjV Se ocuSexaTTjV toù i^jaoocpopiwvGç IspwxÉpav k'iio!.y[as.'j b MavxivEicocbi; aywv. Or, le 12 Skirophorion, olymp. 104, 3, tombe, d’après Bœckh ( Mondcycl . p. 28) entre le 3 et le 5 juillet 362. D’après l’ingénieuse explication de Kœhler, cette date désigne, non pas le jour de la bataille, mais celui de la cérémonie commémorative qui se trouve reportée à la fin de l’année civile, au début de Skirophorion, de façon à correspondre avec la fête des Skirophoria.
(1) Sur cette procédure, voy. Lenz. d. Synedriun der Bundesgenossen . p.33.
PÉRIODE THÉBAIXE.
représenté aux suffrages de l’Assemblée populaire, qui, sur la motiou de Périandros, lui donne la sanction définitive, dont la teneur suit :
Archontat de Molon.
« Alliance des Athéniens, des Arcadiens, des Achéens , des Éléens et des Phliasiens. Décret du Conseil et du Peuple, l’Oinéis ayant la prytanie. Agatharchos , fils d'Ag/ttharchos , du dème d’Oéa, secrétaire. Xanthippos, du dème d’Hermos, président. Motion de Périandros.
Le héraut invoquera sans délai Zeus olympien , Athéna Polias, Déméter et Koré , les Douze Dieux, les Déesses vénérables, si la décision relative à l'alliance a tourné à l’avantage du peuple athénien ; il fera un sacrifice et une prière quand ces cérémonies auront été accomplies suivant la décision du peuple. Ces invocations ont eu lieu.
D’autre part, vu le dogma soumis au Conseil par les alliés approuvant l’alliance aux conditions proposées par les Arcadiens, les Achéens, les Éléens et les Phliasiens.... Dans le cas où l’on envahirait l’Attique, où l’on renverserait la démocratie , où l’on rétablirait la tyrannie ou l’oligarchie, les Arcadiens , les Achéens, les Éléens et les Phliasiens porteront secours aux Athéniens dans toute la mesure de leurs moyens, à la requête des Athéniens. Dans le cas où l’on envahirait le Péloponnèse, où l’on renverserait la démocratie à [Phlious? J, où l’on renverserait ou changerait la constitution des Achéens, des Arcadiens on des Éléens, où l’on procéderait à des expulsions, les Athéniens porteront secours dans toute la mesure de leurs moyens et en tout temps aux parties lésées, sur leur requête.
Chaque peuple exercera le com mandement sur son territoire.
Les serments seront prêtés aux envoyés du Péloponnèse par le Conseil, par les stratèges, par les taxiarques, par les hipparques , par les phylarques et par les chevaliers.
Prêteront serment, au nom des Arcadiens, des Achéens, des Éléens et des Phliasiens, les envoyés qui sont à Athènes. »
Il est à remarquer que, dans ces négociations, la fraction mautinéenne traite, non pas au nom des Arcadiens dissidents, mais au nom delà Ligue entière : il représente officiellement la légalité, il s’attribue la garde de la Constitution fédérale et eu fait garantir l’intégrité par les autres signataires. Bref, il se fait
Importance de l'accession de Phlions à la Ligue.
reconnaître, non pas comme un groupe, mais comme l’Arcadie entière. De plus, les parties contractantes traitent sur le pied d’égalité en s’attribuant le commandement en chef chacune sur son territoire.
Quant à Phlious, son entrée dans la coalition n’était pas sans importance. Athènes et Mantinée y devaient attacher ud grand prix, à cause de la valeur stratégique du territoire phliasien. Il était certain que Mantinée, foyer de la résistance, serait le point de ralliement des coalisés, et Tégée le quartier général des ennemis : la Haute Plaine allait, une fois de plus, servir d arène aux deux moitiés de la Grèce. Or, Argos s’était détachée de Mantinée. Elle restait fidèle au traité conclu avec Thèbes en 366 (1), escomptant sans doute l’appui de Thèbes pour satisfaire ses ambitions sur Phlious et sur Sicyone. De plus, il ne lui plaisait pas d’entrer dans un groupe qui sollicitait en même temps l’alliance de Sparte. Cette hostilité d’Argos créait un gros embarras aux Athéniens en leur coupant le meilleur chemin de Mantinée. Deux voies demeuraient plus ou moins praticables aux renforts d’Athènes: celle du Sud obligeait Athènes à convoyer ses troupes par mer jusqu’à Gythion pour les joindre aux Lacédémoniens (2). La route du Nord pi us directe était hérissée d’obstacles. A l’Isthme, la cavalerie de Corinthe escarmouchait : il fallait forcer les passes. Au-delà de Cléonai, le chemin se croisait. Du côté de l’Argolide, les défilés étaient trop faciles à fermer pour qu’ou pût songer à prendre cette voie (3). Restait l’embranchement par Némée,
(1) Xén. Hell. VII, 4, 11.
(2) Pour dépister Épaminondas, qui faisait le guet à Némée (Xén. Rell. VII, 6, 7), les Athéniens annoncèrent l’intention d’expédier leurs renforts par voie de mer; mais ce fut une simple ruse de guerre, non suivie d’ellet, car l’infanterie et la cavalerie suivirent ensemble la même route, mais la cavalerie arriva la première. — Voy. aux Appendices, le récit de la bataille.
(3) Épaminondas comptait sur les Argiens pour barrer la route de l’Argolide entre Cléonai et Mantinée par les cols de l’Artémision. Lui-inôme se poste à Némée, et n’en part que sur le faux bruit que les Athéniens ont renoncé à la voie de terre. C’est alors seulement que, la route devenue libre, les Athéniens peuvent lancer à marches forcées leur infanterie et leur cavalerie. Celle-ci, partie d’Éleusis au matin, arriva le soir à l’Isthme où elle prit son repas. Elle dut être harcelée soit la nuit, soit le lendemain matin, par les Corinthiens, et subir quelques pertes (Xén. H- II. VII, o, 16 : xai Èv KopivÔio oocTuyT-pLaxo; yey£VT|U.évou xotç 'ntTTîüo'cv) en traversant l’Isthme; elle fit une seconde halte à Cléonai, et de là passa à Némée et à Phlious, en évitant l’Argolide (Xén. Hell. VII, 5, 15) pour arriver à Mantinée le troisième jour à midi, en même temps que la cavalerie thébaine (Polyb. IX, 8, 9).
PÉRIODE THÉBAINE
Phlious et Aléa. Si Phlious s’opposait au passage avec son excellente cavalerie, toute jonction devenait impossible : c’est pourquoi les Mantinéens durent insister pour gagner à leur cause ce vaillant peuple, dont les circonstances faisaient le portier des monts. La haine d’Argos et l’amitié de Sparte, plus que sa sympathie pour les Arcadiens, le décidèrent à sortir de sa neutralité (1).
La plus délicate de toutes ces démarches fut celle que les Mantinéens tentèrent auprès de Sparte. Elle leur a été reprochée comme une indigne palinodie, par Pausanias et par les historiens modernes (2). 11 est vrai que, pour beaucoup d’esprits, l’indignation est la première forme de la surprise. Toutefois, les historiens de la Grèce savent qu’en ce pays moins qu’ailleurs les traditions diplomatiques étaient loin d’être immuables, et que, pour rétablir l’équilibre de la balance, on n’hésitait pas à déplacer les poids d’un pbiteau à l’autre. Les prétentions de Thèbes à l’hégémonie avaient amené ses affranchis à défendre contre elle la liberté qu’ils lui devaient en partie, et cela avec l’aide de leurs anciens oppresseurs assez affaiblis pour n’ètre plus redoutables, assez forts pour rester de précieux auxiliaires. Le groupe qui avait pris en main la cause de l’indépendance arcadienne, n’entendait la livrer à la discrétion de personne, pas plus à celle de Thèbes qu’à celle de Sparte. 11 devait en bonne logique faire appel aux Lacédémoniens. La tournure de la requête atteste à quel point les idées sur le rôle de Sparte avaient changé : il n’en est que plus injuste de juger une situation nouvelle avec les idées appropriées à l’ancien état de choses (ü). L’histoire du rapprochement de Mantinée et de Sparte ne nous est connu que par une phrase de Xénophon (4). On envoya à Lacédémone une délégation des Éparites. Ils avaient mission de faire valoir les intérêts du Péloponnèse menacé de servitude, et de convier les Lacédé-
(1) Ils semblent s’ètre confinés dans le rôle de gardiens des défilés : ils ne paraissent pas sur le champ de bataille. Peut-être étaient-ils retenus par la crainte d’une surprise des Argiens.
(2) Curtius. Hist. gr. IV, p. 467.
(3) II y a des événements qui marquent une sorte de prescription dans les faits : telle la bataille de Leuctres pour les prétentions hégémoniques de Sparte. Cette prescription devrait aussi s’appliquer aux formules des historiens. On ne saurait apprécier l’état des partis dans le Péloponnèse de 362 avec les jugements applicables dix ans plus tôt.
(4) Hell.\ II, 3, 2-3. — Diod. XV, 82, 3-4.
Rapprochement de Mantinée et de Sparte.
moniens à l’œuvre d’affranchissement. Le langage des députés s’adressait aux Lacédémoniens non pas comme aux maîtres passés ou éventuels du pays, mais comme à une tribu péloponnésienne, intéressée au même titre que les autres à la défense commune. Le souci de ne pas faire acte de sujétion, de ne pas invoquer le secours des Lacédémoniens comme un patronage, mais comme une collaboration, se traduisit par une réglementation nouvelle du commandement en chef. On stipula que chaque État exercerait le commandement sur son territoire. C’était mettre tout le monde sur le pied d’égalité : plus de hiérarchie entre les alliés, ni de subordination à un État protecteur comme dans l’ancienne symmachie. Le traité conclu avec Sparte ne différait pas au fond du traité signé avec Athènes : on est donc mal fondé à l’interpréter comme une avance humiliante pour Mantinée, comme une sorte de renonciation aux principes démocratiques et nationalistes. Au contraire, la clause finale allait assurer aux polémarques mantinéens (fait jusqu’alors sans précédent), la direction des armées de Sparte comme de celles d’Athènes. Les Lacédémoniens n’ignoraient pas que le champ de bataille désigné était le territoire de Mantiuée et qu’il leur faudrait combattre en sous ordre du peuple qu’ils avaient démembré 23 ans auparavant. C’est un signe des temps qu’ils aient consenti avec empressement à cette déchéance. Le résultat de la campagne diplomatique se terminait par un triomphe pour Mantinée : l’hégémonie morale dans la coalition, à défaut de la suprématie matérielle, lui appartenait sans conteste.
Bataille de 362. Les États coalisés déployèrent tant d’activité que, malgré la prompte entrée en campagne d’Épaminoudas, ils purent se concentrer à Mantinée dès les premiers jours (1). Mais au moment de faire face à la crise suprême, les généraux mantinéens ne se montrèrent pas à la hauteur du péril. A la hardiesse d’un ennemi fertile en surprises, ils n’opposèrent qu’un plan défensif sans audace et sans originalité. Tandis qu’Épaminondas s’ingéniait à les tromper par des feintes et des fugues imprévues, ils s’attardaient dans la routine de la tactique classique, étalaient au grand jour leurs formations de combat, se préparaient lentement à une attaque qui se dérobait, pour se montrer désemparés quand elle surveuait. Ils ne savaient ni rien prévoir ni rien parer. Mal renseignés, ils laissent d’abord l’ennemi s’échapper : il était déjà
(1) Xén. Helt. VII, 5, 7. — Voy.le récit détaillé delà bataille aux Appendices.
PERIODE THEBAINE.
sur Sparte quand ils apprennent son départ. Ne le voyant plus, ils négligent les plus élémentaires précautions, s’éclairent mal, laissent la population se répandre dans les champs pour enlever les moissons. Lorsqu’il reparaît inopinément, ils ne doivent leur salut qu’à l’iDtervention inespérée de la cavalerie athénienne. Le hasard seul et l’intrépidité de leurs alliés les tirèrent d’alïaire. Dans la mêlée, autant l’adversaire fit preuve de précision et de vigueur, autant ils lui opposèrent d’incohérence et de timidité. La fatalité réservait à Épaminondas, après l’échec de deux plans admirables, le coup de grâce final. Cette mort équivalait pour les siens à une défaite en pleine victoire. Par là, tout était sauvé; le résultat demeurait indécis. La joie de ce dénouement providentiel (1) fit sans doute oublier les récriminations. Mais les alliés de Mantinée auraient eu le droit de se plaindre de leurs chefs. Leur impéritie avait failli tout perdre. Mantinée, en organisant l’alliance, avait pensé du même coup organiser la victoire. Ses généraux ne valaient pas ses diplomates. Ils n’étaient pas dressés à la grande guerre : tout ce qu’ils montrèrent, en assumant, aux termes du traité, le commandement suprême, ce fut une insuffisante présomption. Force fut d’en convenir, après la bataille. Quoique, pour la bravoure, tout le monde eût fait son devoir, la légende mantiuéenne s’abstenait de vantardise. Si elle disputait aux alliés la gloire du coup de lance sauveur, elle cédait les palmes de la vaillance aux Athéniens Gryllos et Képhisodoros : le héros local, Podarès. n’obtenait que le troisième rang, même dans l’opinion de ses compatriotes (2).
L’éclat de cette mémorable journée a préservé de l'oubli le nom de Mantinée. Mais celle-ci a perdu en réputation ce qu’elle y a gagné en notoriété. Dans l’histoire, le meurtre d’Épaminondas s’attache comme une flétrissure au nom de la ville parricide. Les motifs du conflit ont été trop vite oubliés. Rien ne contribue comme une antithèse sentimentale à la fortune d’une légende. Des faits complexes que nous avons racontés, la mémoire des hommes n’a retenu qu'un contraste : un héros, le type le plus achevé que la Grèce ait produit, tombe, victime de ses bienfaits,
(1) A propos do cotte dernière campagne, Xénophon ( Hell.Yll, 5, 19) s’arrache à lui-même un assez maigre éloge des talents militaires d’Épaminondas. Il semble que la mort prochaine du héros incline son juge à la bienveillance. Dans cet hommage in extremis, il y a comme la satisfaction d’une oraison funèbre.
(2) Pausan. VIII, 9, 10.
en attaquant la ville ressuscitée par lui. Admirable thèmepour les moralistes ! L’historien, à moins de s’associer à leurs lamentatations,doit renoncer à leur disputer cette proie. Que de touristes anciens ont dû improviser, près du modeste cippe du Thébain,un thrène sur l’ingratitude des peuples ! Sachons du moins gré à Pausanias de s'en être abstenu (1).
Embellissements Cette période de dix ans marque pour la Nouvelle-Mantinée de la une £re d'esse et de prospérité. Sous la vigoureuse impulsion de *'2' '-7i Lycomèdes, la ville s’embellit rapidement. Ou effaça les traces des ruines accumulées par les Lacédémoniens en 385. Après les beaux ouvrages de défense militaire, on se consacra à la restauration des temples, à l’ornement des édifices sacrés et civils. C’est dans ce temps que fut appelé Praxitèle, sans doute déjà célèbre. On lui confia d’importants travaux de sculpture, le groupe de Léto et de ses deux enfants et la décoration du piédestal (2), dans le Létôon contigu au vieil Asklépieion pour lequel Alcamène avait exécuté une statue d’Asklépios. Praxitèle composa aussi pour l’Héraion situé sur l’agora, près du théâtre, un autre groupe de trois personnages. Dans l’intermède pacifique qui suivit 362, ces préoccupations ne furent pas oubliées : une copie du tableau de la bataille, exécutée pour le portique du Céramique, par le peintre athénien Euphranor, contemporain de l’événement, fut installée dans une salle du gymnase de Mautinée. Des monnaies nouvelles furent frappées (3).
Si Mantinée n’avait pas à offrir à l’admiration des étrangers un édifice aussi somptueux que le temple d’Aléa à Tégée, ses trésors artistiques n’étaient point méprisables. De cette époque datent les plus beaux édifices dont nous ayons retrouvé les restes : le théâtre, le Bouleutérion, un marché à colonnade dorique et un hérôon, celui de Podarès. Le Bouleutérion en particulier présente un spécimen remarquable de l’architecture civile au milieu du IVe siècle (4).
État de la Grèce La journée de 362 clôt un des plus courts, mais des plus étonaprès ht mort naDts chapitres de l’histoire grecque : celui de la puissance a Épaminondas. thébaine. Les précédents s’arrêtaient sur Ægos-Potamos et sur
(1) Pausan. VIII, 11, S.
(2) Vov. aux appendices, la discussion sur l’époque des travaux de Praxitèle.
(3) Pausan. VIII, 9. — Sur les monnaies, v. p. 24 2.
(4) Voy. plus haut, p. 262 et suiv.
PERIODE THEBA1NE
Leuctres; les suivants finiront sur Chéronée et sur Corinthe. Ce qui succombe avec Épaminondas, sur le champ de bataille de Mantinée,. c’est le régime de l’hégémonie exercée parle moyen d’alliances offensives et défensives au profit exclusif d’un État.
Les grandes tribus helléniques se sont usées à la poursuite de cette chimère. Après un embrasement d’un long siècle, il ne reste plus en Grèce que des scories. L’impuissance d’une race quel conque de la Grèce propre à une domination durable est démontrée : des forces extérieures vont désormais entrer eu jeu. Les ligues de formation nouvelle n’auront plus le caractère des symmachies de l’ancien système. Ce seront surtout des groupements défensifs où les dernières énergies s’associeront dans une lutte suprême contre l’envahisseur étranger. Dès lors la Grèce n’a plus son équilibre en elle-même : elle n’est plus qu’un contrepoids. C'est hors de l’Hellade que réside le centre vital. Les cités helléniques sont passées à l’état de réflexes. D’une manière générale, l’ère de l’activité ésotérique est révolue en 362. Dès l’antiquité, de bons esprits l’avaient compris : aussi plusieurs historiens avaient ils adopté cette date comme terme de leurs Helléniques (1).
La fatigue et le dégoût des vastes et stériles ambitions s’empare DésaoTégation
des États grecs après le grand effort de 362. Les Thébains abdi- Lia
quèrent les premiers : leur victoire matérielle les amena à une Ligue Arcadienne. défaite morale. Tel fut le résultat le plus net de la singlaute isolement
journée de 362. A ce point de vue, les Mantinéens pouvaient se féliciter de leur polilique ; ils avaient voulu s’affranchir de Thèbes: c’était fait. 11 est vrai que leurs adversaires arcadiens demeuraient intacts. La direction de la Ligue échappait à Mantinée. Le schisme entre elle et Mégalopolis était définitif. Comme elle ne voulait pas plus subir le joug de la fraction avancée que celui de l’étranger, il ne lui restait en bonne logique d’autre parti à prendre que de s’absorber dans la défense de son autonomie.
Elle allait vivre pour elle-même, se désintéresser des luttes extérieures, satisfaite de n’imposer et de ne subir aucune contrainte.
Ce rêve d’existence égoïste et casanière hantait tous les esprits, sauf à Sparte où l’on ne pouvait se résigner à ce statu quo sans les plus douloureux regrets. La paix générale qui suivit la
(1) Entre autres, Diodore (XV, 89) cite Xénoplion, Anaximène de Lampsaque, Philistos de Syracuse.
Obscurité de Mantinée de 361 à 352.
bataille clouna satisfaction à ce désir de repos (1). Elle sanctionnait les tendances particnlaristes, puisqu’elle avait pour principe l’autonomie de toutes les républiques, égales sur le pied d’amitié. Seuls les Spartiates s’en exclurent, ne voulant pas reconnaître l’indépendance de la Messénie. Le Péloponnèse revint avecjoie à ses vieilles habitudes d’isolement.
L’union périclitait. Par un revirement bien explicable, c’était maintenant à la patrie de Lycomèdes que recouraient les particularistes, les dissidents et les déserteurs de la grande idée. Une clause de la paix de 362 stipulait que tous ceux qui avaient pris part à la bataille rentreraient dans leurs foyers. Les habitants des ’/àjrj.ou, transplantés pour le synœcisme de Mégalopolis et qui s’accommodaient mal de leur métamorphose en Mégalopolitains, s’en autorisèrent pour réintégrer leurs anciennes demeures. Les Mégalopolitains voulurent les faire rentrer dans leurs murs. Il s’ensuivit un conflit sérieux. Les réfractaires demandèrent du secours aux Mantinéens, à leurs alliés arcadiens, aux Éléens et à tout le groupe des coalisés de 362. On s’aperçut alors que la mêlée de l’année précédente n’avait rien tranché : la désagrégation continuait. Probablement les États invoqués mirent quelque mollesse à intervenir. Mantinée avait oublié la Parrhasie. Thèbes, au contraire, suppliée par les Mégalopolitains, n’en mit que plus d’empressement à jouer de la férule pour essayer de rétablir son prestige. Elle dépêcha Pamménès avec 3000 hoplites et 300 cavaliers, et tout rentra dans l’ordre (361) (2).
Une période d’assoupissement succéda à cette échauffourée. Mantinée s’éclipsa de la scène politique. Tandis que la guerre sociale, les premières conquêtes de Philippe, puis la 2° guerie sacrée enfièvrent Athènes, elle mène une vie paisible de bourgade.
(1) Polyb. IV, 33, 8. — Diod. XV, 89 et 94. — Plut. A g te. 33. — Ce traité nous est mal connu. Où et quand fut-il conclu? A Mantinée, aussitôt après la bataille, ou bien dans une autre ville et quelque temps après, comme le veut Clinton ( Fasli hellenici . 361 av. J.-C.)? On ignore aussi la situation de Mantinée dans la Ligue arcadienne. Continua-t-elle à envoyer des délégués au Conseil des Dix-Mille ou se tint-elle tout à fait à l’écart du groupe mégalopolitain?
(2) Diodore. XV. 94. Le texte porte que les Mégalopolitains recoururent aux Athéniens. C’est une erreur évidente que les éditeurs récents ont eu raison de corriger. (Voy. Grote. Hist. gr. XV, p. 223. Note 1). — C’est à tort également que Pausanias rapporte l’envoi de Pamménès à la fondation de Mégalopolis (Paus. VIII, 27).
PÉRIODE THÉBAINE
Éphore, rapporte Strabon avec malice (1), ne trouvant rien à raconter sur Cymé, sa patrie, et ne voulant pas la passer sous silence, écrivit : « Pendant ce temps, les habitants de Cymé se tenaient tranquilles. » Nous voilà réduit au même expédient que le naïf Cyméen par le silence de Diodore sur le rôle de Mantinée de 361 à 352. Mais cette dernière année vit le réveil de l’ardeur guerrière de Sparte, sous Archidamos. Messène et Mégalopolis menacés par les Lacédémoniens, qui se posaient alors en libérateurs de la nation arcadienne, reçurent assistance de Thèbes, d’Argos et de Sicyone (2). Archidamos III avait pour auxiliaires 3000 hoplites de Phocide et 150 cavaliers des anciens tyrans de Phères, Lycophron et Peitholaos. En allant attaquer Argos avec cette armée, il vint camper près de Mantinée, afin de gagner Ornéai par la route du Klimax (3). Ce fait prouve qu’il comptait sur la neutralité d’une ville demeurée fidèle à l’alliance Spartiate contre Thèbes. Mais, en cette occurrence, les Mantinéens ne furent que les spectateurs bénévoles d’un déploiement militaire sur leur territoire : témoignage d’amitié bien platonique 1 Mais Sparte avait désappris l’exigence.
(1) Strab. XIII, 3, 6.
(2) Athènes s’abstint, malgré le discours de Démosthène pour les Mégalopolitains.
(3) Diodore. XVI, 39.
Fig. Un. — Statuette (H. 0.30) d'Asklépios i?) trouvée dans le Bouleutérion.