CHAPITRE IX
Abstention de l’Arcadie ^ à Chéronée (338).
PÉRIODE MACÉDONIENNE
Après la prise d’Olynthe en 348, l’Arcadie presque entière se refusa à considérer comme un péril national la marche triomphante de Philippe. Le parti d’Euboulos, à Athèues, frappé d'une subite clairvoyance, décréta l’envoi de délégués chargés d’aller par les villes plaider la cause du patriotisme hellénique. Eschine, délégué pour le Péloponnèse, dépensa en vain des trésors d'éloquence pour entraîner les Dix-Mille contre le « Barbare, l’Exterminateur. » « L’Arcadie, écrivit-il à son retour dans son rapport aux Athéniens, voit avec joie Athènes se réveiller et s’occuper de la Grèce. » (1) Ces dispositions étaient excellentes, sans doute, mais elles ne valurent à Athènes ni un hoplite, ni un cavalier. La première ambassade (344) de Déinosthène dans le Péloponnèse ne paraît pas avoir été plus efficace (2). Tiré en sens contraire, le parti mégalopolitain se laissa protéger contre Sparte par le successeur d’Épaminondas.
Mais la propagande , renouvelée en 343 par Démosthène , Polyeuctos, Hégésippos, obtint de meilleurs résultats (3). Mantinée avec le groupe des Arcadiens du Nord, suivit Mégalopolis, Messène et Argos dans l’alliance athénienne conclue en 342, sans rompre pour cela avec Philippe (4). Les Arcadiens firent
(1) Démosth. Dp faisa leg., 10, 11, 304. — Eschin. ibid. 79. Le passage d’Escliine à Mantinée, au cours de sa tournée oratoire, n’est pas certain, mais très probable.
(2) Dém. Phil. II, 19, 26 ; Pro Cor. 64, 79, 295 ; De faisa leg. 261. — Polybe (XVII, 14) défend avec vigueur la politique arcadienne contre les accusations d’égoïsme et de trahison lancées par Démosthène sur certains personnages. — Cf. Pausanias : VIII, 6, 2. — 27, 10. — En 343, Philippe protégeait l’Élide, la Messénie, Mégalopolis, Argos, et confinait Sparte en Laconie.
(3) Dem. Phil. III, 72. — Mo g. X Or. 841e.
(4) Schol. Esch. C. Clés , 83 (Schultz) : ’AO'qvatoi stù IIuQoSûto'j àpyovroç t ai p' ’stei -rqç p9 oXuji.7r!xSoç (109,2 = 343,2) . . .E7t£a'|;av TroXXayoù -rqç 'EXXâSoç TîpsffpEiaç Tcspt cpjuuay 'a; . . . ’EysvovTO ;jlÈv oùv oc'jtoÏç tôts ffépiaa/ot 'Ayaioi, ’ Apxxosç ol p-erot Mavxtvéïüv, ’Apyscoi, MEyaXoTroXïra'.. Me5G'/]V[oï. Le témoignage du scholiaste est confirmé par un décret attique
PÉRIODE MACÉDONIENNE
de nouvelles promesses à Démosthène, en mission pour la 3e fois en 340 (1) ; mais, travaillés par les émissaires macédoniens, ils n’osèrent suivre jusqu’au bout Athènes dans sa lutte contre Philippe. Jugeant la situation en Péloponuésiens, ils ne voulaient se défier que de Sparte. Philippe, en se donnant à eux comme un protecteur, obtint leur neutralité. De fait, la Grèce dut constater l’absence des Arcadiens à Chéronée, dans l’un comme dans l’autre camp (338) (2).
Vainqueur, Philippe voulut se faire reconnaître arbitre des Philippe et Sparte États grecs. Il entreprit un voyage à la fois de conquête et de (338>pacification, dans le double but de réduire les dernières oppositions et de réglerles vieilles querelles qui auraientretardé l’union des villes sous sa suzeraineté. Sparte constituait l’irrésistible obstacle à ces desseins Pour en venir à bout, Philippe pouvait compter sur l’aide des voisins intéressés à l’écrasement de Sparte, sur Mégalopolis, Messène, Tégée et Argos (3). Ces quatre États désiraient le coup de grâce, précurseur de la curée.
Ce fut pour dissiper toute prévention chez tous les groupes PassagedePhiiippe d’Arcadiens et aussi pour les intimider, que Philippe en quittant Argos (automne 338), suivit, au lieu de la graude voie militaire d’Argos à Sparte ou à Mégalopolis par Tégée, le chemin de Mantinée. Il déboucha par l’âpre route du Prinos à Nestané, au pied de l’Artémision. Il planta sa tente près de la petite acropole de cette bourgade, sur un roc qui domine l’Argon Pédion. Ses troupes cantonnaient sans doute dans le village, à proximité d’une source abondante, qui reçut, en souvenir de l’hôte royal, le nom de Fontaine Philippeios (4). Cet hommage courtois semble indiquer que Mantinée subit par nécessité et tout au moins provisoirement la loi de sou puissant visiteur.
Toutefois le fait de sa soumission reste indécis. A en croire Diodore (3), les Arcadiens refusèrent, seuls de tous les Grecs, de reconnaître l’hégémonie de Philippe et d’Alexandre. Il faut aussi y ajouter Sparte, restée intraitable malgré sa mutilation (6). Si
à Mantinée (Automne 33S)
(C. T. A. IV, l!4b, c. ), faisant allusion à l’alliance de Messène (10'pryt. Pythodotos = juin 342). [Voy. Beloch Utisc'ie Politi k., p. 367 sqq. — Scala. l'erhandL. d. 45 Philol. Vers, in Koln. 1893, p. 174. — Beloch. Griecli. Gesch. II, p. 544].
(1) Avec Callias de Chalcis. Escli. C. Ctes. 93-98. — Biog . X Or. 850a. — Epist. Phil. 6.
(2) Pausan. VIII, 6, 2. — 27, 10.
(3) Polyb. IX, 28, 33. — XVII, 14.
(4) Pausan. VIII, 7, 4. — Voy. p. 92.