XVII
(6) Plut. Apophtegm. lacon. p. 218% 233e.
Coalition contre Antipater (332-0).
l’on veut discuter le témoignage de Diodore, il est nécessaire d’en restreindre la portée. Il ne peut être ici question des Arcadiens en général, puisque, de toute évidence, certains d’entre eux devaient retirer de beaux bénéfices de l’ingérence macédonienne (1). Il s’agit donc d’un groupe d’Arcadiens dissidents sympathiques à Sparte, et ce parti n’a pu être que celui de Mantinée, demeurée fidèle à la politique de gouvernement autonome. Une conclusion s'imposerait : ce groupe ne serait pas entré dans le /.o*.vôv panhellénique et dans le synédrion de Corinthe (337).
Il est très probable que Mantinée participa à la manifestation d indépendance organisée par le parti anti-macédonien de l’Arcadie, après la mort de Philippe en 336, avec le concours de Sparte. d’Élis et d’Argos (2).
Diodore 1 3) nous renseigne aussi mal sur la levée de boucliers de l'hiver 332/1, lorsqu’Agis III entraîna Sparte et nombre de Péloponnésiens à l'insurrection ouverte contre le régent Antipater. Les coalisés débutèrent par une attaque contre Mégalopolis (printemps 331). Parmi les alliés de Sparte, on connaît les Éléens, les Achéens, l’Arcadie entière, sauf Mégalopolis (4). c’est-à-dire les membres péloponnésiens de l’ancienne coalition contre Épaminondas. Il n’est pas douteux, vu l’affirmation formelle d’Eschine et l’attitude antérieure de Mantinée, que cette ville ait envoyé son contingent parmi les 20,000 hoplites auxiliaires d’Agis.Antipater,vainqueur d’Agis à Mégalopolis (automne 331), s’il ne supprima pas les débris de la Ligue arcadienne, imposa aux vaincus de dures conditions (3) et installa à Méga lo-
in Le tribunal arbitral constitué par Philippe pour fixer les frontières de la Laconie remit à Tégée la Skiritis avec Karyai, à Mégalopolis la Belminatis (Polyb. IX, 33. — Strab. VIII, 361, 363. — Pausan. II, 20, 1. — Xiese. Gesch. d. Griech. u. ilaked. Staaten. I p. 37. — Le poème d’Isyllos d'Épidaure i YVilamowitz-MOllendorf. Philol. Unters. IX, 23, 3i. — Cavvadias. Fouilles d'Épidaure. I, p 36, 1. 39, sq.| contient une allusion aux projets que Philippe aurait eu d’abolir a Sparte la royauté : ôxa or, utsavov xys <t>./.!“oç = le X— xott,'/.
lOsXcov avîXetv pxGÙrrfix tiul/v.
12 i Alexandre renouvela à Corinthe, en 333, la Ligue panhellénique; les Lacédémoniens s’abstinrent. Après la destruction de Thèbes, les villes qui s’étaient soulevées punirent les instigateurs de la révolte f Arrien. I. 10. t. — Dinarch. Im. Demostlx. IS sqq. — C. I. A. II, 160i.
(3) Diod. XVII, 62.
c 4 ■ Eschine. Contra Ctesiph, 163. — Sur la date de ce mouvement, Xiese. Gesch. d. Griech. u. ilaked. Staaten. I, p. 103 et 107.
io) Diod. XVII, 63, 3. — XVIII, 68. — Hyper, in. Déni. fr. XVI. — Voy. Pauly- Wissowa. Realencycl. art. Agis III et Arkadia, p. 1131.
PÉRIODE MACÉDONIENNE
polis une constitution oligarchique. C’est peut-être à ce moment que la constitution de Mantinée fut modifiée. Aristote, dans la Politique, terminée après la mort de Philippe, la décrit comme n’étant plus en vigueur (1).
L’échec de cette tentative rendit les Arcadiens plus prudents. En 323, ils restèrent sourds aux exhortations des patriotes athéniens, Hypéride, Polyeuctos, envoyés officiels, et Démoslhène, alors exilé, qui s’adjoignit à eux. Ces orateurs reprirent dans les villes la propagande d’Eschine en faveur d’une levée en masse contre la Macédoine. Mais, en dépit de leurs efforts, combattus par les agents d’Antipater, l’Arcadie n’alla pas grossir l’armée de Léosthènes (2).
Après la guerre lamiaque, Antipater, à l’instar de Lysandre, avait établi dans la plupart des villes des décarchies oligarchiques, soutenues par des garnisons macédoniennes. Après sa mort, son fils Cassandre, chiliarque de l’empire, devint le protecteur de ces gouvernements, qui échappaient ainsi à l’autorité
Cassandre et Polyperchon dans le Péloponnèse (319-7).
(1) La réforme se placerait après 343, date approximative du voyage d’Aristoxénos de Tarente à Mantinée, où il put encore voir en vigueur l’ancienne constitution, et 330.
'(2) Plut. Démosth. 27. — L’opinion de Droysen (Hist. de V Hellénisme. II, p. 31, note 2) qui préfère à l’assertion si nette de Pausanias (VIII, 6, 2) celle du Biographe des dix orateurs (38, p. 846c) ne m’a pas convaincu. Pausanias affirme que les Arcadiens ne combattirent pas avec les Grecs contre Antipater, en Thessalie, mais qu’ils n’entreprirent rien contre eux. Le Biographe raconte que l’éloquence de Polyeuctos avait échoué devant les Dix-Mille; arrive alors Démosthène qui entraîne aussitôt leur adhésion. Ses compatriotes le récompensèrent en le rappelant. Il est à peine besoin d’insister sur le caractère apocryphe de cet épisode. Plutarque ( Démosth . 27) rapporte, d’après Phylarque, une heureuse répartie de Démosthène à une plaisanterie de Pythéas, orateur du parti macédonien. Mais il ne dit pas que les Dix-Mille votèrent l’alliance. De fait, comment Mégalopolis se serait-elle armée contre Antipater? L’opinion de Pausanias est plus conforme à l’état d’esprit traditionnel du Péloponnèse et aux précédents. Les Arcadiens ne recevaient pas volontiers le mot d’ordre du dehors. Ils l’avaient prouvé à Eschine. S’ils s’étaient soulevés en 332, c’était à l’instigation de Sparte, puissance pôloponnésienne, qui se posait alors en libératrice de la péninsule contre la tyrannie étrangère. Au reste, Droysen, après avoir affirmé, sur la foi du Biographe, l’adhésion des Arcadiens à la Ligue attique, admet, pour ne pas rejeter le témoignage de Pausanias, qu’ils ne sortirent pas de chez eux, sous prétexte peut-être que Corinthe leur barrait le passage. Malgré l’autorité de l’historien, on ne saurait approuver un éclectisme qui aboutit ù fausser deux témoignages formels et contradictoires sans en tirer une certitude.
Mantinée et Démétrios Poliorcète (printemps 303).
de Polyperchon, le gouverneur général. Celui-ci, pour reconquérir la Grèce à son influence, décréta en 318 l’autonomie des villes grecques et le rétablissement des démocraties. Seuls, les Mégalopolitains restèrent attachés à Cassandre, et Polyperchon résolut de les réduire (1).
Ce triste tableau de la péninsule en 319/8 a-t-il une portée générale? Eutre les deux partis, n’était-il pas loisible à quelques-uns de ne pas se prononcer? On ne saurait discerner ni si Mantinée avait reçu d’Antipaier un épimélète macédonien, ni si elle changea momentanément son personnel politique, ni si elle passa à Polyperchon pour l’abandonner après son échec devant Mégalopolis (318). Bientôt après, Cassandre descendit dans le Péloponnèse pour chasser de certaines villes les troupes que Polyperchon, malgré son libéralisme de parade, avait jugé bon d’y laisser derrière lui. En 316 on trouve le chiliarque occupé au siège de Tégée : Mantinée, soit qu’elle se fût soumise, soitqu’elle eût réussi à faire accepter sa neutralité, ne semble pas l’avoir arrêté, llenfutdemêmependantles deux campagnessuivantes (2 .
C’était une époque féconde en coups de théâtre et en changements à vue. Les diadoques et leurs généraux se succédaient sans trêve à l’assaut des malheureuses villes, sous prétexte de les délivrer. Les Péloponnésiens n’avaient jamais vu tant de bonnes volontés préoccupées de leur bonheur. Mais les libérateurs défendaient leurs protégés avec une main de fer, et les bienfaiteurs apparaissaient le plus souvent sous forme de garnisaires. Si les oppresseurs changeaient souvent, l’oppression était continue (3j. En 304, Cassandre commandait par les postes éparpillés
(1) Diod. XVIII, «8, sqq. — XIX, 11 et 35.
(2) Ce fut alors un chassé-croisé des deux partis macédoniens dans le Péloponnèse. Diod. XIX, 35, 54, 64. — Xiese. Gea -h. d. griech. u. Maked. Staulen. I, p 279-281. — Par la paix de 311, Cassandre était reconnu seul maître du Péloponnèse.
(3) Polyperchon avait promis la liberté aux Grecs contre Cassandre ; Antigone avait repris cette promesse à son compte en 315; la paix de 311 entre Cassandre, Ptolémée, Lysimaque, Antigone, proclame le principe de l’autonomie des cités helléniques, sans que, d’ailleurs, un seul hoplite fût retire des villes occupées. Aussi Ptolémée Lagide, en 308, put-il débarquer à Corinthe en nouveau libérateur : il commence son œuvre de libération en s’assurant de Corinthe, de Sicyone et de Mégare (Diod. XIX, 37 — Diog. Laert. II, 115. — Drovsen, II, p. 384). Les villes côtières d’Achaie, d’Élide, de l’Isthme étaient les plus exposées aux coups de main des condottières. L’Arcadie offrait moins de prise à ces tyrans de hasard, qui n’avaient jamais le temps de s’engager dans une campagne à fond.
PERIODE .MACEDONIENNE.
Mo
dans l’intérieur, l’Argolide et l’Arcadie (1). Polyperchon détenait une partie de l’Achaïe et de l’Élide. Entre temps, Démétrios Poliorcète venait gagner la Grèce à la cause de sou père Antigone : déjà les Athéniens, leurrés par ce mot de liberté qui agissait sur les âmes grecques comme un sortilège, l’avaient accueilli en sauveur (2). Les bandes de Polyperchon et de Cassandre ravageaient librement tout le pays. Au printemps de 303, Démétrios entreprit d’aller en plein Péloponnèse exécuter les promesses jadis faites par son père. D’Argos, il passa en Arcadie, où, dit Plutarque, il entraîna toutes les villes dans son parti, saut Mantinée. Cette résistance isolée a lieu de surpendre, si l’on songe que jamais l’heureux capitaine ne justifia mieux que dans cette campagne son nom de Poliorcète. De fortes places, occupées par d’importantes garnisons, corn meSicyone, Corinthe, Ægion, furent enlevées d’assaut. En i’absence de détails sur le traitement de Mantinée depuis l’établissement de Cassandre en Arcadie, on pourrait être tenté d’expliquer par une situation privilégiée l'extraordinaire indulgence de Démétrios envers cette ville.
Peut-être était-elle restée exempte de toute garnison macédonienne ? Le Poliorcète n’aurait pas voulu s'acharner à triompher d’une opposition eu quelque sorte toute morale, et par conséquent précaire, puisqu'aucune force étrangère n’empêcherail les citoyens de se donner à lui un jour ou l’autre. Ou bien, comme il se présentait, aussi lui, en restaurateur de l’autonomie démocratique,*estima-t-il superflu d’imposer ses bons olïices à la fière cité qui avait su échapper à la tyrannie des précédents libérateurs.
En tout cas, ces faits restent obscurs et le silence des textes n’autorise pas de plus amples conjectures.
La mission de Démétrios aboutit à la création d’une Ligue Démétrios au hellénique, sur le modèle de celle que Philippe avait établie en P?ssase du Mont 337. Les États, déclarés tous autouomes, le ’ reconnurent pour Ly,ke,°" généralissime et défenseur de leurs franchises contre les usurpateurs oligarchiques patronnés par Cassandre. Mais la mort d’Antigone et la défaite d’Ipsos (301) compromirent gravement son œuvre et sa situation. Les Athéniens, et uo libre de Grecs dont la fidélité n’était guère plus sincère, se déclarèrent contre lui.
Il) Il est probable qu’il avait laissé en 314 des garnisons isolées à Mégalopolis, Tégée, Stymphale, Orchomène (Diod. XIX, ♦>-!).
(2) Diod. XX, 100, 102, 103. — Plut. Déméir. 27. — Le récit de Diodore, quoique plus développé, est moins complet: il omet les opérations de Démétrios en Arcadie et en Argolide.
Les tyrannies macédoniennes.
Des mouvements inquiétants agitaient le monde hellénique et le Péloponnèse. Sparte, annihilée depuis 330, relève la tête grâce aux subsides du Lagide, et pousse le Péloponnèse à la défection. Démétrios accourt, dompte Athènes en 295 et fond sur la péninsule. Argos, semble-t-il, était de connivence avec les Lacédémoniens (1). Démétrios trouva sans doute la route militaire de Tégée barrée parles ennemis. Aussi prit-il un chemin détourné, celui du Klimax par le Mont Lyrkéion, de façon à déboucher sur la Mantinique et de là marcher sur Sparte. Mais les Macédoniens se trouvaient fort embarrassés au passage de l’âpre montagne, sans guides dans des sentiers perdus sous les broussailles. Archidamos IV et son armée, probablement accourus au secours d’Argos, les surprirent dans cette position difficile (2). C’est alors que, au dire de Polyainos (3), l’ingénieux capitaine s’avisa d’un stratagème qui le tira d’affaire. Le vent du Nord soufflait avec rage. Les Macédoniens mirent le feu aux arbustes. Comme ils se trouvaient sous le vent au-dessus des ennemis, ceux ci reçurent en plein visage une fumée aveuglante et un air embrasé : ils durent rebrousser chemin ; le courage et l’épée des Macédoniens acheva leur déroute (295) (4).
Cette seconde campagne de Démétrios, interrompue par les événements extérieurs qui le rappelèrent en Macédoine, se termina par une retraite semblable à une fuite. Sparte appuyée par l’Égypte, redevint assez menaçante pour empêcher les Arcadiens, au dire de Pausanias (5), d’aller en 279 se joindre à l’armée grecque massée aux Thermopyles en face des Celtes de Brennus, Comme toujours, le Péloponnèse abandonnait à leur sort les États trans-isthmiques.
La chute de Démétrios en 285 laissa le parti macédonien dans le Péloponnèse fort désemparé, tandis que s’organisaient des
(1) Athénée. X, p. 415.
(2) Plut. Démétr. XXXV.
(3) Polyain. IV, 7, 9.
(4) D’après Plutarque, la rencontre a eu lieu près de Mantinée (7tepi Mav-nveiav). Or, le manuscrit de Florence, archétype du texte de Polyainos, donne pour le nom de la montagne Aoxatov. 11 est évidemment impossible que le Lycée ait joué un rôle quelconque dans un combat aux environs de Mantinée. Aussi Melber ( Iahnii annal, suppl. XIV, p. 632) propose-t-il avec raison la correction Aûoxsiov qui s’impose et qu’il adopte dans son édition. Le récit fie Droysen, rédigé d’après l’ancienne leçon, est inintelligible topographiquement (Hist. de l’Hellén. II, p. 545).
PERIODE MACEDONIENNE.
forces hostiles de plus en plus puissantes. Sparte, avec l’alliance égyptienne, tentait de ressaisir les bribes de son antique hégénomie (1). Les villes achéennes avaient, en 276, expulsé leurs garnisons macédoniennes et jeté les bases d’une fédération indépendante, destinée à devenir une force prépondérante dans les destinées de la Grèce. Dans le reste de la Péninsule, la souveraineté d’Antigone Gonatas, fils de Démétrios, s’émiettait. Son influence ne s’exerçait plus qu’indirectement par l’intermédiaire des tyrans locaux qui s’installèrent dans nombre de villes, entre 272 et 268, après l’expédition de Pyrrhos, à la faveur des troubles intérieurs (2). Ces tyrannies s’opposaient aux partis aristocratiques, dont Sparte paraissait vouloir ressaisir le patronage, et comptaient se maintenir par la protection du roi de Macédoine. Il ne restait plus à celui-ci qu’une possession immédiate, Corinthe. La garnison de l’Acrocorintbe devait prêter main-forte aux tyrans menacés : là était le donjon de l’influence macédonienne et la clef du Péloponnèse. Nous ignorons si Mantinée vit fleurir chez elle une de ces tyrannies populaires en qui s’incarnaient les aspirations égalitaires et niveleuses du parti des pauvres. Que devinrent dans cette période confuse de compétitions et de bouleversements subits les institutions et l’autonomie de Mantinée? J’incline à croire, contre l’hypothèse de Droyseu, que cette ville demeura indemne de toute occupation étrangère et de toute nouvelle réforme constitutionnelle (3).
(1) Vers 278, elle avait installé un harmoste à Argos.
(2) Polyb. II, 41, 10.
(3) Droysen (III, p. 210) : « A part Corinthe, Antigone n’avait probablement en sa possession immédiate aucune localité, si ce n’est peut-être Trœzène et Mantinée ». Dans une note, l'auteur déclare que, de ces deux hypothèses, la première lui semble la plus vraisemblable. Or, le textç sur lequel se fonde cette opinion dubitative, exige une conclusion catégorique dans un sens ou dans l’autre. Il s’agit de la phrase de Pausanias : II, 8, 6 : « Aratos amena Aristomachos, tyran d’ Argos, à rétablir dans cette ville la démocratie, Mav-nvîiav xs MaxsSovojv ÊyôvTüiv etÀev. » La leçon MaxeBovwv a paru à bon droit suspecte à la plupart des éditeurs qui l’ont, d’après les meilleurs manuscrits, corrigée en Aaxsooctftovûov, persuadés que ce passage faisait allusion à la prise de Mantinée par Aratos en 226. Dans ces conditions, quelle que soit la leçon adoptée par l’historien, il y doit pleinement acquiescer, sans plus montrer dans le récit des faits le moindre souci de la leçon rejetée. On ne saurait approuver un éclectisme timoré qui préfère deux affirmations contradictoires il une affirmation même contestable. La contradiction double l’erreur, au lieu de l’annuler. C’est le cas pour l’édition Didot, qui donne Aax£Bai|Aovuov dans le texte grec, et Macædonibus dans la traduction latine. Mais la confusion
MANTINEE ET LAKCADIE OKIENTALE.
Coalition
antimacédonienne autour de Sparte.
Guerre de Cbrémonidès (270-263).
Derrière elle, en effet, Sparte et l'Égypte s’armaient pour l’expulsion du Macédonien. Sparte reprit avec zèle son rôle de patron des intérêts conservateurs contre les tyrans. Les principaux États du Péloponnèse se groupèrent autour d’elle dans une coalition plus redoutable encore que celle qui avait eu raison d’Épaminondas. Tout attirait Mantinée dans cette ligue, dont le but était noble et le succès probable, étant donné la confusion actuelle des affaires macédoniennes. Il s’agissait d’arracher le Péloponnèse à l’anarchie tyrannique, de rétablir dans les villes les régimes traditionnels et d’assurer le libre jeu des constitutions antiques.
Au même moment, Athènes, sous l’impulsion d’un ardent patriote, Cbrémonidès, le Thrasvbule malheureux de l’émancipation anti-macédonienne, tentait un suprême et honorable effort pour reconquérir sa liberté. Dés lors, la fusion des deux tentatives s’imposait. Au delà comme en deçà de l’isthme, le dessein était le même et les intérêts identiques. Sparte, semble-t-il, prit l’initiative des négociations (1) : Cbrémonidès accueillit avec joie ses propositions d’alliance. Mais, par l’accession d’Athènes, la lutte devait prendre aussitôt une plus large envergure. Ce n’était plus ni du Péloponnèse ni d’Athènes seulement qu’il sagissait, mais de la Grèce entière. Les sentiments panhelléniques de l’Athènes de Démosthène revivent dans ce décret de Chrémouidès qu’une heureuse découverte nous a rendu (2). L’àme du stoïcisme naissant, dont l’orateur était un des plus fervents adeptes, vivifie les froides formules du protocole et communique à ce document la flamme d’un éloquent manifeste. Le nom de Mantinée ne pouvait être associé à un réveil plus méritoire et plus généreux de l’hellénisme agonisant. Je cite en entier ce texte curieux :
Dieux. Archontat de Peithidémos. Deuxième prytanie, celle de la
atteint l’absurde quand Droysen (III, p. 422) affirme que, dix ans après la chute d’Agis IV, c’est-à-dire en 2: VI, Mantinée était occupée par les Macédoniens. Il se fonde encore sur le môme passage de Pausanias, sans éprouver aucun scrupule à l’appliquer à des époques si différentes. De plus, dans la môme page, il approuve en note la correction AaxeSoeiaovtwv !
(1) Pausan. III, 6, b.
(2) C. I. A. II, 332. — Dittenberger, Sylloge, n° 163. — Hicks. Historien l inscr. n" 169.— La chronologie de la guerre de Chrémonidès est un peu flottante. Pour l’archontat de Peithidémos la date la plus probable est 268/7 av. J.-C. (Wilamowitz. Antigunos, p. 253). Areus fut tué à Corinthe au printemps 265. La prise d’Athènes par Antigone Gonatas et la fin de la guerre datent de 263.
PÉRIODE MACÉDONIENNE
tribu Érechthéis, le 9 de Métaçiitnion, 9e jour de la prytanie. Assemblée plénière. Présidence du président des proèdres Sosistratos, fils de Kallistratos, du dème d’Erchéia, et de ses collègues. Décret du peuple sur la proposition de Chrémonidés, fils d’Étéoclès, du dème d’ Aithalia.
Considérant que précédemment les Athéniens et les Spartiates, ainsi que leurs alliés respectifs, ayant conclu amitié et alliance réciproque, ont combattu ensemble nombre de bons combats contre ceux qui entreprenaient d'asservir les villes, ce qui leur valut d'accroître leur propre gloire et de restaurer la liberté des autres Hellènes, — que, actuellement, la Grèce entière se retrouvant dans les mêmes conditions du fait de ceux qui entreprennent de renverser les lois et les constitutions traditionnelles de chaque État, — d'une part, le roi Ptolémée (1) suivant la politique de ses ancêtres (2) et de sa sœur (3), se montre plein de zèle pour la liberté commune des Hellènes , et que, d' autre part, le peuple athénien ayant conclu une alliance avec lui, a décrété d’inviter aussi le reste des Hellènes à adopter la même politique, — que, pareillement, les Lacédémoniens devenus les amis et les alliés du roi Ptolémée, ont aussi décrété de s’allier au peuple athénien avec les Éléens, les Achéens, les Tégéates, les Mantinéens, les Orchoméniens, les Phliasiens, les Kaphyéens et ceux des Cretois qui font partie de l'alliance des Lacédémoniens, d' A reus et des autres alliés ; — qu’ils ont député au peuple une ambassade de synèdres, — que ces envoyés proclament les bonnes dispositions des Lacédémoniens, d’Areus et des autres alliés envers le Peuple et qu'ils apportent leur adhésion commune à l’alliance; —
Afin donc que les Hellènes, réunis dans un sentiment unanime contre les oppresseurs actuels des villes et les violateurs des conventions, entreprennent ardemment la lutte d’accord avec le roi Ptolémée , dans le but que cette entente soit à l’avenir la règle des gouvernements,
Ce qu’à Bonne Fortune soit — le peuple a décrété :
Il est conclu un traité d’ amitié et d’alliance entre les Athéniens, les Lacédémoniens et les rois de Lacédémone, les Éléens, les Achécns, les Tégéates, les Mantinéens, les Orchoméniens, les Phliasiens, les Kaphyéens et ceux des Crétois qui font partie de l’alliance des Lacé-
(1) Ptolémée II Philadelphe, roi depuis 285.
(2) Allusion à l’alliance antérieure de Ptolémée Ier avec Sparte.
(3) Arsinoé Philadelphe, sœur et femme de Ptolémée II.
démoniens (1), d’Areus et des autres alliés, — traité valable à perpétuité, conformément aux conditions apportées par les ambassadeurs.
Le traité sera gravé par les soins du secrétaire de la prytanie sur une stèle de bronze, et exposé sur l’Acropole près du temple d'Athéna Poli as. Les autorités prêteront aux ambassadeurs qui se sont présentés le serment relatif à l’alliance, suivant les rites (2).
Le succès ne répondit pas aux espérances des coalisés : les affaires publiques sortirent de cette lutte plus confuses et plus instables que jamais (3). Il ne semble pas néanmoins qu’Antigone ait usé de représailles contre Mantinée a cause de sa participation à la guerre de Chrémonidès. Quant à Sparte, elle ne désarma pas tout d’abord : mais ses forces s’épuisèrent dans un duel sanglant avec Aristodémos, tyran de Mégalopolis (4). La Ligue Arcadienne n’existant plus (il n’est pas question des Arcadiens dans le décret de Chrémonidès) (5), seule la Ligue achéenne, après la réforme de sa magistrature suprême (6), devenait susceptible d’une action puissante. Avec Aratos, elle allait affirmer ses droits à la prééminence. Le subtil Achéen se substitua à Sparte dans la lutte contre les tyrans, contre la Macédoine et dans l’alliance égyptienne (7), avec cette différence qu’il réservait ses sympathies aux démocraties régulières. C’était donc en lui que les villes devaient chercher, surtout après la délivrance de Corinthe en 248, le point d’appui de leur liberté. C'est ce que fit Mantinée.
(1) Areus I", roi de Sparte, était allé, en 272, combattre en Crète pour les Gortyniens. (Plut. Pyrrhos, 27).
(2) Voy. pour les serments, le n" 33 du C. I. A. II.
(3) Droysen. Hist de l’Hellén. III, p. 240.
(4) Pausan. VIII, 27, 8. — Plut. Agés. 3.
(3) Elle avait peut-être été supprimée après 323. Mais on ne saurait invoquer, en faveur d’un renouvellement ultérieur de la Ligue arcadienne, le décret des Dix-Mille en l’honneur de Phylarchos. La date de cette inscription est encore incertaine. Il y a plusieurs systèmes : celui de M. Foucart, qui tient pour l’année 224 (Inscr. du Pélop. 340a), celui de Klatt (Forschungen. p. 89, sq.) qui conclut pour une date incertaine, antérieure à 238, celui de Droysen (Hellénisme. III, p. 361), qui propose la période 231-238 : il avait d’abord été approuvé par Dittenberger ( Sylloge , p. 261), qui s’est ensuite ( Ibid p. 661) prononcé pour le IVe siècle. (Cf. Swoboda Rhein. Mus. XLIV, p. 337, 2).
(6) A partir de 233, on ne nomme plus qu’un stratège, au lieu de deux. C’était renforcer la direction de la Ligue en la concentrant. (Polyb. II, 43, 27 — Strab. p. 383).
(7) Plut. Aratus. 24.