‹ Mantinée et l'Arcadie orientaleChapitre 55 sur 73 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

PÉRIODE ACHÉENNE

Le fait de l’alliance de Mantinée avec Aratos, avant 245, est, comme on le verra, très sujet à caution. On ignore les circonstances qui auraient préparé cette évolution vers l’Achaïe de la politique mantinéenne, au détriment du pacte conclu avec Sparte. Il y eut sans doute alors, à Mantinée, comme dans toutes les villes grecques, des convulsions intérieures entre le parti des pauvres et celui des riches. Un vent révolutionnaire poussait partout les masses démocratiques contre les classes aisées de la bourgeoisie qui avait pris la place de l’antique aristocratie de naissance. Dans un pays d’exploitation rurale, comme la Mantinique, la propriété foncière constituait la principale source de revenu. Peut-être les privilèges censitaires attachés à la possession du sol étaient-ils devenus le monopole d’une catégorie de plus en plus restreinte de propriétaires fonciers, tandis que croissait le nombre des citoyens exclus, par le manque de ressources, des cadres de la mAttei'a. Les révolutions à Mantinée devaient forcément se ramener à une question agraire. Les villes de la Haute Plaine n’étaient ni des centres industriels comme Sicyone ou Corinthe, ni des marchés comme les villes de la côte. En Arcadie, les indigents, qui ne trouvaient pas dans le travail de la terre des moyens d’existence, émigraient. Dans un territoire exigu, insuffisant pour nourrir tous ses habitants, la misère et l’exil volontaire étaient le lot d’une partie notable de la population. Les déshérités essayaient d’abord de tromper leur détresse en empruntant aux riches. Le poids de leurs dettes devenant de plus en plus écrasant, il n’y avait plus de remède

Lutte des riches et des pauvres à Mantinée au milieu du 3e siècle.

MANTINEE ET l’aRCADIE ORIENTALE.

que dans une expropriation violente des uns au profit des autres. De là les crises périodiques, épisodes ordinaires de l’histoire des villes grecques au IIIe et au IIe siècle avant J. -C. (1). A Mantinée, ces confiscations, accompagnées d’expulsions, étaient, au IIIe siècle, la règle du parti vainqueur, comme le prouve l'exemple de Cléandros, tuteur de Philopœmen. C’était, au témoiguage de Polybe et de Plutarque (2), un des Mantinéens les plus considérables par la richesse et la naissance. Exilé de sa patrie, il alla chercher un refuge à Mégalopolis, chez Crausis, qui appartenait lui-même à l’une des familles les plus puissantes et les plus anciennes d’Arcadie. Après la mort de son hôte, Cléandros se chargea, par reconnaissance, d’élever le fils orphelin de Crausis, Philopœmen, né en 253. C’est donc vers cette époque que se produisit à Mantinée uue révolution populaire, dont le bannissement du noble Cléandros est un incident particulier (3).

De ce changement de régime, on ne saurait conclure à un abandon immédiate de l’alliance Spartiate, car les faits où l’on avait cru voir une vengeance de Sparte ne mérite aucune créance.

Si l’on en croit Pausanias, Agis IV, fils d’Eudamidas, voulut préluder à ses réformes sociales par la restauration du prestige extérieur de Lacédémone La réalité des expéditions militaires d’Agis est un des points les plus obscurs de l’histoire grecque. Plutarque, dans sa Vie d’Agis, n’a retracé que l'œuvre socialedu roi réformateur. Il affirme même que son lôle militaire fut nul, à l’inverse de Cléomène(4). C’est seulement par quelques maigres données éparses dans Pausanias (5) que nous apprenons le conflit qui aurait mis aux prises Sparte avec le Péloponnèse, soutenu par la Ligue achéenne. Les incohérences, les lacunes et les erreurs manifestes de Pausanias ont mis à la torture les érudits. C’est en vain qu’ils ont ressassé ce texte suspect pour le mettre

(Il Fustel de Coulanges. Cité antique, p. 397. — Questions historiques, p. 122 et suiv. — P. Guiraud. La propriété foncière en Grèce, p. 400 et suiv., 607 et suiv.

(2) Polyb. X, 22. — Plut. Philop. 1. Plutarque ajoute que, comme Phénix à Achille, Cléandros donna à son élève une éducation noble et royale. — CL Suidas, s. v. Philopœmen.

(3) On ne peut savoir si ce mouvement était dirigé par un tyran.

(4) Comparaison d’Agis de Clèomène arec les Grctcques IV, 2. Il est vrai qu’on peut mettre en doute la valeur de ce morceau, rédigé d'après les seules données des Vies comparées.

(5) II, 2, o. — VII, 7, 2. —VIII, 8, 11 ; 27, 14; 36, 6.

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d’accord avec lui même et avec Plutarque. De ce travail n’est sorti aucun résultat définitif. L’explication et la chronologie des faits demeurent toujours un problème (1).

Sur le compte d’Agis, Pausanias semble avoir recueilli des Lescampagnes traditions orales plutôt que compulsé des textes écrits. Quant à d'Agis iv, Plutarque, son silence dans les Vies d’Agis et d’Aratos sur les roide sParte’ événements relatés par Pausanias, qu’il tienne de l’ignorance ou dapres Pausanias

du parti-pris, est tout a fait étrange.

Pausauias attribue à Agis trois campagnes : 1° une tentative de siège contre Mégalopolis (2), qui aurait eu lieu après l’abdication du tyran Lydiadas. Or, d’après Polybe (3), Lydiadas se démit de la tyrannie alors que Démétrios, fils d’Antigone Gonatas, vivait encore, c’est à dire un peu avant 229, date de la mort de Démétrios ; — 2° Une attaque contre Pellène d’Achaïe (4), repoussée par Aratos, cela après la prise de Corinthe par les Achéens en 243. Or, Plutarque (5) mentionne entre 245 et 239(6) une attaque des Étoliens sur Pellène : Agis était venu au secours des Achéens, mais Aratos refusa la bataille, renvoya son allié avec force compliments et se réserva de tomber sur l’ennemi au moment où il saccageaitla ville. Il est très probable que Pausanias a confondu et complètement dénaturé les faits et le rôle des personnages. Car on ne saurait facilement admettre, sans un merveilleux concours de circoustances, que la même ville ait été à deux reprises le théâtre d’un épisode identique où Spartiates d’abord et Étoliens ensuite se seraient trouvés aux prises avec les Achéens, et que chacun de ces épisodes nous soit connu par un historien différent. — 3° Une attaque contre Mantiuée suivie d’une grande bataille qui aurait coûté la vie à Agis. Or, le récit

(1) Manso Sparta. III, 2, 123. — Neumayer. Agis und Kleomenes, 1880/1, ne discute pas ces questions. — Preiss. Neue Beitrage zur Geschichte Agis 111 (IV) Pillau, 1882, est contredit par Klatt ( Chronologisclie Beitrage zur Geschichle des Achaischen Bundes, p. 12. Berlin. 1883) dont l’argumentation toute négative ne manque pas de force. — Cf. Goltz. Quibus / ontibus Plutarchus in vitis Arati, Agidis, Cleomenis enarrandis usussit. Innsbruck.

1883. — Niese. art. Agis IV, dans la Rcalencycl. de Pauly-Wissowa. IC p. 821.

— Hiller von Gàrtringen. art. Arkadia. ibid. 12, 1131 et 1133.

(2) Paus. VIII, 27, 12-15; —36, 6.

(3) Polyb. II, 44, 5.

(4) Pausan. II, 8, 5. - VII, 7, 3. — VIII, 27, 4.

(5) Plut. Arat. 31 - Agis. 15.

(6) La première date est celle de la première stratégie d’Aratos, la deuxième celle de l’alliance entre les Achéens et les Étoliens.

Légende de la bataille de Mantinée entre AgisetAratos, allié des Mantinéens (245 ?)

très circonstancié de Plutarque ne laisse aucun doute sur la fin du fils d’Eudamidas : il est mort à Sparte, en prison, étranglé par ordre des éphores. Donc Pausanias, quand il affirme deux fois qu’Agis est tombé sur le champ de bataille de Mantinée n’a fait que répéter une légende à laquelle il a ajouté une erreur. Dans sa mémoire ou dans les souvenirs de celui dont il tenait le récit du combat, le nom d’Agis IV s’est, confondu avec celui du frère d’Eudamidas I*r, Agis III, tué en 331 dans la bataille de Mégalopolis contre Antipater (1).

Ainsi, autant d’informations, autant de bévues. La lre et la 3e sont entachées de grossières erreurs ; la 2e paraît bien être une méprise ; nous considérons le fait comme non avenu. Que subsiste t- il en dernière analyse? Sans nous attacher à l’épisode de Mégalopolis, il nous reste à reproduire les curieux détails de cette bataille de Mantiuée. Le récit de Pausanias (2), avec la précision apparente de certains détails, paraît très suspect dès qu’on l’analyse.

Agis, pour des raisons inconnues, se serait porté contre Mantinée avec son armée. Les Mantiuéens se trouvaient prêts à le recevoir, ayant mobilisé toutes leurs forces valides et fait appel à de nombreux auxiliaires. Ils avaient pour alliés : 1° les Éléens, qui leur avaient envoyé un devin d’Olympie de la race des Iamides, Thrasyboulos, fils d’Ænéas. Ce persounage avait pris tellement à cœur la cause des Mantinéens, que, non content de les enflammer par de flatteuses prédictions, il était sorti de ses attributions sacerdotales pour payer de sa personne dans la mêlée ; 2° tous les peuples d’Arcadie (nSv xo aÀÀo’ApxaStxdv), chacun sous les ordres de ses chefs respectifs, entre autres les Mégalopolitains, commaudés par Lydiadas et Léokydès ; 3° les Achéens ayant à leur tête Aratos étaient accourus avec les Sicyoniens, sur la demande expresse des Mantinéens. D’après les précédents, et si l’on en juge par la place d’honneur qu’ils occupaient à l’aile droite, le commandement suprême revenait aux Mantinéens et à leur stratège Podarès. En réalité, ce fut Aratos qui dirigea les mouvements des coalisés sur le terrain. Par une feinte habile, il décida de la victoire (3). L’action aurait eu lieu aux environs de Poseidion. La légende locale voulait que le Dieu

(1) Diodor. XVII, 62-63. — Voy. plus haut, p. 472.

(2) Pausan. VIII, 10, 5.

(3) Voy. l’analyse de cette manœuvre, aux Appendices.

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fût intervenu en faveur des Mantinéens ; ceux-ci, par reconnaissance, lui auraient élevé un trophée.

Ce récit a toutes les allures d’un roman. L’intervention du devin Iamide, l’apparition de Poséidon, la réapparition d’un polémarque Podarès, inspirée par les souvenirs de 362, tous ces détails rappellent les procédés et le style hiératique dont on retrouve la trace dans le récit de la seconde guerre rnessénienne. La tactique même du combat a quelque chose d’archaïque ; elle serait, pour l’année 243, un anachronisme militaire. Cette bataille est une invention de prêtres. On peut hardiment lui dénier toute réalité, et la reléguer au nombre des légendes qui se fabriquèrent à Sparte au sujet d’Agis et de Cléomène.

Quant au détail de la mort d’Agis, il aura été suggéré à Pausanias par la vanité patriotique de quelque exégète local, désireux de prendre à sa manière une revanche sur la victoire d’Agis II en 418. Les Mantinéens avaient la fierté de leur champ de bataille où s’étaient mesurés à tour de rôle tant d’illustres capitaines. Depuis la mort d’Épaminondas , ils s’imaginaient de bonne foi que leur plaine était le cimetière désigné des plus grands hommes de guerre. La légende au temps dePausaoias avait multiplié les nobles victimes; les guides prenaient plaisir, comme celui de César à Troie, à faire fouler au touriste des ossements de héros. Pausanias aura noté, sans le contrôler, ce fait de la mort d’Agis IV ; il l’aura accepté d’autant plus aisément que le souvenir vague de la mort d’Agis III sur un champ de bataille prédisposait sa mémoire à une confusion.

Quant au trophée de marbre signalé par Pausanias,, s’il existait, c’était sans doute quelque souvenir de la bataille de 418 (1).

Ces- conclusions s’affermissent si l’on cherche à s’expliquer le silence de Plutarque. Comment le biographe d’Agis et d’Aratos a-t-il passé sous silence un fait aussi important pour ses deux héros? Pourquoi ne nous les montre-t-il jamais aux prises, mais faisant assaut de courtoisie et marchant presque la main dans la main? 11 semble extraordinaire qu’Aratos n’ait rien dit de cet épisode si glorieux pour lui dans ses Mémoires, une des sources de Plutarque (2).

(1) Pausan. VIII, 10,4.

(2) Dans ces conditions, il serait oiseux de discuter, contre Droysen (Hist. de l’Hellen. III, p. 406, I), la date de cet événement fantaisiste, et de rechercher si la présence de tous ces Arcadiens à cette prétendue bataille indique une reconstitution de la Ligue arcadienne vers 245.

Mantinée, arbitre entre Aratos etletyrand'Argos, Aristippos ( 240- 239 ).

Il semble que Mdntinée ait réussi assez longtemps à se teuir à égale distance de Sparte, de l’Achaïe et de la Macédoine (1). Aucun traité particulier ne la liait avec la Ligue achéenne. Cette indépendance, reconnue de tous les partis, lui valut d’être choisie pour arbitre en 240/239 dans un différend entre Aratos et le tyran d’Argos, Aristippos. Voici comment Plutarque raconte le fait (2) : « Aristippe, homme plus atroce encore qu’Aristomachos, s’empara de la tyrannie. Aratos, donc, à la tête de tous ceux des Argiens qui étaient en âge de porter les armes, se hâte de marcher au secours d’Argos, ne doutant point de trouver les Argiens disposés à le recevoir. Mais l’habitude avait façonné ce peuple à l’esclavage, et personne ne se déclara pour lui : il se retira sans autre profit que d'attirer aux Achéens le reproche d’avoir fait en pleine paix un acte d’hostilité : ce qui les fit citer en justice devant les Mantinéens. La cause fut plaidée sans qu’Aratos comparût; et Aristippos la poursuivit avec tant de chaleur qu’il fit condamner les Achéens à 30 mines. »

Il y a plusieurs points dans cette affaire qui ont semblé obscurs. D’abord le choix du juge. Aristippos, d’après Plutarque (3), était un abominable tyran, suppôt d’Antigone Gonatas. Comment expliquer qu’il ait plaidé et gagné sa cause devaut les Mantinéens, sinon parce que cette ville était « ellemême sous la dépendance macédonienne »? Ainsi raisonne Schorn (4). Son imagination l’emporte même plus loin. Il pense que Mantinée était le siège de la haute cour de justice macédonienne établie dans le Péloponnèse pour tenir en bride les petits tyrans (o). Hypothèse triple, puisqu’elle suppose : 1° la main mise de la Macédoine sur Mantinée, 2° sa reconnaissance par l’Achaïe, 3° le fonctionnement particulier de ce régime. D’après une autre théorie, la sentence aurait été rendue par

(1) Droysen (III, p. 422) admet qu’après la chute d’Agis en 241 elle se rallia à Sparte et à la Macédoine. Mais aussitôt (note 1) il affirme qu’elle conserva son indépendance. La ville était en démocratie; elle n’avait donc rien à attendre du libéralisme d’Agis. La réaction oligarchique que Droysen suppose après la chute du roi réformateur n’est nullement attestée.

(2) Plut. Arat. 25. — Cf. Bérard. De arbitrio inter libéras Graecorum civitates, p. 17.

(3) Ib. 26.

(4) Gesch. Griech. p. 94, n. 5.

(5) « Zu Mantinea muss der hôchste Gerichtshof der Makedonier im Peloponnes gewesen sein; diesem unterwarfen sich die kleinen Tyrannen und wurden dadurch im Zaume gehalten » .

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l’Assemblée fédérale arcadienne, les Dix-Mille, qui se seraient précisément alors trouvés réunis à Mantinée (1).

Ce sont là d’inutiles complications. Le fait en lui-même n’avait rien que de très usuel dans la pratique de l’arbitrage entre cités grecques (2). Deux États défèrent leur litige à une tierce ville, l”éxxÀY|Toç TcôXt;, dont ils acceptent à l’avance la décision.

Tel fut le rôle de Mantinée en celte occurrence. On la choisit d’un commun accord parce qu’elle était indépendante et neutre, et que son impartialité n’était pas suspecte. Quant au jugement, il ne faisait aucun doute. Si peu sympathique que fût Aristippos, l’entreprise d’Aratos ne pouvait se défendre au nom du droit. C’était un de ces coups de main que le succès seul justifie (3). Au reste, l’Achéen s’en rendait si bien compte qu’il s’abstint de toute pression sur ses juges et se laissa condamner par défaut. L’arbitre fit preuve d une extrême indulgence. Le chiffre insignifiant de l’indemnité équivalait à un acquittement.

Et, de fait, Aratos s’empressa de recommencer.

Cette sentence équitable était de plus un acte d’habile diplomatie. Le juge demeurait en bons termes avec tout le monde, car l’Achaïe ne pouvait lui faire un sérieux grief d’une aussi faible condamnation, et la Macédoine, représentée par Aristippos, n’avait qu’à se déclarer satisfaite. Il fallait bien, d’ailleurs, contenter tout le monde, à peine de perdre son repos.

Sous Démétrios, successeur d’Antigone Gonatas (239-229), les Mantinée affaires macédoniennes dans le Péloponnèse se relevèrent, mais sous Démétrios la situation de Mantinée resta ce qu’elle avait été. Droysen (4) (239-229)

soutient qu’elle était occupée en 234 par Démétrios. Mais cette

(1) Levenkamp. De rebus Spartannrum inter annos 250 et 200, p. 2. L’existence de la Ligue arcadienne à cette époque est très invraisemblable.

(2) Voy. Sonne. De arbitris externis quos Graeci, etc... Bérard. De arbitré), p. 84.

(3) Il semble bien quAratos ne fut même pas approuvé du Conseil fédéral des Achéens, qu’il n’avait peut-être pas consulté.

(4) III, p. 422. — Levenkamp (de reb. Spartan, p. 21, n. 1) renchérit un peu à la légère sur cette affirmation et défend la leçon delà vulgate Maxsoôvtov êyôvTcov « Hanc lectionem, quae est codicum, merito tuetur Droysen, adversus conjecturam Clavieri temere factam et argumentis carentem: AaxsBx'.ixoviiov.

Or, cette variante est celle des deux meilleurs manuscrits de Pausanias. Il suffit de lire la note justificative de Clavier (trad. de Pausanias. VI, p. 72) pour être convaincu que sa correction est tout à fait juste au point de vue paléographique et historique. Au demeurant, les plus récents éditeurs l’ont adoptée. — Voy. p. 477, note 3.

opinion ne repose que sur une leçon fautive de Pausanias. Il est probable que la ville persista dans son attitude indépendante, favorable aux Achéens, sans que cette sympathie fût pour elle un lien de sujétion, en même temps libre d’allure, mais sans impertinence, envers le Macédonien. Mais, après la solennelle démission de Lydiadas et son entrée dans la Ligue achéenne, vers 234, les autres villes arcadieunes mirent, d’après Pausanias (1), beaucoup d’empressement à suivre l’exemple de Mégalopolis. Mantinée se fit achéenne : c’était fatal.

Accession La réunion de Mantinée à la Ligue est attestée par des textes de Mantinée à la formels (2). Mais la date n’en peut être fixée qu’approximative- Ligue achéenne ment, quelque temps après celle de Mégalopolis, c’est-à-dire vers 234 (3). Orchomène et Tégée paraissent s’être décidées au même moment. Les termes employés par Polybe indiquent que Mantinée entra dans la Ligue en qualité de ville oup/xoXixeuooaa et non comme simple cuijiaayiç. Les habitants recevaient le droit de cité achéenne et prenaient le nom d’Achéens-Mantinéeus (4). Ils adoptaient le culte des divinités fédérales, Zeus Amarios, Athéna-Amaria et Aphrodite (5). Leurs obligations militaires et financières envers la Ligue (6) et leurs devoirs de citoyens achéens ne leur faisaient pas perdre l’autonomie municipale. La Constitution de la Ligue semble même avoir admis le droit de dénoncer, par voie légale et pacifique, le pacte conclu. Une ville, après s’être donnée, pouvait se reprendre, pourvu qu’elle le fit sans violence et sans révolte (7). Mantinée en fut un exemple ; car, à peine entrée dans le parti achéen, elle fit défection pour passer aux Étoliens. Polybe (8), qui signale le

(1) vin, 6.

(2) Pausan. VIII, 8, 10. — Polyb. II, 57, 1.

(3) Lydiadas est stratège des Achéens au printemps 234.

(4) Sur la condition des vi'les confédérées, voy. Dubois. Ligue ach. et étol., p. 170 et suiv. et 179, note 1. On ne possède pas de monnaies des Mantinéens-Achéens, à cette époque.

(5) L’importante inscription d’Orchomène, trouvée par M. Foucart ( Inscr . du Pélop. n” 353) nous donne un modèle de l’acte de réunion qui était, pour les recrues de la Ligue, leurs lettres de naturalisation achéenne.

(6) Polyb. XXV, 1, 1. — XL, 3, 3.

(7) Dubois. Lig. étol. et ach., p. 173.

(8) Polyb. II, 46, 2. ©stopùv (Aratus) xoùç AixojXoùç . . . cpOovouvxx; xo?ç ’Ayaiotç stci TOdOÜTOV ôWxe KâsoiaÉvouç jcs7rpa:j'.x07ri)x<)T0ç aùxoùç xai 7tap7|p7j[jt.£vou TÉysav, Mav-nvEiav, ’Opy op.svbv, xàç AtxtoXoï; ou (aovov cujj.p.'xycBaç Ù7rapyou<raç, àXXà xai <7uu.7roÀix£uo[J.cvaç xgxe ttoXê'.ç, ouy

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fait, ne le juge, à ce qu’il semble, ni anormal ni répréhensible. Ce n’était pas une forfaiture, mais une séparation régulière.

A quel mobile les Mantinéens obéireut-ils en se détachant de la Ligue presque aussitôt après s’y être adjoints? Polybe ne le dit pas. Il atteste seulement que la défection fut volontaire (sôsXovÔyjv), c’est à-dire qu’elle ne fut la conséquence d’aucune de ces surprises dont les Étoliens avaient l’habitude (1). Si donc Mantinée s’est ralliée de son plein gré à un autre régime, et même à un régime adverse, ce n’est pas cette fois pour des motifs de politique extérieure.

Il faut se rappeler qu’à l’époque delà mort de Démétrios(229', la Ligue achéenné se débattait dans les embarras de sa situation intérieure. La direction étroite et anti-libérale d'Aratos portait ombrage à beaucoup de membres de la Ligue : notamment la question du droit de cité et de la participation au corps électoral (7toXtTefa) entretenait les plus fâcheuses discordes entre les censitaires et les pauvres. Aratos personnifiait la politique de la classe bourgeoise des propriétaires ou ctématiques. Bien qu’on ait exagéré jusqu’au système le caractère aristocratique de la Ligue achéenne (2), il n’est pas moins réel que les riches exerçaient dans le gouvernement la prépondérance, au moins à cette époque (3). Or, l’esprit des masses était de plus en plus avide d’égalité et impatient d’émancipation. Il y avait à Mantinée, comme dans toutes les villes, un parti turbulent en perpétuelle insurrection contre les privilèges attachés à la richesse. De plus, pour renforcer dans les villes annexées l’élément fédéral, la Ligue encourageait l’établissement de colons achéens, dont la situation, dépendant étroitement de la Ligue, était pour elle un

oiov àyavaxTOuvTaç èiù toutoiç, àXXà xaï ps(3aioüvTaç aù-rco ttjv TrapxX-q'juv . — 11,57,1. Mav-rivsïç toÎvuv to [asv 7TOüjtov êyxaTaXîTcdv-reç tyjv pnsra Tüiv ’Ayaiwv TioXiTetav £0saovt7)v AItojXoïç Ive/EÎptarav auTOÙç xoù ty]v irarpioa, (JLexà oe tccütoc KXsojjisvei.

(1) Thirlwall, suivi par Dubois ( Lig . ach. et élol. p. 32) donne l’année 243/1 comme la date probable de l’entrée de Tégée, de Mantinée et d’Orchomène dans la Ligue étolienne, à la suite de l’invasion des Étoliens dans le Péloponnèse en 242. Sans parler d’autres invraisemblances, cela supposerait que Mantinée est restée étolienne jusqu’à sa prise par Cléomène en 228, ce qui est impossible, d’après les termes de Polybe.

(2) Voy. à ce sujet les justes observations de Dubois (Lig. ach. et etol. p 90 et suiv.).

(H) Polyb. XXIV, 24, 6. — XXXVIII, 4, 5.

Mantinée passe à la Ligue étolienne (229).

Raisons probables de ce

revirement.

gage de fidélité (1). Mais ces métèques ne devaient pas être bien accueillis de la population indigène. C’est dans cet ordre d’idées qu’on doit chercher la cause de la désaffection de Mantinée à l’égard du régime timocratique de la Ligue. Elle n’avait pas cessé d’ètre une ville foucièremeut démocratique. Or, il n’y avait pas d’existence possible en dehors des groupes qui se disputaient la suprématie du Péloponnèse. Plus que jamais, la Péninsule était retombée sous le joug du système fédératif. Spaite, encore inféodée à ses institutions oligarchiques, après la réaction qui suivit la chute d’Agis et avant les réformes de Gléomène, n’était pas le soutien qui convenait à Mantinée, non plus que la Macédoine. Au contraire, la Confédération étolienue, à tort ou à raison, avait la réputation de soutenir les démagogies (2). La rivalité des deux Ligues, suspendue par leur union contre Démétrios, s’accentuait, à la grande joie et sans doute à l’instigation d’Antigone Doson, son successeur. Déjà les Étoliens avaient pris pied dans l’Élide, leur alliée depuis 271, età Phigalie vers 237 (3). En s’ofirant à eux, Mantinée pouvait, lecas échéant, leur fournir au cœur de l’Arcadie un point d’appui d’autant plus précieux qu’Orchomène etTégée la suivirent dans son évolution. Ce fut une adhésion pleine et entière à la Constitution étolienne, non pas une simple alliance (4). Aratos laissa passera l’ennemi, sans s’émouvoir, ces trois importantes recrues (5). Par cette étrange mansuétude, il semblait reconnaître les torts de la Ligue achéenne à l’égard de ses adhérents. Pour n'avoir pas su les retenir, il faut qu’elle n’ait pas été sans reproche. De là aussi le silence de Polybe, d’où l’on peut conclure qu'il a reculé devant une justification trop pénible de la Ligue et des procédés d’Aralos. Les griefs des dissidents étaient sans doute trop fondés.

(1) Cf. les clauses de l'inscription d’Orchomône (Foucart. lnxcr. du Pelop. nü 340) et l’établissement d’une colonie achéenne à Mantinée en 222.

(2) Dubois (Liy. ach et etnl. p. 106) démontre que, chez les Étoliens, la propagande démagogique n’était pas le ressort de la politique extérieure. Us n’avaient pas là dessus d’idée arrêtée ni de système : l’antithèse souvent répétée par les historiens de deux ligues incarnant deux partis politiques rivaux est, en effet, souvent contredite par les faits.

(3) Droysen. III, p. 217.

(4) Polyb. II, 46, 2.

(3) Ces faits ont précédé, au dire de Polybe (II, 57, I) l’attaque de Cléomène. Celle-ci date du printemps 228, avant la fin de la 9E stratégie d’Aratos (mai 228). C’est donc vers la fin de 229 que les trois villes ont dû passer dans le camp étolien.

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A la suite de ces faits, les rapports entre les deux Ligues se tendirent davantage. Polybe (1) soupçonne les Étoliens d’avoir d’ores et déjà entretenu des relations secrètes avec Sparte. Ce qui arriva à quelque temps de là lui donne raison. Eu effet, Sparte et l’Étolie voyaient avec une égale jalousie les progrès des Achéens. Les Étoliens, gênés par les services qu’ils avaient reçus d’Aratos, n’osaient entrer en lutte ouverte avec leurs amis de la veille. Ils s’étaient contentés d’accueillir avec joie les villes transfuges, surtout parce que cette défection affaiblissait leurs rivaux, mais ils ne semblent pas l’avoir provoquée. D’ailleurs ces trois avant-postesjisolés au milieu des possessions achéennes, ne pouvaient rendre à leurs lointains détenteurs des services immédiats. Il importait moins aux Étoliens de les détenir euxmêmes que d’en voir les Achéens dépouillés.

Au contraire, ces trois villes étaient un appât des plus tentants pour l’entreprenant Cléomène. La Haute Plaine, prolongement naturel de la vallée laconienne. une fois au pouvoir de Sparte, formait comme un coin enfoncé dans les domaines de la Ligue. C’était, de plus, une proie facile, puisque les trois places se trouvaient ainsi dépourvues de défense sérieuse, sous la tutelle plus nominale que réelle de l’Élolie.

A l’égard de 1 Achaïe, la situation de Cléomène était plus franche que celle des Étoliens. Ayant repris à son compte les plans d’Agis, il voulait comme lui préluder aux réformes sociales par une série de conquêtes : il lui fallait avant tout faire voler en éclats la puissance achéenrie. Son génie de capitaine lui suggéra pour son coup d’essai une manœuvre hardie (2). Il tomba à l’improviste sur les trois villes et les enleva d’emblée. Ce fut pour tout le monde une surprise, mais plus désagréable à coup sûr à Aratos qu’aux Étoliens. En effet, ceux-ci comprirent que, comme arme offensive contre la ville rivale, les trois places décuplaient de valeur en passant dans la main du Lacédémonien. Le mal des Achéens devenant pour eux le souverain bien, ils oublièrent vite ce que le procédé avait d’incorrect et d’offensant pour n’en considérer que les conséquences avantageuses. Au lieu donc de protester, ils reconnurent à Cléomène une acquisition qui le

(2) Cette rapide campagne se place tout au début de 228, avant la construction par Cléomène du fort d’Athénaion, près de Mégalopolis, c’est-à-dire avant l’expiration delà 9e stratégie d’Aratos, en mai 224 (Plut. Ciéo,n. 4, 9 — Polybe. II, 46, 2 et 5).

Prise de Tégée, Mantinée et Orchomène par Cléomène (début 228).

Guerre de Cléomène (228-221).

Mantinée surprise par Aratos (printemps 227).

fortifiait contre l’ennemi commun (1). La mansuétude pourtant n’était pas le propre de cette race à qui tous les casus bclli, réels ou imaginaires, semblaient bons dès qu'il y avait prétexte à pilleries. Aussi leur altitude surprit-elle Aratos, et lui apparut comme une manière de complicité. Il ouvrit enfin les yeux sur un péril que son collègue et rival Lydiadas, plus clairvoyant, lui avait en vain dénoncé. Le conseil de la Ligue décida de s’opposer désormais à toute conquête de Sparte. Aussitôt après, la guerre dite de Cléomène éclatait (printemps 228).

D’abord Cléomène pénètre sur le territoire de Mégalopolis, timidement suivi par Aratos. Celui-ci n’osant attaquer de front « le lion de Sparte » se jette sur Orchomène et sur Tégée. Cléomène survient et l’oblige à lâcher prise. L'année suivante, Aratos revenant d’Élide, est arrêté aux passages du Lycée et battu (printemps 227 ) Taudis que court le bruit de sa mort, il s’échappe et tombe sur Mantinée. Cette diversion ranimerait, pensait-il, son prestige ébranlé par les prodigieux succès de Cléomène. Assez médiocre sur le champ de bataille, l'astucieux Achéen excellait dans les surprises de villes, où l’esprit d’intrigue avait plus de part que le génie militaire (2). Quand il appliquait ses échelles aux murs d’une place, il savait que des amis l’attendaient de l’autre côté. La surprise de Mantinée, après celle de Sicyoue et de Corinthe, compte parmi les plus savants coups de main du stratège diplomate. Le moment était propice à pareille tentative. La ville se trouvait sans défense, l’armée

(1) Polyb. II, 46, 2 et 3 — Droysen (III, p. 310) suppose qu’un arrangement préalable avec les villes elles-mêmes favorisa leur occupation. C’est possible. Les villes en question brouillées avec les Achéens, ne pouvaient espérer des Étoliens, occupés en Thessalie, un secours efficace. Cléomène n’avait qu’à se présenter pour les gagner. L’expression de Polybe (II, 46, 2) : KXsopilvou; 7r£7rpa?.xo7r7]x6TOç aùxoûç (les Étoliens), parait indiquer que Cléomène prépara son coup de main avec l’un des partis en lutte dans les villes. Mais quel parti? Les pauvres auraient pu être séduits par les promesses du roi socialiste, si Cléomène s’était posé dès ce moment en démagogue : ce qui n’est pas prouvé. Au contraire, il semble avoir voulu donner le change sur ses intentions et les avoir tenues secrètes jusqu’en 227 (Voy. Dubois. Lig. ach. et étol., p. 66). Ce serait donc avec les riches, conformément à l’antique tradition de Sparte, qu’il aurait pu s’entendre pour leur offrir un programme conservateur moins timoré que la politique décousue d’Aratos La phrase de Polybe (II, 37,2) : ysyovÔTO; B'Itù T0iaÛT7]ç Ttpoaipsffsojç xai (jlet eyovTeç TT|C Aaxsoaipiovtcov TtoXiTsia; confirme cette interprétation : l'oligarchie dominait encore à Sparte en 228.

(2) Voy. le portrait d’Aratos dans Polybe (IV, 8).

PÉRIODE ACHÉENNE

Spartiate étant au loin. On croyait, après la défaite du Lycée, les Achéens en déroute et privés de leur chef. Aussi le succès fut-il prompt et complet. Polybe (1) seul emploie un mot qui caractérise bien la tactique ordinaire d’Aratos : ’Apixou irpaçixoTnfaavroç tyjv tioXiv. Au reste, l’Achéen n’en fut pas quitte pour une simple démonstration : il y eut, après l’escalade, des batailles de rues où les Mantinéens perdirent du monde. Ils se défendirent en désespérés, convaincus que le vainqueur serait sans merci. Mais, à en croire Polybe, les représailles attendues leur furent épargnées, et cette clïaude affaire se termina par de fraternels banquets. Voici son récit : « En cette occurrence, il est si peu vrai que les Mantinéens eurent à éprouver les suites fâcheuses de leur précédente défection que cet événement devint fameux par la vivacité du changement d’attitude des deux peuples l’un envers l’autre. Aussitôt maître de la ville, Aratos défendit à ses troupes de touchera rien de ce qui ne leur appartenait pas; puis, ayant assemblé les Mantinéens, il leur recommanda de ne point prendre peur et de rester comme ils étaient. Leur uuion avec les Achéens leur garantirait toute sécurité. Un bienfait si peu espéré et si extraordinaire changea complètement les disposition des esprits chez les Mantinéens. Tous oublient qu’ils viennent de combattre ces hommes, qu’ils ont perdu dans la lutte nombre de leurs parents, que beaucoup d’eux-mêmes se sont relevés criblés de blessures. Ces ennemis, ils les introduisent dans les maisons ; ils les attablent avec le reste de leur famille et n’oublient aveceux aucun échange de bons sentiments. Et ils avaient bien raison. Car je ne sache pas que jamais ennemis aient montré plus de douceur que les Achéens et que jamais on aiteu moins à pâtir des revers réputés les plus terribles que ne firent alors les Mantinéens grâce à l’humanité d’Aratos et des Achéens à leur égard. »

Ici, Polybe parle en Achéen. Dans ce besoin d’apologie un peu diffuse on devine l’inspiration des Mémoires d’Aratos. Le nom de Mantinée devait éveiller dans l’âme du stratège le plus affreux remords de sa vie, si tant est que la conscience d’Aratos se soit jamais rien reproché. Il savait, en rédigeant ses Mémoires, qu’il ne passait guère pour le bienfaiteur de cette malheureuse ville. Le panégyriste du magnanime vainqueur de 227 apparaît donc comme le témoin à décharge du bourreau de 222.

(1) Polyb. II, 57. — Cf. Plut. Clëom. 5, 1, et Aratos , 36.

Il est permis de ne pas croire tout à fait Polybe sur parole. Quand il s’agit d’Aratos, il manque de franchise. Sa complaisance à nous représenter les Mantinéens battus, mais contents, vaut le jugement de Xénophon sur la joie des victimes de 385. Cette idylle attendrissante des vaincus célébrant leur défaite, la coupe en main, en compagnie des vainqueurs, ressemble fort à de l’histoire sentimentale. Si Polybe avait lu ce récit dans Phylarque, quelle diatribe interminable cela ne nous eût-il pas valu contre cet auteur?

Aussi bien, Polybe lui-même est obligé d’assombrir aussitôt ce touchant tableau de concorde. Loin d'être accepté d’un consentement unanime, le traitement imposé à la ville par Aratos eut pour effet de déchaîner la guerre civile. Le parti populaire s’insurgea contre le nouveau régime et se mit à comploter avec Cléomène et les Étoliens. La faction achéeune, inquiète, envoyademander du secours à la Ligue et représenta aux autorités fédérales qu’une garnison était nécessaire au repos de leurs amis : « Alors, dit Polybe, les Achéens tirèrent au sort parmi eux 30ü hommes, qui partirent en abandonnant leurs propres patries et leurs biens, et s’installèrent à Mautinée pour y défendre la liberté et la sécurité des habitants. On leur adjoignit entre autres deux cents mercenaires qui devaient aider les Achéens à maintenir la situation établie par eux (I) ». L’envoi de ces trois cents Achéens, chargés de défendre leurs partisans et escortés d’une garde pour leur propre protection, est en lui-même assez équivoque. Heureusement Plutarque (2) nous donne sans réticence le mot de l’énigme : « Aratos, après avoir pris la ville, y mit une garnison et donna le droit de cité aux métèques ». Ainsi ces trois cents patriotes qui immolent leurs plus chères affections au devoir d’al'er au loin défendre des alliés, ne sont autres que des colons installés par décret sur le territoire mantinéen, et naturalisés citoyens (3).

(1) Polyb II, 58.

(2) Plut. Arat. 36. — Plutarque s’éloigne à dessein d’Aratos et de Polybe. Peut-être doit-il cette information à Phylarque? Voy. Goltz. Quibus fontibus Plutai chus in vitis Arati, Agidis, Clenmenis usus sit, p- 24 et 25.

(3) Les informations de Plutarque et de Polybe se rapportent au même fait. Droysen (III, p. 512 et 525 ) les disjoint, en donnant la priorité à la création des métèques et à l'établissement de la garnison qu’il croit contemporains de la prise de la ville Ce serait à la demande des nouveaux citoyens que les renforts auraient été expédiés quelque temps après. Mais alors le tableau de

PÉRIODE ACHÉENNE

Les garnisaires étrangers ont pour mission de leur garantir la tranquille possession des terres et des charges qui leur sont attribuées. Dans ces conditions, le dévouement des 300 Achéeus se ramenait à une bonne affaire. La situation de ces nouveaux citoyens se faisait au détriment des indigènes, propriétaires dépossédés de leurs biens ou prolétaires frustrés de leurs espérances.

La présence des mercenaires n’était pas de nature à calmer les mécontents. Ils s’apercevaient de plus en plus que la Ligue en revenait au système des harmostes lacédémoniens et macédoniens. Ce grand organisme libérateur finissait par l’oppression. Assurémentles bourgeois de fraîche date, improvisés par Aratos, se déclaraient enchantés du nouvel état de choses, mais il serait naïf de prendre leur satisfaction pour l’expression du sentiment général (1).

La Ligue par ces mesures vexatoires envenimait l’opposition populaire. Les Mantinéens non intéressés à l’opération d’Aratos d3 se jurèrent d’en finir au plus vite avec ce régime d’accaparement. Juste à cette époque, Cléomène réussit enfin à faire prévaloir à

Polybe ne serait plus une amplification de certains faits réels, mais un mensonge grossier Je ne le pense pas. Polybe a généralisé la joie du parti achéen, qui était à ses yeux la ville tout entière. Quant aux 300 Achéens, il n’a pas expliqué assez clairement ce qu’ils venaient faire à Mantinée. Mais ce sont bien les mêmes que les métèques de Plutarque. La phrase de celui-ci est un sommaire de tous les faits connexes à l’occupation de la ville, sans que les intervalles entre ces faits aient été marqués avec autant de précision que dans le récit plus circonstancié de Polybe.

(1) La date de l’entrée d’Aratos à Mantinée se déduit de Polybe. II, 57, 1.

ET El TSTOCpTO) 7TOOTEOOV TTj; ’AvftyÔvOU TTapOUfftaÇ £7.X(D<73!V XCCtà XpitOÇ Û7T O

tbv ’Ayauov. La campagne d’Antigone Doson dans le Péloponnèse se place vers la fin de l’été 223 (olymp 139,2). La prise de Mantinée tombe vers le début de l’été 227. Unger (Strntegenjalir, p. 154) adopte pour point de départ l’hiver 223, puis épiloguanl sur l’indication pourtant bien claire de Polybe, réduit les 4 ans à moins de 2 ans 1/2, et conclut en plaçant l’épisode de Mantinée dans l’été 225. Voici son raisonnement : Polybe calcule par années olympiques, en arrêtant l’année à la fin des fêtes olympiques, c’est-à-dire en août (15 métagitnion). On a ainsi :

déc. août 223, lre année, août 223 — août 224, 2e année, août 224 — août 225, 3' année, août 225 — juillet 225, 4e année

Klatt (Chronol. Beitrage , p. 35) critique avec raison cette chronologie et maintient la date précédemment proposée par lui dans les Forscliungen z. Gesch. d. Ach. Blindes , p. 90.

Projets

Cléomène.

Sparte ses idées réformatrices (1). Cette subversion totale de l’État conservateur par excellence excita dans le monde grec un enthousiasme ou une terreur sans bornes. Les éléments révolutionnaires en fermentation depuis plusieurs générations s’agitèrent de plus belle (2). Tout ce qui, dans les États, souffrait de l’inégalité des conditions, de la défectueuse répartition de la richesse foncière et des privilèges attribués au cens, tourna les yeux vers le hardi novateur. Une immense aspiration de justice montait de cette terre péloponnésienne, désespérée par les fallacieuses promesses des faux libérateurs. La loyauté convaincue du Spartiate offrait des actes et non de perfides paroles. Combien odieuse ou mesquine paraissait en regard la politique acbéenne! Cléomène avait pour lui les cœurs de tous les déshérités, Aratos les intérêts d’une coterie. D’un côté les masses populaires, déjà soulevées par un frémissement d’espérance, de l’autre la caste arrogante des tyranneaux ou des notables endurcis par l’habitude de la possession exclusive. Après l’épreuve de la verge de fer macédonienne et celle de l’égoïsme achéen, u'était-ce pas le salut pour les serfs de la pauvreté qu’un régime rationnel où le droit civique cesserait d’être pour le plus grand nombre une illusoire vanité, mais deviendrait, par l’admission à la propriété, un titre solide et précieux ? Cléomène appartenait à ces êtres d’exception en qui certaines tendances éparses et assoupies se concentrent, se réveillent, puis s’exaltent en énergies pour une action décisive.

Les temps n’étaient plus où la simple et claire raison d’État suffisait à guider les gouvernants. Au mécanisme rouillé des traditions, le siècle voulait substituer le jeu rationnel des idées et des principes abstraits. L’antique conception delà cité paraissait alors trop étroite. La majorité des citoyens se passionnait moins pour les intérêts de la patrie que pour les droits des individus. De là ces grandes ondes qui dépassaient les frontières pour aller sou-

(1) L’opinion de Droysen III, 513) et de Levenkamp (De rebus Spartnn, p. 61) que la prise de Mantinée exploitée contre Cléomène par les éphores fut la cause de la Guerre de Cléomène est excessive. Quand Plutarque (Cléom. 6) dit que les Lacédémoniens se montrèrent fort découragés par cet échec et refusèrent de continuer la guerre, il faut entendre que les oligarques cherchèrent dans cet épisode, exagéré à dessein, un terrain d’opposition Mais la guerre était nécessaire aux projets de Cléomène et le sort de Mantinée restait accessoire.

(2) Sur l’état économique et social de la Grèce au IIIe s. et sur les réformes d’Agis et de Cléomène, voy. Guiraud. Propriété foncière en Grèce, p. 607-611.

PÉRIODE ACHÉENNE

lever d’un bout à l’autre du monde grec tous ceux qui se disaient concitoyens dans la souffrance et la misère. Il ne s’agissait plus de savoir à quel État reviendrait l’hégémonie. La politique nationale était périmée. La lutte s’ouvrait entre les deux classes de la société : ceux qui possédaient et ceux qui aspiraient à la possession. Dans le Péloponnèse, les Achéens se faisaient les champions de la politique de réaction, et Cléomène l’apôtre militant des théories révolutionnaires.

Le passé démocratique de Mantinée la désignait comme une des premières recrues du parti novateur (1). La Sparte socialiste n’était plus l’épouvantail, mais la sauvegarde, des villes soucieuses de leur liberté. Dans le trouble de la nouvelle situation, chaque État cherchait sa voie, ballotté entre les tendances contraires des deux partis. De là des soubresauts qui peuvent étonner un observateur superficiel. Pour une ville comme Mantinée, placée au centre d’un milieu politique étrangement mobile, les transformations extérieures se traduisaient par des voltefaces plus apparentes que réelles. Au fond, elle n’était pas si désorientée ni si capricieuse que le ferait croire la simple énumération de ses amitiés successives et contradictoires. Son histoire, au contraire, est une, son orientation fixe; seulement, elle restait fidèle plutôt aux principes qu’aux individus ; elle ne s’associait pas aux inconséquences de ses amis; lorsqu’ils abandonnaient la ligne de conduite qui leur avait attiré la confiance des Mantinéens, ceux-ci n’éprouvaient aucun scrupule à les quitter pour se donner à d’autres, quelquefois à des ennemis de la veille venus à résipiscence. C’est ainsi que, ferme dans sa politique libérale, elle s’allie en si peu de temps aux champions successifs de cette politique : aux Achéens, aux Étoliens, à Cléomène. Les autres tournent; elle demeure fixe. Ceux qui ont interprété ces combinaisons diplomatiques comme des palinodies et ont flétri la versatile déloyauté de Mantinée, se sont mépris (2). Car l’histoire, réduite aux faits bruts, de même qu’un texte isolé du contexte, devient souvent le contraire d’elle-même.

Un an environ après l’entrée des Achéens (mai 226), Cléomène, opérant contre Aratos dans la Haute Plaine, avait dû ravitailler Orchomène, serrée de près. Pour dégager cette place, le Spar

(1) IIpcoTOv fjLsv oùv ot MavTivstç aùxbv l7tY|yâyovTO. Plut. Cleom. 14.

(2) C’est le cas de Pausanias, parmi les anciens, et de Bursian {Geogr . V. Griechenlund, II, p. 212) parmi les modernes.

Contradictions apparentes et fixité réelle

de la politique mantinéenne.

Massacre des Achéens et délivrance de Mantinée par Cléomène (printemps 226)

tiate vient camper devant Mantiûée (1), espérant sans doute y attirer son adversaire : ce n’était qu’une manœuvre sans conséquence. Mais, à quelque temps de là, l’occasion se présenta pour Cléomène de reutrer à Mantinée en libérateur. La ville était en pleine émeute. Le parti anti-achéen fit appel à l’intervention des Lacédémoniens. Suivant un plan concerté d’avance, Cléomène arriva la nuit. Tandis qu’il attaquait à l’improviste les murs, les Mantinéens tombèrent sur les Achéens domiciliés et sur la garnison, et les massacrèrent (2). Puis ils remirent la ville aux Spartiates (3). Cléomène agit avec eux comme on devait s’y attendre. Il leur rendit leurs lois antérieures et leur Constitution démocratique avec leur autonomie. C’était une restauration franche et sans restriction de l’ancien État mantinéen, tant admiré des législateurs et de Polybe lui-même. Par ces mesures libérales, Cléomène affirmait son intention de venir affranchir et non subjuguer les peuples (4). Sparte ne voulait plus être que la protectrice d’États indépendants. Pour tout esprit non prévenu, cette délivrance apparaît comme un bien pour la ville soumise à l’indiscrète ingérence de l’Achaïe. L’acte des Mantinéens n’avait rien que de légitime ; les violences commises auraient passé inaperçues en ces temps de massacres et de séditions, si la vertueuse indignation de l’historien achéen n’avait cru devoir en faire à leurs auteurs un crime impardonnable.

(1) MavTtveix 7taps<jTpaT'07ï£8su<7£ dit Plutarque ( Cleom . 7, 3). Il ne s’agit pas d’un siège, comme l’a cru Droysen (III, 319).

(2) Plutarque (ib. 14) dit seulement : xf|V cppoupàv tûv ’Ayaitov Guv£xj3aXôvT£ç.

(3) C’est peut-être à ces faits que se rattache l’épisode rapporté par Polyainos.

« Eurypon?), roi des Lacédémoniens, voyant que la guerre contre les Arca-

diens traînait en longueur, s’ingéniant à leur créer des dissentiments, leur envoya un héraut pour leur annoncer « les Lacédémoniens cesseraient la guerre si vous chassez les svaysïç. » Ceux-ci étaient les meurtriers d’Agis. Ceux qui étaient accusés du meurtre, prévoyant qu’ils seraient exilés par le peuple par désir de la paix, étant arrivés avec des poignards massacrèrent tant qu’ils purent. Ils s’adjoignirent comme partisans de nombreux esclaves, en leur promettant la liberté. Ceux qui désiraient la paix se groupèrent; ils se divisèrent en deux partis, s’armèrent et en vinrent aux mains. Les démocrates ayant été battus, se réfugièrent sur une partie du mur, ouvrirent les portes et reçurent les Lacédémoniens. Ceux-ci occupèrent, grâce à la discorde, Mantinée, dont la guerre n’avait pu les rendre maîtres ». Polyain. II, 13.

(4) Sur ces faits, Polyb. II, 38, 4. — Plut. Cleom. 7, 3 ; 14. — Aral. 39. — La reprise de Mantinée par Cléomène se place dans l’été 226, pendant la stratégie d’Hyperbatas, avant la bataille de Dymé. (Plut. Cleom. 14). Voy. Klatt. Forschungen, p. 36.

PÉRIODE ACHÉENNE

Polybe jette feu et flamme à ce sujet, accumule les gros mots et les malédictions les plus emphatiques, et oublie qu’Aratos en avait fait bien d’autres sans le moindre scrupule. Mais ce qui était glorieux de la part des Achëens, il le juge infâme venant de leurs victimes. Ce réquisitoire n’est un modèle ni de style ni d’impartialité. Nulle part les défauts de Polybe comme écrivain et comme patriote ne ressortent plus nettement.

« Peu de temps après, une sédition s’étant élevée parmi eux, indignation de les Mantinéens sollicitèrent les Lacédémoniens et massacrèrent p°bbe les Achéens domiciliés dans la ville. On ne pourrait citer une acesilJct perfidie plus grande et plus criminelle. Car, puisqu’il leur plaisait de méconnaître leur devoir de reconnaissance et d’amitié envers la nation achéenne, il leur fallait du moins épargner ses sujets et les renvoyer avec un sauf-conduit. C’est ce qu’on a coutume d’accorder même à des ennemis, d’après les principes du droit des gens. Mais pour donner à Cléomène et aux Lacédémoniens un gage de fidélité en vue de l’entreprise projetée, ils commirent sciemment, en violant les lois communes de l’humanité, la pire des impiétés. Le fait de s’être constitués les meurtriers et les bourreaux de ceux qui, auparavant, après avoir pris leur ville, les avaient laissés sains et saufs, et qui alors étaient les gardiens de leur liberté et de leur sécurité, quelle indignation ne mérite-t-il pas ? Quel châtiment leur infliger, qui paraisse proportionné à leur forfait? On dira peut-être : il fallait les vendre avec leurs enfants et leurs femmes après leur défaite. Mais c’est un traitement que les lois de la guerre autorisent envers ceux qui ne sont coupables d’aucun attentat.

C’était donc une punition plus radicale et plus cruelle qu’il leur convenait de subir! Lors même donc qu’ils auraient souffert tout ce que dit Phylarque, les Grecs, au lieu d’en être émus de pitié, auraient dû applaudir à la punition qu’on aurait faite de ce crime. »

On serait tenté d’être impitoyable pour Aratos et très sévère pour son admirateur trop complaisant, si l’on songe que cette déclamation virulente tend à noircir les Mantinéens pour justifier l’épouvantable exécution de 222, un forfait authentique et sans excuse celui-là ! Il faut relire ensuite la belle page où l’âme honnête de Plutarque s’est émue jusqu’à l’éloquence, au souvenir de la honte qui s’attache à la mémoire d’Aratos pour avoir appelé Antigone Doson et les Macédoniens en Grèce, lui « qui les fit entrer en armes dans son foyer et jusque dans son

Campagne d’Antigone Doson dans

le Péloponnèse (223-222).

gynécée, et cela pour empêcher qu’un Héraclide, un roi de Sparte.... ne prît le titre de stratège des Sicyoniens et des Trikkéens, un roi qui voulait supprimer la richesse et remédier à la pauvreté. De peur de passer pour obéir à Gléomène, il se soumettait, lui et toute l’Achaïe, au diadème, à la robe de pourpre des Macédoniens et aux volontés de leur satrape (1) ».

Du jour où le brutal Macédonien eut foulé le sol péloponnésien, c’en était fait des beaux rêves d’indépendance et de justice. Les Acbéens se promettaient une revanche exemplaire sur Mantinée. Dans l’été 223, Cléomène accourt pour barrer l’entrée du Péloponnèse. Mais la trahison d’Argos ouvre à Antigone un débouché vers le cœur de la péninsule. Le Spartiate craignant d’être tourné se rabat sur Mantinée (2) et sur Tégée et s’en va couvrir Sparte. L’hiver interrompt les opérations. Antigone avait assigné à ses troupes Sicyone et Corinthe comme cantonnements. Au début du printemps (rqç S'IapivTjç wpaç èvicxafjtivT)? — fin mars 222) (3), il se propose d’envahir la Laconie. Mais d’abord il donne rendez-vous à ses auxiliaires, les Achéens, sous les murs de Tégée. Le projet d’Antigone était de tirer au plus court sur Sparte, défendue par Cléomène. Mais il ne pouvait laisser sur ses derrières les trois grandes places de la Haute Plaine et s’exposer à être pris entre deux ennemis, si, comme c’était probable, ces villes dévouées à Cléomène essayaient de seconder le Spartiate. D’autre part, Antigone ne voulait pas s’attarder au siège de chacune de ces places. Il se jette donc sur Tégée, dont la position méridionale lui permettait, avec une forte garnison, de couper Orchomène et Mantinée de leurs communications directes avec Sparte. Tégée prise, il cherche à forcer les passes de la Laconie. Mais il y rencontre sans doute quelque difficulté ; d’ailleurs ses éclaireurs lui signalent l’arrivée des milices d’Orchomène. Il comprend qu’il lui faut pour sa sécurité s’assurer de cette place et de Mantinée. Il revient sur ses pas, enlève Orchomène d’assaut et met aussitôt le camp devant Mantinée (222) (4).

(1) Plut. Cléom ., 16.

(2) Plut. Aral. 44, 2. — Polyb. II, 53, 6.

(3) Polyb. II, 54, 5.

(4) Polyb. II, 54, II. — Plut. Aratos. 45. — Cléom. 23. — Pour les dates, je suis la chronologie deKlatt. Forschungeu.p.SQ, bien que d’après Niese(flï.stor. Zeitschr. XLV, 1881, p. 489), la date de SellaSie doive être maintenue en 222, ce qui placerait en 223 la prise de Mantinée. — Cf. Klatt. Chronol. Beitràge, 1883, p. 33, et Strehl. Die chronol. Daten bei Polybius. 1879, p. 10 et 11.

PÉRIODE ACHÉENNE

En arrivant à l’isthme l’armée d’Antigone comptait 20000 fantassins et 1400 cavaliers (1). Les garnisons laissées à Corinthe et dans les autres villes l’avaient diminuée ; mais comme les troupes achéennes étaient venues Ja renforcer de 3 ou 4000 hommes (2), et que l’armée macédonienne ne marchait pas sans un excellent matériel de siège et un corps d’ingénieurs militaires passé maître dans l’attaque des places (3), Mantinée, réduite à ses seules ressources, ne pouvait se faire illusion sur l'efficacité de la résistance. Elle se vit promptement forcée de capituler. Aratos tenait enfin sa vengeance ! Ce qui se passa ensuite prouve qu’il avait prémédité et qu’il exigea d’Antigone l’anéantissement de la malheureuse ville. On autorisa la soldatesque achéo-macédonienne à exercer dans son extrême rigueur, et même à outrepasser, le droit de la guerre. Ce n’est plus au démembrement de 385, mais aux pires catastrophes de l’histoire grecque, aux destructions de Platées, à la dispersion des Samiens, à la ruine de Thèbes par Alexandre que les Hellènes émus d’horreur purent comparer le sort de Mantinée.

Laissons d’abord la parole à Plutarque (4) : « La conduite des Achéens à Mantinée ne se ressentit nullement de l’humanité naturelle aux Grecs. En effet, ils firent périr les premiers et les plus illustres des citoyens. Quant aux autres, ils furent ou vendus ou envoyés en Macédoine chargés de fer. Les Achéens réduisirent en servitude les femmes et les enfants, les vendirent, partagèrent entre eux le tiers de l’argent provenant de cette vente et répartirent les deux autres tiers entre les Macédoniens ». Tel était le jugement du biographe pourtant bienveillant d’Aratos : tout ce qui n’était pas Achéen pensait de même en Grèce. Mais Polybe (5) s’efforce d’atténuer l’odieux de ces actes sauvages, et par suite, la responsabilité d’Aratos. Il s’en prend à Phylarque : ce serait celui-ci, lui avec sa manie d’exagération, qui aurait donné aux faits les plus simples une allure pathétique : « Phylarque est un esprit faux, un écrivain de mauvais goût, un historien indigne de confiance. Quoi pourtant de plus naturel

(t) Plut. Arat. 43.

(2) Il y eut à Sellasie 3000 fantassins et 300 cavaliers achéens et 1000 Mégalopolitains. Polyb. II, 66, 6.

(3) Polybe dit que, devant les moyens d’attaque des Macédoniens et les mines en particulier, les Tégéates perdirent vite tout espoir (II, 53, 7).

(4) Aratos, 45.

(5) Polyb. II, 56, 3.

Prise

et sac de Mantinée par Aratos et Antigone Doson (été 222)

que ce qui arriva aux Mantinéens? Ou ne leur fit rien autre chose que de mettre leurs biens au pillage et de vendre les hommes libres. .Malgré cela, cet auteur, dans sa passion du merveilleux, a fabriqué un récit qui est non seulement un roman de toutes pièces, mais encore un roman invraisemblable. »

Voici, au dire de Polvbe, quelle était cette fable : «Voulant démontrer la cruauté d’Antigone et des Macédoniens, et aussi celle d’Aratos et des Achéens, il dit que les Mantinéens, après leur capitulation, tombèrent dans une affreuse catastrophe ; que la plus ancienne et la plus grande des villes d’Arcadie fut affligée de si horribles calamités que tous les Grecs en furent émus jusqu’aux larmes. Il n’omet rien pour toucher ses lecteurs de compassion et les attendrir par son récit. Il met en scène des femmes qui s’embrassent, les cheveux et les seins au vent ; il nous représente les sanglots et les lamentations des hommes et des femmes, des enfants et des vieux parents, le tout en'evé pêle-mêle. »

En vérité, la réfutation de Polybe ne vaut pas grand chose : « Telle était l’étourderie de cet homme qu’il ne réfléchit pas à ce qui se passa à côté et que les mêmes Achéens, dans le même moment, devenus maîtres des Tégéates, ne leur firent rien subir d’analogue. Et cependant si la cruauté était le mobile des vainqueurs, il était naturel qu’ayant soumis ensemble les uns et les autres, ils leur fissent souffrir le même traitement. Si donc ils ont été plus rigoureux pour les Mantinéens, évidemment la cause de cette rigueur doit être attribuée à ceux-ci. » Voici ce qui est évident : Si Phylarque, entraîné par ses habitudes de style et par son enthousiasme pour Cléomène (1), a dramatisé les faits, Aratos les avait par trop simplifiés dans ses Mémoires, et Polybe, entre ces deux témoignages, ne s’est pas montré impartial. Cependant il ne peut s’empêcher de compter le malheur des Mantinéens parmi les actions criminelles : ?às Trasavououç tûv Tïoiçetov (2), sur lesquelles un historien doit éviter d’insister. Plus loin, un autre argument, que Polybe croit sans réplique, se retourne contre sa thèse : « Au dire de Phylarque, les Mantinéens ne le cédaient en puissance et en richesse à aucun peuple d’Arcadie. Or, après leur siège et leur reddition, toutes les mesures ayant été prises pour que personne ne put s’échapper ni rien emporter

il) Plut. Ârat. 3S, 3.

(2) Polyb. II, 61, 1.

PÉRIODE ACHÉENNE

en cachette, tout le butin, y compris le produit des personnes vendues, ne dépassa pas 300 talents (1.768.200 fr.) ». D’abord ce chiffre doit être fort au dessous de la vérité. Aratos, à qui Polybe l’a emprunté, s’est efforcé de diminuer ses torts en diminuant la somme de ses monstrueux bénéfices. En tout cas, Polybe et lui aggravent par cet artifice le méfait des Achéens : si le produit de la vente est si faible, c’est qu’apparemment épées et sarisses avaient trop bien travaillé. La passion politique a toujours eu la prétention de travestir ses excès en actes de justice. Mais Aratos et Polybe y ont perdu leur peine. Plutarque s’est montré bon juge et psychologue avisé quand il écrit : « En vérité toutes ces injustices se commettaient par esprit de vengeance, car bien qu’il soit affreux de traiter ainsi par colère des hommes de même nation et de même origine, néanmoins dans la nécessité, c’est comme dit Simonide, douceur et non dureté d’accorder ce soulagement à un cœur ulcéré par le ressentiment. » (1).

Nous devons aussi à Plutarque un détail dont Polybe s’est bien Mantinée devient gardé de faire meution. La ruine matérielle de Mantinée parut Ant>e°néia. une expiation insuffisante à l’acharnement des justiciers achéens.

Il leur fallut abolir jusqu’au souvenir de la ville maudite et effacer à jamais son nom de l’histoire. Ils osèrent ce que la haine des Spartiates n’aurait pas tenté. Ce nom de Mantinée, désormais synonyme d’infortune et de misère, ne trouva pas grâce à leurs yeux; il leur était si odieux qu’ils décidèrent de ne pas l’infliger comme ethnique aux habitants nouveaux importés par eux :

« Ce qu’Aratos fit ensuite contre la même ville, ajoute Plutarque, ne saurait se justifier par aucun prétexte honnête ni s’excuser par le moindre motif de nécessité. Car, après qu’Antigone eut donné Mantinée aux Argiens et que les Argiens, ayant résolu de la repeupler, l’eurent choisie pour y établir de nouveaux habitants, Aratos, leur stratège, désigné comme fondateur (2), fit décider que, dorénavant, la ville quitterait le nom de Mantinée pour prendre le nom d’Antigonéia, qu’elle porte encore aujourd’hui. C’est donc Aratos, ce semble, qui fut cause que l 'aimable Mantinée ne subsiste plus et qu’à sa place on a une ville qui porte le nom de ceux par qui elle a été abolie et qui en ont exterminé les habitants. » Aratos était conséquent en faisant

(1) Plut. A rat. 45, 4.

(2) Aratos avait été élu stratège d’Argos l’année précédente. Plut. Arat. 44, 3.

Antigonéia annexée à l’Argolide (222-198?).

table rase du passé. Qu’avaient de commun les colons argiens et achéens avec les compatriotes de Lycomèdes? Ces métèques n’étaient pas les héritiers de leurs prédécesseurs. L’ancien vocable historique ne leur convenait plus. A une situation nouvelle, il fallait une nouvelle expression géographique. Le nom choisi devait attester la vanité d’Antigone et la servilité d’Aratos : une ville grecque était traitée comme une bourgade barbare; le nom banal d’Antigonêia ne la distinguait plus de ces colonies macédoniennes essaimées en Orient (1).

Avec le nom de Mantinée disparaissait un reste vénérable delà Grèce antique, un témoin glorieux des luttes séculaires du Péloponnèse, un champion vivace de l’indépendance communale. Les Hellènes n’avaient plus alors, pour se consoler de leur déchéance, que les souvenirs de leur passé. L’esprit de la Grèce survivait à la Grèce elle-même, qui s'effritait peu à peu. Les unes après les autres, Thèbes, Sicyone, Mantinée, Mégalopolis, sombraient dans le tourbillon, ne laissant que des épaves méconnaissables. Les Grecs éclairés, en qui toute solidarité avec les vieilles générations n’était pas morte, ressentaient douloureusement ces pertes du vieil hellénisme. Polybe lui-même, par une protestation inavouée de sa conscience de Grec et d’Arcadien, se refuse à consacrer les innovations de la nomenclature officielle (2). Pour lui, Mantinée n’est pas Antigonéia. Dans sa persistance à employer l’ancien nom de la ville dans la suite de son histoire, il y a sans doute un peu de fausse honte et la peur de rappeler un épisode infamant pour la mémoire d’Aratos. Il sentait que le nom de Mantinée avait droit de cité dans les âmes grecques, tandis que celui d'Antigonéia n’était qu’un métèque macédonien.

L’annexion d’Antigonéia au territoire argien combla de joie les Achéens (3). Pausanias (4), qui n’est pas précisément un historien judicieux, enregistre avec une candeur inelîable la reconnaissance des prétendus Mantinéens envers leur bienfaiteur Antigone. « Entre autres hommages, dit-il, ils changèrent le

(1) Cf. Sicyone appelée Démétrias.

(2) Polyb. IV, 21, 9. — IX, 11 (9), 34, 10. — XI, 11. — De même Strabon ne. connaît que l’ancien nom. Cf. Plutarque. Philop. 10.

(3) Elle ne fut sans doute définitive qu’après la bataille de Sellasic (fin juillet 221).

(4) VIII, S, 11. J’ai retrouvé la dédicace d’une statue élevée à Antigone Doson et un fragment do la dédicace d’un monument élevé par lui. Voy. Bull, de Corr. hellén. XX (1896), p. 133 et 136.

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nom de leur ville en celui d’Antigonéia. » Comment les colons, dotés d’une belle résidence et d’ün riche territoire auraient-ils protesté (1)? Les auteurs ne disent pas que la ville fut détruite; il y eut pillages, massacres, vente à l’encan et dispersion des anciens citoyens, mais les murs, les édifices publics et les maisons furent épargnés. La mesure prise par Aratos et par Antigone ressemblait à une désaffectation plutôt qu’à une nouvelle fondation. La colonie achéo-argienne trouvait à son arrivée une installation toute prête. Cependant on observa les rites ordinaires d’une fondation véritable, puisque Aratos est désigné comme Voikistès d’Antigonéia, dont Antigone devenait le héros éponyme (2).

Pendant 24 ans environ, Antigonéia resta sous la dépendance d’Argos (3). Elle n’a plus alors d’existence individuelle et ne bat plus monnaie ; ses magistrats sont soumis à l’autorité du stratège argien (4). Désormais Mantinée ne fait plus que de rares

Passage des Kynaithéens (220) et sac du temple de Poséidon par les Étoliens.

(1) Dubois (Lig. ach. et étol. p. 172) a bien défini ce genre d’approbation qui suivait les exécutions de la Ligue achéenne. a C’est ce que Polybe (II, 88, 7) appelle : consentement après un emploi passager de la force. C’est exact; seulement la force était employée contre les citoyens, et, après l’expulsion de tous les opposants, le consentement venait des exilés rétablis et des colons achéens mis en possession ».

(2) Les textes qui attestent le changement de nom de Mantinée sont, outre Plutarque et Pausanias,Ptolémée (II), 14, 40) : ’Avxcyovsta rj /.ai Mavxîveia et Étienne de Byzance ; ’Avxtyûvsia' eaxt xai 7tôXiç AoxaSîaç, Ttodxspov Mavxîvsia. Pline (IV, 20) croit que Mantinée et Antigonéia sont deux villes différentes. Le nom d’Antigonéia figure officiellement sur plusieurs inscriptions:

Foucart. 352b: 'A ttôXiç xcov ’AvxtyovÉcov. Fougères. Bull, de Corr. hellén.

XX (1896), p. 120 (Décret des Antigonéens en l’honneur de F Argien Aphrodisios, entre 198 et 146 av. J. C.) — il), p. 124 (Décret des Antigonéens en l’honneur d’Euphrosynos et d’Épigoné, sous Titus?) — ib. p. 151 (dédicace des Antigonéens en l’honneur de Polycratéia, descendante de Podarès). — Cavvadias. Fouilles d’Épidaure. I, p 78, N” 240 (inscription du 1er siècle av J. C. où se trouve la mention des jeux IIonEiSata et Pojaaia à Antigonéia) et sur le sénatus-consulte de Lagina, rendu sous la dictature de Sylla en 81 av.

J. C. (Bull. Corr. Iielleu. IX, p. 450 et 473), où ’Avxiy ovér) figure, entre Sicyone et Ægion, parmi les villes qui ont promis de respecter l’asylie du temple d’Hécate. L’ethnique féminin 'Avxiyovi/.i se trouve dans Inscr. du Pélop. 352i. On possède aussi des monnaies d’Antigonéia : (AXAIQN ANTirONEQN. — Eckhel. Doct. Num. II, 232. — Percy Gardner (datai, of greek Coins. Peloponnesus. p. 9 et 14). Sur les monuments où le nom de Mantinée réparait à l’époque d’Hadrien, v. p. 514.

(3) Voy. p. 508, note 4.

(4) C’est peut-être pour cela qu’Antigonéia ne figure pas parmi les villes arcadiennes sur le décret en l’honneur de Kassandros, fils de Ménestheus, (Dittenberger. Sylloge. N° 211).

apparitions dans les historiens anciens. Apres le sac de Kynaitha en 220 par les Étoliens de Dorimachos, les Kynaithéens, que leur sauvagerie et leur impiété avaient fait mettre au ban de l’Arcadie, envoyèrent des députés à Lacédémone. Dans les villes arcadiennes où se présentèrent leurs députés, on les éconduisit sans égards : « Les Mantinéens, dit Polybe(l), après leur passage procédèrent à une purification en promenant des victimes égorgées autour de la ville et du territoire. » Le Péloponnèse traversait alors de terribles épreuves, sans autre protection que la main débile d’Aratos. Pendant 3 ans (220-21 7) (2), les bandes étoliennes, avec la complicité de Sparte, ravagèrent la Péninsule d’un bout à l’autre, ne respectant pas même les sanctuaires les plus vénérés. Dans la liste de leurs méfaits figure le pillage de ïabaton de Poséidon Hippios à Mantinée, par un de leurs chefs, Polycritos (3).

Bataille de 2o: C’était encore dans les champs de Mantinée que cette épou-

entre Phiiopœmen vantable anarchie devait finir par un grand conflit. La paix de et Machanidas. Naupacte (217), en consacrant les résultats des victoires de Philippe V, avait soustrait le Péloponnèse aux convoitises étoliennes. Mais elle n’avait pas réglé d’une manière définitive le duel de Sparte et de l’Achaïe. Entre Machanidas et Pliilopœmen, la situation était la même qu’entre Cléomène et Aratos. Dans ce Péloponnèse où tout était sans cesse à recommencer, se préparait déjà un nouveau Sellasie, 14 ans après le premier. Pbilopœmen, qui avait tant contribué au succès de la victoire d'Antigone en 221, pouvait alors vaincre seul. Les préliminaires de la lutte sont mal connus. L’adversaire de Philopœmen est

(1) Polyb. IV, 21, 9, cité par Athénée XIV, p. 626a.

(2) Pendant la Guerre sociale, lutte de la fédération gréco-macédonienne contre les Étoliens soutenus par Sparte, Élis, et l’argent d’Attale I, roi de Per game.

(3) Discours de l’Acarnanien Lykiskos à Sparte contre l’Étolien Chlénéas. (Polyb. IX, il (34, 10). | La date de l’incursion de Polycritos sur le territoire de Mantinée reste indécise. Elle ne figure pas parmi les griefs exposés par les villes lésées au Congrès de Corinthe, présidé par Philippe V, et qui déclara la guerre aux Étoliens (hiver 220/219) — (Polyb. IV, 23). Cependant elle se place vraisemblablement pendant l’expédition de Dorimachos au printemps de 220. L’Étolien vint camper à Méthydrion. De là un de ses capitaines put être détaché sur Mantinée pour aller piller le sanctuaire de Poséidon (Polyb. IV, 10, 25).

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un personnage assez obscur (1). On ignore comment s’est constituée sa tyrannie, ainsi que la formidable puissance qui, lui permit de lancer à nouveau les Spartiates à l’assaut de l’Achaïe. Philopœmen, nommé hipparqueà son retour de Crète, avait remis sur pied les milices achéennes avec autant d’énergie que de promptitude. Il venait d’êlre porté à la stratégie (automne 208 — automne 207). A peine l’Assemblée qui l’avait élu était-elle dissoute qu’il travailla à mettre l’Achaïe en état de défense. Il parcourut les villes, inspecta les contingents, les réunit, les exerça. Au bout de 8 mois à peine, avec un tel chef, ils se croyaient invincibles. Le tyran, maître de Tégée, menaçait la Mantinique. Philopœmen concentre ses Achéens avec les auxiliaires dans la plaine de Mantinée (2). Le tyran présomptueux et plein d’ardeur vint l’y rejoindre avec des forces considérables et tout uu matériel de guerre. Polybe a raconté celte mémorable rencontre avec la précision topographique de quel-

(1) Le rôle de ce tyran, intelligent et résolu, n’a pu être défini que par conjecture et par analogie avec celui de son successeur Nabis. (Petit de Julleville. Hist. de la Grèce sous la domin. rom.) On le représente comme l’héritier de Cléomèneà la tète du parti démocratique; on lui attribue des réformes sociales, telles qu’aiïranchissements d’Hilotes, distributions de terres aux pauvres i ib. etSchorn, Gesch. Griechen. p. 184, n’ 2). Polybe le désigne simplement comme un tyran (XI, 10, 9) ayant à son service de nombreux mercenaires (XI, 13, 7. — Pausan. VIII, 50, 2. — IV, 29, 10). Sur ses intentions belliqueuses : Plut. Hhilop. X, 1. — Polyb. X,41,2. — Tit. liv. XXVII, 29, 9. — Ses tentatives contre l’Argolide avaient déterminé Ips Achéens à implorer le secours de Philippe (209). Machanidas n’était probablement qu’un chef de mercenaires qui s’empara de la tyrannie, tandis que Nabis se fit reconnaître le titre de roi (Homolle. Bull, de Corr. hellén. XX. 1898, p. 502-522).

(2) Il n’est pas aisé de déterminer lequel des deux, de Philopœmen ou de Machanidas, fut l’agresseur. D’après Polybe, il semblerait que Philopœmen, après avoir mis les forces fédérales en état de prendre l’offensive, leur assigna Mantinée comme point de concentration, sans doute dans le dessein d’attaquer le tyran en Laconie. Machanidas prévenu, serait parti en toute hôte, aurait rassemblé et harangué ses troupes à Tégée, puis se serait porté à la rencontre de l’ennemi. (Polyb. XI, 10, 9, — 11, 1-2). Plutarque (Philop. X, 1-2) présente les faits autrement, bien qu’en général il s’inspire de Polybe. Machanidas, avec sa forte et nombreuse armée, menaçait tout le Péloponnèse. Il s’avançait sur Mantinée, sans doute après avoir enlevé Tégée. A cette nouvelle, Philopœmen marcha sur lui en toute hôte. Des expressions trop vagues de Pausanias on ne saurait rien conclure (Paus. VIII, 50, 2). La version de Plutarque semble la plus claire. D’abord elle est conforme aux antécédents belliqueux de Machanidas. Ensuite, la fin du récit de Polybe, en signalant la prise de Tégée comme conséquence immédiate de la victoire, confirme que le tyran possédait cette place comme un poste avancé d’où il infestait les provinces achéennes.

qu’un qui s’est renseigné sur place. Philopœmen enfonça l’ennemi et tua Machanidas de sa propre main (mai 207). Le tyran tomba à quelque distance de l’endroit où Épaminondas avait reçu le coup mortel. Tégée fut reprise le jour même; le lendemain, les vainqueurs campaient aux bords de l’Eurotas et ravageaient la Laconie (1).

Quinze ans plus tard (192), sous la 4e stratégie de Philopœmen, les survivants de cette campagne se cotisèrent pour consacrer à leur chef un monument commémoratif à Mantinée (2).

Cette mêlée clôt la série des batailles historiques de Mantinée. Après l’écrasement de Sparte par Philopœmen en 188 et l’extension de la Ligue jusqu’au rivage méridional de la Péninsule, l’équilibre était enfin établi entre le Sud et le Nord du Péloponnèse. Dès lors, la Haute Plaine intermédiaire cessait d’être le traditionnel champ clos des partis adverses. Sparte éteinte, le Péloponnèse unifié dans l’Achaïe, les sillons de la Mantiniquene devaient plus boire la sanglante rosée dont tant de générations leur avaient fait une libation coutumière. Une vie obscure et douce se préparait pour les habitants d’Antigonéia. Au milieu de leurs vignobles, déshabitués des scènes de carnage, les descendants de Podarès allaient paraphraser en action la devise de Sardanapale :

7rsïv£, ysXa, xoSfjiaÇs, piuptÇou' xoivà y 7.0 sort (5ogtoi? xouxa xà cnjvOsp.ocxa.

Cette épitaphe mantinéenne (3) résume toute la philosophie de la vie provinciale en Grèce à l’époque romaine.

Antigonéia La séparation d’Antigonéia et d’Argos, qui eut lieu probaacheenne (i98). blement en 198 (4), ne changea rien à l’existence de la ville.

Qu’elle fût achéenne comme membre autonome, ainsi que l’at-

(1) Voy. l’étude détaillée de cette journée, aux Appendices. L’époque de la bataille peut être déduite de Polybe. Il ne s’était pas écoulé 8 mois entre l’élection de Philopœmen à la stratégie et la réunion des troupes fédérales à Mantinée. Or, la nomination du stratège avait lieu depuis 217 à l’assemblée d’automne, soit en octobre (Voy. à ce sujet la discussion de Klatt contre Unger, dans les Beitràge zur Gesch. des Ach. Blindes, p. 42). La date de la bataille de 207 tombe ainsi dans les premiers jours de mai.

(2) Voy. Fougères. Bull, de Corr. hellén., XX (1896), p. 136 Sur les statues de Philopœmen dans les villes achéennes : Plut. Philop. 21, 9. — Polyb. XL, 8, et 9. — Pausan. VIII, 30, 4 et 37, 1.

(3) Foucart. Inscr. du Pélop. 352 q.

(4) Fin automne 198, Philoclès, général de Philippe, enlève Argos aux Achéens (Tit. Liv. XXXII, 25.). Schorn (Gesch. Griech. p. 26) et Hertzbcrg (Hist. de la Gr. sous la domin.rom. trad. Bouché-Leclercq, I, p. 71, n. 2) admettent que

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testent ses monnaies, au lieu de l’être en qualité de bourgade argienne, la vie historique de Mautinée est close désormais, et ses destinées sont accomplies.

c’est à ce moment qu’Antigonéia rentra dans la ligue achéenne comme membre indépendant. C’est à dater de cette époque que furent frappées les monnaies des Achéens — Antigonéens [P. Gardner. Cat. of greek. Coins. Pelop. p. 9, et t. 14 (le monogramme des nos 104, 185, 106 doit être celui d’un Podarès)], Antigonéia ne figure pas sur l’inscription de Magnésie du Méandre qui atteste une reconstitution de la Ligue arcadienne en 194/3, après le départ de Fia mininus (Kekulé. Arcli. Jahrb. IX, 1894. Anzeig. 78. — Hiller v. Gârtringen. art. Arkadia dans la Realencycl. de Pauly-Wissowa. IL, 1134-5). C’est qu’Antigonéia était alors restée achéenne et, peut-être par hostilité contre Tégée, n’avait pas voulu rentrer dans la Ligue arcadienne. Celle-ci n’eut d’ailleurs qu’une existence éphémère, et les villes qui en faisaient partie retournèrent à l’Achaïe en 192. C’est alors que Philopœmen érigea en membres autonomes de la Ligue onze localités détachées du territoire de Mégalopolis et dont on possède des monnaies, entre autres Élisphasioi et Kallista, dans le Ménale (Weil. Zeitschr. f. Nüm. IX, 1882, p. 22, sq. — Head. Hist. num. p. 352. — Hiller v. Gârtringen, ibid. — Cf. Plut. Philop. 13).

Elle lient dans la main gauche une colombe ; la main droite, posée sur un voile (xotÀuTiTf a) replié en boule, s’appuie sur une colonne. Cette statuette était peut-être un ex-voto consacré par une jeune mariée dans le temple d Aphrodite Symmachia, le jour des ûtVCtX0c)m7fT7)0lGC (Cf. Plut. Amator. 2B. — Æschin. E/>. 10).

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