II. Archéologie
1°) La « Femme au foie ». (PI. V).
Haut. : 1 m48. — Larg. en bas : 0"'80.
Cette belle stèle, trouvée entre les fondations de l’Héraion et celles de la scène, n’a pas été remarquée comme elle le méritait. Son intérêt n’est pourtant pas médiocre, tant sous le rapport de la facture qu’au point de vue du sujet. Je n’ai guère à modilier mes conclusions premières sur l’époque et le caractère de cette sculpture ( 1 ). Il ne me reste qu’à les préciser.
Le style ofïre un mélange de simplicité et de raffinement assez bizarre. A première vue, an croit voir comme une projection en basrelief de l’Eiréné du groupe attribué à Cépbisodote (2) : c’est la même manière ample et sévère, le même modelé gras, les mêmes formes matronales, non exemptes de pesanteur; la position des jambes, le costume (moins l’himation pendant au dos de l’Eiréné), les plis de la draperie au-dessous de la ceinture, sont analogues. Il n’y a pourtant pas, malgré l’étroitesse de la ressemblance, identité complète de facture. La draperie supérieure de la stèle mantinéenne parait être d’une étoffe plus transparente et plus légère que celle de l’Eiréné; les plis sont aussi plus menus et plus fins, et l’xTïOTTTuyuy. est plaqué sur la poitrine en contact plus intime avec le modelé. Bien que le costume ne soit plus le même que celui des statues de Phidias, il semble conserver, dans sa simplicité voulue, comme un faible ressouvenir des draperies collantes et finement plissées des figures du Parthénon. De plus, le cbiton s’arrête au coup de pied, au lieu de toucher la plinthe, comme celui d’Eiréné et des autres figures dont notre monument évoque aussi le souvenir, telles que la Caryatide du Vatican (3), certaines des « danseuses » en bronze d’Herculanum (4), l’Eurydice du bas-relief de Naples (3) et la statue Breuvery, au Louvre (6). La rigidité verticale et l’espacement des plis tuyautés du cbiton au-dessous de la ceinture, l’absence de contact entre le bord inférieur de la robe et le sol, la position à plat des deux pieds sur la plinthe, sont des carac-
(1) Voy. Bull, de Corr. hellén. 1888. XII, p. 376-380, pl. IV. — Lepsius. ,1 larmorstudien. N° 188. — Cavvadias. Catal. du Mus. nation. N° 226.
(2) Arndt-Bruckmann. Denkm filer d. griech. u. rüm Skulpt. N” 226.
(3) Ibid. N“ 177.
(4) Ibid. Nus 294, 293.
(3) Collignon. Hist. de la sculpt. grecque. II, p. 143.
(6) Michon. Bull, de Corr. hellén., 1893, p. 410-418, pl. XVI.
ARCHÉOLOGIE
tères communs à notre stèle et à la figure de Oéméter (1) sur le bas-relief d’Éleusis. On remarque aussi, sur ce dernier bas-relief, la position analogue d’un des bras, qui, en s’appliquant au corps, comprime les plis de 1’àTOTtTUYp.a et détermine de petites brisures bien plus variées et plus habiles sur la stèle d’Éleusis que sur celle de Mantinée. Ce caractère mixte de raffinement et de simplicité, ce mélange de virtuosité ionienne dans la partie supérieure, de sobriété dorienne et presque d’archaïsme dans la moitié inférieure, me paraît être, par rapport à l’Eiréné, un signe d'ancienneté. Le système de draperie de l'Eiréné se tient, en etïet, de haut en bas, sans offrir ce contraste si marqué sur le bas-relief d’Éleusis et encore perceptible sur la stèle de Mantinée. Mais, d’autre part, le canon de la Mantinéenne se rapproche plutôt, avec ses formes ramassées et un peu lourdes, de l'Eiréné que de la Déméter éleusienne- Celle-ci, ainsi que la Koré, est plus svelte; sa vigueur a déjà quelque chose d’un peu sénile et desséché ; les angles du coude et du genou font des saillies plus aiguës, l’avant-bras est plus long et plus osseux (2). Voyez aussi les membres si nerveux des danseuses d’Herculanum. La Mantinéenne parait, comme l’Eiréné, une femme arrivée à la plénitude de son développement; elle a les contours arrondis, un peu empâtés et mous. Je crois donc que la stèle de Mantinée doit se placer entre celle d’Éleusis et l’Eiréné, mais plus près de celle-ci, c’est-à-dire vers les dernières années du Ve siècle. Elle appartient à une époque et à une école qui essayait, sans y avoir encore complètement réussi, à s’affranchir de la tradition phidiesque des draperies ioniennes : elle cherchait à substituer à la virtuosité conventionnelle des étoffes tourmentées, tantôt plaquées, tantôt bouillonnantes, une formule plus simple et plus voisine de la réalité, et, sans doute aussi, plus conforme à la mode. Nous verrons, à propos des reliefs des Muses, les progrès de cette tendance dans la première moitié du IV siècle. C’est à Athènes, semble-t-il, après la guerre du Péloponnèse, que cette réforme produisit ses pleines conséquences, non sans tâtonnements préalables. Il n’est pas téméraire de supposer que ceux des élèves et successeurs de Phidias qui ne se bornaient pas, comme Pæonios, à une imitation plus ou moins brillante du maître, ont ouvert cette voie nouvelle. Les monuments originaux de la fin du Ve siècle sont peu nombreux : il y a toutefois un bas-relief attique daté, qui sert d’en-tête au décret en l’honneur des Samiens (405/4), et dont l’importance est considérable (3). On y voit, en effet, en face d’Athéna, une figure drapée qui n’est pas sans analogie avec la stèle de Mantinée, et qu’on
(1) C’est-à-dire la figure gauche, qui tient le sceptre.
(2) M. Coliignon (Sculpt. gr. , II, p. 140) juge au contraire que les formes de la Déméter sont plus amples que celles delà Koré : mon impression est toute différente.
(3) Coliignon. Scupt. gr ., II, p. 117.
APPENDICES
croit être une reproduction de l’Héra d’Alcamène- Outre l’identité des attitudes, ce sont les mêmes formes matronales, la même allure solide et trapue, et, dans le traitement de la draperie, même manque d’unité. Car, tandis que la figure est droite et immobile, l’himation flotte au vent avec une impétuosité un peu tumultueuse. La stèle de Mantinée n’est pas, comme je l’avais pensé tout d’abord, l’œuvre d’un artiste péloponnésien, mais très probablement celle d’un Athénien qui aurait subi l’influence d’Alcamène. On peut encore aller plus loin et établir une relation entre le séjour du maître à Mantinée et l’érection de cette stèle. Alcamène était venu à Mantinée pour exécuter la statue d’Asklépios. Le travail dut être accompli avant la bataille de 418, entre 430 et 420. Le Létôon, contigu à l’Asklépieion, ne reçut ses effigies divines de la main de Praxitèle que vers 366. Ce retard s’explique par les événements politiques qui, de 418 à 371, étouffèrent l’essor de la puissance mantinéenne. Mais, vers l’époque où Alcamène travaillait à Mantinée. il est fort possible que des particuliers aient entretenu des rapports avec lui et se soient adressés plus tard à son atelier pour l’exécution d’un ex-voto destiné au Létôon. En tout cas, qu’on attribue ou non cette sculpture à un élève d’Alcamène, on ne peut que répéter à son sujet le mot de Ray et sur la statue Breuvery : « OEuvre de pratique, si l’on veut, mais d’un temps où le sens du beau courait les rues et où le dernier ouvrier retenait quelque chose du style des maîtres (1). » Les monuments de la tin du Ve siècle ne sont pas si nombreux pour qu’on dédaigne un morceau comme celui-ci Le caractère de la stèle n’est pas douteux. C’est un ex-voto représentant une prêtresse ou. plus exactement, une devineresse, qui tient à la main le foie mantique et le couteau sacré, instrument de l’biéroscopie (2j. Le culte auquel appartient cette devineresse est symbolisé par le tronc de palmier, l’arbre sacré de Latone et d’Apollon Délien. Les divinités déliennes s’étaient introduites dans l’Arcadie orientale par l’intermédiaire d’Argos, où Apollon delphique était aussi adoré et rendait des oracles sous le nom de Pythaeus. A Argos, une prophétesse vierge faisait office de Pythie et vaticinait après avoir bu le sang d’un agneau sacrifié (3). Télésilla était comme la patronne des prophétesses argiennes. Ce culte passa d’Argos a Hermione (4j. Notre stèle prouve qu’il y eut aussi à Mantinée un /oy^ty^iov apollinien; le dieu-oracle y tenait à la fois du dieu de Délos et de celui de Delphes.
(1) Ét. cl’arch. et d’art, p. 360.
(2) Voy. plus haut, p. 329.
(3) Pausan. II, 24. 1.
(4) Paus. II, 35.
ARCHÉOLOGIE
2°) Les bas-reliefs de la base de Praxitèle *.
(Voy. Planches I, II, III, IV.)
Je n’ai plus à rappeler à l'attention des archéologues les bas-reliefs mantinéens, dont la découverte in’a si largement récompensé de mes peines. La critique s’en est occupée à plusieurs reprises, et l’opinion que j’avais tout d’abord exprimée sur le caractère et la date de ces sculptures a réuni de hautes adhésions. Aujourd’hui, les dissidents de la première et de la dernière heure se sont ralliés à elle, soit en revenant bravement à résipiscence, comme M. Overbeck; soit par des aveux
* Fougères. — Bull, de Corr. hellên. XI (1887), p. 488.
id. ibid. XII (1888), p. 104-128. PI. I, II, III.
Foucart. — Compte rendu de l’Acad. des Inïïcr. et Belles-Lettres , 1887, 11 nov. Wolters. — Classical Review, 1887, p. 317.
Ravaisson. — Compte rendu de l' Acad, des Inscr. 1888, mars-avril, p. 83. LÔschke. — Jahrbuch des K. lnstit. 1888, p. 92, anm. 7.
Furtyvangler. — Berlin, philol. Wochenschr. 1888, p. 1482.
Théod. Reinach. — Rev. des El. gr. I (1888), p. 114. Note 3.
Overbeck. — Über die in Mantinea g efundenen Relief e (Bericht der Kûnigl sàchs. Gesellschaft der VViss. 1888, p. 284-294).
Overbeck. — Kunstmythologie. III, p. 421, 434 et 547.
Cavvadîas. — Catal. du Musée central d'Athènes (1892). N05 215 A 217.
Hauser. — Die Neuattischen Reliefs (1889), p. 151 et 179.
Wolters. — Jahrbuch des K. Inslit. 1890, p. 228, 10.
Waldstein. — The Mantinean Reliefs (Americ. Journal of Archeol. VII, 1890, pl. I et II).
Pottier. — Les statuettes de terre cuite. 1890, p. 112.
Max. Mayer. — Athen. Mitth. XVII (1892), p. 201-264.
FurtvVAngler. — Meisterwerke. 1893, p. 703, 347, 533, 554, 0823.
Petersen. — Le Muse chigiane. — Rom. Mit h. VIII (1893), p. 72.
Overbeck, — Griechische Plastik, 4e éd. (1894), p. 01 (planche) et 400.
Sal. Reinach. — Courrier de l’art antique. Gaz. des B. -Arts, 1895, p. 158. Roscher. — Lexicon der gr. Mythologie, art. Marsyas (Jessen) et Musen (O. Bie).
Walther Amelung. — Die Basis des Praxiteles aus Mantinea. Munich, 1893, in-4% 80 p.
Théod. Reinach. — La guitare dans l’art grec (Rev. des Ét. gr. VIII (1893), p. 374. Percy Gardner. — The mantinean Basis ( Journal of hellenic Sludies XVI (1890) p. 280-284, et XVII (1897) p. 120-121).
Collignon. — Hist. de la sculpt. grecque. II, p. 260.
Léchât. — Rev. des Eludes gr. X (1897), p. 335.
Klein. — Praxiteles. 1898, p. 354 et suiv.
Bruckmann-Arndt. — Denkmaler d. gr. u. rom. Skulptur. N" 468.
Etat
de la question.
APPENDICES
Correction au texte
de Pausanias.
confidentiels, comme M. Hauser (1). Au début, il fallait, semble-t-il, quelque courage pour associer, même avec réserve, le nom de Praxitèle à ce monument; à l’heure actuelle, il en faudrait davantage pour l’en séparer. L’œuvre est désormais classée parmi les spécimens les plus caractéristiques de l’art praxitélien (2). On ne se demande plus si les Muses mantinéennes révèlent une œuvre originale du IV* siècle ou une médiocre copie hellénistique ou gréco-romaine (3). Ceux que les raisons de goût n’avaient pas séduits de prime-abord se sont laissé convaincre par les savants arguments ou même par les affirmations sommaires des mieux avertis- Sur le fond du débat, l’opinion semble donc unanime. Toutefois l’arbitraire individuel conserve encore la ressource d’étendre ou de restreindre la part personnelle de Praxitèle dans tout l’ouvrage.
Il serait sans profit de refaire la description d’un monument que je suppose connu du lecteur. Mais le moment est venu de résumer la controverse qu’il a suscitée, en signalant les éléments récents qui sont intervenus depuis la publication de mon article dans le Bulletin de Correspondance hellénique. Cette enquête décidera sur quels points mes conclusions premières doivent être maintenues ou bien modifiées.
En premier lieu, la nécessité de la légère correction que j’avais proposée au texte de Pausanias, Moù'ffat xal Mapfféaç aûXwv, au lieu de Mouca, dépend de la solution qu’on adoptera pour la disposition des plaques autour du piédestal. Avec mon ancienne combinaison d’un piédestal carré, décoré d’une plaque sur chacune de ses faces, on pouvait admettre à la rigueur que Pausanias, après avoir fait quelques pas dans la cella du temple, n’avait jeté qu’un coup d’œil rapide sur le groupe de Praxitèle et sur la face antérieure du socle, éclairée par le jour de la porte. Sur cette face, il avait aperçu la figure du satyre et remarqué son attitude caractéristique. Aussi l’avait-il reconnu sans hésitation, tandis que l’Apollon, si féminin par le costume, la coiffure et la physionomie, pouvait le tromper. Sans approfondir, avec sa précipitation coutumière, il aurait, dans ses notes, résumé le sujet sous cette rubrique : « Muse et Marsyas jouant de la flûte. » Dans ce cas, la leçon traditionnelle du texte resterait sinon exacte, du moins authentique. C’est l’hypothèse à laquelle je songeai un instant, sans m’y arrêter, et qui s’est aussi présentée à l’esprit de MM. Robert et
(1) W. Amelung. Die Basis d. Praxiteles, p. 7, note 4.
(2) Son importance deviendrait même sans rivale, s’il fallait, comme le propose Miss Sellers [Gaz. des B. Arts, 1897, p. 119-139), reprenant une ancienne opinion de Rayet, enlever à Praxitèle l’Hermès d’Olympie pour en faire honneur fi Cépliisodote l’Ancien.
(3) Même W. Klein qui, dans son livre récent sur Praxitèle, exclut toute participation du Maître à cette œuvre, ne la croit pourtant pas postérieure à l’exécution du groupe.
ARCHEOLOGIE.
Théodore Reinach. Elle implique que Pausanias a omis de signaler, peut-être même de regarder, les autres faces représentant les trois groupes de Muses. C’est pourquoi je l’avais laissée de côté, lui préférant la correction Moücai, grâce à laquelle Pausanias, déjà coupable d’une fâcheuse méprise, était du moins absous d’une impardonnable incurie.
Mais si l’on admet les arrangements proposés par M. Waldstein, c’està-dire la juxtaposition sur le même front des trois plaques ou des deux seulement, l'une au moins des triades de Muses ne pouvant échapper au regard du touriste le plus distrait, le singulier Mo-jca n’aurait plus aucune excuse. Le pluriel rétabli, il demeurerait acquis que Pausanias a pris l’Apollon pour une Muse et n’a pas deviné le sujet du principal tableau : la lutte d'Apollon et de Marsyas; mais au moins, tout inintelligent qu’il paraisse, il ne nous ferait plus l’effet d’un aveugle. Si Pausanias avait réfléchi, il se serait demandé à quel mythe correspondait l’association, sur un monument sacré, des Muses et de Marsyas ; mais l’erreur visuelle qui lui a fait prendre l’Apollon in lonqa reste pour un personnage féminin (2), n’infirme en rien l'identification de nos basreliefs avec la base du groupe de Praxitèle. C est un point que personne ne voudra plus contester (3).
Je reviens au problème de l’arrangement des plaques- Disposition de la
Il n’y a réellement qu’une solution satisfaisante, à priori, au point i>ase. de vue logique et esthétique. C’est celle que j’avais tout d’abord proposée, aussitôt après la découverte : je me figurais le socle du groupe comme une base carrée, dont chaque côté était décoré par une plaque; le sujet principal, la lutte d'Apollon et de Marsyas, étant placé sur la face antérieure du socle, deux autres plaques sur les parois latérales; le quatrième côté (face postérieure) était ou n'était pas décoré, suivant que la base se trouvait isolée ou appuyée au mur de fond de la cella.
Par conséquent, l'existence d’une quatrième plaque, aujourd'hui perdue.
(1) Th. Reinach. Rev. des Et. gr. I (1888) p. 1143 : « Pausanias a pris tout simplement pour une Muse l’Apollon Citharède, dont le costume et la coiffure sont en effet très féminins. C’est une preuve de l’ignorance du Périégiète, mais c’est aussi une preuve de sa sincérité : une pareille erreur ne peut être commise que sur les lieux». M Salomon Reinach rejette aussi la correction {( tiron. d’Orient, t. I, p. 407. Note additionnelle).
(2) Je ne sais pourquoi M. Walther Amelung {Die Basis, etc., p. 8) semble m’attribuer une pareille méprise : « Dabei begegnete ihm vielleicht noeli eine Yerwechselung, welcho sich — allerdings unter dem Eindruck seincr M orte — bei den gelehrten Entdèckeni (1er Reliefs wiederholt hat » Cette phrase reste pour moi une énigme : ou je la comprends mal ou M. Walther Amelung aura mal compris quelque passage de mon article. — On peut comparer l’Apollon Citharède du bas-relief avec celui des monnaies en bronze de Man tinée: Catal. of greek Coins. Peloponn. p. 187, pl. XXXV, 7 et 8.
(3) Je crois que M. 0. Bie est le seul à nier cette identité (article Mnsev, dans le J lyth. I.exic. de Roscher, p. 3234).
— au.
Mantiuée.
APPENDICES
ne s’impose pas : le nombre de neuf Muses n’était pas, au IVe siècle, absolument de rigueur; une combinaison où n’interviennent que deux triades de Muses resterait très défendable.
Ce projet de reconstitution du piédestal a été critiqué par Overbeck comme incompatible avec la disposition du groupe qu’il supportait.
Mais la justesse de ces critiques dépend de la restauration du groupe lui-même, c’est-à-dire d’un élément tout subjectif, puisque nous ignorons complètement les proportions et l’attitude des trois personnages sculptés par Praxitèle. Overbeck, suivi par M. Gardner, a voulu se les représenter alignés côte à côte, comme des soldats dans le rang, d’après des monnaies de Mégare, où ces deux archéologues reconnaissent une reproduction d’un groupe praxitélien analogue à celui de Mantinée. Mais cette hypothèse n’a rien d’impératif, car il n’est pas prouvé que le groupe de Mégare soit du même Praxitèle que celui de Mantinée; son allure encore archaïque l’a fait attribuer par Furtvvàngler à Praxitèle l’Ancien. De plus, fût-il du grand Praxitèle, il n’est pas obligatoire d’admettre que le sculpteur s’est répété servilement : le même Praxitèle a pu concevoir et exécuter le même sujet de deux façons très différentes. Par conséquent, le témoignage de la monnaie de Mégare me paraît récusable en l’espèce. On peut très bien imaginer une autre disposition du groupe, Apollon et Artémis étant représentés debout aux côtés de leur mère assise, comme Athéna et Hébé dans le groupe de l’Héraion mantinéen, dont le même Praxitèle était l’auteur, ou comme Artémis et Anytos à droite et à gauche de Déméter et de Koré dans le groupe de Damophon de Messène, à Lycosoura. On connaît aussi la combinaison du groupe attribué à Euphranor : Latone debout portait sur chaque bras un de ses enfants. Cette combinaison n’exigeait pas une base spacieuse, mais ce motif est si laid que nous n’oserions alléguer que Praxitèle s’y soit arrêté.
En réalité (et chacun peut en faire l’expérience) une plate-forme de lm36 de côté est assez large pour supporter un groupe de trois personnages en grandeur naturelle, dont deux enfants. Même en prêtant aux Létoïdes, comme le voulait Overbeck, la carrure de grenadiers poméraniens (1), on arriverait à les loger avec leur mère sur un front de lm36. La profondeur de lm36ne paraît ni excessive ni hors de proportion avec la largeur, si l’on veut réserver une place au siège où il est possible que Léto ait été assise. Le point faible de cette combinaison, c’est de nous obliger à compléter les éléments architectoniques du piédestal par des pilastres d’angle qui auraient maintenu et encadré les plaques. Bien qu’Overbeck ait qualifié cette invention des pilastres de niclit ungeschickt, j’avoue qu’elle me contrarie encore.
(1) Overbeck. Bericht (1er sàchs. Ges. d. lEïss. 1888, p. 2S7. « Es habe fur jede die Standflâche eines erwachsenen Mannes (Solda ton in der Compagniefront, d. h. 0“40) ausgereicht. »