CHAPITRE IV
l’hydrographie superficielle.
La Mantinique est, par les eaux, vassale de la Tégéatide. Le tond de toute la Haute plaine suit un plan incliné du Sud au Nord, avec une pente moyenne de 40 mètres entre les deux villes. On descend insensiblement à mesure qu’on s’éloigne de Tégée en suivant la base des montagnes, à l’Orient. Car la Tégéatide est inclinée à la fois du Sud au Nord et de l'Ouest à l'Est, en contrebas de Tripolis. Arrivé au col de la plaine, le fond continue à s’abaisser vers le Nord, mais il se relève légèrement dans le sens de la largeur et se met à pencher de l’Est à l’Ouest. Il en résulte que les cours d’eau de la Tégéatide sont astreints à suivre la direction S. N. E. et ceux de la Mantinique la direction S. N. O. (1).
(1) La carte de l’État-major donne à Tripolis la cote 663m; à Mantinée celle de GOO™. Celle-ci est certainement erronée. Le baromètre anéroïde nous avait donné presque constamment la cote 630™, confirmée ensuite par les nivellements de la mission française des travaux publics, et constatée aussi par Philippson. Voici quelques cotes précises qui donneront une idée exacte des différences de niveau dans les deux plaines (voir les cartes, à la fin du volume) :
1° Plaine de Pallantion : 658”.
2° Fond du marais de Taka : 657m.
3n Lit du Saranda-Potamos à sa sortie des montagnes : 720™.
4° Plaine entre Tégée et Vouno : 666m.
5° Site de Tégée (Palaio-Épiscopi) : 670m.
6° Lit du Saranda-Potamos dans la Korytheis : 650"'.
7° Plaine de Tripolis, vers l’Est : 660™.
8° Au col de la plaine: 635“ .
9° Mantinée: 630m.
10" Fond N. de la Mantinique : 625m.
11° Pied de la bordure occidentale de la Mantinique : 624“.
Position respective de la Mantinique et de la Tégéatide.
Tégée doit à sa position supérieure l’avantage de gouverner à volonté le régime hydrographique de sa voisine. La pente naturelle entraîne les cours d’eau de la houcle Sud dans la houcle Nord. Or; les Tégéates avaient intérêt à user de leur privilège pour augmenter les débouchés de leur territoire. En efïel, les eaux arrivaient chez eux en surabondance et ne trouvaient pas des dégorgeoirs suffisants pour s’échapper. Aussi couvraient-elles, alors comme aujourd’hui, de marais vastes et malsains, de grandes étendues de terres labourables. Le Saranda-Potamos (Garatès), alimenté par les sources de Krya-Vrysis (Phylaké) et par les torrents qui se donnent rendez-vous au confluent de Symbola, apporte à la plaine de Verzova (Korythéis) un tribut liquide de 40 à 50 mètres cubes par seconde, dont celle-ci est fort embarrassée. Entre Hagiorgitika et Verzova, les vignobles sont presque toujours noyés. Gela tient d’une part à l’insuffisance des trois katavothres du Parthénion, dont le fonctionnement est rarement normal, d’autre part à l’absence de talus ou de berges qui maintiennent la rivière dans une direction constante. A l’autre coin de la plaine, du côté de Pallantion, le pied du Boréion baigne dans un marécage permanent, lac en hiver, fondrière en été. Le marais de Taka, d’une superficie actuelle de 1000 hectares, ne possède pas, dans le katavothre du jVP Kravari, un dégorgeoir suffisant et régulier : or, des torrents assez importants, comme ceux de Valtetsi et des ravines de Kaparéli, ne se peuvent déverser ailleurs. Dans ces conditions, les Tégéates n’avaient aucun moyen satisfaisant de se tirer d’affaire dans les limites de leur territoire propre, sans en sacrifier l’une ou l’autre moitié : s’ils maintenaient le Saranda-Potamos dans la Korythéis, ils ruinaient un de leurs dèmes les plus riches ; s’ils essayaient de le dériver vers l’exutoire du Ml Kravari, en profitant de la brusque différence des niveaux, ils risquaient de déchaîner l’ennemi sur leur ville, tout en aggravant la situation du katavothre déjà surmené : or, ils n’en avaient nulle envie, puisqu’ils s’étaient efforcés de l’alléger aux dépens de Pallantion, en reliant par. une digue la pointe du VP Kravari à la butte de Birbati. Ils barraient ainsi la route aux apports du torrent de Valtetsi et du territoire de Pallantion, surélevé d’environ 1 mètre. Il leur restait, en désespoir de cause, un remède radical, celui que les ingénieurs modernes songent à employer, mais avec plus de pré-
l'hydrographie superficielle.
cautions. Il consistait, à se débarrasser de leur excédent d’eau chez les Mantinéens. Quelques travaux de canalisation y suffisaient : le Saranda-Potamos prenait docilement le chemin de Mantinée; la Mantinique, libéralement gratifiée des eaux delà Korythéis, devenait une Hollande dont les écluses appartenaient au plus irréconciliable des ennemis.
Les cours d’eau charrient souvent la discorde entre riverains. intériorité Le riverain d’aval se plaint du voisin situé en amont, maître de de Mantinée. Les régler à sa guise le régime de la rivière. Ce sont là matière eaux> cause de à procès entre particuliers, à conflits entre nations. La question de l’eau, au dire de Thucydide (1), était un perpétuel casus belli entre Tégéates et Mantinéens. Les premiers usaient avec sans-gène du pouvoir, que leur conférait une position favorable, d’inonder ou d’assoifïer leurs voisins, soit en dérivant chez eux les eaux surabondantes, soit en les confisquant à leur propre profit en cas de sécheresse. Les Mantinéens recevaient trop ou trop peu d’eau ; de là des surprises et des irrégularités, fort préjudiciables aux intérêts agricoles d’un peuple essentiellement rural. Il n’y avait pas d’entente possible, parce que les intérêts étaient contradictoires. Quand l’eau manquait, chacun voulait la garder chez soi. Devenaitelle gênante par la quantité, c’était à qui s’en débarrasserait coûte que coûte. On se la renvoyait de katavothre en katavothre ; les dégorgeoirs ne suffisaient plus à leur besogne. Le plus favorisé des deux répandait à volonté la désolation chez l’autre. Aussi les rapports de bon voisinage n’ont-ils jamais pu s’établir entre les deux sœurs ennemies de la Haute Plaine.
Dans ces querelles, le rôle offensif appartenait à Tégée. Man- Le Lachastinée était réduite à se garer. Un ruisseau commun aux deux territoires devait donner plus particulièrement prétexte à mainte bataille. C’est une longue rigole boueuse de 15 kilomètres de longueur, née dans le bas-fond qu’occupait Tégée (664m), au pied de la colline de Mertsaousi (2). Ce chenal draine les eaux des fossés
(2) Boblaye ( Rech . géogr. p. 140) identifie cette rivière avec l’Ophis de Pausanias. D’après lui, elle aurait d’abord parcouru du S. au N. toute la Mantinique et traversé la ville, jusqu’à l’époque du siège de 385. Puis, le cours en aurait été reporté vers le Sud et finalement rejeté à l’entrée S. O. de la plaine, dans le katavothre où il disparait aujourd’hui. Cette théorie soulève les objections suivantes : 1° la Mantinique suit un plan incliné de l’E. àl’O. et du S. au
dont le parcours circulaire correspond au périmètre de la ville antique. Après quelque hésitation sur la direction à suivre, il se rapproche de la boucle du Saranda-Potamos, puis tourne au Nord et s’engage lentement dans un fort thalweg, rasant presque la base des montagnes orientales, recueillant au passage quelques rigoles descendues de l’Ouest, laissant en route une partie d’elle-
N. La pente entraîne donc toutes les rivières de l’Alésion au Ménale. La plupart des katavothres s’alignent le long d’une gouttière creusée à la base du Ménale, située à 5 ou 6 mètres en contre-bas du pied de l’Alésion et du site de Mantinée. On ne peut donc admettre que, pour atteindre Mantinée, le soidisant Ophis ait remonté le niveau de la plaine. En réalité, dès son entrée sur la Mantinique, le terrain le rejetait vers le Ménale. 2° Si la même rivière eût baigné à la fois Tégée et Mantinée, les auteurs auraient sans doute signalé celte particularité. 3° Il est inadmissible que les Mantinéens, en perpétuel conflit avec les Tégéales, aient exposé leur ville et toute l'étendue de leur territoire aux crues subites que les Tégéates pouvaient produire à volonté en amorçant le cours du Garatès avec le soi-disant Ophis. C’était assez qu’ils fussent impuissants à protéger le canton méridional de leur plaine. On fait à leurs ennemis la part trop belle en leur assurant un pouvoir discrétionnaire sur la Mantinique entière, y compris la ville. Les guerres auraient eu, dans ce cas, un plus prompt dénouement : Mantinée n'aurait pas soutenu tant de sièges; on aurait répandu, pour venir à bout de sa résistance, plus d'eau et moins de sang. 4° Enfin, dans l'hypothèse de Boblaye, les katavothres alignés au pied du Ménale restaient sans emploi, sauf l’avant-dernier où se perd le véritable Ophis. La rivière aurait donc passé à portée de trois de ces gouffres sans s’y laisser entraîner! Alors, comment expliquer la formation de ces orifices?
Il faut donc admettre l’existence de deux rivières distinctes : 1° l'Ophis proprement dit, ruisseau mantinéen sur tout son parcours. 2° La longue rivière descendue de Tégée, et dont le nom antique reste à trouver. Une partie de cette rivière, issue des fossés de Tégée, est artificielle : son cours supérieur n’est qu’un chenal creusé de main d’homme. A ce point de vue, un fragment des Argolica de Deinias mérite une attention particulière (ap. Herodian. Fragm. Inst, graec. III, p. 26. — IV, p. 3 19) ; Aéysxca oè xoùç Aay.soaipioviouç, xaô’ov Iv Teyéx ypdvov 7]<rav ai^p-iXoïTOi, oe3e|j.Évouç Ipyà^eaOai 8ià tou tîeoiou tôv Aa^av 7roxa[AÔv, Ilepipujoai; èv TsyÉa SuvaaTEuoûcqç, TjV oî tiXeictoi y.aXoùui Xoipav. (Voy. Muller. Dorier. Ii. p. 418 not. — I. p. 73, sq. ) Ce texte d’Hérodien est très altéré, et doit être corrigé d’après Pausanias. Le fait de la détention des captifs lacédémoniens semble se rapporter à l’invasion de la Tégéatide sous la conduite de Charillos : c’est alors que les femmes Tégéates, commandées par l’héroïne Marpessa, dite la Veuve (XVjpa), prirent les armes pour la défense de la ville. Les ennemis vaincus furent réduits en esclavage : plus tard, on montrait leurs entraves dans le temple d’Athéna Aléa (Pausan. VIII, 5, 6. — VIII, 47, 2. — VIII, 48, 3 et 4). Ce fait doit être aussi rapproché du récit d’Hérodote (I, 66) et placé après la mort de Lycurgue, vers la fin du VIII0 s. Les prisonniers furent employés à travailler la terre (tô tceSiov Tsyeàxatç ’éaxamov. Paus. VIII, 47, 2), et à creuser le Lachas. Ce
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même dans les exutoires dont le col de la plaine est criblé. Il aboutit enfin dans la Mantiniqueaprès avoir doublé le cap Mytika; la pente du bassin le rejette à l’O. dans un katavothre du Ménale, où il disparaît. Ce ruisseau porte aujourd’hui le nom de Potamos lis Zanovistas.
Par lui-même, il serait inofïensif : les pluies d’automne et d’hiver, descendant les pentes de la Kapnistra, viennent grossir son lit et combler ses berges, assez hautes. Mais les dégorgeoirs ouverts sur son parcours dans le fond de la plaine sont assez nombreux pour absorber les torrents issus du Ménale. En sorte qu’il eût été incapable de causer à lui seul des dégâts considérables pour peu que les Mantïnéens eussent veillé au bon fonctionnement de son katavothre. Le danger venait d’ailleurs, des environs même de Tégée. Le Saranda-Potamos arrose la banlieue de la ville, à l’Est. Il coule d’abord du Sud au Nord, puis, à l’entrée de la Korythéis, décrit un coude à angle droit pour se diriger du côté de Yerzova. Mais, à cet, endroit, son lit n’a pas de profondeur; il s’étale sur une couche de sable, plate et sans berges. lia comme la tentation de s’engager, à la suite du long ruisseau dont j’ai parlé, dans cette douve qui aboutit à Mantinée. Rien ne s’opposerait à ce qu’il s’écoulât vers le Nord, au lieu d’obliquer à l’Ouest : la pente du terrain l’y conduirait sans obstacle. Naturellement, les Tégéates, dont il inondait les vignobles, s’avisèrent de très bonne heure d’évacuer cet hôte incommode chez leurs voisins. Il leur suffisait pour cela de donner quelques coups de pioche sous la colline de Mertsaousi et de réunir, par un faible canal d’un kilomètre au plus, le lit du Saranda-Potamos à celui du long ruisseau. Celui-ci, grossi de cet appoint, s’écoulait dans son thalweg sans endommager les terres de la Tégéatide; il traversait entre ses berges le bois Pélagos, mais, arrivé au col de la plaine, il trouvait un terrain abaissé
nom, de Àoc^aivco, creuser, signifiait, en dialecte tégéate, le Canal. Les modernes, exclusivement préoccupés de la prétendue dérivation de l’Alphée supérieur dans le Garatès, ont cru que le Lachas désignait le Saranda-Potamos (Curtius. Pelop. I, p. 271. Note 17. — Bursian. Geogr. II, p. 188. Note 1). Je croirais plutôt que les termes de Deinias : èpyâÇeirOat Stà tou TteStou xov Aa^àv 7iOTap.ôv, désignent les travaux qui ont eu pour effet de dériver par un chenal artificiel les eaux du Garatès vers la Manlinique. Le Saranda-Potamos, à l’époque historique, a toujours coulé vers l’Est : on n'avait donc pas à lui creuser un lit nouveau, mais seulement un canal de dérivation pour soulager la Korythéis. — Voy. la note, à la (in du volume, sur la carte de Tégée.
Manœuvre d\ en 418.
brusquement de quelques mètres (1); n’étant plus contenu, il s’épandait largement et transformait le Sud de la Mantinique en marécage. C’était double joie pour les Tégéates : ils se délivraient du fléau pour en gratifier leurs ennemis.
Telle fut l’opération qu’accomplit en 418 l’armée du roi Agis(2). Elle a été mal comprise, malgré la clarté du texte de Thucydide. Agis est campé près de l’Héracléion, vis-à-vis les ennemis massés sur la pointe de l’Alésion, dans une position dominante. Afin de les en déloger sans coup férir, Agis, sans doute conseillé par ses alliés tégéates, s’avise d’inonder la plaine, certain qu’ils descendraient pour interrompre les travaux ou parer au désastre (3). En temps ordinaire, Agis eût atteint son but en obstruant le katavothre du Ménale. Mais on est en été; le long ruisseau se trouve sans doute à sec, ou peu s’en faut. Pour lui procurer de l’eau, il faut aller la chercher aux environs de Tégée et détourner le Saranda-Potamos. Cette opération occupe pendant un jour l’armée lacédémonienne (4). Au moment où elle retourne à son campement, elle trouve l’ennemi aligné dans la plaine : la bataille s’engage aussitôt.
La phrase de Thucydide, relative aux dégâts causés par l’eau de quelque côté qu’elle se tourne, s’entend clairement de la façon suivante : si l’eau, c’est-à-dire le Garatès, se tourne du côté de Tégée (Versova), elle inonde la Korythéis ; si elle se tourne du côté du côté du Nord, elle submerge la Mantinique. Si l’on entend : ôTtoTéowffE av iaulm-q par : qu’elle se porte à
(1) Cotes du fond Un thalweg relevées à différents points de son parcours, d’après les nivellements de la Mission française des Travaux publics :
Au point de départ, sous la colline de Mertsaousi. . . 665“
Au tournant de la butte, coude vers le Nord-Est . . 655m
Entre Zevgalalio et Bosouna 643m
A l’entrée de la Mantinique, sous Mytika 637™
Chute dans le Katavothre au pied du Ménale 626m
Différence 39"1 entre le point
de départ et le point d'arrivée.
(2) Thucyd. V, 65. Kat àtptxôjAcVOi; ttooç xt]v Teyeaxtv, t b üocop éçéxpE7t£ npôç tyjv MavxivixTjV, 7t£pt oùxep, wç xà 7t oXXà pXâirxovxo; Ô7toxÉpct>ae av È<7ir'7tX7], Mavxtv-qç xai Tsyeaxac TioXep.oü(Tiv... Kat b pùv xtjV 7][A£pav xauxrjv p.stvaç aùxoü irept xb uotop, lçéxp£7C£v.
(3) Thucyd. V, 57.
(4) Thucyd. V. 66. Ot 8k AaxeSat[AÔvtot àitb xoü uSaxo; npoç xb ’HpâxX£tov TràXtv £ç xb aùxb axpaxb7r£00v iovxeç optofft St’oXtyou xoliç évavxt'ooç èv xapst x£ vjSYj 7ràvxaç xai ànb xoü Xbcpou 7ipoeX7]Xu0bxai;.
l’hydrographie superficielle.
droite ou à gauche (clans le katavothre de Louka ou dans celui du Ménale) on préjuge ce qui est l’objet même du conflit, c’est-à-dire la présence de cette eau sur le territoire mantinéen (1). Cette interprétation correspondrait mieux à la réalité, si l’on 11e sort pas de la Tégéatide. Que le Saranda- Potamos aille à droite ou à gauche, c’est-à-dire dans le katavothre de Versova ou dans celui de Taka, les dégâts sont les mêmes. Mais alors ceci n’intéressé nullement les Mantinéens. L’historien a voulu indiquer comment cette question des eaux devenait entre les deux cités une cause de litige insoluble : quoi qu’on lit, l’une des deux parties se trouvait forcément lésée (2).
Le mal ne pouvant être supprimé, et la guerre ne faisant qu’aggraver la situation commune, il est probable que des transactions intervenaient en temps ordinaire. Le seul moyen d’établir un modus vivendi consistait à faire, de part et d’autre, des concessions au fléau. Les charges pesaient plus ou moins équitablement sur l’une ou l’autre cité, suivant qu’elles vivaient sur le pied d’égalité ou que l’une des deux l’emportait. Sans doute les Tégéates consentaient à garder chez eux le Garatès, la Korythéis dût-elle en souffrir; et les Mantinéens se résignaient, en cas de nécessité, à quelques dégâts pour débarrasser la Tégéatide de son excédent d’eau. On consentait de part et d’autre à quelques sacrifices : cela valait mieux que de se noyer ou s’entretuer.
Pour limiter ces sacrifices, les Mantinéens avaient creusé, en travers de la plaine, de la pointe de l’Alésion à la base du Ménale, un long fossé. La Commission de Morée en vit encore les traces ;
(1) De plus, le niveau remonte du côté de la plaine de Louka.
(2) Leake, dont le jugement est si juste à l'ordinaire, s’est tout à fait mépris sur la situation respective des deux plaines. (Morea II, p. 339. — III, p. 56 et 62. — Peloponnesiaca , p. 251.) N’ayant pas remarqué la différence de niveau entre la boucle N. et la boucle S., il intervertit les rôles. Pour lui, le fond de la querelle séculaire entre Tégéates et Mantinéens. c’était l’obstination des Mantinéens à vouloir déverser leurs cours d'eau dans le Katavothre de Versova : les Tégéates sont leurs victimes. Le stratagème d’Agis eût consisté à prendre le contre-pied de cette manœuvre, en détournant les ruisseaux de la Mantinique dans le vallon de Louka. Enfin Leake attribue gratuitement aux Romains l’honneur d’avoir mis fin au conflit par la dérivation définitive du torrent de Louka dans le gouffre de Versova, opération matériellement impossible. Boblaye ( Expéd . de Morée. 112, p. 328. — Rech. géogr., p. 140) s’est beaucoup plus rapproché delà vérité.
Le xoccppoç transversal de la Mantinique.
d’eau
anlinique
Blouet releva, à 1400 m. au Sud de Mantinée, les ruines d’un pont antique, qui le traversait. On ignore à quelle date ce chenal tut exécuté. Polybe le mentionne dans son récit de la bataille de 207 (1). Mais il pouvait être beaucoup plus ancien. En effet, il était de tout temps nécessaire. Une longue expérience, et l’exemple d’Agis en particulier, avaient appris aux Mantinéens le secret de la tactique ordinaire de leurs ennemis. Ne pouvant prévenir l’inondation, ils songèrent à la restreindre. Ils abandonnèrent aux crues du Lachas la partie méridionale de leur plaine ; mais, pour préserver contre les mauvais desseins de l’ennemi le cœur du territoire, la ville avec ses nécropoles et sa banlieue, et tout le terrain bas au N. O. de la ville, ils imaginèrent cet expédient d’un grand fossé transversal. Une digue (/w^a) aurait eu l’inconvénient de retenir les eaux, au lieu d’en débarrasser la plaine, de transformer en un marais permanent une inondation temporaire. Le fossé conciliait les intérêts de l’agriculture et ceux de la défense : c’était à la fois un obstacle et un émissaire. 11 pouvait aussi servir de drain collecteur aux terrains qu’il traversait. D’après les données de Polybe, il partait du temple de Poséidon Hippios (dont il captait peut-être la source) et disparaissait, à la frontière des Elisphasiens, dans un des katavothres desservis par la rainure latérale au pied du Ménale. Cette rivière artificielle avait environ 3 kil. de longueur. Elle faisait sans doute partie du plan de défense de la Nouvelle Mantinée conçu par Épaminondas. Ceci prouve l’indépendance du Lachas et de l’Ophis proprement dit. Le stratagème d’Agis s’applique au premier de ces cours d’eau, celui d’Agésipolis au second. Les deux leçons servirent aux Mantinéens : par le Toc^poç, ils parèrent à de nouvelles invasions du Lachas, par la dérivation de l’Ophis dans les fossés de la ville, ils protégèrent celle-ci.
Les rivières autres que le Lachas naissaient et finissaient en territoire mautinéen. Autant de plaines, autant de systèmes hydrographiques. Au milieu, la cuvette centrale ; autour d’elle, la bordure des bassins annexes, pourvus chacun d’un torrent et d’un ou de plusieurs dégorgeoirs. Ces vallées formaient comme des gouttières naturelles; leur orientation déterminait la direction des cours d’eau et, par suite, la posi-
(1) Polvb. Xi, 11. Voy. le récit de la bataille, aux Appendices.