‹ Manual dé̕pigraphie chrétienne d'apres̀ les marbres de la Gaule, accompagné d'une bibliographie spécialeChapitre 12 sur 19 · CET IN GHRISTO^ ET IN PAGE · texte numérisé non relu

CET IN GHRISTO^ ET IN PAGE

FIDEUS ^ MAVRIGJYS INNO

CENS INFAS * QYI VEXIT ANNOS IH

MENSES YI niES YIII QYEM TITYLYM GYR

ANTES ^ ELGENTIANYS PALESTA FIUYS PATRES *

EORYMDEM PRO AMORE ^ POSYERYNT ^

* /. C G., no 399. — * Voir, dans mon recueil, les inscriptions de Trêves, no» 265, 281. — » No» 265,270, 273, 289, 295, 300. — 4 No 343. — » No 316. — « No» 244, 246, 250, 259, 272, 274, 276, 291, 299, 310. (Cf. mon tome !•', p. 359, note 1.) — ? No» 261 et 313. (Cf. mon tome 1«', p. 401, note 12.) —* No» 224, 229, 230, 231, 235, 237, 239, 240, 241, 243, 244, 246, etc. (Les symboles gravés sur notre inscription sont également fréquents à Trêves.)

L'étude des fonnules locales parait devoir fournir des résultats d'une autre nature.

Les premiers écrits des fidèles présentent souvent quelques fragments reconnaissables des antiques prières formulées, je Ta! dit ailleurs, longtemps avant leur codification ^

Une phrase de Tertullien est entièrement composée de paroles qui se retrouvent plus tard dans les pages des Sacramentaires^; saint Tryphon et saint Respicius adressent au Christ, en l'an 250, une oraison ^ qui pren-

i /. C. G., no 277. — « Voir mon tome H, p. 85. s « Suscipe animas nostras et coUoca eas in slnu patriarcharum. » {Acta sincerOf p. 164, éd. de 1713.)

dra place dans les collections canoniques ^ ; une belle acclamation, fréquente dans les liturgies orientales, Christe^ spes desperatorum ^, est prononcée, en 303, par saint Théodote le Martyr ^.

Des emprunts aux prières de l'Église apparaissent plus souvent encore sur les monumients de Tépigraphie.

Les formules des offices latins relatifs à des religieuses rappellent fréquemment la parabole des dix Vierges^; nous trouvons la môme allusion sur une tombe

* Muratori, Liiurg, rom., t. I, p. 949, 950 (Sacram. Gelas). « Sus-

« cipe, Domine, animam servi lui In sinibus patriarcharum nostro-

« rum, id est Abraham, Isaac et Jacob, collocare digneris, etc. »

« 'E>7ciç Twv à7re>7cia|jLéva)v. (Goar, Euchologium, p. 172 et 593 ; Renaudot, Liiurg, orient. ^ t. I, p. 147, etc.; Bunsen, Hippolytus, t. II, p. 423.)

' Acta sincera, p. 345 et 349. Rapprocher encore des liturgies (Goar, EuchoL, p. 525, etc.; Murât., Lit. rom., I, 454, 751, 752, 753, 754, II, 220, 221, 600, etc.) cette prière de saint Jules : « Domine Jesu a Ghriste, tu cum sanctis tuis meum collocare dignare spiritum. » {Acta stncera, p. 550.)

^ Murât., Lit. rom,, t. I, p. 630. Sacram. Gelas* a Transeat in nuit merum sapientium puellarum ut cœlestem Sponsum accensis lampadi- « bus cum oleo prœparatîonis exspectet; » p. 632 : « Ut tibi Domino « ac Sponso suo venientî, cum lampade sua inextinguibili placitura oc- « currere mereatur; » p. 634 : « Ut in numerum eam sanctarum virgi- « num transire preecipias, ut tibi Sponso venienti cum lampade sua « inextinguibili possit occurrere; » t. II, p. 377, Sacram. Gregor. : « Quatenus virtutum oleo ita pectorum vestrorum lampades possint re- « pleri, ut cum eis cœlestis Sponsi thalamum valeatis îngredi; » p. 675, Missale Francor. : « Transeant in numerum sapientium puellarum, ut (( cœlestem Sponsum accensis lampadibus cum oleo prseparationis exspec- « tent; nec turbat» improvisi Régis adventu, secuturse cum lumine, ut « prœcedentium choro jungantur, occurrant; nec excludantur cum stul" « tis; » p. 955, Sacram. Gallic. : « Dignare etiam. Domine, lampadas « earum inextinguibiles servare usque in fmem; ut Sponso yeniente lœtœ « occurrere possint atque régna cœlestia intrare. » (Cf p. 893.)

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d'Aostei, sur les marbres de Jouarre*, de Vercelli ^, et sur une épitaphe romaine ^.

Des textes de Job ^ et de saint Jean ^, récités aux offices funèbres ^, reparaissent de même sur les sépulcres, ^Rk Vercelli ^, à Naples ®, à Gomacchio *^ à Rimini **. Le»r> mots Placidiam placatus suscipe, qu'on lit sur une inscription d'Arras en Vivarais, sont empruntés aux liturgies funéraires ^K Les épitaphes reproduisent des formules tirées de Isl Mémoire des morts ^^^ dont elles

1 /. C. G., n»392 : instar sapientivm pvellarvm sponsvm eme-

RVIT HABERE XPM.

« No 199 : CENVBII . HVIVS . MATER . SACRATAS . DO . VIR TES.

OLEVM.CVM.LAMPADIBVS.PRVDENTE /î/lAS.OCCVRIBE.XPM.

> Gazzera, Iscr. crût del Piem,, p. 93 : adventvm sponsi nvnc

PRAESTOLANTVR OVANTES.

* S. Damas., Carm., XXXI : nvnc veniente deo nostri reminis-

CERE VIRGO I VT TVA PER DOMINVM PRJESTET MIHI FACVLA LVMEN. La

parabole des Vierges sages figure sur une fresque des Catacombes, en regard du repas céleste, que les liturgies présentent comme un autre symbole de la béatitude. (Bosio, p. 461 ; cf. Renaudot, Liturgia orient,^ t. II, p. 196, Liturgia S. Clementis romani; p. 464, Liturgia Greg<h rii; p. ^^(S'^^Liturgia Jgnatii, Voir encore dans le Bulletin de M. De Rossi, octobre 1863, p. 76, la fresque nouvellement trouvée dans la catacombe de Saint-Gyriaque.) — ^ xix, 25. — « v, 25-28; vi, 37-40.

7 Lit. Mozarab,, éd. Migne, t. I, p. 1017, 1018, 1020, 1023, 1026 Sacrament, gallican.^ dans Mabillon, Mus, Ital., t. I, p. 384-385 Lectionarium gallican,, dans Mabillon, Lit, gallic, p. 164 et 167 Baluze, Capit,, t. II, p. 1159 et 1351. — * Pellicla, Politia, t. Il, p. 113. — » Murât., 1841, 5; 1865, 1; 1899, 1.

^^ Je ne connais que les premiers mots de cette inscription, rapportée dans un livre que je n'ai pu me procurer : scio enim qvia redemptor MEVS viviT. (Ferro, Istoria delV antica città dt^omacchio, Ferrare, 1701, in-40, p. 334.) — il Murât., 1955, 1. — » /. C. G., no 473. — 13 Sacrum. Gregor,, Miss, gothic.y Miss, Franc,, Miss, gall,<, Sacram. gall.y dans Murat.^ Lit, rom,, t. II, p. 4, 588^ 655, 694, 702, 779.

attestent la haute antiquité ^ Un grand nombre de tombes présentent les mentions toutes liturgiques de l'admission avec les Saints, dans les tabernacles des Justes' et dans le sein des Patriarches^. Les mots vr niTKR A^fiLECTY... d'un fragment lyonnais S rappellent notnil^ antique formule : Ut... inter electos jubeas adgr égare \ Les prières contiennent fréquemment l'expression placereDeo ^, qu'elles empruntent au langage biblique^. Si Ton en juge par les rapprochements qui précèdent, ce serait d'elles que les inscriptions tiendraient encore cette même formule ^. J'incline, par le même motif^ à reconnaître, sur deux marbres de Bainson et de Mar-

4 /. C, G., no 277; Renier, Inscr. de tÀlgérie, no» 3795, ao 345; 3796, 3840.

« Goar, EuchoL, p. 533, 538, 545, 549, 562, 577, 584, etc. (/. C. G., no 419.)

* Goar, EuchoLj p. 586 et passim; Const, Apost,, VIIl, 41; Renandot, Lit. orient, ^ II, 339 etpadsim; De écoles, hierarch,, c. m; Marini, Pap, dipL, p. 244 A; de Glarac, Inscr. du Louvre, pi. LXIX, no» 857 et 858; Janssen, Mus. Lugd, Bat. inscr., p. 63; Torremuzza, Stet/. inscr,, cl. XVII, no 6; Boeckh, C. L G., no« 9123, 9124, 9125, 9128, 9130, 9533; /. C. G., no 419; Gruter, 1165, 1. — * No 80.

> Mabillon, Liturg, gaU., p. 207, 209. (Voir dans les Sépultures gauloises, de l'abbé Gochet, p. 327, l'oraison liturgique inscrite sur une croix d'absolution retrouvée dans un tombeau du moyen âge.)

^ Mur., Lit. rom.y I, 524 : « Sancla tibi conversatione placeamus; » 530 : « Gorpore tibi placeamus et mente; » 587 : « Et voluntate tibi et « actione placeamus; » 632 : « Gum lampade sua inextinguibili placitura « occurrere mereatur, etc.; » II, 633 : « Placere tibi per sanctorum tuo- « rum intercessione mereamur, etc. » Const. Apostol., IV, 41, etc.

■^ Liber Ecclesiastici, XLiv, 16 : « Henoch placuit Deo et translatus « est in paradisum; » Coloss., i, 10 : « Ut aJinbuletis digne Deo per « omnia placentes, etc. »

® PYELLA. DEO PLACITA (inscription de Véséronce, /. C. G., no 388);

seille, des fragments de psaumes chantés aux funéraillesy suivant l'usage de Tancienne Église ^ En Orient, les épitaphes, comme l'office des morts, rappellent le pardon accordé au repentir du bon larron '. L'attente de la résurrection, l'espoir dans la miséricorde du Christ sont mentionnés sur nos marbres de la Viennoise, comme dans les prières ^.

Les légendes funéraires ne présentent pas seules des emprunts à la liturgie.

Sauf une variante commandée par la mesure, trois inscriptions dédicatoires^ reproduisent le début del'antiqué oraison : « Ghriste, fave desideriis et precibus nos- « tris ^. »

Une touchante prière, inspirée par les livres saints ®, présentait à Dieu les offrandes comme un bien qui venait de lui :

SED PLACITVRA DEC GENERIS SVPERAVIT HONOREM (Gazzera, IsCT, dcl

Piem,t p. 97); placita deo (Labus, Monum, di Sant* Ambrogio^ p. 27); Domino nostro placens sabIna (Renier, Inscr. de F Algérie, no 4058); Qvi placvere deo dictis factisqve svpremo (/. C. G., no 333).

i /. C. G., no» 336 C et 546. — « C. /. G., no» 8943, 9H9; Goar, EuchoL, p. 534, 545, 543, 565; cf. Missale gothicum, dans Muratori, Liturgia romana, t. II, p. 607. --^ I. C, G., no 467.

* T XPE FABE voTis; XPE FABE VOTIS (Gori, InScp. Etrup., t. Il, p. 422); CHRISTË FAVE VOTIS {Second voyage littéraire de deux bénédictins, p. 292). Cette dernière légende est relative à la dédicace faite par Pépin, d'une couronne, suivant l'usage des temps antiques. (Voyez Frisi, Memorie di Monza, Diss. I, tav. IV et p. 42; de Long^périer, Bulletin de la Société impériale des antiquaires de France, 1859, p. 68 et suivantes.)

* Murât., Lit, rom,, II, 731. — • Paralip., xxviii, 17.

Soi, Kupie, 6 0eb( ^(juov, Ta ak in twv dov icpcoeOi^xafAcv évcomov ffou^.

(( Suscipe munera, quœsumus, Domine, quœ tibi de (c tua largitate deferimus ^. »

On lit de même dans les inscriptions : TA CA €K TCON CCON COI IIP0CO€P0M€N 01 AOYAOI GOY XPICT6 10 YC- TINIANOC KAI eCOACOPA'; + beata.di.ge5ETrix.sem-

PER.YIKGO.MARU.DE.TVA.TIVI.DOIfA, etC. ^; DE. TVA. TIBI. OF- FEaO.DONA ^.

Parfois les légendes murales des édifices sacrés reproduisent les prières des fidèles. Le Pax huic domui^ de rÉvangile ^ ; Tacciamation de Jacob : a Quam telrri- « bilis locus iste I T<]on est hic aliud nisi domus Dei et « porta cœli ^ I )> paroles prononcées par le prêtre à la dédicace des églises ^, se traçaient aussi sur leurs parois ^.

Cette reproduction ne se montre nulle part plus manifestement que dans les légendes inscrites à la basili-^ que de Saint-Martin. Chaque mot y rappelle, pour ainsi

* Liturgia divi Marci. (Renaudot, Liturg. orient., 1. 1, p. 156, 157.) — « Sacramentarium Gelasianum. (Murât., Lit, rom,j J, 689.) Voir encore Fontaaini, Disco votivOy p. 46 et suivantes. — * Cedrenus, Compend. histor,, éd. de Bonn, 1. 1, p. 677. — * Maffei, Museitm Veronense, 359, 1.

— » CoUectio Vaticana, t. V, p. 216, n» 1. (Voir encore Cayedoni, Annotazioni aile iscrizioni cristiane del Corpus inscriptionum grœcarvmy p. 27, 28.) — « Matth., x, 12. — ' Gènes,, xxvm, 17. — 8 Sacrament. Gregor. (Murât., Lit. rom., t. II, p. 471 et 472.)

— 9 Bull, du comité, 1844-1845, p. 433, et t. II, p. 46 de 1852 (archéologie); voir mon tome I«», n® 177.

D'ËPIGRilPHIE CHRÉTIENNE. 93

dire, le texte des offices consacrés à l'illustre confesseur. Auprès de sa tombe on lisait ces paroles :

CERTAMEN BONVM CERTAYIT CVRSVM CONSVMAVIT FIDEM CERTAYIT DE CETERO REPOSITA EST ILU CORONA

nsrrriAE qvam reddet illi dnys in illa ivstvs ivdex*.

C'est la fin de l'épitre lue à l'office du saint, comme nous l'apprend notre vieux sacramentaire^.

On ne saurait donc en douter, les antiques liturgies, et celles-là surtout que le prêtre récitait sur la tombe, ont souvent inspiré les rédacteurs des inscriptions chrétiennes. Ainsi, quand, dans un centre donné, les épitaphes reproduisent avec persistance des passager de prières connues, il n'est point téméraire de croire qu'au temps et dans le lieu oii furent gravés les monuments, ces prières étaient en usage. J'en vois, pour moi, une première preuve dans la formule Qui nos prœcesseruntj particulière à la liturgie romaine ^, et que présentent si souvent les inscriptions funéraires de l'Afrique^, dont l'Église tirait, comme on le sait, son origine de Rome ^. Nous en trouverons une seconde marque dans

* /. C. 0., no 179. — • Sacram. Gallic. (Muralori, Liturg, rom,, t. II, p. 890.) Voir encore ci-dessous, p. 179, notes 1 et 2, — ' Sacramentar. Gregorian., dans Muralori, Liturgia romana, t. II, p. 4 ; cf. Vettori. De Septem dormientibus^ p. 35, note 1. — ♦ Renier, Inscriptions de r Algérie, n»» 3430, 3701, 3710, 3795, 3796, 3840. On remarquera que ces paroles se lisent de même à Trêves sur i'épitaphe d'une chrétienne qui, d*après la forme de son nom, semblerait être d'origine africaine. (/. C. G., n» 277.) -— * Innocentius PP. Epist Decentio, § 1 ; S. Greg. Magnl Epist.f VII, 32, Dominico, etc.

94 MANUEL D'ÉPIGRÀPHIE CHRÉTIENNE.

la localisation et la fréquence de cette autre formule gravée six fois sur les marbres de la Viennoise : Hic requiesdt in spe resvrrectionis miserigorbiae christi, ou IN spe resvrrectionis vitae aeternae ^

Il y a là emprunt manifeste aux prières de l'Église grecque ; nous rencontrons, en effet, ces paroles dans la messe de saint Chrysostome, dans les liturgies recueillies ^ar Renaud ot, dans une oraison de saint Polycarpe de Srayrne, dans une réponse d'un martyr de la Gilicie^. Elles suffiraient donc à faire légitimement supposer, si nous ne le savions d'ailleurs, et l'origine grecque de l'Église que gouverna saint Irénée, et l'emploi fait dans la Viennoise des liturgies adoptées en Orient 3. Quelques pauvres épitaphes peuvent ainsi montrer, après de longs siècles, par quelles mains fut apportée sur un sol la semence évangélique.

1 /. C. G., no» 464, 465, 467, 470 A, 470 B.

> Goar, Euchologium , p. 78, Divina Missa S. Joh. Chrysostomî : MvYJ^YjTt icàvT(ov T(Ôv icpoxexot(iY)(jLév(ov iiC èXTCiSi àvaçà(Te(oç Xjtalii^ al(oviou. Renaadot, Liturg. orient. ^ t. Il, p. 173, Liturgia XII Apostolorum : « Gum spe misericordiœ tua; quietem acceperunt omnes defuncti u et miserationes a te expectant. Domine noster adorande; » p. 350, Liturgia Mattbsei Pastoris : « Defunctorum qui in spe resurrectionis

« obdormierunt, ossa in pulverem redacta odorem suscitationis sentire « fac. » Eccles. Smyrn. epist. de martyrio S. Polycarpi, § XIV : etç àvàçoMTtv ÇwY); al(oviou (Ruinart, Acta sincera, p. 43); Acta S. Tarachi, § III : "ExovTe; . . . t^v èXTcCSattjc àvaçàdEfa); TfjjjLwv {Acta sinCf p. 427); cf. Euseb., //. JF., V, 1, in fine.

8 Tillemont, Hist. eccLy t. II, p. 343 ; Mabillon, De Liturg, gallic, p. 380; Gbarvet, Hist. de la sainte Église de Vienne^ p. 133; Lebrun des Marrettes, Voyage liturgique ^n France, p. 27; /. C. G., Préface, p. II, note 19.

La répartition matérielle des marbres chrétiens sortis de notre sol apporte d'utiles enseignements. Une carte chronologique en même temps que géographique, et que j'ai jointe à mon recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, permettra d'étudier * l'économie de leur distribution ^ Au premier point de vue, cette carte accuse, dans nos inscriptions, une infériorité d'âge considérable sur celles de Rome, qui nous précéda en effet dans la propagation de la foi*. Au se-

* /. C, G., planche XCIII. Les chiffres placés, dans ma carte, sons les noms des localités, indiquent les siècles auxquels appartiennent leurs inscriptions.

* Pour ne parler ici que des seuls monuments datés , Rome possède aujourd'hui quarante marbres antérieurs à notre première épitaphe chré-< tianne. (Cf. ci-dessus, p. 16.)

cond, elle leur assigne, comme limite extrême au nordest, la rive droite du Rhin, terre barbare, où, pas plus que la puissance romaine, Tévangélisation des anciens âges ne put pénétrer sérieusement*.

C'est là une double marque de ce point qu'il m'importe ici de faire ressortir : le singulier accord des marbres écrits avec les données de l'histoire.

Chacun sait combien de discussions ont soulevé les origines de notre Église.

Doit-on admettre, avec îSulpice Sévère et d'autres, que le christianisme se répandit tardivement dans la Gaule? Faut-il, avec la tradition, faire remonter aux âges apostoliques cette diffusion de la foi? Deux opinions opposées se sont produites, soutenues avec une même chaleur, un même talent; et le débat, que plusieurs ont jugé sans issue, est déjà bien des fois centenaire*.

L'épîgraphie, ce témoin si fidèle de ce qui fut aux. premiers siècles, ne saurait demeurer, dans ce litige^* un élément inerte et sans valeur. Saint Cyprien, saiifC' Irénée, Tertullien, les papes Innocent !•' et Zoziméf Fortunat, Sulpice Sévère, l'auteur des Actes de saint

^ Voir ci-dessous, p. i03, note 2, et les hyperboles de Claudien sur la pacification des peuples d'outre-Rhin. {In prim. cons. Stilich,, I, 224.)

2 Comparer Fortugat, II, x, et Grégoire de Tours, I, xxviii. Voir, en outre, Léthalde, Prolog, in vita S. Juliani, dans Bosquet, Eccl, galL hist,, p. 73, 74, et, pour la fausse Vie de saint Front, le deuxième Concile de Limoges (a» 1031), dans Labbe, t. IX, p. 876, etc.

D'ÉPIGRÂPHIE CHRÉTIENNE. 97

Saturnin, Grégoire de Tours, ne sont pas seuls en possession de nous apprendre comment la foi vint et grandit dans la Gaule K A côté de leurs témoignages, tenus d'ailleurs pour si contradictoires^, il en surgit un autre dont il ne faut ni s'exagérer ni méconnaître l'importance : c'est celui qu'apportent le nombre, la distribution, l'âge comparatif des anciennes inscriptions sorties de notre sol, comme pour nous montrer où et vers quelle époque se formèrent les chrétientés des' anciens jours. Exhumés par des fouilles que les besoins de la vie ont étendues partout dans une égale mesure, les monuments ont paru là surtout où la terre les garde en plus grand nombre ; et, parmi les provinces qui n'en ont point fourni, il en est à coup sûr dont le sol n'en avait que peu reçu.

Qu'il me soit donc permis d'introduire dans le champ

Cypr., Ep. 68, Stephano fratri; Iren., I, xv; TertulL, Adv, Jud., c. vu; Innoc. I, § 2, ad Decentium; Zosim., Epist,, I ad Episc. Gall.; Forlun., 11, x; Sulp. Sev., HisU sacrœ, II, xxxil, et Vita S. Mart,, c. xui; Acta S. Satum,, c. u (dans Ruinart, Acta sine,, p. 130); Greg. Tup., H, Fr,, I, XXVIII, IX, xxxix.

« Voir, entre autres, Sirmond, Dissert, in qua Dionysii Paris, et DionysH Areop, discrimen ostenditur, en tète de la Dissert, de Launoy, De duobus Dionysiis; P. GhiflQet, Diss. de uno Dionysio; Bosquet, Ecd, gall, hist,; de Marca, De temp, prœdic, in Gall, fidei; Tillem., Hist, eccL, IV, 439; Mamachi, Orig, christ,, II, 261 ; Rolland., 30 april., p. 734 ; Sulp. Sev., éd. de Prato, t. II, p. 174 ; Lebeuf, Diss, sur fHist. de Paris, 1. 1, p. 40 à 74 ; Coustant, Epist, Pont, rom,, p. 855; Arbellot, Diss, sur Fapost, de S, Martial; Dessalles, Établ. du christ, en Périgord; Darras, S. Denys FAréopagite, premier évéque de Paris; Prost, Études sur l'histoire de Metz, c. iv.

de la discussion réIémeDt nouveau de l'épigrapbie.

Si l'on s'arrête aux traditions, dont plusieurs, je le sais, datent d'une époque ancienne, l'origine de presque toutes nos Églises remonterait aux âges primitifs. La Oaule, pour ainsi dire dans toute son étendue, aurait reçu de saint Pierre, de saint Paul et de saint Clément, des ouvriers évangéiiques ^. Et pourtant, à interroger les monuments originaux laissés par les premiers fidèles, des différences considérables apparaissent entre nos provinces.

Ici les inscriptions sont antiques; elles appartiennent ailleurs à une basse époque ; sur quelques points, on les trouve eu grand nombre ; sur d'autres, elles sont rares ou manquent absolument. Devant de telles dis* semblances, j'imagine difficilement qu'une condition commune ait apporté la foi dans notre patrie, qu'une semence jetée en même temps sur un sol soumis à une même loi ait rencontré des chances si diverses. L'inégalité dont témoigne l'aspect de ma carte m'engage donc à chercher ailleurs que dans les traditions et les légendes le secret de nos origines chrétiennes.

L'école historique n'admet point chez nous un christianisme fait, comme on l'a dit, par explosion. L'auteur des Actes de saint Saturnin, Sulpice Sévère, sept évêques du Nord écrivant à sainte Radegonde, répètent, et c'est

1 Voir surtout Tillemont, Hist. eccL, t. IV, p. 4SI à 507, etle tr&vail de l'abbé Arbellot sur l'apostolat de saint Martial.

aussi la persuasion de Grégoire de Tours, que la foi se répandit tardivement dans la Gaule K De Rome, où elle grandit, nous la voyons venir et apparaître d'abord dans

1 Ruinart, Acta sinCf p. 130, Acta S. Saturn.> § 2. « Postquam sen- « sim et gradatim in omnem terram Evangeliorum sonus eiivit, parique tt progressu (d'autres manuscrits donnent tardoque; yoir Ruinart, /oc. a cit., et Bosquet, EccL gaîl. hist,, p. 62) in regionibus nostris Apostolo- « mm prsBdicatio coruscavit; quimi rarse in aliquibus civitatibus ecclesiœ (c paucorum christianorum devotione çonsurgerent ; sed nihilominui cre* c( bra miserabili errore gentilium nidoribus fœtidis in omnibus locis tem- « plafumarent; ante annos l siout actîs publiais (oontinetur?), id est Dec i « et Grato consulibus, sicut fîdeli recordatione retinetur, primum et sumr <( mum Cbristi Tolosa civitas sanctum Saturninum habere cœperat sacertt dotem. » Sulp. Sev., Hist, sacrœ^ 1. II, c. xxxii : « Sub Aurelio, Anto- <c nini filio, persecutio quinta agitata, ac tum primum inter Gallîas « martyria visa, serius trans Alpes Dei religione suscepta. » Vita S. Martini, c. XIII : « Et yere ante Martinum pauci admodum, imo pœne nuUi in c( illis regionibus (les provinces du centre) Ghristi nomen receperant. » (Cf. Dialog,, II, c. iv, pour le pays de Chartres.) Exemplar epistolœ, dans Greg. Tur., H, Fr,, IX, xxxix : « Itaq'ue quum ipso catholicse relia gionis exortu coapissent in gallicanis finibus venerandse fîdei primordia (C respirare, et adhuc ad paucorum notitiam tum ineffabilia pervenissent a Trinitatig Dominicee sacramenta; ne quid hic minus adquireret quam in (C orbis circule, prsedicantibus Âpostolis obtineret, beatum Martinum pe- (( regrina de stirpe ad inluminationem patriee dignatus est dirigere, misece ricordia consulente. » (Cf. H, Fr,, I, xxviii.)

On a souvent cherché à diminuer le témoignage de Sulpice Sévère que je viens de rappeler, et d'après lequel la Gaule a vu tardivement des martyrs, le développement du christianisme n'y datant point des premiers âges. Les deux faits énoncés, je dois le dire en passant, i^ont pourtant en corrélation logique, et je les vois unis de même l'un à Tautre en Afrique, où la foi, tardivement apparue (Voir Tillemont, Hist. eccl,, 1. 1, p. 525, 526; Mamachi, Orig., U II, p. 309, 310; Morcelli, Afr. crist.y t. II, p. 9), n*a point été, par suite, poursuivie de bonne heure. (Comparez Tertullien, Ad Scap.f c. m, et Ruinart, Acta sine, p. 86, Mart. SciUit., § 1, a» cir^ cit. 200; voir encore Acta sine, p. 215, Pontius, Yîta et passio S. Cypr., c. XIX, a» 258, sans toutefois perdre de vue la note de Tillemont, Hist, ecclé, t. IV, p. 641; Bureau de la Malle, V Algérie, p. xXvm, xxix, etc.

la Viennoise et la Première Lyonnaise ', c'est-à-dire dans les provinces où la vie romaine a le mieux pénétré. C'est là son premier pas et le plus puissant. Le centre se montrera moins docile. Saint Martin n'y fera prévaloir la vraie croyance que vers la fin du iv® siècle. Les textes le disent', et les conciles, les Vies des saints, nous apprennent que deux cents ans plus tard la lutte contre le paganisme n'était point éteinte dans ces contrées ^.

Au nord, l'évangélisation se fera plus tardivement encore. Nous le voyons par une série de textes dont tous n'ont point la même valeur, mais dont le nombre, la concordance, sont, à coup sûr, bien dignes de remarque. Je veux parler des Vies des saints.

Si Ton interroge, en effet, l'immense collection des Bollandistes et les suppléments que peuvent fournir nos autres recueils hagiographiques, un fait important se dégage : aux v% vr, yîv et viii* siècles, c'est-à-dire presque aussi longtemps que dans la Grande-Bretagne et les pays d'outre-Rhin, de nombreux apôtres parcou-

* Voir les œuvres de saint Irénée et Eusèbe, Hist. ecci., 1. V, c. i.

« Voir ci-dessus, p. 99, note 1, et Sulp. Sev., Vita S. Mart., c. xill, pour le pays d'Autun.

8 Conc, AureLy II, a» 533, c. xx; Conc, Aurel.j IV, a» 541, c. xv; Conc, Turon,, II, a® 367, c. xxii; Conc, Autissid,, a» 578, c. m; Sorius, 6 nov., p. 166, De S. Leonardo confessore, pour le pays de Bourges; BoUand., 28 mai, Vita S. Carauni, §§ 7 et 10, p. 751, pour le pays de Chartres et la Lyonnaise; Greg. Tur., Glor. Mart.j Ll, pour le pays de DJi/oa; BoUand; 16 aug., Vita S. Agricolœ^ pour le pays de Nevers (?).

rent le nord de notre sol; la Deuxième, la Troisième Lyonnaise, les deux Belgiques, les deux Germanies, la grande Séquanaise, qui, au vi® siècle, gardait encore des temples païens S voient de longs combats contre ridolâtrie conservée par des mœurs sauvages ou ramenée par la conquête barbare^; et le nord-est, si lent à

^ Léop. Delisle, Notice sur un feuillet de papyrus, (Mémoires de la Société archéologique de Genève, 1865, p. 275, 276.)

* Pour la Troisième Lyonnaise, voir les yies de saint Paul (Rolland., 12 mars, t. II, p. 119), saint Samson (Rolland., 28 juillet, t. YI, p. 584), saint Rrieuc (Rolland., 1«' mai, 1. 1, p. 93), saint Mélaine (Rolland., 6 janyier, 1. 1, p. 329), saint Lunaire (Rolland., 1«' juillet, 1. 1, p. 121 et 125), saint Malo (Mabill., Acta sanct. ord, Bened,, t. I, p. 219), saint Sulin (BoUand., 1«' oct., 1. 1, p. 197).

Pour la Deuxième Lyonnaise : saint Germain (Rolland., 2 mai, t. I, p. 265), saint Paterne (Fortunàt, Vita S. Patemi, c. m), saint Gaud? (Rolland., 31 janvier), saint Romain (Rolland., 23 oct., t. X, p. 97), saint Vandrille (Rolland., 22 juillet, t. V, p. 279), saint Valéry (Mabill., A. S. 0. B., t. II, p. 84).

Pour la Deuxième Relgique : saint Ursmar (Rolland., 18 avril, t. II, p. 562), saint Éleuthère (Rolland., 20 fév., t. III, p. 198), saint Médard (Rolland., 8 juin, t. II, p. 91), saint Victrice (Paul. Nol., Epist., xviil, § 4, Yictricio), saint Rertin (Rolland., 5 sept., t. II, p. 605), saint Omer (Rolland., 9 sept.^ t. III, p. 397), saint Mommoiin (Rolland., 16 octobre, t. VII, p. 981, 982), saint Silvin (Rolland., 17 fév., t. III, p. 29), saint Vaast (Rolland., 6 fév., t. ï, p. 793), saint Géry? (Rolland., 11 août, t. II, p. 673), saint Rlimond (Rolland., 3 janv., t. ï, p. 154).

Pour la Deuxième Germanie : saint Villibrord (Mab., A.S,O.B., t. III, p. 608, 609), saint Éloi (Dachéry, SpiciL, in-fol., t. II, p. 93), saint Ravon (Mab., A, S. 0. B., t. II, p. 397), saint Amand (Rolland., 6 fév., t. ï, p. 850), saint Rumwald (Rolland., 1«»" juillet, t. I, p. 258), saint Livin (Mab., A. S. 0. B., t. II, p. 458, 459), saint Tron {id., p. 1080), saint Lambert (Rolland., 17 sept., t. V, p. 576), saint Ursmar (Rdland., 18 avril, t. Il, p. 562), saint Hubert (Surius, 3 nov., t. VI, p. 52).

Pour la Première Germanie : samt Goar (Rolland., 7 juillet, t. Il, p. 333), saint Rupert (Rolland., 27 mars, t. III, p. 702).

Pour la Première Relgique : saint UlOlaïc (Greg. Tur.^ H. FV.^ YIU^

iOS MANUEL

recevoir ou à recouvrer la foi du Christ, demeurera longtemps prêt à la laisser faiblir ^

Voilà ce que nous enseigne l'histoire; les grands traits de ma carte épigraphique répondent à toutes ces données.

Les provinces que le Rhône relie à la Méditerranée, la Première Lyonnaise, la Viennoise surtout, possèdent les monuments les plus anciens^ les plus nombreux ^,

xv), saînt Germain (Bolland., 2 mai, 1. 1, p. 265). Cf. ci-dessous, p, 107 et 108» le fait relatif à saint Gallus de Glermont.

Pour la Grande Séquanaise : saint Gallus (Bolland,^ 16 octobre, t. YII, p. 885), saint Eustase (Bolland., 29 mars, t. III, p. 787, et 30 août, t. YI, p. 580), saint Agile (Bolland., 30 août, t. VI, p, 580). Cf. la vie de saint Golomban (Mab., A, S. 0. B., t. II, p. 26), pour les conversions opérées à Brégenz.

1 De S. Audomaro (Bolland., 9 sept., t. III, p. 397} : « Postquam enim « duo beati'viri praedicti Fuscianus et Victoricus de prsedicta Terwanen-

« sium urbe perrexerant tune Terwanenses ad culturam iterum reversi

« sunt idolorum. »

Jonas, Vita S. Columbani^ c. xi (Mab., Ada SS, Ben, Sœc» li, p. 9) : « Britannicis ergo finibus progressi, ad Gallias, ubi tunc^ vel ob frequen* <c tiam bostium externorum, vel ob negligentiam prœsuium religionis « yirtus pœne abolita habebatur, tendunt. i>

Hincmar, éd. Sirm., 1645, t. II, p. 731, Ep, XLIV ad episcopos, da jure metropolitanorum, § 20 : « Denique tempore Garoli principis quando « propter discordiam et contentionem de principatu inter eum et Hagan- « fredum et frequentia ac civilia, imo plus quam civilia bella, in Germa- (c nlcls et Belgicis ac Gallicanis provinciis omnis religio christianitatis c( pœne fuit abolita, ita ut episcopis in paucis locis residuis episcopia laici- « donata et rébus divisa fuerint, ita ut Milo quidam, tonsura clericus, mos « ribus, habitu et actu irreligiosus laicus, episcopia Remorum ac Treviro- « rum usurpans insimul, per multos annos pessumdedit; et multi, maxime « in orientalibus regionibus, dola adorarent, et sine baptismo mane- « rent... » (Voir encore, dans Labbe, ConciL^ t. VI, col, 1495, Epùt. Bonifatii ep. ad, Zachar, pp., § 2.)

< Ce nomJ^re serait encore bien plus considérable si les savants des der-

et, parmi ces marbres, les premiers ea date appartiennent exclusivement à des localités voisines de la mer, Marseille, Aubagne, Arles *, c'est-à-dire à celles que durent parcourir d'abord les ouvriers évangéliques. L'antiquité, le nombre, font en même temps défaut dans le centre, où la foi ne se développa qu'en second lieu, et l'itinéraire des missions tardives dont nos provinces du Nord furent le théâtre donne, pour ainsi dire, l'exacte contre<-partie de ma carte, si peu remplie dans ces contrées*. Pour le sud-ouest, de môme si pauvre en inscriptions chrétiennes, je ne puis m'empêcher de remarquer qu'au V* siècle, d'après les vies des saints, un évoque d'Auch, Orientius, aurait eu, comme les apôtres du Nord^ à convertir des populations, à renverser des temples et des idoles ^, et qu'un disciple de saint Mar-

uiers siècles se fussent appliqués, comme je l'ai fait, à recueillir tous les fragments. (Cf. ci-dessous, p. 214,)

1 Voir p. 52, 53, 119, 120. On n'oubliera point que le sarcophage chrétien signalé par Peiresc à la Gayole (/, C. G., no 639) présente des marques d'une haute antiquité. 11 est, dans notre pays, le seul où figure le vieux symbole de l'ancre.

* Il importe de noter ici que la Grande Germanie, la Rhétie, l'Angleterre, parcourues de même par les missionnaires de la dernière époque, ne possèdent pas d'inscriptions chrétiennes antiques. Au delà du Rhin, je n'en connais que deux, trouvées sur la rive même du fleuve, et que j*ai jointes à mon recueil (/. C. G., n©» 338 et 359), car le lieu d'invention les rattache, sinon à notre sol, du moins à notre christianisme.

* BoUand., 1«' mai, t. 1, p. 61. Dans le parallèle que je veux établir entre la rareté des inscriptions chrétiennes et la résistance du paganisme, je ne puis ni passer sous silence, ni enregistrer sans réserve le fait relatif aux idolâtres d'Herbadilla, près de Nantes (BoUand., 24 oct., t. X, p. 803), c'est-à-dire dans une contrée qui ne m'a point fourni de monuments épigraphiques.

tin fut tué vers le même temps par les païens de Brives *.

Une série d'autres monuments laissés par les premiers fidèles, leurs sarcophages,' ornés de symboles et de figures, apportent un môme résultat, en confirmant, au double point de vue de l'antiquité et de la richesse, la haute prépondérance de la Viennoise.

Il serait sans doute téméraire de conclure, d'après ces concordances, à un rapport étroit du nombre, de Tâge des inscriptions^ avec la marche, l'extension du christianisme. Je ne me dissimule pas, en effet, que les coutumes, la richesse relative des provinces, ont dû influer, dans une certaine mesure, sur la production des légendes lapidaires; que les lieux les plus féconds en marbres païens ont pu devenir par cela même, et sans supériorité dans l'évangélisation, mieux dotés que d'autres en épitaphes chrétiennes. J'ai donc hâte de montrer, par un nouveau traita quel lien peut exister entre les faits historiques et les monuments matériels du christianisme.

Une anomalie remarquable se présente pour les marbres de Trêves. A Lyon, à Vienne, à Arles, à Vaison, à Marseille, partout enfin où, comme dans la métropole de la Première Belgique, on trouve en quelque nombre les inscriptions du second âge, c'est-à-dire contempo-

* Voir mon tome II, n^ 571 A.

raines des premiers empereurs chrétiens, les marbres des temps mérovingiens leur succèdent. C'est la conséquence et la preuve d'un développement régulier de la foi, qui n'a pu, sans cause exceptionnelle, disparaître après une sérieuse extension. Il en est autrement pour Trêves. A l'exception peut-être de Tépitaphe métrique d'un barbares toutes appartiennent, dans cette ville^ au iv*, au v« siècle; le vi% le vii% n'y sont nullement représentés.

La propagation semble donc s'être, pour un temps, arrêtée sur ce point; il importe d'en rechercher la cause.

Si je me reporte aux méthodes que j'ai suivies jusqu'à cette heure, je ne saurais me défendre de remarquer qu'un signe important dans les âges épigraphiques, la mention du nom de ceux qui ont fait faire la tombe, s'arrête, pour la Gaule, en 470*, et que cette mention constitue le trait saillant du formulaire de Trêves. D'autres particularités nous reportent au même temps et s'ajoutent à cette donnée ^

La Rome des Gaules a-t-elle donc vu, à la fin du V® siècle, un événement qui puisse expliquer la suppres* sion si remarquable des monuments lapidaires de son hristianisme?

1 /. C. G., no 261. — « Voir ci-dessus, p. 21, 22. — 8 Voir ci-dessus, p. 18.

Nous savons combien de désastres accablèrent la malheureuse cité. Salvien parle de quatre prises d'assaut dont elle se relevai Une cinquième attaque l'arracha aux Romains, pour la mettre sous le joug des barbares^. Gela se passa vers 464^« Les nouveaux vainqueurs étaient les Ripuaires, voués encore, et pour de longues années^ au culte des idoles ^. Glovis ne fut reconnu par eux qu'après le meurtre de Sigebert, en l'année 509 ^. La conversion dont l'époux de Glotilde donna l'exemple aux Francs, en 490, ne devait, d'ailleurs, ni les atteindre ni les réformer tous.

Parmi ceux qui suivaient ce chef et plus tard même ses fils, plus d'un resta sourd à la voix du Seigneur ^. Les textes en témoignent souvent. Dans la vie de saint Remy, pour ne citer qu'un seul fait, il est raconté qu'après le baptême de Glovis une scission se fit parmi les siens. Un parti, demeuré idolâtre, se retira vers Cam-

4 De Gubem, Dd, VI, xv. Cf. Tillemont, HisU eccl, t. XVI, p. 184. — 2 Qesta regum Francorunij c. viii; Gesta Francorum Roriconù monacht, 1. I. (Duchesne, Script. y t. I, p. 696 et 802.)

8 L'auteur des Gesta regum Francorum place ce fait entre le rétablissement de Childéric, lequel recouvra son royaume vers 464, et la mort d'Egidius, qui périt en 465. (Idat., Chron., éd. Garzon et de Ram, p. 115.)

* Lex Ripuariorum, Prœfatio : « Quidquid Theodoricus rex propter ve- « tustissimam paganorum consuetudinem emendare non potuit... » (Canciani, t. II, p. 296.) — ^ Greg. Tur., //. Fr., II, XL.

« Vita S, Vedastiy c. m, § 17; Vita S, Fridolini abbatis, c. ii, § 21. (BoUand., t. I, febr., p. 798; t. I mart., p. 436.) En racontant un fait qui se passa devant Tbéodebert, Grégoire de Tours semble mettre en scène un officier païen, {Glor. Conf,^ xcui.")

brai, sous la conduite de ce Raguacaire ' que ses leudes abusés vendirent au roi pour de faux bijoux d'or^. ' . Un deûii*siècle ne suffit pas à faire germer dans le cœur de nos aïeux le sentiment chrétien.

Si la loi salique, Agathias» vantent, chez les Fraïuis, l#pureté de la foi \ jll en était, et ceux-là venaient précisément du royaume de Metz, qui n'eussent point guérite un tel éloge. Entrés en Italie, au temps de Théodebert, ils prirent des enfants, des femmes de ceux qui voyaient en eux des alliés, les immolèrent et les jetèrent dans un fleuve, comme une offrande faite à quelque divinité terrible pour le succès de la guerre qui s'ouvrait. a Ce peuple, dit Procope, est chrétien, mais il observe les rites de la vieille idolâtrie, employant, pour la divina* tion, les victimes humaines et d'horribles sacrifices ^ »

Lors de la conquête de l'Auvergne, on retrouve chez les Francs cet esprit de pillage sacrilège et de dévastation'* qui leur avait fait saccager les églises de Trêves^. Grégoiie de Tours, en attestant leur conduite dans la guerre, rapporte un fait qui nous les montre tels qu'ils étaient alors au bord du Rhin. « Cologne, dit-il, se trouvait un temple richement orné; les barbares y fai-

* Vita S. Remiffii, c. v. (BoUand., 1 1, oct., p. 149.) — « Greg. Tur., H. Fr., II, xui. — ' Pardessus, Loi salique, p. 344, 345; Agathia», Histor.y 1. I, c. II, et 1. Il, c. i, éd. de Bonn, p. 17 et 65. — * BelL Goth,, II, XXV, éd. de Bonn, t. Il, p. 248. — * Greg. Tur., H. Fr,, IIÏ, XII ; Acta S. Ausiremoniii dans Labbe, Nova biblioth» libr* ma* nuscr.y t. II, p. 498. — • Voir ci-desious, p. 113, ûOt« 4.

saient leurs libations, mangeant et buvant à l'excès. Qn y adorait des idoles ; on y suspendait Timage faite en bois des membres atteints de quelque mal. Saint Gallus l'apprend, vient avec un seul clerc, et, peu* dant l'absence des païens, brûle le temple. Ceux-ci, voyant la fumée s'élever, cherchent l'incendiaire, le découvrent, et le poursuivent l'épée à la main. Le saint diacre se réfugia dans le palais du roi. Thierry^ apprenant ce qui s'était passé, calma, par des paroles de paix, la fureur des idolâtres, et put les désarmer ^ » Plus tard encore, un saint stylite, qui vivait sous Childebert II, vit de même, dans le pays de Trêves, la statue colossale d'une divinité des forêts et plusieurs autres simulacres ^.

Aux alentours, la présence des Francs ouvre une longue succession de violences. Sous leur joug, dans le pays d'Arras, les églises se remplissent de ronces et sont livrées aux plus vils usages^; par eux encore, dans le nord-est, suivant le récit du moine Jona»*, la religion chrétienne avait presque disparu au vu® siècle*.

En vain donc, saint Materne, saint Euchaire, saint

* Vitœ Patrurrif VI, il.

* Greg. Tur., H. Fr,, VIII, XV, Voir, pour la divinité que Grégoire de Tours désigne ici sous le nom de Diane, les judicieuses observations de M. le comte Beugnot (Histoire de la destruction du paganisme en Occident, t. II, p. 340)%

3 Bolland., 6 fév., t. I, p. 793, Vita S. Vedasti. — * Mab., Acta SS, Ben., t. II, p. 9, Vita S. Columbani, (Voir le texte, ci-dessus, p. 102.) Cf. BoUânâ., 8 juin, t. II, p. 90, Vita S. Medardi.

D'ÉPIGRAPHIE CHRÉTIENNE. lt>9

Valère, avaient voué leur existence à Tévangélisation de la contrée; en vain les barbares eux-mêmes y avaient reçu leurs enseignements *, et le long séjour d'une cour chrétienne y avait affermi la vraie foi ; en vain, comme le montrent Thistoire^ la succession épiscopale, les marbres, cette terre avait entendu la parole de Dieu ; un paganisme grossier, une brutale ignorance^, s'y étaient abattus à la fois; l'œuvre était à reprendre, et, pour ne mentionner que les contrées les plus voisines de Trêves, près de Mayence vers 515, à Ivoy cinquante années plus tard, saint Goar^, saint Ulfilaïc ^, durent

1 Voir les noms tous barbares des chrétiens de Worms^ dont les inscriptions (/. C. G., no* 345-348} présentent les mêmes caractères d'antiqoité que les marbres de Trêves. (Cf. ci-dessus^ p. 18^ et dans les Mém. de la Soc, des antiq. de France, t. XXVIII, ma Note sur le rapport des noms propres avec la nationalité, à ^époque mérovingienne,)

« Tillemont, Hist, eccL, t. IV, p. 499.

» Sid. Apoll., Epist,, IV, xvii. — ♦ Vita S, Goari, c. i, § 2. (Bolland., t. II de juillet, p. 333.)

* Greg. Tur., H, Fr,, VIII, xv. On doit sans doute ajouter à leurs noms celui de saint Ursmar, qui, plus tard encore, eut à convertir des païens dans la Fagne et la Thiérache, c'est-à-dire dans la contrée même dont Ragnacaire avait fait autrefois la citadelle de Tidolàtrie (cf. cidessus, p. 106, 107; Bolland., 18 avril, t. II, p. 562), et celui de saint Germain, dans la vie duquel il est dit : « Ferocissimam gentem super « Mosellam fluvium aggressus, metropolim etiam Treverim ire perrexit ce intrepidus, ubi jam confessorum Christi adeo plurimus populus marie tyrii palmam fuerat indeptus, ut inde fluvii occisorum sanguine rubri- « carentur. » (Bolland., 2 mai, t. I, p. 265.) On s'est demandé, je le note en passant, si saint Germain vécut au yi«, au vii« ou au viii<> siècle. (Bolland., p. 259, 260.) Si le récit de sa vie mérite quelque confiance, le fait que je viens de rappeler indiquerait une époque voisine de l'in- Tasion des Ripuaires et contemporaine du trouble constaté dans les listes épiscopales de Trêves.

travailler sans relâche à la conversion d'idolâtres assez puissants encore, au vm« siècle, pour chasser Tévêque de Worms*.

Ce fut donc entre des mains païennes que tomba la Rome des Gaules, au moment où s'arrêtent ses monuments d'épigraphie chrétienne.

Les maux qu'y causèrent les barbares, les épreuves que souffrit son Église, se reconnaissent à plus d'un signe.

L'histoire n'a, que je sache, rien laissé de précis sur les conséquences religieuses de la conquête franque; mais les documents relatifs à cette époque semblent, de même que les inscriptions, accuser un trouble considérable dans rÉglise tréviroise. Depuis saint Agrèce, son quatrième évêque, jusqu'à saint Cyrille, qui fut le quatorzième, et mourut en 458, les dates, la succession épiscopale, s'établissent avec quelque certitude. De ce prélat jusqu'au vingt-quatrième, Aprunculus, mort en 527, les détails historiques et la chronologie font presque entièrement défaut *. Or ce trouble dans les catalogues correspond à l'âge de l'invasion, à celui où s'arrêtent les inscriptions chrétiennes.

Au V" siècle, les évoques de Trêves, Cyrille et Marus; au VI* siècle même peut-être, Nicetius et Magnéric, ré-

1 Bolland., 27 mars, t. III, p. 702. — » GalL christ., t. XIII, p. 372; BonihQÏm, Hist, Trevir., t. I.

D'ÉPIGRAPHIE CHRÉTIENNE. f^l

parent les sanctuaires dévastés, brûlés par les barbares *.

Les édifices n'eurent point seuls à souffrir.

Lorsque Thierry s'empara de TAuvergne, il emmena, raconte Grégoire de Tours, de nombreux clercs arvernes pour servir dans l'Église de Trêves *. C'était apparemment pour relever un culte abaissé par les violences de la conquête franque.

La dépression du christianisme dans la Première Belgique, à la fin du v"" siècle, a peut-être laissé d'autres marques.

On ne sait que trop bien quels maux enfantait une irruption des barbares. Les cités s'écroulaient, le sang inondait le sol ^, l'Église était en deuil ; l'épouvante dispersait le troupeau, les pasteurs*. Devant les hordes d'Alaric, les Romains avaient fui de toutes parts; saint Augustin, saint Jérôme, les virent aborder éperdus en Afrique, en Palestine ^, La suppression subite des marbres funéraires atteste encore qu'en Tannée 410 la ville étemelle avait vu périr ou disparaître ses enfants ^.

1 Gesta Treverorum, c. XXIII, XXIV (dans Pertz, Monumenta histortca Germaniœ, t. Vlll, p. 158, 159}. Fortunat, III, xi, v. 22, 23. — « Vitœ Patrum, VU, n. — ' Voir, pour Trêves, Salvien, De Gub, Deiy VI, xv; Gesta Trever,, loc, cit.; pour Rome, Tillemonl, Htst. des Emp.f t. VI, p. 593. — * Greg. Tur., Glor. Mart.y LVii : « Sed quum hostilitate « impelleûte, locus ille (le pays d'Albi) ab habitatoribus fuisset evacua- <f tus... » (Cf. la note suivante.) — * Voir, pour cette dispersion, August., Ctv. Deiy I, XXII; Hieron., Epist., cxxviii, ad Gaudent., § 4 et Prolog, inlib. III in Ezech. Rutil, Itin., F, vers. 331-336. — « Voir, dans les Inscr. christ, rom., t. I, p. 250, Pintéressant commentaire de M. De Rossi sur Tannée 410.

i!| MANUEL

Les fidèles de la Première Belgique, dont les épitaphes manquent de même après une invasion, eurent peut-être à souffrir de semblables douleurs.

Il paraîtra sans doute téméraire de voir dans une inscription du V* siècle, retrouvée près de Vienne et appartenant à un enfant de Trêves S la marque possible d'une fuite des chrétiens devant les Ripuaires ; je ne saurais toutefois m'en défendre entièrement. On jugera du motif qui me fait hésiter. Dans la Première Lyonnaise, à Saint-6ermain-du-Plain, Ton a récemment signalé répitaphe d'un évêque étranger au pays *. Ce personnage se nomme Jamlychus, et son inscription mutilée présente le type particulier à la fin du v* siècle ^.

Je transcris ce fragment :

Condituvi hoc tvhvlo bonœ memonkE iamltchvs £P5 in spe

resurrecnoms v k . un

II GONS VIXIT AmnOS. • .

Nous venons de voir que saint Cyrille mourut en 458, c'est-à-dire peu de temps avant la prise de Trêves (464),

1 /. C, G., no 399. Voir ci-dessus, p. 86. — « N» 661. — « Gomme je Fai dit plus haut^ la croix^ dans les épitaphes^ parait dès 448; la formule bonœ memoriœ date de 473. J'tgoute que le monogramme se trouve, dans la Viennoise, en 491 (/. C. (?., n» 388).

Son successeur, qui fut le témoin de ce désastre, porte précisément le nom gravé sur notre fragment, JamiU^ ehus K

L'éTèque expatrié dont la Première Lyonnaise pos* sède répitaphe doit être, selon toute apparence, celui qui assista à la ruine de sa ville, à la restauration de ridolâtrie« Environné de barbares *, Jamblicbus a sans doute, comme saint Césaire au temps d'Alaric, comme les évêgues d'Afrique sous le joug des Vandales, subi l'exil 3, après de longs efforts, et quitté une terre deve* nue ennemie *.

1 JambËchus est nommé dans une lettre adressée par S. Âospîce, évêque de Toul, à Arbogaste, comte de Trêves. (Brower, Ann, trevirenseSy 1. 1, p. 596.) Sidoine Apollinaire le mentionne également. (Epist,, IV, XYU.) Il est désigné dans d'autres textes sous les noms diTers de Jantblichus, Jamnecius, Jamnericus, Janmerius, Bien qu'en le donnant sous une forme incorrecte, notre inscription fixe son nom. (Voir, sur ee personnage, le GcUlia christianùf t. XIII, p. 372; Brower, ibc. cit., et surtout Tillemont, Uist, eccL, t. XVI, p. 251.)

* (c Barbarorum familiaris, » dit Sidoine Apollinaire en parlant du eomte chrétien dont il dépeint la situation au milieu du peuple sauvage de Trêves (Epist., IV, xvn), et dont le départ (Tillem., ffist eccl., XVI, 251) a peut-être entraîné celui de Tévêque. Saint Grégoire le Grand parle d'un duc chrétien gouvernant, de môme qu'Arbogaste, une popfk Ution païenne : « Quum de gente vestra nemo christianus sit, in hoc scie « quia omni gente tua es melior, quia tu in ea christianus inveneris. « Dum enim Barbaricini omnes, ut insensata animalia vivunt, Deum ve- R rum nesciant, ligna autem et lapides adorent, in eo ipso quod Deum K verum colis, quantum omnes antecedas ostendis. » (Regûir, Epist, liv. IV, no 33, ind. xii, Ad Hospitonem, ducem Bavbaricinerum, eéi Bened., t. II, p. 701.)

3 Bolland., t. VI, aug., p, 67, 68; Vict. Vit., Persec. VandaL, p. 36 et 55; L. Renier, Insçr. de r Algérie, n» 3675. Cf. Greg. Tur., Glar. Conf., c. XL, etc.

^ Une lettre écrite par Sidoine Apollinaire, alors évêque (BiaU liÈtér»

L'Église de Trêves aurait donc ainsi vu, après Tinva* sion des idolâtres, disperser les fidèles, les pasteurs, et plusieurs d'entre eux seraient venus chercher, dans la Première Lyonnaise, dans la Viennoise, asile sur une terre romaine et chrétienne. La prise par les païens d'une illustre métropole, vouée fatalement à perdre toutes ses splendeurs ^, le trouble contemporain dans ses listes épiscopales, l'envoi de nombreux clercs à son Église par le roi Thierry, la persistance du paganisme, l'attitude menaçante des infidèles sous le règne même de ^ prince, la brusque et remarquable suppression des marbres dans un de nos plus grands centres épi-

de la France, t. II, p. 478), nous apprend que Jamblichus était encore à Trêves en 471, c'est-à-dire longtemps après la venue des Francs. (Voir ci-dessus, p. 113, note 2.) Mais les Gesta Treverorum montrent, par un trait, quelle fut, dans cette ville, la situation de cet évéque et même celle de son successeur. Après avoir dit que saint Cyrille répara, en relevant un sanctuaire, les désastres d'une précédente invasion, ils ajoutent : « Cyrillum Jamnerius (Jamblichus), Jamnerium Evemerus subse- « cutus Marum post se constituit qui monasterium Sancti Pauli a barbaris « cum prsedictis urbis vastationibus desolatum reparavit. » (G. xxm. Dans Pertz, Monum. hist, Germ,, t. VII, p. 158.) Deux évéques se sont donc succédé sans entreprendre de relever les saints édifices ruinés par l'irruption de 464 ; un troisième seulement a pu le faire. Le peu que valaient encore à Trêves, au yi« siècle, la protection des évéques, celle des sanctuaires, respectés à Rome par les Goths eux-mômea (S. August., Ciu. Dei, I, I, etc.), se voit dans le récit du meurtre de Parthenius. (Gregor. Turon., Histor, Franc.^ III, xxxvi.)

i Les empereurs l'avaient quittée vers la fin du iv» siècle. (Cf. mon tome 1«', p. 383.) Au commencement du v®, les préfets des Gaules l'abandonnèrent pour Arles (Boecking, Notitia, Occid., p. 162). Cologne, sous les Ripuaires (Greg. Tur., II, xl, etc.), Metz, sous les Mérovingiens (Ili, XXII, etc.}> devaient lui enlever son titre de capitale.

D'ÈPIGRAPHIE CHRÉTIENNE. H5

graphiques, enfin la découverte, dans le sud de la Gaule, d'épitapbes appartenant à un enfant, à un évèque de Trêves, semblent autant de points faits pour attester ta désertion par les chrétiens d'une ville devenue la proie des idolâtres.

Ce fut sans doute devant de tels désastres que saint Colomban et ses compagnons vinrent , au début du vn** siècle, accomplir dans le nord-est de la Oaule leurs grands travaux apostoliques, et que le moine Jonasa pu écrire : a Ad Gallias ubi tune... ob frequentiam bos- (( tium eztemorum... religionis virtus pœne abolita a babebatur, tendunt ^ »

Si je ne m'abuse, les légendes lapidaires fournissent donc le moyen d'éclairer une époque inconnue dans l'histoire de l'Église. C'est ^ à mes yeux, une preuve nouvelle à l'appui de ma thèse : que les inscriptions des premiers fidèles représentent l'état du christianisme»

Je me résume.

n est certes impossible de préjuger ce que l'avenir nous réserve de lumières inattendues. L'épigraphie, les monuments figurés, des manuscrits nouveaux, les textes anciens eux-mêmes étudiés plus complètement, peuvent infirmer la déclaration des sept évèques, celles de Sulpice Sévère et des Actes de saint Saturnin, montrer

^ Vita SancH Columbani abbatis, § il. (Mabill., Acta SS. ord, Bened,^ 8«c. II, p. 9.)

Ua MANUEL

que le othrisUanisme se répaodit en même temps et partout dans la Qaute^'que Vantiqiûté de notre foi n'a cafime lien & envier à celle de Rome ; mais^ dans l'état des fûta acqiûa, l'aecord des grands traits de ma carte avec les assertions de l'école historique me semble un argu^ Hiient puissant en leur faveur.

Je ner nie point o^^^endant que nos in&criptions ne puissent parfois appuyer» dans une certaine mesure^ de» dooiinées moins indiscutables^ J'en rencontre en effet la preuve, ai j'^araine les pièces du cél^re différend qui a'éleva, au v* siècle^ entre TÉglisQ d'Arles et celle de Vienne, au sujet de la primatie.

Une décision du concile de Turin (401} vida tout d'abord le litige» en accordant le premier rang à celle des deux citée qui établirait son titre de métropole civile^ La discuftsion toutefois ne devait pas s'éteindre, fin 450» ^'aiuria le& textes produits par l'Église arlésienne^ dixneuf évoques de la Provence s'adressèrent & saint Léon, disant qu'un compagnon de saint Paul> saint Tropbime, envoyé par saint Pierre» avait été l'apôtre d'Arles» et que la primatie devait appartenir à une ville d'où le cbristianisme «'était répandu dans toute la Gaule ^. Ici commence le trouble. On s'étonne & bon droit qu'un ai^* »ent de œtte valeur n'ait point été porté tout d'abord devant le Concile de Turin, ou que ce concile n'en ait

^ C. U. — ' S. Leonis Magni Opera^ éd. Quissnid» t.. U P« ^y Sââ%

IV'ÉPIGRA PHIfi CHRÉTIENNE. Ut

point tend compte ^ Le pape Zosime, qui parte, en 417, de l'envoi de saint Trophime dans notre patrie, est moins explicite, et ne prononce pointa ce sujet le nom de saint Pierre ; il se borne à dire que la mission avait été donnée par Rome \ Ce que nous savons du saint Trophime des Actes, disciple de saint Paul et non point de saint Pierre, se prête mal à un voyage en Gaule ^ et, dHm autre côté, Grégoire de Tours affirme que te saint Trophime d'Arles ne vint dans cette ville qu'iett l'année 250 \ A côté d'autres objections, sur lesquelles

i TiUemont, t. IV, p. 706; t. X, p. 681, etc. — « Goustant, Epist Pont, rom,, t I, p. 938. — * Tillemoat, t. lY, p. 704.

♦ HisL Francorum, I, xxviii. Si le compagnon de saint Paul a été !• yéritable apôtre d'Arles, à moins d*une souveraine ii^justice, la contrée A dû être remplie de son nom. Arles aura donc été, pour les anciens, k ville de saint Trophime, ainsi que Rome est et fut la ville de saint Pierre. Or, il n'en était rien au Vi« siècle, si nous en jugeons par l^expressîon de Tun de nos évoques, Fortunat, qui la nomme Urbs Genesu, et non poiai Urbs Trophimù (L. V, c. n, p. 158.) Le souvenir qui prédominait alors dans le pays était donc celui du jeune martyr saint Genès. Nos monu* ments d'antiquité chrétienne figurée semblent établir qu'il en était de même dans des temps plus anciens. On sait qu'aux extrémités de leurs couvercles les sarcophages antiques présentent souvent deux tètes^ qui sont parfois celles du Soleil et de la Lune. A Aries^ pour les tombes det fidèles, Ces couvercles olft-eQt, aux deux bouts^ une seule et même tèttt d'adolescent, exécutée d'après un type invariable. M. De Rossi, auqud nous devons cette remarque, a observé qu*à Rome les bustes des fondateurs de son Église occupent souvent la même place. Il est donc constant que les images des saints locaux ont remplacé parfois, sur les tombes chrétiennes, les masques dont les sarcophages sont ornés. Le savant ro« main en conclut, avec toute raison, semble-t-il, que la tête juvénile si souvent répétée sur les sarcophages d'Arles doit être, dans cette ville, celle de son jeune et illustre martyr. {Btdlettino archeologico crtstiano, juin 1864.) J'enregistre, pour ma part, au profit de l'école historique,

il» MANUEL

je passe pour ne point trop m'étendre S des soupçons se sont élevés sur Fauthenticité de la lettre de Zosime, de celle des dix-neuf évoques, émanées toutes des seules archives d'Arles, si intéressée à les produire ^.

Au milieu de tant de ténèbres, des controverses engagées sur l'antériorité de deux Églises évidemment antiques, on aimera peut-être à trouver un élément de quelque certitude; c'est aux monuments de l'épigraphie qu'il appartient de le fournir.

Avant de le montrer par les méthodes dont je viens de faire connaître les bases \ je dois au lecteur une observation.

Lorsqu'il s'agit des premiers siècles, chercher, dans les marbres d'une contrée, des monuments contempo- ^ rains de l'âge où y parut le christianisme , c'est le plus souvent s'exposer à des mécomptes. Par nécessité absolue, aussi bien que par goût du mystère, les fidèles ont longtemps caché leur croyance *. On le voit pour Rome,

cette autre marque si probable de la prédominance du souvenir de saint Genès sur celui de l'homme qui, d'après le système légendaire, aurait été, pour Arleâ et la Gaule entière, ce que furent pour Rome saint Pierre et saint Paul.

* Voir, entre autres, Sirmond, Dissert, in qua Dionysii Paris, et Dionysii Areop, discrimen ostenditur, dans les œuvres de Launoi, t. II, p. 379 , et la discussion de Berardi , Gratiani canones, Pars II, t. I, p. 233.

« Bosquet, Ecoles, gallic, histor,^ p. 17; Tillemont, t. IV, p. 705; Berardi, foc. cit, — ' Voir ci-dessus, p. 17 et suivantes.

♦ Voir, entre autres, pour la Gaule, Greg. Tur., Hist, Fr.y I, XLiii; X, XXXI, 1.

OÙ, sur mille quatre cents inscriptions datées, trente et une seulement sont antérieures à Constantin. Parmi nos marbres chrétiens d'Arles et de Vienne, il ne faut donc point s'attendre à rencontrer de monuments de l'âge que paraissent indiquer la lettre de Zosime, celle des évoques de Provence, ou du temps que désigne, avec toute certitude, le célèbre récit du grand martyre de Lyon *.

Cela posé, si l'on fait, pour l'une comme pour l'autre ville, la part de l'époque où les fidèles ne se sont point tQujours déclarés publiquement, il est impossible de méconnaître qu'Arles possède des monuments chrétiens de beaucoup antérieurs à ceux de Vienne \

En exceptant, parmi ces derniers, Finscription eventi IN PAGE gravée sur la surface d'un sarcophage à strigiles ^, et dont la brève formule indique sans doute une époque reculée, il n'est point, à Vienne, d'épitaphe que l'on puisse avec certitude estimer antérieure au v* siècle. A Arles, au contraire, plusieurs marbres présentent des caractères qui nous reportent à un âge de beaucoup plus ancien. Les tria nomina du vieux système romain^ les acclamations funéraires, l'indication de ceux qui ont fait faire la tombe, la prétention du jour de la mort, le monogramme ]^, le symbole tout primitif de

1 Euseb., Hist eccL, V, 1. — « Cf. ci-dessus, p. 48, note 6, pour un indice probable de la destruction tardive des monuments païens à Vienne. — » /. C. G., n* 410.

i$o MANUEL

l'ancre, la simplicité du formulaire gui est encore parfois celui des temps païens , accusent par leur réunion une antiquité bien remarquable pour des monuments provinciaux ^ Des inscriptions d'Arles appartiennent peut-être d'ailleurs, et ce serait là un dernier trait plus décisif encore, à quelques-uns de ces chrétiens cachés que nous révèlent parfois des marques fugitives ^, tandis que le plus grand nombre d'entre eux nous demeure inconnu ^.

Nous venons de le voir; l'absence, la suppression.

* /. C. G., no» 508, 519, 520, 522, 526, 531, 533, et ci-dessus, p. 30 . — * Voir ci-dessus, p. 19.

s La classification de quelques épitapbçs d'Arles présente de graves difficultés. Les inscriptions où se lisent les acclamations pax TECVM, pax VOBISCVH, sont assurément chrétiennes ; mais, pour les marbres de même temps qui débutent par les formules toutes locales pax, pax aeterna, PAC£ AETERNAE (Dumont, Inscnpt. ant, d Arles, n»» 86, 88, 165), comment juger avec quelque certitude? Les nombreuses médailles où figurent ces mots ne nous seront d'aucun secours (Cohen, IIJ, 70, 261 ; V, 856, 357, 447, 506, 507; VI, 29, 79 et 104, monnaies de Commode à Constantin); la numismatique ne peut les avoir employées dans le même sens que l'épigraphie funéraire. Sénèque parle de Vœterna pax où reposent les morts (ConsoL ad Martiam, XIX) ; mais cette locution estelle purement païenne, ou bien le philosophe l'a-t-il prise, avec tant d'autres, au courant des idées que le christianisme avait jetées dans la société romaine? Si elle appartient aux gentils (cf. Virg., ^n., I, 249), des fidèles d'Arles ne l'ont-ils point adoptée comme une façon de parler semblable aux leurs (cf. Paul Nol, Epist., XXXII, ad Sever., éd. Murât., p. 199 et 203), et qui leur permit, pour ainsi dire, de se déclarer et de se dissimuler tout à la fois? Ce que je remarque pour les formules se présente de même à l'égard des symboles. Une inscription d'Arles, conçue dans le style païen, offre cependant des traits familiers aux premiers fidèles, une nacelle flottant et près d'elle des poissons. (Lalauzières, Hist, d'Arles, pi. XVII, no 6.)

D'ÉPIGRAPBIE CHRÉTIENNE. lit

le nombre, le degré d'ancienneté des marbres sortis de notre sol répondent exactement aux données de l'histoire sur l'époque, le développement, les vicissitudes de révangélisation. Un tel accord, dont on pourrait difficilement, à mon sens, mécooDattre la valeur, semblera peut-être à d'autres, comme à moi, permettre de tirer des textes épigrapfaiques un élément sérieux pour estimer l'âge relatif de nos Églises. Si donc, en réservant ici la délicate question de l'époque initiale, noue nous attachons seulement au fait d'antériorité mis en avant pour Arles , l'antiquité supérieure du christianisme de cette ville s'affirmera par celle de ses inscriptions.

C'est là un des traits de la loij qui régit nos monuments chrétiens, épitapheset sculptures, dontl'ancieni^té décroît à mesure que l'on s'éloigne de la Méditerranée.

J'ai déjà peut-être , au gré du lecteur , poussé trop loin les rapprochements entre l'épigraphie et l'histoire ; j'ai peut-être été trop téméraire en cherchant à retrouver, par l'étude des marbres, la physionomie des époques inconnues. Qu'on me permette toutefois encore un dernier coup d'œil sur ce point. ifL

Un fait exceptionnel, semblable à celui que j'ai signalé dans la Première Belgique , existe au sud de notre patrie.

La civilisation romaine fut, on le sait, l'un des meil«

leurs agents de la propagation évangélique. Aussi les cités où abondent les inscriptions des gentils sont-elles de même les plus riches en marbres chrétiens. Pour ne parler que de la Gaule, nos grands centres épigraphiques, Trêves, Lyon, Vienne, Arles, Narbonne, montrent les monuments des fidèles succédant à ceux des idolâtres. C'est la condition normale. Nîmes, au contraire, si largement dotée en inscriptions des temps païens, ne possède pas d'épitaphes chrétiennes. Où fautil en chercher la cause? L'élégante cité aurait-elle opposé^ comme nous le voyons pour quelques autres, une vive résistance à la foi nouvelle*? J'incline à le croire, car l'absence des marbres des fidèles me paraît devoir être là, ainsi qu'ailleurs, le résultat d'une cause historique^et je n'imagine pas que, sans des circonstances

* Cf. s. Avit., Homil. de rogationibits, éd. de 1643, p. 152, pour le mauvais vouloir opposé par le sénat de Vienne au développement du culte chrétien. (Voir encore, pour ces résistances des municipalités, S. Aug.^ Epist. XCl, VIII. Cf. S. Ghrysost., t. II, p. 548, De S. Babyla, § 8; Sozomène, Hist eccL, V, 9, et Théodoret, VII, 3.)

* Plusieurs circonstances peuvent être rapprochées de cette absence des inscriptions. Les origines de l'Église de Nimes sont des plus obscures, puisque le premier de ses évêques dont on sache exactement la date est Sedatus, qui paraît, en 506, au concile d'Agde. (Voir Dom Vaissette, 1. 1, p. 616; GalL christ., t. VI, p. 427.) En 589, un concile de Narbonne, où figure un évèque nlmois, parle de la persistance de certaines pratiques païennes dans la province. J'«youte que, vers le milieu du v« siècle, i\ y avait encore des idolâtres dans cette partie de la Gaule (Bolland., t. I, maii, p. 61 et 62, Vita S, Orienta, episcopi Ausdorum), et que le martyre de saint Baudèle, à Nîmes, peut avoir été postérieur au triomphe de l'Église. Voir, à ce sujet, Tillemont, Hist, eccl., t. IV, p. 275, et les Bollandistes au 20 mai. Je noterai, au môme point de vue, que la forme ger-

D'ÉPIGRAPHIE CHRÉTIENNE. its

toutes d'exception, une telle ville n'ait encore présenté, comme monument matériel du christianisme des premiers âges, qu'un sarcophage sculpté ^

Voilà pour la question de lieu. La question de temps ne sollicite pas moins vivement mon attention.

Si r^n s'en tenait aux éléments tirés des seules inscriptions datées, il faudrait supposer la propagation nulle aux trois premiers siècles, timide au iv* , grandissant auv% et complète seulement à l'âge suivante Chaque page de Thistoire repousse cette apparence. Il importait donc de chercher ailleurs que dans les dates précises des éléments de chronologie. L'étude minutieuse des symboles, des formules, m'offrait un secours que je ne pouvais négliger. Elle m'a fait voir dans le bassin du Rhône la grande voie suivie tout d'abord par 'le christianisme; à Marseille, à Âubagne , des marbres

manique du nom de Baudèle est loin d*être sur notre sol un signe de haute antiquité. (Cf. ci-dessus, p. 40, et ma Note sur le rapport des noms avec la nationalité, p. 6.)

^ Voir ce sarcophage dans le recueil de Ménard, qui en donne une si singulière explication. {Ant, de Nîmes, t. VII, p. 491.) On y voit le Christ lavant les pieds de saint Pierre, cet apôtre arrêté, la résurrection symbolisée (cf. mon tome 1«', p. 302), le Seigneur conduit devant Pilate^ et ce dernier se lavant les mains. Peut-être faut-il attribuer à Nimes une autre tombe sculptée que reproduit Rulmann parmi des monuments de cette ville. (Bibl. imp., départ, des man., suppl. fr., n* 8, 2* partie.) Autant que je puis le reconnaître sur un dessin rapide et presque effacé, ce sarcophage représenterait, entre autres scènes, le péché originel et nos premiers pères chassés du paradis.

> Voir dans mon tome II, p. 609, la table des mentions chronologiques.

ill MANUEL DnÏPmRAPHIB CHRÉTIENNE.

contemporains de la persécution de Marc^-Aurèle '; i Arles, sans nul doute , des inscriptions antérieures à Constantin*; à Vaison^^ puis vers le nord, l'ouest, à Autun ^ à Paris ^, à Amiens ^, à Bainson, à Bordeaux, à Sivaux ^, les épitaphes chrétiennes apparaissant au !?■ siècle. C'est la conftrmatioa des données historiques qui montrent dans le sud de la Gaule les premiers pas de l'évangélisation, la foi se répandant plus tard dans le reste de notre patrie. Les découvertes à venir ne fe* ront, j'en ai la confiance, qu'appuyer par des preuves nouvelles la généralité de ces résultats.

1 Ci-des9U8) p. 52, 53*

« /. C. G., nos 519^ 520, 522, 525, 526, 527,531, 533, 541. Inscriptions caractérisées par la brièTelé (cf. ci-dessus, p. 17), les acclaiçations (cf. cidessus, p. 45), Pancre, le monogramme X (cf. ci-desgus, p. 27), les nomt triples ou doubles (cf. ci-dessus, p. 19 et 40), l'indication de ceux qui ont fait fkire la tombe (cf. ci-dessus, p. 11^ 21 et 22), TomisBioB du jour de la mort (cf. ci-dessus, p. 12 et 14), etc.

• /. C. G., nos 490, 491, 495, 497, 498, 499. Inscriptions très-brèves, avec acclamations, taisant le jour de la mort et portant le monogramme X; l'une d'elles, n« 490, gravée sur un débris d'édifice. (Cf. cidessus, p. 46 et suiv.)

• No 4, la célèbre inscription grecque; no 5, épitaphe gravée sur un débris païen, et portant les mots DECESsrr et pércepit, qui indiquent une époque ancienne (cf. ci-dessus, p. 24, et ci-dessous, p. 167, note 3).

s No 202. Inscription présentant le monogramme %, l'indication de celui qui a fait faire la tombe, et taisant le jour de la mort.

• No« 326 et 328. Inscriptions très-brèves, taisant le jour de la mort, donnant le monogramme X, le nom de celui qui a fait faire la tombe et l'antique formule praecessit. (Cf. mon tome l*»", p. 384.)

'^ N*» 336 A, 576, 583 A. Inscriptions à acclamations, donnant un nom double, taisant le jour de la mort et portant le monogramme X*

It

Je n'ai point terminé l'examen des vues que nous ouvre une étude d'ensemble de nos marbres chrétiens.

Dès la fin du v' siècle, ces monuments fournissent d'importantes données sur l'état politique du sol. Lorsque les royautés barbares se partagent la Gaule, les t'rancs^ les Bourguignons^ les Wisigoths, remplaceoi les anciens maîtres; mais l'influence de la grandeur romaine subsiste encore sur quelques points» et nos épitaphes semblent permettre d'en reconnaître les demiè^ res marques. ^ »

Les indications chronologiques gravées sur les marbres de ce temps sont de deux sortes : dates par les conduis^ dates par les rois barbares. Si l'on marque sur «ne

carte de la Gaule les lieux où se rencontrent ces diverses mentions, on voit les dates consulaires se grouper exclusivement dans le royaume des Bourguignons, les dates royales chez les Francs et les Wisigotbs ^

Une seule exception, bien significative, et dont je parlerai plus loin, trouble ce résultat.

Trouver, pour des temps antérieurs, un marbre à date consulaire sur on point de notre sol, c'est voir, par un signe matériel, que la main de Rome était sur cette contrée; mais, lorsque l'empire a vu décroître ses possessions immenses , lorsque les Francs , les Bourgui-

1 Je note par uq G, sur ma carte^ les dates consulaires; par un R les dated royales; RGR indique l'intermittence.

gDOQS, les Wisigoths, tiennent la Gaule, ce fait prend un tout autre sens, et je vais tenter de l'expliquer.

Un des points saillants dans Thistoire des Bourguignons, à la fin du v* siècle et au vi" , c'est leur déférence pour Tempire , dont ils se plaisent à se déclarer les feudataires. Tandis que, chez les Francs, l'assassinat d'un barbare est un crime plus grand et plus puni que le meurtre d'un Romain^, les princes bourguignons couvrent tous leurs sujets d'une protection égale ^; ainsi Ta décidé Gondebaud, qui, selon le mot de Grégoire de Tours, a voulu que sa loi fût douce aux vaincus 3; dans le partage du sol, ils ont traité les anciens maîtres avec moins de rigueur que ne l'ont fait les autres conquérants de la Gaulé -^; seule entre toutes les lois barbares, la leur présente des dates consulaires ^, comme le font les édits de Ravenne, de Rome et de Constantinople. Gondéric, Childéric, Sigismond, portent avec orgueil les titres de Patilpi^de Maître des armées ®,

i Lex Salxca refcmnata, lit. XLIV; Lex Ripuar,, tit. XXXIV. (Canciani, t. II, p. 144 et 306.)

« Lex Burgund., tit. II (Canciani, t. IV, p. 14); cf. tit. X, XXVI, et Gros., VII, xxxn.

> Hist, Fr.y II, xxxni. « Burgundionibiui^ kigres mitiores instituit, ne « Romanos opprimèrent. »

♦ LexBurgund., tit. LIV; Additamentum, II, art. xi (Canciani, t. IV, p. 29 et 41); Marins, Chrmic, a» 456; cf. Lex Wisig., L. X, 1. 1, 1. 8 (U IV, p. 175), et pour les Francs, Montesquieu, Esprit des lois, liv. XXX,

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