‹ Manual dé̕pigraphie chrétienne d'apres̀ les marbres de la Gaule, accompagné d'une bibliographie spécialeChapitre 13 sur 19 · G. VII · texte numérisé non relu

G. VII

5 Tit. XLIÏ, XLV et LU (Canciani, t. IV, p. 25, 26 et 29). — « Hilar., Epist. V, ad Leontium; Sid. Apoll., Epist. V, 6; Avit., Epist. LXXXIII

et des lettres célèbres nous montrent ce dernier prince écrivant, par la main de saint Avit, à Temperenr de Byzance : « Mon peuple est le vûtre et j'éprouve plus de joie à vous servir qu'à lui commander. La vénération An nom romain est chez nous une religion de famille. Maîtres en apparence de notre royaume, nous ne sommes en réalité que vos soldats. C'est pai^ nous que vous administra une terre si éloignée de votre Empire; la dislance même où vivent vos sujets marque glorieusement rétendue de votre puissance , l'action lointaine de votre gouvernement ^ »

Les Bourguignons ne donnent pas qu^à Byzance ces marques de leur soumission. Lltalie, qui leur vient en aide contre l'agression des Francs, les tient pour des sujets dévoués : « Pour recouvrer ses possessions , écrit Cassiodore au Sénat, le Bourguignon s'est déclaré dépendant, se donnant tout entier à nous afin de recevoir une part de ce qu'il a perdu *. »

Qu'à cette époque ses rois datent par les consuls, rien à cela que de simple et de logique ; leurs actes soni d'accord avec ce qu'ils écrivent à l'empereur alors qu'ils proclament l'action si étendue de son pouvoir, avec ce que Rome attend d'eux.

Les temps vont changer.

En 534, les enfants de Glovis envahissent la Bourgo^

i Avit., Epist LXIX elLXXXIII, éd. SirmoBd, p. 124 et 139* * VOTMKj XI, i;

gne et la subjuguent ^ Mais la conquête ne détruit pas chez elle une apparence d'autonomie qui doit bientôt servir la politique perfide de ses vainqueurs, en leur permettant de désavouer des actes accomplis par leurs ordres *. Si les Bourguignons leur payent tribut, s'ils leur fournissent un contingent de troupes ', ils peuvent, du moins, passer à leurs propres yeux, à ceux des autres peuples, pour une nation libre et se gouvernant elle-même d'après ses coutumes et sa loi. A côté de leurs privilèges, que l'on mentionne encore au vn* et au IX* siècle ^, ils gardent, même après la conquête et soixante-trois ans de plus qu'aucun autre peuple du monde ancien, leur vieil usage de dater par les consuls ^

i Marius, Chronic, a© 534.

« En 538, le roi Théodebert, sollicité par Tempereur de lui donner secours, envoie en Italie une armée bourguignonne qui doit se réunir à l'ennemi^ en paraissant agir de son propre mouvement. (Procop., Bell. Goth,, II, XII.) — ' Procop., Bell, Goth., II, xiil.

♦ Marculf., Form,, I, VIII; Agobard., Àdvers, leg. Gond., c. xiil et liv, éd. Baluze, p. 120. VAdditamentum II à la loi des Bourguignons (Canciani, Leg. barb., t. IV, p. 40), texte dont on ignore la date, mai3 qui est, en tout cas, postérieur à l'une de leurs grandes défaites, est peutêtre un autre monument de l'autonomie conservée par ce peuple après le désastre de 534.

> D'après l'état actuel des découvertes, la supputation par les postconsulats s'arrête, dans le nord de l'Italie^ en 556 (Côme^ Inscr. de Marcellianus. Palais Giovio); dans le sud, en 560 (Mommsen, /. R, N., 6697); à Rome, en 565 (DeRossi, Inscript., 1. 1, n© 1098). Elle est poussée, dans la Bourgogne, jusqu'à l'année 628. (Voir mon tome II, n© 397 A; cf. n» d7 et l'observation de M. De Rossi, InscnpU, 1. 1, n© 1093) Il ne faut voir dans cette persistance rien au delà d'une simple continuation de la coutume ancienne. Le fait que je viens de rapporter d'après Procope {Bell. Goth., II, xii) montre que le gouvernement byzantin n'exerçait plus alors aucune

iSO MANUEL

dont ils associent en dernier lieu les nomt à oeux des rois ^. Leurs nouveaux maîtres cependant suivent un autre systèmei

€hee la race qui devait posséder la Gaule et lui donner son nom, le caractère dominant est la passion derindépendance. Les premiers mots de son pacte national proclament qu'elle a secoué le joug des Romains % et «son histoire ne démentira pas cette iière parole.

Que le Bourguignon se contente des titres de Patrice, de Maître des armées, le Franc porte le cœur plus haut; il sera consul et auguste, C'est-à-dire l'égal de l'empereur ^; s'il propose à celui«^ci un traité d'alliance , il l'a, dit-'il, librement résolu^, et sa lettre ne rappelle en rien les humbles protestations transmises par saint Avit. Le

tdfluenoe sur la Bourgogne) et ûoè inscriptioFild ne metitiomieiit pas d'ailleurs ces derniers consttlate impériaux qui servent de dates aux marbres de l'Italie. (Gazzera, Iscr, crist, delPiem., p. 29, 30, 31'; De Rossi, Inscr* ehrisU rom,, t. l, années 567, 568, 570, 571, 575, 589; Mommsen, /. R. N*y no» 3487, 3895, 3897, 3898, etc.)

. ^ LC.G.y n»« 597 et 397 A. Gomme par uU dernier hommage à la grandeur du Yieil empire, la Bourgogne a de même conservé, à travers les Ages, l'usage officiel du droit romain. (Voir, sur ce point, les savantes recherches du président Bouhier, Anciennes coutumes du duché de Bourgogne, ch. vi, vu, viii, (JEuvres, 1. 1, p. 429.) Aux textes du moyen âge relevés par Bouhier, on peut ajouter ce passage de l'acte d'affranchissement de Giel-et-Saint- Maurice concédé le 24 octobre 1420 : « ... Pourquoy nous

« aient suppliés et requis humblement il nous pleust de nostre grâce

« les affranchir de la dicte serve condicion, en les rendant comme francs « citiens de Rome. » (Marcel Ganat, Documents inédits pour servir à f histoire de Bourgogne, 1. 1, p. 155, 156.)

« Canciani, t. Il, p. 13. — ^ Greg. Turon., Hist» Fr., II, xxxviii. — ^ DucheBue, Scriptores, 1. 1, p. 866.

D'ÉPIGRAPHIE CHRÉTIENNE. Ul

premier entre les barbareâ, il effacera de ses ttionnaies d'or Teffigie impériale pour y placer celle de ses ^is *. Procope rapporte le fait en le présentant comme un coup d'audace '^ et les monuments de notre nutnismatique en fournissent la preuve matériellei

L'indépendance esl hautement proclamé6« Lès yies des saints parlent de ce temps glorieux où les Francs, secouant le joug de Rome^ n'ont plus voulu relever que d'eux-mêmes ^. Rapprochez des marbres où la Bourgogne inscrit les dates consulaires^ ceUx où nos pères Ue veulent tracer que les noms de leurs rois^ 16 tableau sera Gompleti Chez les premiers ) une déférence dont la marque survit même aux institutions romaines*; chez les autres, la volonté ferme de s'appartenir et de le faire connaître.

Ainsi, d'après la carte, d'après l'histoire de la plus grande partie de la Gaule au vi* siècle, la date par les consuls représenterait la soumission à l'empire,. la date par les rois impliquerait déclaration d'indépendance.

Les monuments des Wisigoths vont nous le montrer

* Ch. Lehormailt, Lettres à M, dé Sauicy sur tesptxié anciens monuments de la numismatique mérovingienne. Le fait a lieu bous Théodebert; il ne se produit que plus tard chez les Wisigothsi (Boudard, Revue numismatique, t. XX, p. 342.)

2 Bell. Goth,, III, xxxiii, t. II, p. 417; ^ « BoUand», t. Il, jan., p. 33; Mabillon, Acta Sanctorumordinis Benediclii^ sœculum, i, p. e37i — * Ci-dessus, p. 127.

plus nettement encore, par Tinconstance même de leur système chronologique.

Au temps de la domination romaine, les noms des consuls se lisent sur les marbres de la Deuxième Aquitaine, de la Première Narbonnaise et de la Novempopulanie * ; mais, dès l'avènement d'Alaric II (484 à 507), la mention des années de son règne y figure seule '. C'est le fait d'un prince indépendant et tenant son royaume proprio jurBj comme le dit Jomandès ^. Il est, comme Ta été son père, législateur en même temps que soldat, maître des Romains et des barbares qui vivent sous son sceptre, et veut constituer fortement la nationalité wisigothique.

Jusque-là donc rien d'inattendu, à juger par ce que nous apprend la différence des dates usitées chez les Francs et les Bourguignons, et le système opposé de ces barbares; mais une inscription récemment découverte à Narbonne marque l'an 527 par le nom du consul d'Occident, Mavortius*. Les Wisigoths sont et demeurent cependant les maîtres du pays; pourquoi donc cette prétention du nom d'Amalaric, le roi d'alors, et dont le prédécesseur, le successeur ^ suivent un autre système? pourquoi, au delà des limites romaines, cette date par un consul romain?

i Voir mon tome II, n©» 591, 596, 610, 617. — « Ihid,, no« 482, 529, 556 A, 556 C, 556 D. — » i>e Get, ong., c. xvn. — * Voir mon tome II,

Rien de plus utile, dans ces matières, que d'apparentes anomalies qui forcent à la recherche; elles éclairent ou révèlent souvent des faits mal formulés ou laissés dans Tombre par les historiens. Nous leur devons de mieux comprendre le caractère de la capitulation signée, en''534, entre les Bourguignons et leurs vainqueurs; elles nous apporteront encore d'autres enseignements.

En 5II9 Amalaric, devenu, par la mort de Gésalic, son frère, seul roi des Wisigoths, exerce un pouvoir tout nominal. Le grand Théodoric, son aïeul, qui Ta sauvé d'un rival dangereux, gouverne de fait sous son nom^, et les coutumes romaines, que le prince ostrogoth tient à honneur de faire revivre, deviennent la loi du sol wisigothique. Jusqu'en 526, une date consulaire, dans les possessions d'Amalaric, n'aurait donc rien qui pût surprendre ; mais l'épitaphe de Narbonne appartient au 1®' juillet 527, et le vieux roi était mort le 30 août 526. N'y a-t-il point là difficulté nouvelle, et ne doit-on pas penser que le prince wisigoth aura, dès le décès de son aïeul, voulu reprendre, dans toute son étendue, une liberté d'action entravée par l'existence deThéodoric?

Procope atteste le contraire.

1 Procop., Bell, Goth., I, xn, éd. de Bonn, t. II, page 68. La Chronique d'Isidore (éd. de 1778, t. I, p. 210) considère même Théodorip comme le souverain réel, Amalaric comme son successeur.

En mourant^ le maître de Rome laissa Tltalie à un autre de ses petits-fils, Athalaric, et le roi wisigoth, peu rassuré sur les visées des Francs, se hâta de con* dure avec le nouveau prince un traité d'amitié et d'alliance. Ce fut là, semhle-t-il, le premier acte de son indépendance recouvrée ^ *

Si nous nous reportons maintenant aux faits mis en lumière par la différence des dates dans le royaume des Francs et dans celui des Bourguignons, parles résultats que nous apportent les beaux travaux de M. De Rossi ^, nous reconnaîtrons qu'au temps de Théodorio, et suivant le caractère de leurs relations avec l'empire, des royaumes barbares admettaient ou rejetaient la supputation par les consulats. Amalaric, si effacé par son aïeul, n'a donc point cessé, quand mourut celui-ci, de promulguer, dans son propre royaume, les noms des consuls d'Occident. Ainsi faisaient les Bourguignons dans leur respect pour le vieil empire, et le même fait semble avoir eu, chez les deux peuples, une même cause.

Avec Amalaric devait disparaître une marque tout éphémère de la puissance romaine. Son successeur Theudis, dont se défiait avec tant de raison Théodoric ^ date de nouveau du nom royal les monuments de la

* Procop., Bell, Goik., 1. xiii, éd. de Bonn, t. II, p. 69, 70. — « Inscr, christ urb, Romœ, t. I. Pfolegom., p. xui.— » Procop., Bell. Goth,, 1. XII, t. II, p. 68, 69.

D'ÉPIGRAPHIE CHRÉTIENNE. lU;

Wisigothie. En 541, un marbre de Narbonne, marqué de la dixième année de son règne S renoue la chaîne interrompue de la chronologie locale, et montre ainsi ce que Rome a perdu d'influence et de prestige sous les faibles successeurs du grand Théodorio.

Que l'on me permette encore un mot sur le système chronologique suivi dans la Première Aquitaine, immé* diatement après sa conquête par les Francs. A compter de cette époque, huit épitaphes datées s'y présentent, et toutes, sans exception, portent les noms des nouveaux rois, Et pourtant, à Clermont, Tune des villes où se rencontrent ces monuments, un concile de Tan 535 est marqué, suivant la mode romaine, du postconaulat de. Paulin,

Cette dissemblance n'est point un fait isolé dans le royaume d'Alaric, où les inscriptions, les lois, portent la date de sou règne. Le concile d'Agde, en 506, présente le nom du consul Messala^; en Afrique, en Espagne, lorsque les épitaphes chrétiennes ne mentionnent que les années de Tère locale, les conciles de Garthage, de Tarragone, de Gironne, nomment de même les consuls suivant l'ancien usage.

Devant ce double système, il nous faut donc faire

1 Voir mon tome 11^ n» 626. Le nom (]e Theudis me p&ralt exister encore sur une autre inscription de Narbonne, n» 620 B.

s C'est, annonce Sirmond, la mentioQ que présentent la plus grande . partie des manuscrits.

deux parts dans les documents qui nous occupent; distinguer les monuments civils, tels que les épitaphes^ les lois, des actes religieux que les évêques ont sans doute voulu libeller selon la forme suivie à Rome et dont les lettres pontificales leur fournissaient le type.

C'est du moins là ce qui se fit au moyen âge, comme veut bien me l'apprendre le savant M. Léopold Delisle, et la dissemblance signalée semble montrer, dès le VI* siècle^ une tendance à la coutume qui fut plus tard celle de notre Église ^

Rien ne s'accorde mieux d'ailleurs, pour cette époque, avec l'attitude du clergé de la Gaule, vivant de sa vie propre sous le sceptre des barbares, se recrutant surtout parmi la race vaincue', se plaçant sous l'égide de la loi romaine ^, et déclarant, dans un concile de

1 Je transcris la note que m'a remise le savant académicien : a Au xi^ <K et au XII® siècle, beaucoup de chancelleries laïques et ecclésiastiques c( s'attachèrent à imiter les usages de la chancellerie romaine. Parmi les « prélats qui ont suiyi cette yoie, on peut citer plusieurs évèques de Rennes « dont on possède des chartes littéralement modelées sur les bulles-pri- « viléges des papes. Une circonstance favorisait cette imitation : la ca- « thédrale de Rennes était placée sous l'invocation de saint Pierre, de <c sorte que les évèques de Rennes pouvaient s'approprier la formule ^6 « beati Pétri et nostra protectione suscipimus. On en trouvera des exem- « pies dans les titres de l'abbaye de Savigny, conservés aux Archives de <f Tempire et copiés dans un Gartulaire des archives du département de « la Manche. »

• Voir, dans le tome XXVIlI.des Mémoires de la Société des antiquaires de France, ma Note sur le rapport de la forme des noms propres avec la nationalité, à Vépoque mérovingienne.

' Du Gange, v* Lex romana; cf. mon tome II, p. 379, n® 588 A.

Tân 538, que les divisions politiques du sol sont chose indifférente pour radministration ecôlésiastique ^

Je reviens aux dates civiles.

Si mes déductions sont exactes, plus d'une conséquence devra s'en dégager.

L'histoire est trop souvent muette, et parfois, je le rappellerai plus loin, les documents nous font défaut pour de longues séries d'années. Lorsque^ dans une partie de notre sol dont les destinées nous seront demeurées inconnues, nous trouverons, sur un marbre des temps dont je m'occupe, une date par les consuls ou par les rois^ l'accord des monuments et des faits dans les trois royaumes dont je viens de parler ne permettra-t-il pas alors d'estimer, par cette date, la condition politique du pays qui l'aura présentée? Devant l'incertitude des délimitations à cette époque, une inscription consulaire ou royale, trouvée vers les bornes supposées du royaume des Francs et de la Bourgogne, ne devra- t-elle pas faire attribuer au pays qui, seul des deux, possède des monuments semblables, la part du sol où le nouveau marbre aura paru?

Ce sont là peut-être des questions qu'il serait encore

1 Conc. Aurel.y III, c. i. Cent yingt années auparayant, le pape Innocent I «f proclamait le même principe. {Epist. XXIV ad Alex, eptsc.y c. ii, dans Constant, p. 852.) Voir encore les intéressantes observations de M. Naudet dans son mémoire intitulé : De Vétat des personnes en France sous les rois de la première race, {Acad, des inscr.y t. VIII, p. 526.)

1S8 MANUEL D'ÉPIQRAPHIE CHRÉTIENNE.

téméraire de résoudre, malgré le nombre de$ iDscriptioDs connifes, malgré la concordance des faits acquis. Les découvertes à venir apporteront, je Tespère, leur solution si désirable pour Texacte connaissance de notre histoire et de notre géographie aux temps mérovingiens.

Je me suis efforcé de montrer, par l'étude des faits, comment s'expliquait le défaut d'unité dans les dates épigraphiques relevées sur les diverses parties de notre sol. En pénétrant dans le détail, on rencontre des difficultés dont je n'ai pu trouver encore la solution, et qu'il importe de signaler.

Dans ses belles recherches sur la chronologie épigraphique de Rome, M. le commandeur De Rossi a su tirer du jeu des postconsulats des lumières précieuses pour l'histoire du v®et du vi® siècle. Éclairé par les textes, singulièrement habile à faire revivre le passé, autorisé par les mentions des anciens mêmes S il a montré dans

* Voir Schwartz, Dissert, selectœ^ p. 277.

remploi de ces supputations, dans leur substitution aux ^ 4ptes consulaires, la marque de troubles politiques ^ Une ipierre, un simple dissentiment entre^eux peuples, et la promulgation des consuls était suspendue dans rÉtat ennemi. Pour^iltalie^ les documents ont permis de suivre, d'expliquer, quelquefois presque jcrdr par jour, certains Çjevirements politiques dont les dates laf^idaires nous conservent la marque K

Nous sommes moins heureux pour 4a Gaule, où les marbres ne font que trop bien sentir les regrettables lacunes de l'histoire.

De 486 à 495, cinq localités de la Lyonnaise, de la Viennoise ^, qui ne forment pas groupe et que séparent d'ailleurs des centres où s'emploient d'autres méthodes^ présentent une supputation par les postconsulats de Symmaque.

En 491, deux villes voisines, Vienne et Véséronce, offrent deux dates de forme différente^, et une autre cité de la même province. Valence, fournit peut-être, pour la même année, une mention conçue dans un troisième système ^.

1 Inscr. chinst. urb. Romœ, t. I, proleg., p. xxv et suivantes. — * Ibid.y 1. 1, p. 67, 68, etc. — s Anse, Grésy, Saint-Thomé, Valence et Arles, nos 662, 388 A, 481 A, 474 B et 538.—* Briord, Véséronce, Vienne et Lyon, no» 374 A, 388, 436, 32, 77 et 69. — » /. C. G., no8 388 et 436. — « N© 474 B. Voir encore, pour l'année 547, deux inscriptions d'Aoste (n*» 394 et 396) datées, l'une de Jean, l'autre de Basile.

OÙ chercher Texplication de ces faits, gui ont sans doute leur raison d'être *?

Une autre anomalie, plus remarquable encore, se produit dans les dates sur le même point du sol, et pour un temps oîi son histoire est complètement muette.

Lorsque le consulat a disparu, la Bourgogne, je viens de le dire, est le dernier pays où survive la mémoire de cette grande institution; les longues supputations par les postconsulats, poussées chez elle plus loin que dans toute autre contrée ,'«iB'expriment de deux façons diverses : à Lyon, on compte, jusqu'en 601 ^ par le postconsulat de Justin, qui reçut les faisceaux en 540; à Vienne et dans ses alentours, on suppute, jusqu'en 628^, par les années écoulées depuis le dernier citoyen fait consul, Basile, qui fut nommé en 541.

Le fait existe nettement délimité au point de vue géographique, se produisant durant soixante années, sans que le parallélisme se trouble un seul instant, sans que le nom de Basile paraisse à Lyon, sans que celui de Justin se montre à Vienne.

Voilà, au VI' siècle, deux grandes lignes principales, et qui pourraient peut-être mettre sur la voie du partage inconnu que Ghildebert et Clotaire firent entre eux alors de la Bourgogne *,

1 Cf. De Rossi, t. I, p. XLIII, XLIV, 67, 68, 484. — « /. C. G., n» 17. — 3 No 397 A.

* Greg. Tur., Hist, Fr., III, xi. Un village situé à quatre lieues sud-

1^2 MANUBL

Il est, de plus, des systèmes éphémères.

Dans la Viennoise, le nom du consul de Tan 534, Paulin, sert de point de départ à une autre supputation poursuivie durant trois années S tandis que, dans la partie de l'Italie qui nous confine, elle s'emploie encore en 546 *, et n'est remplacée que plus tard, d'après les marbres qui me sont connus, par les postconsulats de Basile, consul dès 541 ^.

Sur le même point de notre sol et lorsque disparait le nom de Paulin, celui d'un cansul de 538 est pris comme base pour un nouveau calcul, et jusqu'en 550, au moins, l'on compte par les postconsùlats de Jean *.

est de Lyon, mais appartenant, d'après les cartes, à la Viennoise, Saint- Laurent-de-Mûres, fournit une date du système lyonnais, c'est-à-dife par un postconsulat de Justin (/. C. (t., n*» 387 B). La raison d'être de la différence signalée entre les deux sortes de mentions chronologiques semble donc devoir être cherchée ailleurs que dans les anciennes divisions de la Notitia. La ligne séparative que trace, dans l'état actuel des découvertes, la diversité des modes de date que je signale, passe sous Lyon et Saint-Laurent-de-Mûres, en laissant au-dessous d'elle Lusinai, Vienne, Saint-Jean-de-Bournay, Aoste, Rcvel et le reste de la Viennoise. (Voir ma carte, /. C. G., pi, xcin.) Je noterai ici en passant que les postconsulats, si fréquents sur nos marbrée, ont été notés de deux façons différentes. D'après le mode dit Marcellinien, la première année du postconsulat est celle qui suit le Consulat même; dans le système- Victorien, cette même année est désignée comme seconde du postcousulat (cf. Pagi, Dissertatio hypatica, p. 318, etc.). Gazzera, Iscriz. crist. del Piem.y p» 31, et surtout De Rossi, Imcr» christ, rom.i t. 1, prolegom., p. XLVii, ont fait remarquer qu'à dater de Justin (a^ 565) la seconde méthode a prévalu. Voir, pour les applications, /. C. G., nos 65 et 438.

1 /. C. G., nos 536, 393, 477 B; cf. 458 DD.— 2 Zaccaria, Excurs, iitter.y p. 207; Gazzera, Iscr. crist. del Piein., p. 57. — s Gazzera, p. IC, ao 533; musée Giovio à Gôme, inscription de Marcellianus, ao 560. — * /. C. G., nos 547, 384, 458 M, 486.

La raison d'être de tout cela m'échappe, et j'ai hâte de sortir de ces ténèbres, dont je devais dire toute la profondeur, après avoir montré ce que l'histoire nous * permet de tirer parfois de la forme, de la diversité des dates *. *

i J'avais espéré, je dois le dire encore, trouver dans les dates consulaires, par un relevé des jours du mois, l'époque de l'année où avait lieu, en Gaule, la promulgation des consuls; je comptais voir si, par exemple, elle se faisait au le"" mars, en même temps que la notification de l'indiction. (Greg. Tur., H, Fr,, V, ivetlXlX. Cf. Decretio Cfiildeberti régis, Proœmiuniy dans Canciani, Leg.Barb., 11, 115.) Mon attente a été déçue. Au lieu de ne rencontrer, comme il l'aurait fallu pour réussir, aucune mention des consuls dans les deux premiers mois de Tannée, de ne trouver, pour cet espace de temps, que des postconsulats, je vois sur un marbre de Lyon du 12 janvier, c'est-à-dire à un moment de l'année où, à moins d'une notification anticipée, le nom du consul nouveau ne pouvait guère être parvenu en Gaule, la trace d'une date consulaire (/. C.G,, no 82). Les inscriptions de cette nature n'étaient donc point toujours, selon toute apparence, faites et placées au moment de l'inhumation*

rt-

Les inscriptions chrétiennes qu'a fournies notre so ont été, pour une grande partie, trouvées aux derniers ' siècles, et trop souvent nous ne possédons aucune notion précise sur le lieu de leur provenance. Nos propres observations et les renseignements anciens nous permettent toutefois d'établir qu'il y avait, en Gaule, trois modes d'inhumation pour les fidèles : des tombes isolées comme celles d'Adelphius et de l'aïeul de Sidoine Apollinaire*, des cimetières où, ainsi qu'à Lyon, à Trêves, à Vienne, la terre recouvrait les sépultures *,

4 /. C. G., no 591 ; Sid. Apollinaire, Eptst, III, 12. — « Ci-dessous, p. 211, 212; mon tome I«>", p. 363, 380, etc.; mon tome II, p. 52. Les textes et lés monuments nous apprennent de quelle manière se disposaient ces sépultures souterraines ; quelques planches (Greg. Tur., H. Fr.y IV,

d'autres où, comme aux Aliscamps d'Arles, à Civaux, les sarcophages reposaient sur le sol *; troisièmement enfin, des agglomérations de tombeaux dans les sanctuaires, Ce3 dernières, dont lea tombes de Saint-lrénée de Lyon, et mieux encore celles de Saint-Pierre devienne, offrent d'excellents types \ sont importantes à étudier, car elles montrent au plus haut degré ce qu'était la foi de no$ pères, Une épitaphe de Trêves nous apprend comment et dans quel but lea tombeaux se groupaient ainsi dans les lieux saints :

31), des tuiles ou des débris grossièrement reliés (/. C. 6r., !!•• 374, 381, 403 A), plus rstrement une caisse de pierre (n<> 403 A), voilà oe qu'était le tombeau, et, parfois même, la dernière demeure du fidèle fut l'intervalle resté librç entre d^ux tombes enfouies Tune près de l'autre (no 403 A).

* /. C. 6f., nos 535 et 576 A. Le Dante et l'Arioste avaient tous deux été ftrappés de l'aspect que donnait aux Aliscamps la masse de tombes placées sur le sol et que reproduisent des dessins de Beauuiéni, appartenant à M. Albert Leuoir. (Cf. mon tome 1«', p. 25.)

Nous Usons dans la Divtne Comédie {Infemo, IX, 118, 115} i

Si corne ad Arll otc'I Rodano stagna Faono i sepolcri tutto '1 loco varo.

Et dans le poëme de Roland Furieux (xxxix, st. 72] :

Délia gran mnltitudine ch' nccisa

Fa d'ogni parte in questa nltima guerra,

Se ne veda ancor segno in qnella terra Ghe presso ad Arli, oye il Rodano stagna Fiena di Bepoltnre è la campagna.

^ Ciniessous, p. 217; mon tome II, p. 581.

YRSINIINO SVBDIACONO SYB HOC TYMVLO OSSA OYIESCYNT ^ ÛYI MERYIT SANCTORYM SOGIARI SEPYLCRI5

ÛYEM NEC TARTARYS FVRENS NEC POENA SAEYA NOCEBI**.

Saint Maxime de Turin disait de môme, dans un passage que le rédacteur de notre inscription aYait dans la mémoire ^ :

«In corpore nos viYentes custodiunt (martyres), et de corpore recedentes excipiunt, hic ne peccatorum nos labes assumât, ibi ne inferni horror iuYadat. Nam ideo hoc a majoribus proYisum est ut Sanctorum ossibus nostra corpora sociemus, ut dum illos Tartarus metuit, nos pœna non tangat, dum illis Chris tus illuminât, nobis tenebrarum caligo diffugiat ^. » Nous lisons encore dans saint Ambroise : a Habeo plane pignus meum, quod nullamihi peregrinatio jam possit aYcllere; habeo quas complectar reliquias ; habeo tumulum quem cor« pore tegam, habeo sepulcrum super quod jaceam; et commendabiliorem Deo futurum esse me credam, quod supra sancti corporis ossa quiescam ^. "ù

Ainsi donc, et dès les temps antiques, les fidèles pensaient que les restes des saints les protégeraient, dans la tombe, contre les redoutables atteintes du démon, les

* /. C. G., u» 293. — * Voir, pour les passages des Pères reproduits ainsi dans les inscriptions, mon tome II, p. 600. — ^ Homilia LXXXI In natali sanctorum Taurinorum Martyrum, Octavii, Adventicii et Solutoris {Opéra, éd. de 1784, p. 262, 263). — * De excessu fratris sui Satyri, § 18. (flpera^ éd. des Bénédictins, t. II, col. 1118.)

D'ÉPIGRÂPHIE CHRÉTIENNE. 147

recommanderaient à la miséricorde divine. C'est pour obtenir cette faveur qu'Avitus fut inhumé à Brioude, aux pieds de saint Julien ^, sainte Eustelle, près du sarcophage de saint Eutrope * ; que le corps du jeune Gelsus fut déposé auprès des saints ^ celui de sainte Paule appliqué à la crèche du Sauveur^, que des sépultures nombreuses se groupèrent autour des restes de Tapôtre de Toulouse ^

Deux vers tirés d'une épitaphe nous apprennent que le frère de saint Ambroise, Satyrus, fut enseveli, de même, près de la tombe de saint Laurent ^, et les légendes lapidaires montrent un grand nombre de sépultures placées ainsi sous la protection des bienheureux. A côté des textes importants que fournissent, sur ce point, le Codex Palatinus'^^ les Epigrammata de style épigraphique composés par Grégoire de Nazianze*, je lis, sur les monuments de Rome, des indications d'ensevelissement, RETRO SINCTOS ^, ANTE DOMNl EMERrTA ^^, AT IPPO-

1 Greg. Turon., HisL Fr., II, XI. — * Bolland., t. III, april., p. 735 E. Cf. du Saussay, MartyroL galliCj XXI, maii. — • Paul. Nolan., éd. de 1685, Poem. xxxu, v. 605. — ^ Hieron., Epitaphium Paulœ, éd. de» Bénédictins, t. IV, p. 688.

> Passio S. Satum.^ § 6 (Voir ci-dessous, p. 150, note 4); Bolland., t. Y, m^i, p. 12. — « Gruter, 1167, 2 :

VBANIO SATYRO SVPREMVM FRATER HONOREM If ARTYBIS AD LAEVAM DETVUT AMBROSIVS.

^ Gruter, 1055, 7; 1167, 4; 1169, 7, 8; 1170, 1, 2; 1172, 11.— 9 Muratori, Anecdota grœca^ p. 44, 61, 91. — * Boldetti, p. 53 et 57. — io Marchi, Monumenti délie arti crittiane, p. 150.

UTV *, AD SANCTVM CORNELIVM *. Dcs inscriptions de Cologne ^ de Tours ^ de Lyon*, de Clermonl®, de Vienne^, de Vaison ^ d'Arles ^ de Ralisbonne *^ de Trêves **, offrent autant de témoignages d*une communauté de confiance qu'encourageait la grande voix de saint Augustin *^. Taillés, aux catacombes, dans les fresques qui décorent les sépultures des saints, de nombreux locuH attestent encore chez les premiers fidèles le désir de reposer près de ces tombes vénérées *8. Sous l'empire d'un sentiment semblable, nos pères avaient rempli les églises de leurs sépulcres ou rassemblé, de leur vivant, les reliques qui devaient les protéger après la mort **.

Une formule dont l'inscription du diacre Ursinianus *^ nous donne déjà un premier exemple, s'employait fréquemment sur les marbres de la province pour indiquer que les restes du fidèle reposaient auprès d'un -corps saint. « Sociari martyribus, » c'était, dans le lan-

* Marchî, Monumenii délie arti cristiane, p. 150. — * De Rossi, Roma sotterranea çrist., t. I, p. 304. — ^ L C. G., n® 354, sociata Martyribus. — ♦ N© 184 : antk pedes martini. — * N^ 41 : posity

EST AD SANCTOS. — « N» 557 : SANCTIS ... SOCIANDE PATRONIS. —

N® 412 : SANCTIS qvae sociata iacet. — 8 n» 492 (a» 515). — » No 528 : AD SANCTVM MARTYRE.... —10 Hefner, Das Roemische Bayern, p. 246 : mart[y]ribvs sociatae; cf. mon tome I^r^ p. 473. — ii /. C. G., nos 242, 293. — ** De Cura pro martyribus gerenda^ c. vu; cf. Retradationesy II, 64, éd. des Bénéd., t. VI et t. I. — 13 Voir, pour ces enlaillements des peintures, Bosio, Roma sotterranea, éd. in-folio, p.245, 255, 257; De Rossi, Romasottei^anea cristiana, t. II, tav.XIX, etc. — 1* Voir mon tome II, p. 219 et suivantes. — *• Ci-dessus, p. 146.

gage épigraphîquc être enseveli à côté des bienheu*reuXé Nous trouverons plus d'une fois cette façon de dire, qu'emploie saint Maxime de Turin ^ sogiànde

PATRONIS, SANCTIS SOCIATA, MART[y]r1BVS SOCIATAB, SANC- TORYM SOGIARI SEPVLCRl[s], SOGILATJA M[ARTYRrBVlS, tcUcS

sont les mentions que présentent des marbres de Glermont, de Vienne, de Ratisbonne, de Trêves et de Cologne ^. Pour l'histoire du christianisme^ les formules de cette nature peuvent avoir souvent quelque intérêt. Nous le voyons par l'un de nos marbres» Les saints de la légion thébéenne ne souffrirent pas tous à Agaunum; un détachement, demeuré à Cologne, sous les ordres de saint Géréon, y périt de même pour le nom du Seigneur» Telle est la tradition, comme nous l'apprend Grégoire de Tours, par cette mention qui n'a rien de précis : « Est apud Agrippinensem urbem basilica in qua dicuntur quinquaginta viri ex illa legione sacra ThebsBorum pro Christi nomine martyrium consummasse ^. » Ces cinquante soldats étaient^ à Cologne^ les saints les plus illustres. C'étaient là les martyrs par excellence, puisque d'après un double témoignage, le mot martyres suffisait à les désigner *. Une épitaphe de

1 Ci-dessus, p. 146. -* a /. C. G.y no* 557, 413, 293^ 314; Hefher, loc, cit. — 8 Hist^ Francor.f I, 62.

* Helinandus, Passio S. Gereonts et soctorum (BoUand», t. V, ocU, p* 38 B) : « Monstratur autem usque in hodie in loco ubi S* Gereon (( trucidatus est, sanguinis ipeâus spectaculum, et ipse locus Àd martyres « ab incolis acceptum serrai yocabulum. » Gesta Trevirorum (Pertz,

Cologne*, dont je viens de transcrire les derniers mots, présente la formule courante : « sociata martyribus. » D'après l'âge commun des marbres de la contrée *, et si Ton s'arrête d'ailleurs ici à la forme du monogramme, au défaut de mention du jour de la mort ', il est difficile de faire descendre cette inscription à une époque plus basse que les dernières années du v* siècle. Antérieure au texte de Grégoire de Tours, elle devient ainsi, pour nous, le premier anneau d'une tradition qui ne remontait qu'à notre saint évêque, et apporte un nouvel élément de preuve à l'histoire de Cologne et de ses martyrs.

Un enseignement fourni par les fouilles de l'église de Saint-Pierre, à Vienne, doit être recueilli et signalé. Tout le sol de ce sanctuaire était également occupé par des sépultures; mais celles-ci, plus serrées à mesure qu'elles s'approchaient de l'autel et s'élageant même dans le chœur sur deux et sur trois rangs, étaient plus rares vers l'entrée. Ainsi devait-il en être d'abord de la petite basilique de Toulouse que les tombes à la fin envahirent tout entière *. Le fait constaté pour l'église

Monum. germ. hist, script, y t. VIII, p. 150) : « Hoc idem capitolium « postea io honorem Dei genetricis semperque virginis Marise est dedi- « catum, et ipse locus, ob memoriam Martyrum, littis ad Martires no- « men accepit. » Cf. Gelenius, De magnit. Coloniœ, p. 258.

* /. C G., no 354. — * Voir ci-dessus, p. 104 et suivantes. — s Voir ci-dessus, p. 12 et 42.

* PassU) S. Satum,f § VI {Acta smc^ p. 132) : « Procedente dehinc

de Vienne s'explique facilement. L'autel, déjà si vénérable par sa destination même, contenait des reliques dont le voisinage devenait la sauvegarde du chrétien endormi dans le tombeau. Les textes, les inscriptions que j'ai déjà cités, les locnli taillés dans les peintures des catacombes, tennent également à montrer que pour les premiers fidèles les places les plus voisines des saints restes devaient être les plus recherchées. La répartition des tombes dé Saint-Pierre l'établit plus nettement encore. Lors donc qu'une disposition semblable sera mise au jour par des fouilles, lorsque les sépulcres, pressés sur un point, deviendront plus rares alentour, on sera fondé à conclure que, comme ici, l'on aura rencontré le sol d'un sanctuaire des anciens âges, et que le centre d'agglomération indique l'emplacement d'un autel sanctifié par des reliques.

« tempore^ cum muliorum ad basiliculam illam fideliter a sœculo rece^ « dentium pro solatio propter corpus martyris quiescentis deferrentur « reliquise^ et locus omnis tumulatorum corporum multitudine fuisset im- (( pletus »

Ce n'était point seulement par la disposition matérielle des sépultures que se montrait la vénération des saints et des martyrs. Les monuments de Tépigraphie nous en apportent souvent la preuve. Nous le voyons par les inscriptions nombreuses qui décoraient les sanctuaires de Tours et répétaient les louanges de saint Martin*, par le marbre dédicatoire qui atteste l'antiquité du culte de sainte Ursule et des vierges ses compagnes ^. De plus humbles monuments nous attestent le respect de nos ancêtres pour la mémoire de saint Denys.

Parmi les auteurs anciens qui ont parlé du martyre de ce saint et de ses compagnons, Hilduin, qui écrivait au

* /. C. G., no« 165 et suivants. — « No 678 B.

IX® siècle, d) le premier^ désigné Montmartre comme le lieu de ce martyre. Bien qu'une charte du roi Robert vienne attester le même fait, bien que deux églises du titre de Saint-Denys, existant sur la colline dès le temps de Louis le Gros, montrent clairement Taccord de la tradition avec les textes, quelques écrivains modernes, contestant l'autorité d'Hilduin, ont cherché ailleurs qu'à Montmartre le lieu de la passion de saint Denys ^

Pour moi, habitué par l'étude à compter sérieusement avec les traditions, je mettrai sous les yeux du lecteur un fait ancien et méconnu, qui me paraît fournir l'indication précise du lieu où l'apôtre des Gaules a souffert pour la foi du Christ, et la preuve de la vénération attachée à ce lieu dès les premiers âges de l'Église.

Élevée, comme le montre un tableau de IMO» sur le versant de Montmartre ^, la chapelle du Saint-Martyre est nommée, dès la fin du xi® siècle, dans la donation qu'en firent alors des laïques à l'abbaye de Saint-

1 Voif le résuîné des opinions ditet^es émiseâ sur eè point dftûs la Vie de sainte Geneviève , par M. l*abbé Saintyyes, p. 257-263.

s Ce tableau^ qui fait partie du Musée du Louvre, a été plusjuirs fois reproduit par la gravure. (Dom Bouillart, Hist, de Vabbage aeSaint- Germain-deS'PréSy pi. ix; de Glarac, Description historique du Louvre et des Tuileries, pi. vni, A; Albert Lenoir, Statistique monumentale de Paris, 21e livraison, pi. vni de \d, Monographie de Saint-Germainr des-Prés,) Il représente une Descente de croix; le corps de Notre-Seigneur est reçu dans les bras du donateur, abbé de SaintrGermain-des- Prés; l'abbaye, le Louvre et Montmartre servent de fond au siyeU,.

Martin-des-Champs ^ Les dispositions de cet acte montrent que le Sanctum Martyrium^ dont tout vient attester d'ailleurs l'antiquité, était encore, à cette époque, visité par de nombreux fidèles, qui y apportaient leurs offrandes *.

La chapelle de Montmartre fut, en 1611, le théâtre d'une découverte constatée par procès-verbal et souvent mentionnée par les écrivains, mais demeurée sans explication jusqu'à ce jour. C'est sur cette découverte que j'appellerai l'attention du lecteur, en m'elforçant de montrer par les faits qu'elle me semble révéler, qu'Hilduin a réellement constaté, dans son écrit, l'existence d'une tradition antique et non interrompue.

(( L'an mil six cent onze, dit le procès-verbal rapporté

par Du Breul ^, le 13® jour de juillet , Mesdames les

religieuses de Montmartre ... •. voulans faire agrandir et accroistre leur chapelle du martyre de Monsieur Sainct Denys et ses compagnons, vulgairement dicte la chapelle des Saincts-Martyrs . . • . . les massons travaillant aux fondemens des murs nécessaires pour le dict accroissement, auroient trouvé au delà du bout et chef

^ « .Quoniam parya ecclesia, quœ in colle Montis Martyrum est^ et a « vulgo appellatur Sanctum Martyrium, erat olim laïcorum homi- « num, etc. » D. Marrier, S. Martini de Campis historia, p. 319, ao 1096. Voir, sur les églises appartenant à des particuliers, l'abbé Clouet, Hist. eccl. de la prov, de Trêves, t. II, p. 523, etc.

* « Domnus autem Ursus assensu seniorum et rogatu laicorum con- « cessit oblationem totam quae afferretur in eam, etc. » D. Marrier, ibid.

' Le théâtre des antiquitez de Paris, p. 865.

de la dicte chapelle, qui regarde du côté du levant, une voulte sous laquelle il y a des degrez pour descendre

soubs terre en une cave En laquelle voulte

nous serions descendu et aurions trouvé que c'é-

toit une descente droitte, laquelle a cinq pieds un quart de largeur. Par laquelle serions descendu trente sept degrez ^ faicts de vieille mass(Hinerie de piastre, gastés e^ escornés : le dessus de laquelle descente est voulte. Et au bas de laquelle descente aurions trouvé une cave ou caverne prise dans un roc de piastre tant par le haut

que par les costés et circuit d'icelle. Laquelle a de

longueur depuis rentrée jusques au bout qui est en tirant vers la closture des dictes religieuses, trente-deux pieds. L'ep|rée de laquelle a huict pieds de largeur; et en un endroit, distant de la dicte descente de neuf pieds, elle a de largeur seize pieds, et le surplus d'icelle va en estressissant, en sorte qu'au bout, vers la closture des dictes religieuses, elle n'a que sept pieds de largeur. Dans laquelle cave, du costé de l'orient, il y a une pierre de piastre bicomue, qui a quatre pieds de long et deux pieds et demy de large, prise par son milieu, aymt six poulses d'espoisseur, au dessus de laquelle au milieu il j a une croix gravée avec un sizeau, qui a six poulses

1 « Quod vero hic xxxvii tantum ffVidus commemoratur, cum re- « yera L sint, es ruderam illos tum operientium massa et acenro post- « modum ablato, scriptum sic fuisse credendum est. »1). Marrier, S. Marini de Campi^Mstoriaj p. 324.

156 MAffUEL

en quarré de longueur et demy pouse de largeur. Icelle pierre est élevée sur deux pierres de chacun costé, de moillon de pierre dure, de trois pieds de hault, appuyée contre la roche de piastre, en forme de table ou autel * : et est distant de la dicte montée de cinq pieds. Vers le bout de laquelle cave, à la main droicte de l'entrée, il y a dans la dicte rochade pierre une croix, imprimée avec un poinsson ou cousteau, ou autre ferrement; et y sont ensuite ces lettres mar. Il y a apparence d'autres qui suivoient : mais on ne les peut discerner. Au même costé un peu distant de la susdicte croix, au bout de la dicte cave, en entrant, à la distance de vingt-quatre pieds, dès l'entrée s'est trouvé ce mot escrit de pierre noire sur le roc, clemin, et au costé du dict mot y auroit eu quelque forme de lettres imprimées dans Ja pierre avec la pointe d'un cousteau ou autre ferrement où il y a Dio, avec autres lettres suivantes qui ne se peuvent distinguer, La hauteur de la cave en son entrée est de six pieds jusques à neuf pieds en tirant de la dicte entrée vers le bout de la dicte cave. Et le surplus jusques au bout est rempli de terre et de gravois, etc. i

La nouvelle de la découverte attira en ce lieu un nombre considérable de visiteurs, parmi lesquels figurent Marie de Médicis et plusieurs dames de qualité *.

1 Voir, sur ces autels de forme primitive, Thiers, Diss, sur les autels, ch. III.

* Sauvai, Hist. et rech. sur les antiq. de Paris^ t. I, p. 352. Si Taf-

D'ÉPIGRÂPHIE CHRÉTIENNE. 157

Nous avons encore une preuve de Témotion produite par cet événement,' dans une jolie gravure au burin donnant une vue de Montmartre et de la crypte, gravure que Nicolas de la Matthonière fit immédiatement exécuter par Jean de Halbeeck, et qui, imprimée sur une feuille volante, avec une courte notice, fut répandue dans le public ^

Au premier coup d'œil jeté sur Testampe, la pensée se reporte involontairement aux chapelles souterraines des catacombes. A Montmartre, de même qu'à Rome, la crypte est une simple excavation du sol; au-dessus d'elle, comme sur les cimetières romains, s'élève un martyr rium^; auprès de la pierre qui sert d'autel, * figure, dit

fluence des fidèles produisit de nombreuses offrandes pour la reconstruction du saint édifice, elle amena en même temps^ au dire de D. Marrier^ la destruction des inscriptions murales dont le procès-verbal avait constaté l'existence. (Monastern Sancii Martini de Carnpis historitty p. 321.)

* Représentation d'une chapelle souterraine qui s* est trouvée à Montmartre , près Paris, le mardy, 12« jour de juillet 1611, comme on faisoit les fondemens pour agrandir la chapelle des Martyrs. Paris, 1611, in-folio. Cette pièce s^ trouve à la Bibliothèque impériale, dép. des estampes. Histoire de France par estampes, t. XV, année 1611. Elle est citée par le P. Lelong, BibL hist. de la France, n© 14,900, et dans le catalogue de l'œuvre de Halbeeck, par Nagler, Neues allgemeines Kûnstler-Lexicon, t. V, p. 514. D. Marrier l'a reproduite avec quelques légères différences. (Sancti Martini de Campis historia, p. 325.)

* « Eodem tempore Constantinus Augustus fecit basilicam beato Lau- « rentio martyri, via Tiburtina in agrum Veranum supra arenariam « cryptae, et usque ad corpus B. Laurentii mart, in qua fecit gradum « ascensionis et descensionis. » Anast. Bibl., In S. Sylvestro. Les exemples de ce fait sont nombreux; cf. Greg. Tur., Hist, Franc, X, xxxi; De glor, Mart,, 1. 1, c. Li;'Colonia, Hist, litt, de Lyon, 1'« partie, p. 168; Selvagl, Ant, christ,, III, xii; l'abbé Cochet, Norm. souterr,, p. 57; Perret, Cat.^ t. Il, pi. LVI.

la notice de la Matthonière, « une forme^ de fenestre pour mettre les burettes, » c'est-à-dire une de ces petites niches que l'on remarque dans les oratoires des catacombes, et qui servaient à déposer les vases sacrés ^

Un dernier trait de ressemblance résulte, pour moi^ de la présence d'inscriptions tracées sur les parois. En cherchant au cimetière de Saint-Calixte les sanctuaires importants dont il soupçonnait l'existence, M. le G. de Rossi a retrouvé, dans une vigne récemment acquise par le Saint-Père, et sous deux anciennes basiliques chrétiennes, une chapelle souterraine, d'une dimension inusitée et d'une riche ornementation, qui avait servi de lieu de sépulture à plusieurs papes de martyrs du m* siècle.

il Outre les épitaphes des chrétiens enterrés sous ces voûtes, écrit à ce sujet le regrettable M. Noël des Vergers *, plus de trois cents inscriptions, tracées à la pointe du style ou au charbon sur l'enduit qui recouvre les murailles, témoignent de la piété des dévots visiteurs à l'époque où la crypte était encore accessible, et de leur vénération pour cette sainte chapelle. » Il est difficile de ne pas rapprocher de ces anciens actes de visite « les mots escrits de pierre noire sur le roc, ou imprimés dans la pierre avec la pointe d*un poinsson ou

* Cf. Thiers, Dissertations sur les autels, ch. xxv. — ' Athenœum français, 1864, p. 663. Cf. De Rossi« Roma sotterranea, t. I, p. 2o3; t. 11, p. 23, etc.

D*ÉPIGRAPHIE'CHRËTIENNE. 159

Cousteau ou autre ferrement,» relatés par le procès* verbal de 1611 <• La ressemblance frappante des lieux, l'identité des procédés graphiques me paraissent indi« quer qu'à Montmartre, comme à Rome, des pèlerins ont laissé les marques de leur passage ^.

Dans le nombre des proscynèmes de Saint-Calixte qui ont été lus jusqu'à ce jour, je remarque cinq formules acclamatoires s'adressant aux saints martyrs : £AA01N OIC MNEIAN EXETAI (elç [xve(av «x^e) — AIONYCIN EIC MNEIAN EXETAI — ih mente abetb cor... — otia pe-

TITE ET PRO PARETE et ffO FRATRIBYS EjVS..... Ut YI«

BAN^ CYN BONO — vetite spiritk sancta yt yerecyndys cym SYis BENE NAYIGET, et enfin cette invocation nominative à saint Sixte enseveli dans le même cimetière^ santé

SYSTE IN MENTE HABEAS IN HORATIONES AYRELIV REPEN- TINY ^.

Si nous examinons à cette heure les fragments d'ins-

1 Les proscynèmes païens de l'Egypte, dont parle M. Letronne, sont également gravés à la pointe ou simplement écrits à l'encre rouge. (La statue vocale de MemnoUy p. 242.) Voir, sur ces monuments^ le tome II des Inscriptions de P Egypte, et, sur les inscriptions tracées au charbon, Plaut., Jlferc, II, 402; Bold., p. 437. Cf. mes Inscript, ckrét,, t. I, no 207.

« Voir, sur les proscynèmes chrétiens, /. C G., n®» 91 et 609.

> De Rossi, Roma sotterranea cristiana, t. II, p. i7, 18. Aiusi que Ta remarqué le savant romain, la formule in mente habete, employée dans ces proscynèmes, était familière aux anciens. Nous la voyons figurer dans les actes de saint Fructueux, alors qu'un chrétien se recommande aux prières de l'évèque mené au supplice. (§ III, Àcta sine, p. 221. Cf. Ëuseb. Mart. Palœst. vu.)

criptions que nous a transmis le procès-verbal, nous y reconnaîtrons sans peine de semblables acclamations. Dans les conditions constatées, les syllabes "f* mar. . . . • — Dio..... — ' semblent indiquer les mots 'f'MAR^y-

res — mmysie , débuts de prières adressées

aux saints de la crypte ; quant au nom presque entier de GLEMiNX S j*y vois, £n le comparant aux actes de visite de saint Sixte, soit le nom d*un pèlerin, soit celui d'un des martyrs inconnus qui ont souffert au môme lieu *. La croix tracée isolément, dont parle encore le procès-verbal, me paraît figurer, suivant Tusage antique, comme signe de la présence d'un visiteur illettré^. J'ai dit, au commencement de ce paragraphe, que la découverte de 1611 avait mis au jour un monument des premiers temps chrétiens. S'il est difficile d'apprécier aujourd'hui, à l'aide des documents qui nous sont parvenus, ce que la vue des lieux mêmes et la paléographie des inscriptions auraient permis de décider, au moins sommes-nous autorisés à nous appuyer ici sur les ressources de la comparaison et de la philologie. D'après le savant M. De Rossi, les prpscynèmes du cime-

Je retrouve cette orthographe, commune d'ailleurs à l'époque mérovingienne, dans une inscription de Lyon, datée de l'an 552. (/. C,G,, no 47.) — « Lebeuf, Vol. cité, p. 104-106.

' « Propria manu pro ignorantia litterarum signum venerabilem scœ « crucis feci. » (Marini, Pap. dipl., p. 145; vi» siècle. Cf. p. 271.)

« et propter ignorantiam litterarum signum sanctîB crucis feci. »

(Uahûlon, De re dipL, p. 564, ao 874, cf. p. 170; UnrSiU, Script rer. ItaL, t. IV, p. 288, 289; /. C. G., t. II, p. 437.)

D'ÉPIGRÀPHIË CHRÉTIENNE. iM

tière de Saint-Calixte, qm me paraisseat pré&e&ter avec les nôtres des points si frappants de ressemblance, ont été tracés au m® et au iv® siècle ^ Sans même assigner aux inscriptio:QS de Montmartre uœ origine aussi racolée, on trouve dans l'histoire des monuments religieux la preuve certaine de l'antériorité de la crypte sur la chapelle^ élevée, suivant l'usage des premiers chrétiens, par suite de l'affluence toujours croissante des visiteurs^. Or l'antiquité de cette chapelle, mentionnée, dès la fin du XI® siècle, comme un lieu ancien et vénéré, recevaat de nombreuses offrandes, est mise hors de doute par son nom même de Sanctum Martyrium, nom qui, dans les écrits des saints Pères, désigne les basiliques primitives^, qui n'eiiste plus dans la langue de Fortuual et de Grégoire de Tours, appliqué aux constructions nouvelles, et qu'un texte du ix^ siècle relate comnife une appellation hors d'usage *.

Si mon opinion est partagée, on verra, dans la crypte de Montmartre, un sanctuaire creusé aux premiers siècles, sur la place, alors sans doute bien connue, oîi

* Koma soiierranea, t. II, p. 19 et 389. — * Cf. De Rossi^ homa sotterranea, t. I, p. 167.

3 Tertull., De prœscripi,, c. XLVi; Hieron., 0pp., t. IV, part. II, col. 85, Viia S, Hilarion., no 31; Euseb., Vita Consi,, III, xxxv; IV, XXXII, XLVi; Cod. Theod., IX, xvii, 7, etc.; Augusti, Handbuch der chrisil, Arch,, I, p. 336 et 375. /. C. G., n» 37.

* « Martyria vocabantur ecclesiae quœ in honore aliquorum martyrum a fiebant. » (W. Strabon, De rébus ecclesiasty VI, BibL Max, PP,, t. XV, p. 184, c, éd. Lugd.)

162 MANUEL D'ÊPIGRÀPHIE CHRÉTIENNE.

saint Denys et ses compagnons avaient souffert pour la foi ; dans les inscriptions murales, les actes de visite des pèlerins qui y sont venus prier ' ; dans le Sanctum Martyriuniy un antique édifice s'élevant, selon la coutume, sur le lieu sanctifié par le martyre ^. Les proscynëmes attesteront une fois de plus l'usage de TinvocatioQ des saints dans TÉglise primitive, et l'ensemble de ces faits, évidemment antérieurs aux écrits des hagiographes, montrera par quelle tradition non interrompue le souvenir de l'apôtre des Gaules est arrivé jusqu'à nous.

i /. C. G., 1. 1, p. 44 et 185; t. II, p. 431.

s Avec l'église bâtie sur la tombe de saiat Gyprien, nne autre s'était également éleyée à la place où le martyr ayait souffert. « Denique, sicut ce nostis, quicumque Garthaginem nostis, in eodem loco mensa Deo cons- « tructa est; et tamen mensa dicitur Cypriani, non quia ibi est unit quam Cyprianus epulatus, sed quia ibi est immolatus. » (S. Augustin,

Serm, cccx. Cf. Serm, cccxiii. « Duas egregias et amplas (eccle-

« sias) sancti martyris Cypriani, unam ubi sanguinem fudit, aliam ubi « l|jus sepultum est corpus. » {Confess,, V, 8. Victor Vitensis, Persec» VandcU,^ 1. 1^ c. Y. Cf. D. Guéranger, Sainte Cécile, p. 157^ 158 ; Codex eccles. Afric.t c. Lxxxm.)

Les misères, les violences, la barbarie des mœurs, dont souffrirent les premiers siècles, ont laissé une marque profonde dans nos monuments épigraphiques.

Un diacre est tué à coups de hache pendant son sommeil * ; un exilé ensevelit son compagnon de douleurs *; un religieux, chassé de son pays, vient mourir à Clermont^; Taffreuse lèpre*, Tusure^ Tabus de la puissance^, frappent à la fois la vie et la fortune ; la tombe même n'est point un sûr asile ^; en vain la loi punit les violateurs^, son impuissance parait dans les formules

1 /. C. G., no 639. — « N» 575. —» N» 557. —* N» 186. —» N» 636. — « N» 635. — "y No» 28 et 511. — » Cod. Theod., IX, xvn, etc. Voir pour la singulière tolérance de Théodoric, Cassiod., Fiartar.

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