‹ Manual dé̕pigraphie chrétienne d'apres̀ les marbres de la Gaule, accompagné d'une bibliographie spécialeChapitre 9 sur 19 · PC · texte numérisé non relu

PC

Je lis sur quatre monuments de Briord :

ABSTYTÀ PASSIINS DVLCISSEMA APTA * ABSTVTVS ARGYS DYLCISSIMVS ARTYS * ABSTVTI PASSIINS DYLCISSIMI APTl' ABSTYTVS PASSIINS DYLCISSEMYS APTVS*.

La première des légendes qui portent ces mots est en prose ; les trois autres sont écrites en Yers ou composées de lambeaux métriques. Pour ces dernières, Thexamètre que représente cette série d'épithètes pèche contre toutes les règles prosodiques; pour la troisième, Tadjectîf PASSHNS s'accorde mal avec les pluriels qui l'entourent. Ces lourdes erreurs ont leur prix, car elles accusent rimitation d'un modèle commun oii figurait un hexamètre que la combinaison des quatre textes semble permettre de restituer ainsi :

Astutus, largus, patiens, dulcissimus, aptus.

J'ai expliqué comment un défaut de réflexion me paraissait avoir fait passer dans l'inscription de Grussol une expression des formulaires, et j'ai pu citer l'un des types qu'elle reproduit exactement. Une autre pierre de la Gaule porte les mots transiet idas kalendas noyen- BEAs ^ qui semblent accuser Tinsertion naïve de deux indications diverses entre lesquelles un modèle banal donnait le choix,

« /. C. G., no 376. — « No 377. — » N^ 380. — * No 381. — » N« 4U*

Deux de nos textes épigraphiqnes, quo je citerai avec plus de confiance, permettent, pour ainsi dire, de prendre sur le fait le procédé de leur composition.

 Saint-Romain-en-Gal, l'épitaphe d'Ëuphrasius, terminée par le faux hexamètre Surrecturus die cœlo cum venerit Auctor \ vient à coup sûr d'un type régulier où le premier mot de ce vers était au féminin.

Une inscription funéraire de Briord, faite pour deux époux, mais copiée sur une pièce écrite pour un seul personnage, accuse de même l'imitation. Les mots qvi FVERVirr iNSiGNis MERiTis uous ramènent à lliénfistiche Qui fuit insignis meritiSy comme la phrase transiervnt ÂD vERÂM REMEÂNS E CORPVRE viTAH, qui garde du modèle un participe au singulier, redevient un vers par la simple substitution de transiii à transiebvnt \

Les poésies épigraphiques composées par des auteurs célèbres furent, on le conçoit aisément, les modèles les plus imités.

Un hémistiche de saint Paulin de Noie, gorpore MENTE Fii)£ ^, se retrouvc dans une inscription de Rome^.

L'épitaphe que saint Damase écrivit pour sa propre tombe ^ fut empruntée pour deux autres sépultures ^

Les deux premiers vers de la légende funéraire corn-

1 /. C. G., no 398. — « N» 380. — » No 594. — * Nicolai, Bas, di S. Paolo, p. J58. — * Carm, xxxiv.— « Dionys. Cryptœ vatic*, p. 82; Brower, Annales Trevirenses, t. I. p. 61; comparer encore Gruter, .1169, 4.

posée pour sainte Paule par saint Jérôme, ont été reproduits dans celle de saint Romulus ^

Une église d'Angleterre portait une inscription faite des vers de deux pièces épigraphiques, écrites par Fortunat, pour des basiliques de Paris et de Nantes \

On copia, en 1062, pour Tépitaphe d'un évêque de Sens \ cet hexamètre gravé sur la tombe de Tétricus * :

SVMHVS AHOR REGVM POPVU DECVS ARUA PAREin*TM.

Le premier vers de Tinscription de Tabbé Victorianus ^ :

QVISQVIS AB OCCASV PROFERAS HVC QVISQVIS AB ORTV,

sert de début aune légende ftméraire du xi* siècle ^

Le curieux distique de Fortunat^, que les bénédictins inscrivent sur la croix de leur rosaire, fut inséré par Calbulus dans une pièce épigraphique ^.

Pour une époque plus rapprochée de nous, le savant M. de Longpérier signale un même vers sur deux épitaphes de Grenade, en Espagne, et de Saint-Augustin-lez- Limoges ^,

* Hieron. Epitaphium Paulce, éd. des Bénédictins, t. IV, p, 688, 689. BoUand., t. II, febr., p. 333.

* /. C. 6., n9 208. — > Bibl. imp. dép. des mss. Collection de Champagne, t. 43 f*» 112 t», et Gallia christiana, t. XII, p. 38. — '» L C, G., no 3. — 8 Fortunat, IV, 11 ; cf. mon 1. 1, p. 497. — • Cîampinî, Vetera monimentay t. II, p. 57. — "^ Fortunat, II, 6. — * Burmann, Anthologia, t. II, p. 623. •— ® BiUL de la Société des antiq* de France , 1858, p. 137.

Ces redites si évidentes me paraissent accuser l'existence de modèles communs, où puisaient en même temps, dans des mesures diverses, quelques compositeurs d'inscriptions.

J'ai dit que les anciens manuels, dont je tente de rechercher la trace, ne se retrouvaient plus dans leur entier. Peut-être n'est-il pas impossible d'en ressaisir quelques débris.

Un formulaire latin du ix« siècle, provenant de l'abbaye de Reichenau^ contient^ parmi divers modèles, cette légende épigraphique :

Hanc quique devoti convenitîs ad aulam Poplilibusque flexis propiatis ad aram Gernite conspicuum sacris œdibus altas Geroltus quod condidit lamina ni tant Yirgineo quod condecet aimo podori Subque veto Marise intulit in aulam Hic Âgni cruor caroque propinatur ex ara Cujus tactu hujus sacrantur lamina axis Hue quicumque cum prece penetratis ad areem Dicite rogo aime miserere Gerolto Titulo qui tali ornât Virgînis templum iËthereo fruatur sede felix in sevum ^

Sur les marges d'un glossaire du même siècle, une main contemporaine a tracé des formules et des modèles divers, parmi lesquels figure une épitaphe :

* MÔne, dans le Zeiischrift fur die Geschtchte des Oberrheins, t. III, p. 392, formule 4, et de Rozière, Recueil général des formules, p. 1143.

Vir pîetate probus Verecundi nomîne dictus

Insignis clarus diviciisque plenus Qaas bene dispensans cœlestis culmina regni

Mercatus petiit conjuge cum propria Vir februi octonis prsereptus morte kalendis

Decessit sequitur nec mora post obitus Nobilis uxoris Gerberga fuit vocitata

Hsec etiam quinis morte obiit numéro ^

Cette réunion à des formules semble montrer que les deux pièces qu'on vient de lire étaient elles-mêmes destinées à servir de modèles; peut-être fait-elle connaître, en même temps, Tun des usages des anciennes collections d'épitaphes métriques latines, textes le plus souvent médiocres et recueillis sans aucun but historique *.

Les manuels dont je soupçonne l'existence devaient se trouver apparemment, comme un instrument de profession, entre les mains des lapicides. Je n'appellerais pas l'attention du lecteur sur un point qui n'exige certes aucun effort de démonstration, si le seul auteur latin qui ait parlé de ces artisans ne me semblait donner, à cet égard, un témoignage utile à recueillir. Je crois rencontrer, dans ses lettres, la preuve de l'intérêt que les graveurs attachaient à fournir et à vendre les textes épigraphiques, et de leur déplaisir lorsque d'au-

4 Bibliothèque impériale, ms. lai., 7680, f» 34 v». — « Voir ci-dessus, p. 65, note.

74 MANUEL D'ÉPIGRÂPHIE CHRÉTIENNE.

très étaient chargés du soin de ces compositions ^ (( Veillez, disait Sidoine Apollinaire en adressant à « Secundus une épitaphe qu'il venait d'écrire, veillez à « ce que le lacipide grave sans faute cette pièce sur le « marbre; une erreur commise dans son travail, soit à (( dessein, soit par négligence, serait attribuée bien « plutôt au poBte qu'à l'ouvrier •. »

Le mauvais vouloir du graveur pouvait donc introduire des fautes dans les poésies épigraphiques fournies par un autre que lui-même, et le saint évêque de Clermont se défiait d'une petite vengeance prévue.

* On sait que parfois les inscriptions étaient composées, soit par celui qui préparait sa propre tombe (Lucien, Dœmonax, 44; Grut., 1161, 8; Fabretti, p. 283, n® 183 ; Mommsen, Inscriptiones regni Neapolitan i latinœy n® H37; L. Renier, Inscription de l* Algérie j 2074), soit par les parents ou les amis du déftint. (Bonada, AnthoL, X, 17, 25; Bosio, p. 152; /. C. G., nos 377 et 512. Cf. ci-dessous, p. 85.)

* Epist,y m, XII. Parmi les fautes imputables au graveur, je rappellerai ce yers devenu faux par la transposition d'un mot : HANC in aeterno siBi SEDEM CONSTANTIA QVAERENS (Mariui, Iscr. Alb., p. 31); cet autre, par une suppression : namqve . dolor . talis . non . tibi . CON- TIGIT . VNi (Murât., d239, 10; un autre marbre nous donne le vers complet : namqve . DOLOR . TALIS . NON . NVNC . TIBI . CONTIGIT . VNI, Fico-

roni. De Larvis, p. 107); ce dernier, par une addition : ARBITRIIS NAM

CVSTVS PATRIAE RECTVHQYE VOCATYS (/. C. G., n» 492).

Si semblables que pussent être les modèles adoptés par les anciens lacipides, il serait inexact d'affirmer qu'ils n'offrissent pas entre eux quelques différences. On a fait justement ressortir les variétés de caractères qui distinguent, en numismatique, les divers centres de fabrication, (c Chaque province eut son style, » écrit M. de Longpérier, dans sa Notice sur la collection Rousseau *.

Ce qui est vrai pour les anciennes monnaies, comme aussi pour les œuvres de Tarchitecture, ne Test pas moins en ce qui touche les monuments de l'épigraphie. Â chaque lieu nouveau qu'il visite, l'antiquaire voit va-

1 Préface, p. xii et xiil.

rier les formules, les symboles, récriture, la disposition, les ornements des marbres. Indifférentes en apparence, ces dissemblances si marquées méritent d'être étudiées avec soin. Nées parfois de la diversité des temps *, aussi bien que de celle des lieux, elles peuvent guider dans la restitution des textes, accuser la nationalité des personnages, l'âge des inscriptions, apporter même des documents pour l'histoire des idées.

Il me faut faire appel k la patience du .lecteur pour entreprendre de mettre sous ses yeux quelques traits de la localisation des types et des formules de l'épigraphie chrétienne. Voici, dans les diverses provinces, ceux qui me semblent les plus remarquables :

Première Germanie.

Mayence : in hoc TrrvLO reqviescit^; feuciter^; Worms : titvlvm posvit *.

Première Belgique.

Trêves : pro càritate et semblables ^; titvlvm posvit*; HIC iacet; hic iacet in pace^; patres^.

Deuxième Belgique.

Amiens : vbi fecit november dies xv, et semblables * ; depvnctvs est *^.

1 Voir ci-dessus. — « /. C. G., n»» 339, 340. Cf. n» 480; Gruter, 551, 5; Maffei, Mus, Yeron,, 147, 2. — » No» 339, 340. — * N®* 346, 357, 348. — * Voir mon tome 1«', p. 401, note 12. — « 7. C. G., no* 224, 229, 230, etc. — ? N»» 222, 223, 230, etc. — s Nos 244, 246, 250, etc. — 9 No» 322, 324, 325, 325 A. — i» No» 322, 324, 325, 325 A, 330 A.

Viennoise.

S VRRECTYRYS IN xpo et f ormules analogues * ; Briord : HVMANiTAS*; ABSTVTYs'; Briord et Vienne : volyntas* ; Vaison et Arles : pax tecym'^ ; Marseille : recessit, conservé même alors que ce mot a disparu ailleurs du formulaire épigraphique ^.

Première Aquitaine.

Coudes : transiit in annos ^.

Première Narbonnaise.

Toulouse : reqyievit in page ^.

Première Lyonnaise, Viennoise.

BONAEBIEMORIYS * ; APTYS *®.

Première et Deuxième Lyonnaise, Deuxième Germanie, Grande Séquanaise, Viennoise, Première Aquitaine, Première Narbonnaise, Alpes-Maritimes^.

BONAE MEXORIAE, inconuu daus le reste de la Gaule, et très-peu fréquent à Rome.

Première Lyonnaise, Première Germanie, Grande Séquanaise, Viennoise,

Première Aquitaine.

YlXrr IN PAGE.

Première et Quatrième Lyonnaise, Viennoise, Première et Deuxième

Narbonnaise.

OBiiT, d'un usage général; est peu fréquent à Rome.

1 /. C. G., t. II, p. 161. — « No» 375, 379, 382, 383. — » No» 376, 377, 380, 381. — * No» 380, 383, 406. — » No» 490, 491, 495, 497, 499, 619, 520, 522, 626, 533, 541. — « No» 544, 545, 548, 549, 551. (Cf. ci-dessus, p. 26, note 8.) — ^ no«» 569 et 571. —8 No«» 598, 601, 602. — • No» 59, 551, etc. — i» No» 17, 373 A, 425, etc.

?g MANUEL

Première Lyonnaise, IHennoise, Première Aquitaine.

TAANSiiT, tout au moins peu fréquent à Rome.

Espagne.

PAXVLYS DEI OU CHEISTl ^

Ganle cisalpine.

Côme : yixit in hoc saegylo amnos ^; Côme, Âlba,

PoIIeazo, Nice et environs : depositys syb dxem xiy KAL., etc. 3; Côme, Milan, Aquilée, Florence, Bologne, etc. : B M, en tète des inscriptions *j Turin, Tor-

1 Gruter, 1059, 9; 1054, 4 et 7; 1057, 3; 1060, 2; Doni, 20, 33; Muratori, 185f, 4; 1855, 5; 1877, 3; 1880, 5; 1892, 7; 1904y 1; 1930, 4; 1950, 8; 1953, 8; Maffei, Muséum Veronense, 423, 3. Cette formule ne se trouve pas dans les inscriptions des catacombes enregistrées par Bosio et Boldetti.

« Rovelli, Storia di Como, Parte I*, p. 325, 327, 328, 329, 330, et autres inscriptions de la, Casa Giovio. (Bemasconi^ ^ ontichi iapidi cristiane di Como,)

Je mets sous les yeux du lecteur, comme un des types de l'épigraphie locale ; une épitaphe très-effacée que j'ai copiée dans la même coUec-* tion :

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