‹ Manual technique de microbiologie et sérologieChapitre 141 sur 241 · COTE PR ER AXE · texte numérisé non relu

COTE PR ER AXE

La recherche du bacille de la peste peut s'effectuer soit dans le liquide de ponction (à la seringue) d'un bubon, soit dans le sang prélevé par ponction veineuse sur le malade ou dans les organes à l’autopsie, soit dans les pustules ou vésico-pustules, soit dans les crachats (pneumonie pesteuse).

Le b. pesteux est détruit par 1 heure de chauffage à 60°. Il résiste. mal à la dessiccation et à la lumière solaire. Il résiste une dizaine de jours dans les cadavres en putréfaction.

COLORATION. — Coloration du sang ou des frottis après fixation par l’alcool-éther. Bleu de méthylène phéniqué ou alcalin, ou bleu boraté (solution à 2 p. 100 de bleu de méthylène médicinal dans solution aqueuse de borax à 5 p. 100). Le bacille de la peste ne prend pas le Gram. Il présente une colorabilité caractéristique des pôles avec le centre clair. Dans les cultures en milieux liquides, formes en chaînettes et formes d’involution avec renflements irréguliers. Le microbe n’est pas mobile.

CULTURE. — 1° Bouillon simple, pH limites — 5,6-7,5 pH optimum = 6,5-7. Température optimum 30°-35° (aspect caractéristique en flocons), puis voile fragile et stalactites en bouillon gélosé ou gélatiné faiblement alcalin et de préparation récente. Les milieux solides dont la surface est sèche et les milieux légèrement acides ou trop alcalins ne donnent aucun développement de colonies.

2° Gélatine. — Lorsque la recherche porte sur des crachats ou sur des matières purulentes dans lesquelles le bacille de la peste peut se trouver associé à d’autres microbes, l’'ensemencement doit être fait en stries sur tubes de gélatine inclinés et ceux-ci seront maintenus hors de l’étuve à la température de 22°. Les colonies de b. pesteux

y deviennent visibles en 2 à 3 jours, tandis que les pneumocoques et les streptocoques ne se développent pas. La gélatine n’est pas liquéfiée.

3° Milieux gélosés. Les colonies sur gélose n'apparaissent qu'après 48 heures de séjour à 30-350, d’abord en goutte de rosée, puis grisâtres et muqueuses. Les tubes de cultures sur gélose doivent être alors scellés et conservés à la glacière, sinon les bacilles perdent assez rapidement leur virulence. Culture presque nulle sur pomme de terre.

L'ensemencement du sang ou de cultures pures, en vue de: l'obtention de grandes quantités de corps microbiens, s'effectuera, de préférence, à la surface du bouillon gélosé, en fioles plates de Roux.

Bouillon gélosé additionné de 2 gr. 5 à 3 gr. 5 p. 100 de chlorure de sodium (ou gélose préparée à l’eau de mer).

Ce milieu convient pour l'observation des formes d’involution caractéristiques du bacille pesteux (formes renflées en boules).

Toxine pesteuse. — Pour la production de la toxine pesteuse, on utilisera les cultures en milieux liquides, de préférence en bouillon, à la surface duquel on aura déposé une petite quantité d’un corps gras (beurre ou huile d'olive) dont les gouttes servent de points d'appui aux stalactites caractéristiques du bacille.

Diagnostic bactériologique. — A) Chez le malade :

a) Dans la peste bubonique. Ponctionner le ganglion avec une seringue. Avec la sérosité recueillie :

1° Examen direct. Colorer une lame par le Gram, une autre lame par la thionine.

2° Ensemencer sur gélose et mettre les tubes à l'étuve à 30-35°. Le développement est lent (48 heures). Repiquer les colonies en bouillon pour avoir la culture caractéristique en flocons.

3° Epreuve de la virulence. S'il s'agit de cultures pures (cultures sur bouillon gélosé émulsionnées dans quelques gouttes d’eau salée physiologique), le meilleur procédé consiste à y tremper l’extrémité d’une aiguille d'acier creuse (aiguille à seringue à injection) avec laquelle on pique la peau de la cuisse d’une souris ou d’un rat, ou la paume de

la main ou du pied d'un singe. (L'espèce de singe la plus sensible est le Semnopithecus entellus de l'Inde, puis ensuite les macaques).

S'il s'agit de rechercher la présence de bacilles pesteux virulents dans des crachats, dans du pus ou dans des fragments d'organes prélevés sur un cadavre frais ou déjà putréfié, on prépare une émulsion épaisse du produit dont on dispose et, avec une pipetteeffilée, on en laisse tomber une goutte sur lamuqueuse oculaire d’un rat ou d’un cobaye. Ce mode d'infection entraîne la mort de l'animal en 3 ou 4 jours. On peut encore infecter les rats ou les cobayes par badigeonnage des narines avec un petit tampon d’ouate imprégnée de substance virulente, ou par simple frottement d’une petite étendue de peau fraîchement rasée. L’autopsie des animaux qui succombent à ces différents modes d'infection permet d'isoler le bacille pesteux, à l’état pur, par ensemencement du sang du cœur ou de pulpe de rate.

Le diagnostic peut être facilité par l’injection sous-cutanée, à la souris, de 1 centimètre cube de sérum antipesteux, en même temps que le produit virulent. D’autres souris, conservées comme témoins, sont Hole avec le produit virulent seul.

S'il s agit debacille pesteux, les souris ayant reçu le sérum antipesteux restent vivantes ; celles qui ont reçu seulement les produits virulents meurent avec des lésions renfermant le coccobacille pesteux :

b) Dans la pneumonie pesteuse.

1° Examiner directement les crachats. Faire un Gram pour rechercher s’il existe du pneumocoque.

2° Ensemencer sur gélose et gélatine à 27° pour éviter le développement du pneumocoque.

90 Inoculer une parcelle de crachats au cobaye ou au rat, mais pas à la souris, à cause de sa grande sensibilité au pneumocoque.

B) Sur le cadavre. — Lorsqu'on se trouve en présence d’un cadavre suspect de peste, il convient de faire des prélèvements sur des organes plus ou moins accessibles. S'il n'ya pas d'adénopathie, on ponctionnera le cœur et les poumons. La rate est très difficile à atteindre, le foie a l’in-

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convénient de se putréfier très vite et de contenir des germes d'origine intestinale qui peuvent prêter à confusion. Un simple examen microscopique ne fournira donc qu'un diagnostic de probabilité. Aussi doit-on faire à la fois des cultures et des inoculations. Si le matériel recueilli est trop souillé pour être injecté sous la peau, la friction sur peau rasée ou l'inoculation au cobaye par scarification restent les procédés de choix.

Diagnostic par la séro-agglutination. — La séroagglutination peut servir soit à identifier une culture de peste au moyen d'un sérum antipesteux, soit à rechercher la propriété agglutinante dans le sérum de sujets atteints, suspects ou convalescents de peste.

Dans le premier cas, on utilise un sérum antipesteux type (de cheval, par exemple), tel que celui de l’Institut Pasteur, dont le pouvoir agglutinant varie de 1 p. 1.000 à 1 p. 6.000. La culture à identifier {provenant de bouillon gélosé et âgée de 24 à 48 heures) est émulsionnée avec soin dans une quantité d’eau physiologique telle que lémulsion se présente parfaitement homogène et pas trop épaisse, mais simplement louche. On verse 0 cc. 1 de cette émulsion dans 2 petits tubes à essai contenant chacun 1 centimètre cube d’eau physiologique. Dans le premier, on ajoute 0 cc. 1 de sérum de cheval normal. On agite et on porte à l’étuve à 37° pendant 30 minutes. L'agglutination en petits flocons visibles à la loupe apparaît très nette dans le premier tube, tandis qu’elle est nulle dans le second s’il s’agit d’une culture de peste.

Lorsqu'on se propose de rechercher le pouvoir agglutinant d’un sérum de convalescent ou de malade suspect, on utilise une émulsion homogène de culture de peste authentique, préparée comme il a été dit ci-dessus. On verse 0 cc. 1 dans une série de petits tubes à essai contenant 1 centimètre cube d’eau salée physiologique et, à chacun de ces tubes, on ajoute des proportions variables du sérum à étudier, par exemple 0 cc. 1, 0 ce. 2, 0 cc. 3, 0 cc. 4... 1 centimètre cube, puis respectivement 0 ce. 9, 0 cc. 8, 0 cc. 7, 0 ce. 6 d’eau physiologique pour compléter partout les volumes à 2 centimètres cubes. On agite, on porte à l’étuve à 37° pendant 30 minutes et on examine à la loupe.

L'apparition de flocons dans l’un des tubes indique le taux auquel le sérum à étudier se montre agglutinant. Le sérum des malades atteints de peste n’agglutine que faiblement, en général à 1 p. 3 ou 1 p. 5. Le sérum normal même à 1 p. 1 n’agolutine pas. L'absence d’agglutination ne permet pas d’écarter le diagnostic de peste. Seule l'inoculation est décisive.

Diagnostic par la réaction de déviation du comiplément. — Dans toutes les formes où le diagnostic clinique reste douteux, la recherche des anticorps tuberculeux peut donner des renseignements utiles. Ils apparaissent dans le sang au 5° jour de la maladie et y sont encore présents 9 mois après la guérison. La réaction de déviation a donc l'avantage de permettre d'effectuer le diagnostic rétrospectif de la maladie.

Conservation des fragments d'organes destinés aux examens bactériologiques. — Les fragments d’organes sont immergés, aussitôt après leur prélèvement, dans la solution suivante préalablement stérilisée, qui conserve la virulence des bacilles et empêche la putréfaction pendant plusieurs jours.

Solution de Broquet :

Glycérinesmentresà 8040 mr 0 ue 20 ce.

Éau-distiliéé- 40e RCE te 80 cc.

Carbonate de chaux purifñié. + . . : . 2 gr.

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