III. — VENINS ET SÉRUMS ANTIVENIMEUX
A. — Détermination du pouvoir neurotoxique d’un venin,
On détermine le pouvoir neurotoxique d’un venin par la méthode que voici : |
On dissout 0 gr. 1 de venin sec, de cobra par exemple !, dans 10 centimètres cubes d’eau salée physiologique. On fait, avec cette première solution qui correspond à 0 gr. 01 centigramme par centimètre cube, des dilutions successives à 1/1.000 et à 1/10.000.
On détermine alors la toxicité par gramme d’animal, par injection sous-cutanée.
La dose de venin de cobra mortelle en deux à six heures pour les souris pesant 15 grammes est ordinairement voisine de 0 gr. 000025.
Pour le cobaye, elle est d'environ 0 gr. 0005 (0,0002 par voie intraveineuse) et pour le lapin de 0 gr. 001 (0,0006 par voie intraveineuse), mais elle varie suivant l’origine, l’âge du venin et la manière dont il aété récolté et desséché, de sorte qu'il est nécessaire de faire un titrage pour chaque échantillon.
Le venin sec, conservé dans le vide, à l'abri de la lumière et au froid, garde pendant de longues années sa toxicité initiale.
En solution dans l’eau physiologique, même à l'abri de l'air et de la lumière, son atténuation est rapide. Il se conserve mieux en solution glycérinée à 50 p.100. On peut alors le garder en petites provisions dans des pipettes scellées.
B. — Détermination du pouvoir coagulant d’un venin de vipéridé vis-à-vis du sang, in vitro.
On rend le sang de cheval, de chèvre, ou de lapin incoa-
1. On trouve du venin sec de cobra chez Poulenc frères, 92, rue Vieille-du-Temple, à Paris.
gulable en le recueillant directement dans un flacon qui contient une solution concentrée de citrate de soude, par exemple, 10 centimètres cubes de sang dans 0 cc. 5 de solution de citrate à 20 p. 100. Le mélange est agité. (Cette dose de 1 p. 100 de citrate suffit pour empêcher la coagulation du sang ; la dose de 1 p. 150 ne suffit pas toujours).
Le sang citraté est ensuite réparti entre plusieurs tubes à essai qui en reçoivent chacun 1 centimètre cube.
On a préparé d'autre part une solution à 0,5 p. 100 de chlorure de calcium dont 0 cc. 2 suffisent à faire coaguler rapidement le sang citraté, tandis que 0 cc. 1 ne coagule que lentement et 0 cc. 05 pas du tout (mais ceci doit être vérifié pour chaque série d'expériences).
À une série de tubes contenant chacun 1 centimètre cube de sang citraté, on ajoute des quantités variables d’un venin de viperidé, par exemple de Lachesis : 0 mgr. 1, 0 mgr. 2, 0 mgr. 3, c’est-à-dire 0 cc. 1, 0 cc. 2, etc., d’une solution à 1 p. 1000. On note l’heure de chaque mélange. Onajoute ensuite à chaque tube 0 cc. 05 de chlorure de calcium (IT gouttes de solution à 0,5 p. 100). On note l’heure de l'addition et on observe ensuite au bout de combien de temps, à la température du laboratoire, il se forme un caillot. Il ne doit pas s’en former du tout dans un tube témoin qui n’a reçu que le sang citraté et O0 cc. 05 de chlorure de calcium. |
On fait plusieurs séries d'expériences :
1° En ajoutant en même temps le venin et la solution de
chlorure de calcium ; 20 En ajoutant le venin au sang citraté quelques minutes (15° par exemple) avant le chlorure de calcium.
C. — Détermination du pouvoir hémolytique d'un venin (voir chap. XX VT).
D. — Détermination du pouvoir antitoxique d'un sérum antivenimeux.
Pour effectuer cette détermination, on opère le plus commodément par des mélanges in vitro.
Connaissant la dose mortelle en 2 à 6 heures, pour les souris blanches pesant 15 grammes par exemple, du venin dont on dispose, on répartit dans une série de petits verres coniques de 15 centimètres cubes decapacité, des quantités de sérum progressivement croissantes. On ajoute dans chaque verre la même dose mortelle de venin et on ramène partout au même volume par addition d’eau salée physiologique.
Après 30 minutes de repos à la température du laboratoire, on inocule chacun de ces mélanges à une souris, sous la peau du dos.
Il suffit ordinairement de 0 cc. 2 du sérum antivenimeux délivré par l'Institut Pasteur de Paris, pour neutraliser in vitro Ô gr. 0001 de venin de cobra.
On peut, conventionnellement, adopter comme unité antitoxique la dose de sérum qui neutralise in vitro dix doses minima mortelles de venin. Mais cette unité n’est pas la même pour les différentes espèces animales. Elle varie dans de larges limites, de la souris par exemple, au cobaye, au lapin et au chien.
E.— Détermination du pouvoir préventif du sérum antivenimeux par l’'inoculation intraveineuse au lapin.
C’est une expérience de cours qu'il est très facile d’effectuer et qui montre de la façon la plus saisissante l’action préventive immédiate du sérum antivenimeux contre l'intoxication par le venin de cobra.
On prend deux lapins de poids égal (1.800 grammes environ). À l’un d’eux (lapin A) on injecte, dans la veine marginale de l’oreille droite, 2 centimètres cubes de sérum
anticobra. On attend quelques minutes, puis dans la veine marginale de l'oreille gauche de ce même lapin À, on injecte 1 centimètre cube d’une solution de venin titrée à 1 milligramme par centimètre cube.
Immédiatement après, on injecte dansla veine marginale de l’oreille droite du second lapin B, qui sert de témoin, la même dose de 1 milligramme de venin.
On s’est assuré, par une expérience préalable, que cette dose de 1 milligramme, injectée par voie intraveineuse, tue un lapin de même poids en 20 à 30 minutes. Si un milligramme ne suffisait pas pour produire la mort dans ce délai, on augmenterait la dose, de telle sorte que celle-ci tue sûrement en 20 à 30 minutes. Lepremier lapin AÀ,immunisé par le sérum, reste bien portant et accepte volontiers de grignoter une carotte pendant que le lapin B meurt dans le délai indiqué.
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F. — Titrage des sérums antitoxiques par la précipitation.
Méthode de M. Nicolle, E. Césari et Debains. — Pour mesurer l’activité des sérums antitoxiques, on fait agir sur un volume constant de solution toxique concentrée, des volumes décroissants de sérum homologue.
Technique. — On sature par le sulfate de soude anhydre des filtrats de cultures diphtériques et tétaniques. On sèche les précipités obtenus (vide sulfurique) et on les réduit en poudre homogène. On dissout 0 gr. 8 de poudre dans 10 centimètre cube d'eau distillée. Le liquide résultant tue le cobaye de 550-650 grammes au 1/800 de centimètre cube sous la peau (poison diphtérique) ou au 1/12.000 dans le muscle (poison tétanique). On mélange à parties égales la solution toxique et une solution préalablement fondue à 40° de gélatine neutre, à 10 ç/° dans l’eau physiologique. On répartit le mélange en tubes sous le volume de 1 centimètre cube et, après l'avoir solidifié à la glacière, on verse sur les culots 1 centimètre cube de sérum antitoxique de plus en plus dilué au 1/20, 1/50, 1/100,
1/200, etc... On abandonne pendant deux heures à la température du laboratoire et on lit. Tout résultat positif se traduit par l’apparition d’un disque blanc-bleuâtre au-dessus du sérum dilué et de la toxine-gélatine. Il importe que solution toxique et sérum soient absolument limpides.
Le sérum antidiphtérique de l'Institut Pasteur titrant 300 unités et le sérum antitétanique titrant 4.900 unités correspondent d’après la précédente technique à la formation d’un disque net pour 1 centimètre cube de sérum dilué au cinquantième.