‹ Manuel BibliqueChapitre 103 sur 126 · Qu'était-ce que Pilate et Hérode · texte numérisé non relu

Qu'était-ce que Pilate et Hérode

1° Ponce-Pilate* fut le cinquième procurateur envoyé de Rome en Judée. Il gouverna cette province de l’an 96 à l'an 36 de l’ère chrétienne, sous les ordres du légat de Syrie. C'était une créature de Séjan, favori de Tibère. Par ménagement pour la susceptibilité des Juifs, il résidait à Césarée de Palestine, capitale officielle et place de sûreté sur la côte de la mer; mais, comme Antipas, il venait à Jérusalem au temps des grandes fêtes; et alors il habitait le prétoire*, demeure contiguë à la tour Antonia et voisine du palais d’'Hérode*.

2° Hérode Antipas, devant qui Pilate envoya Notre Seioneur, est déjà connu dans l'Evangile comme meurtrier de S. Jean-Baptiste. À la mort de son père, Hérode l'Ancien, il avait reçu le gouvernement de la Galilée avec le titre de t6trarque. Sa résidence était à Tibériade ou à Sérapis, près du mont Thabor; mais pour les fêtes pascales il venait à Jérusalem, où son père lui avait laissé un palais magnifique.

1 Médaille de Tibère : Tiéeproc, Eeéacroc Katoap. Au revers : Temple dédié à César, à Césarée de Palestine. Supra, n. 221. Autour : Diinmov Ter. L. À Z indiquent l'an 37 de la tétrarchie de Philippe, an 33 de l'ère chrétienne. — ? Cf. Annal. de phil. chrél., Lxvr, 433. — 3 Pontius, nom d'une famille romaine bien connue, Pilatus, & pilo, javelot, était un surnom. Cf. Joseph., 4:, XVIII, ur, 1. — 4 Matth., xxvu, 21; Joan,, xvit, 28. — 5 Joseph., B., II, x1v, 8.

L'histoire révèle en lui un homme sensuel‘, superstitieux ?, lâche * autant que cruel *.

Que ces hommes semblent petits sur leur tribunal”, et que Jésus est grand à leurs pieds! Que son nom est glorieux, et les leurs odieux et vils! Comme on voit bien que la grandeur véritable n’est pas dans l'appareil, qu’elle ne dépend pas du rang ni de la fortune, mais qu’elle tient à la personne, au caractère, à la vertu!

406. — Que signifient ces paroles : Regnum meum non est de hoc mundo. Nunc regnum meum non est hince 6?

Ces paroles du Sauveur signifient qu'il esi roi, mais d’une royauté à part, bien différente de celles de ce monde”. De quelle manière et à quel degré en diffère-t-elle? Ce n’est pas sans doute à ce point que son royaume n'ait rien d’extérieur ni de terrestre; qu'il soit sans organisation, sans sujets, sans ministres ici-bas; qu'il n’ait rien de commun avec ce monde, ni aucun pouvoir à exercer sur la terre. Non dicit : Regnum meum non est hic, remarque $S. Augustin, sed regnum meum non est hinc. Ce n’est pas non plus dans ce sens qu’il soit subordonné aux royaumes d’ici-bas, qu'il emprunte d’eux sa puissance, qu'il n’a aucun droit à leur égard; au contraire, il est évident que Notre Seigneur place son royaume au-dessus de tout autre, et qu’entre sa royauté et celles de ce monde, il met une différence égale à celle qui existe entre l’âme et le corps, entre le ciel et la terre”. Mais ce n’est pas là-dessus qu'il insiste. Il ne veut pas s’étendre sur celle de ses prérogatives qui pourrait susciter quelque défiance. Ce qu’il fait entendre à Pilate, c’est

1 Matth., x1x, 6; Luc., 11, 19. — 2? Marc., vi, 14; Luc., 1x, 7; xxx, 3. — 3 Matth, x1v, 9; Luc., xur, 34. — # Matth., x1v, 9 ; Luc., xxur, 11-45. — 5 S. Jean, x1x, 13, dit expressément comme S. Matthieu, xxvir, 19, que Pilate s’assit sur son tribunal pour entendre la procédure et prononcer la sentence. C'était une formalité de droit chez les Romains. Cf. Act., XVII, 12, 16, 17; xxv, 6, 17. — 6 Joan., xvur, 88. — 7 Ps. 11, 6; Luc , 1, 32; Rom., x1v, 9; [Tim., vr, 15. — 8 S, Aug., In Joan., exv, 2. Cf. Joan., xvu, 11. — ® Matth., xxvinr, 18; Joan., vu, 23; xv, 19; 1 Cor., xv, 25; I Joan., 11, 16; 1v, 5, Supra, n.48, 168; Infra, n. 414, 448,

que les princes de la terre n’ont à redouter de sa part aucune rivalité; que son autorité, ayant une autre source que la leur, est d’une autre nature; qu’il n’a ni la même fin, ni les mêmes moyens, ni le même esprit qu'eux.

Quant au mot nunc, ce n’est pas ici, comme plusieurs l'ont cru, un adverbe de temps qui restreigne à l’époque du Sauveur la portée de ses paroles : c’est une particule explétive qui lie ensemble les derniers mots du verset, en indiquant une certaine opposition ‘.

* 407. — Est-ce suivant la loi romaine, ou suivant la loi juive ?, que la flagellation fut infligée au Sauveur?

Pilate n'avait pas à appliquer la loi juive. Il ne la consulte pas plus lorsqu'il fait flageller Jésus-Christ que lorsqu'il linterroge ou qu'il le condamne à la croix. Numquid ego Judœus sum? dit-il *. [l ne voulait que satisfaire le peuple‘. Le Sauveur est donc flagellé à discrétion, d’un nombre de coups indéterminé, et d’une manière horrible, comme l’étaient les esclaves chez les Romains . On vénérait à Jérusalem, du temps de S. Jérôme, la colonne qu’il avait teinte de son sang. Plus tard on la transporta à Rome, où on la voit encore en l’église de Sainte-Praxède. Le souvenir de ce supplice enduré par le Fils de Dieu fut une consolation pour un grand nombre de martyrs, de confesseurs et d'esclaves chrétiens ?.

Le couronnement d’épines et le travestissement qui suivirent, en mettant le comble aux opprobres et aux tourments du Sauveur ‘, achevérent de montrer quelles expia-

1 Cf. Luc., xix, 42; Joan., vin, 40 ; xvar, 5; Act., v, 38; Rom., 111, 21; vu, 6, etc. Supra, n. 38. — ? Deut., xxv, 5; IL Cor., xr, 24. — 3 Joan., XVI, 35; Act., 11, 23. — # Marc., xv, 15. — 5 Pectus illud Dei capax flagella secucrunt. S. Hicr., In Mailh., xxvur, 26; Sap., n1, 19; Is., L, 6; Lt1, >, 10. Supplice appelé par Cicéron : media mors. Cf. Pro Rabirio, 4; Horat. Saë., I, 111, 19. — 6 S. Hicr., Epist. ad Eustoch., cvin, 9.

Perstat adhuc templumque gerit veneranda columna, PRUDENT. Distoch., 163.

T Act., v, 40, 41; xvr, 22, 23, 38; II Cor., 1, 5; x1, 24. Sic martyres informabantur. S. Aug., In Joan., axvi, 1.S. Cyrill. Hieros., Calech., xin, 13; Brev. rom., Feria vi hebd. sanclæ, lect. 1v. — 8 Matth., xxvur, 28-30, Cf. Cicero, Verres, v, 64.

tions demandaient nos péchés et avec quelle générosité il s’était dévoué pour payer toutes nos dettes *.

408. — Pour quel motif les ennemis du Sauveur le poursuivaient-ils avec tant de fureur, et pour quel grief le firent-ils condamner?

I. La passion qui animait les princes des prêtres et leurs adhérents, c'était la jalousie *. Les causes de cette jalousie étaient l’innocence du Sauveur, qui contrastait avec leurs vices ?, l’indépendance de son enseignement, qui ne se rattachait à aucune de leurs sectes‘; l’ardeur de son zèle à redresser toutes les erreurs et à combattre tous les abus *, son titre de Messie, celui de Fils de Dieu surtout, qui Pèlevait au-dessus de tous; ses miracles, qu’on ne pouvait imiter’, l'annonce d’une certaine transformation religieuse, d’un culte spirituel, moins formaliste et moins exclusif, qui résultait de ses prophéties, annonce inquiétante pour la famille sacerdotale et pour tous ceux dont l’existence se rattachait au culte lévitique*; enfin le nombre toujours croissant de ses partisans et de ses disciples *. Il n’en fallut pas tant à Caïn pour immoler Abel, aux enfants de Jacob pour réduire Joseph à la servitude !°, à Saül pour persécuter David".

IL. Le principal grief pour lequel les Princes des prêtres le condamnèrent à mort et obtinrent de Pilate qu’il fût attaché à la croix, c’est qu'il se déclarait le Fils de Dieu, o Ytos rov Osov !?, Ainsi Jésus-Christ fut le premier à verser son sang pour ce dogme fondamental du Christianisme. On lPaccusa en outre d’aspirer à la royauté et d’exciter des troubles dans PEtat %. Mais ces accusations n'étaient pas sérieuses;

1 Hæc quanti valeant cogitate : hæc in statera cordis appendite., S. Aug., De sancl. Virginit., 54. — 2? Matth., xxvir, 18, 41-43. — 3 Joan., ur, 20; vu, 1. Cf. Sap., 11, 12-22; T Joan., 11, 12. — # Luc., 1v, 23-98; Joan., vit, 15. — 5 Matth., xv, 12-14; xxx, 45, 46; xxur1, 2-39; Luc., x1, 53. — 6 Luc., xix, 39-40; Joan., v, 18. Cf. Sap., 11, 13. — 1 Joan., x1, #1. — 8 Matth., xxvinr, 40 ; Joan., 1v, 21-24; xx, 48. — 9 Luc., x1x, 41-48 ; Joan., x1, 41; xu1, 9-11, 49. — 10 Gen., xxxvnr, 4, 38. — 11 I Reg., xvirr, 8-12. — 12 Matth., xxvi, 63-69; xxvir, 40-43; Marc., x1v, 61-64; Luc., xxnt, 66-71 ; Joan., x1x, 7, — 13 Luc., xx, 1, 2. Addito majestati crimine

les Juifs qui avaient souvent rendu hommage à sa vertu, n'avaient en vue que de fournir à Pilate un prétexte pour l’envoyer au supplice. Sans croire à la culpabilité du Sauveur?, et même en protestant de son innocence, comme Judas qui lPavait trahi, Pilate finit par céder aux sollicitations et aux menaces des prêtres et du peuple : Absolvit judicio, damnavit mysterio*. Ainsi se manifesta ce que Jésus-Christ lui avait dit à lui-même, que ceux qui l'avaient mis entre ses mains étaient plus méchants que lui‘. Ainsi s’accomplit à la lettre ce qu'avait prédit Moïse, que ce serait la multitude qui mettrait à mort l’Agneau pascal, la victime du salut : Zmmolabit eum omnis multitudo filiorum Israel". Après avoir répandu son sang, la nation n’a pas cessé de ratifier son immolation.

409. — L'imprécation des Juifs : Sanguis ejus super nos et super filios nostros 8, eut-elle son accomplissement ?

Dieu entendit ce vœu des Juifs, et il l’exauça pour leur malheur *. Trente-cinq ans plus tard, vingt-cinq ans environ après que S. Matthieu l’eût consigné dans son évangile, on le

quod tunc omnium accusationem complementum erat. Tacit., Ann. IT, 38.

{ Matth., xx11, 16; xxvir, 4; Joan., x, 33. — ? Luc., xxur, 3, 13-16,22; Joan., xvur, 29-38 ; xix, 22. — 38 Matth., xxvur, 24. Cf. Deut., xx1, 6, 7. — # Matth., xxvur, 4. Cf. Deut., 1x, 6; Ps. xxv, 6. Dan., xr11, 46. — 5 S.1Amb., In Luc., x, 91. Cf. Joan., x1x, 12, 15 et Act., xvur, 1. Pas de trait qui peigne mieux l'époque que ce cri de la foule : Non es amicus Cæsaris. Pour comprendre l'impression qu'il fit sur Pilate, qui avait déjà été plusieurs fois dénoncé à Tibère, il faut se reporter à cette époque de servilité et de despotisme, où tous les biens et tous les maux, honneurs, dignité, fortune, disgrâces, châtiments, dépendaient de la volonté et des dispositions d'un seul. Il faut songer à ce qu'Hérode dut à l'amitié d'Antoine, Antipas à l'appui d'Auguste, Agrippa I à la faveur de Caligula, Agrippa II à la bienveillance de Claude et de Néron. Akerman donne une médaille d'Hérode Agrippa, portant cette inscription digne de sa vanité : Baotheuc peyazs, Aypinrac, ouoxarcap. Cf. Act., x11, 22. — 6 Joan., x1x, 41. Cf. xvurr, 80, 35. — 7 Ex., x11, 6. — 8 Matth., xxvur, 25. —2%Ps.cvur, 1. Cf. Gen.,1xv, 10; Matth., var, 2; Act., v, 28.

570 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 409 vit s’accomplir de la manière la plus terrible. Onze cent mille Juifs, d'après Josèphe, six cent mille, suivant Tacite, périrent dans le siège de Jérusalem; cent mille furent vendus comme esclaves !, on en donna jusqu’à trente pour un denier, et le nombre de ceux qu’on crucifia sur place fut si grand que le bois manqua, dit Josèphe, pour les y attacher ?. Titus emporta à Rome les trésors sauvés du temple : la table d’or, dite des pains de proposition, le chandelier d’or à sept branches ?, le livre de la loi, les trompettes sacrées et les voiles du sanctuaire *. L’arc de triomphe de cet empereur, encore debout après dix-huit siècles, est le monument officiel de cette lamentable histoire ÿ. Jamais pareil fléau n’avait frappé un peuple 5. On vit ainsi se réaliser la première partie de leur imprécation : Sanguis ejus super nos.

La seconde : et super filios nostros, se vérifia également, d’une manière non moins frappante. On sait quel a été le sort des Juifs depuis cette époque, leur dispersion, leur exil, les maux qu'ils eurent à subir, leur constance à attester la réalité des prophéties et leur opiniâtreté à en méconnaitre l’accomplissement. Tous les Pères les ont montrés aux chrétiens comme une preuve palpable et un exemple vivant de l’action de Dieu dans le monde 7. « Les Juifs récoltent aujourd’hui, disait S. Augustin, ce que leurs pères leur ont semé $, » « Les malheureux! s’écriait S. Jérôme, ils ont acheté à prix d'argent le sang du Sauveur, qu’ils voulaient répandre : ils achètent maintenant au prix de l'or la permission d'entrer dans leur cité et de venir pleurer au lieu où

1WJoseph:, B:, VI, 1x, 3:72: Joseph; 1B., "1x MS NI, OI ANS" Cf. À., XVII, 1x, 5, 10, — 3 Cf. Apoc., 11, 5. — # Joseph., B., IT, ur, 1 v, 5. — 5 Près de l'arc de Constantin, entre le Golysée et le Forum.

Supra, n. 251. Outre ces objets sacrés enlevés au temple, on y voit le Jourdain porté en triomphe sous la forme d’un vicillard chargé d'années. — 6 Qualis non fuit ab initio mundi, neque fiet. Matth., xx1v, 21. Joseph., B., V, x, 5; VI, xzur. — 7 Supra, n. 248. — 8 Bibit Judæus quod ei parentes sui propinaverunt. S. Aug., Serm. de Resurr., aaxxx1v, 3. Quid profuit illis Caïphas dicendo : Si illum dimiserimus sic, venient Romani et tollent nobis locum et gentem? Ecce et non dimiserunt eum vivum, etille vivit; et venerunt Romani, et tulerunt eis et locum et regnuw. In Ps. LXvIn, 26.

VAceasi à Luis UE

fut leur temple ‘. Nous les voyons hurler de douleur sur les ruines du sanctuaire, sur l’autel détruit, sur leur ville jadis fortifiée, sur ces hauteurs d’où ils ont précipité Jacques, le frère du Seigneur ?. » Errante par toute la terre ?, la nation déicide rappela partout le châtiment et le meurtre de Caïn*. Les opprobres du Fils de Dieu sont retombés sur elle, aussi bien que ses tourments; ses enfants ont reçu soufflet pour soufflet, dépouillement pour dépouillement, croix pour croix.

Supplicium pro cæde luit, Christique negati Sanguine respersus commissa piacula solvit, PRUDENT., In Apoth: cont. Jud.

Ainsi, sous la nouvelle loi comme sous l’ancienne, par ses souffrances comme par son culte, par son aveuglement comme par sa foi, par sa haine comme par son amour, ce peuple accomplit sa destinée : il rend témoignage, malgré lui, à la vérité du christianisme et à la divinité de son auteur $.

1 Euseb., H., 1v, 6. Qui quondam emerunt sanguinem Christi, emunt nunc lacrymas suas. S. Hieron., In Sophon., 1, 12; Epist. ad Demetr.,

cxxix, 1. Ad Dardan., xx1x, 1. Supra, n. 242. — 2 Orig., Cont. Cels., 1, 41-11, 13. — Euscb., H., 11, 23; 1v, 2, 6. — 3 Ps. rvnr, 42. Cf. Matthieu Paris, Hist. anglic" ann. 1229. — # Non admittuntur ad civi-

tatem suam Judæïi, et tamen Judæi sunt. Quis jam cognoscit gentes in imperio romano, quæ quid erant quando omnes romani facti sunt et omnes romani dicuntur? Judæi tamen manent cum signo, nec sic victi sint ut a victoribus absorberentur. Est signum Caïn quod habent Judæi. Circumciduntur, sabbata custodiunt, pascha immolant, azyma comedunt : sunt ergo Judæi; non sunt occisi; necessarii sunt credentibus gentibus. Ecce ubi jacent qui superbi cerant; ecce ubi insertus es qui jacebas, Et tu noli superbire, ne præcidi merearis. $S. Aug., In Ps. Lvur. Cf. Serm. 1, 21. Bourdal., Exhort. sur le jugement du peuple, 11. 11 est vrai que leurs financiers s’enrichissent aujourd'hui aux dépens des chrétiens, mais ce n’est pas au profit de leur considération, ni de leur nationalité, ni de leur religion. Les plus instruits deviennent incrédules et la masse reste dans la misère. — 5 Rom., 1x, 13; IL Cor., ur, 13-15. Sic apparent de Scriptura sacra quam portant, quomodo apparet facies cæci de speculo : ab aliis videtur; ab ipso non videtur. $. Aug., In Ps. Lvr, 9. « Les Juifs, en tuant le Sauveur pour ne pas l'avoir pour Messie, lui ont donné la dernière marque de Messie. En continuant à le méconnaitre, ils se sont rendus témoins irrécusables ; en le tuant et continuant de le renier, ils ont accompli les prophéties. Si les Juifs eussent tous été convertis par Jésus-Christ, nous n’aurions plus que des témoins suspects, et s'ils avaient été exterminés, nous n'en aurions point du tout. » Pascal, Pensées.

410. — Le peuple juif est-il le seul sur lequel Dieu ait vengé les tourments et la mort de son Fils?

Tous ceux qui s’étaient signalés par une haine personnelle contre Jésus-Christ, loin d’être récompensés, comme ils auraient dû l'être, s’il s'était dit faussement le Fils de Dieu, ont été châtiés, au contraire, dès ce monde et ont fait une mort effrayante. On sait qu'Hérode l’Ancien périt dans la rage et le désespoir ‘. Nous avons dit quel fut le châtiment de Judas ?. Trois ans après (36), Pilate reconnut qu’il s'était vainement lavé les mains, en permettant de répandre le sang innocent. Il se vit envoyé à Rome par Vitellius, gouverneur de Syrie, destitué par le même empereur en faveur duquel il avait sacrifié sa conscience, puis relégué à Vienne en Dauphiné, où il mit fin à ses jours *. Caïphe, dépouillé du pontificat, en même temps que Pilate l’était du gouvernement, se donna la mort de chagrin * (36). L’an 40, Hérode Antipas, supplanté par Agrippa favori de Caligula, suivit Pilate dans les Gaules, sous le poids d’une semblable sentence *; puis, changeant de séjour sans se dérober à l'exil, il alla mourir misérablement en Espégne, avec Hérodiade. En 66, Ananus, fils du grand-prêtre Anne, était massacré par les Zélotes, avec les derniers rejetons de sa famille. Ainsi s'ouvre l’histoire De la mort des persécuteurs (314). Ce qui est remarquable, c’est que l'Evangile néglige entièrement ces faits. La mort de Judas est la seule qui soit mentionnée dans le récit de la Passion, et elle l’est en deux mots, sans la moindre réflexion ‘.

1 Joseph., 4., XVIT, vir; Euseb., H., 1, 3 ; 11, 4. — 2 Matth., xxvn, 4, 5, — 3 Euseb., H., 11, 7. Cf. Dupin, Jésus devant Caïphe el Pilale. — * Cont. Apost. vin, 2. — 5 Joseph., 4., XVIII, v, 3; vu, 2; B., Il, 1x, 6. — 6 Matth., xxvi, 52; Luc., x1x, 27; Apoc., xur, 40, — 7 Matth., xxvir, 5. — $ Monnaie frappée en Palestine sous Ponce Pilate. D'un côté, un lituus, bâton augural, symbole de la magie qu'affectionnait Tibère, et

ARTICLE III

Mort et sépulture du Sauveur.

(Golgotha, près des murs, à l'Occident; an de l'ère chrétienne, 35; de N.S$., 88; vendredi 3 avril après-midi.)

$ I. — CRUCIFIEMENT. Marc., xv, 21-27; Joan., xix, 16-25.

411, — Comment le Sauveur a-t-il pu être crucifié à la troisième heure, Marc., xv, 25, lorsqu'il était encore devant Pilate vers la sixième, Joan., xix, 14?

Un certain nombre de commentateurs tranchent la question en supposant une faute de copiste en S. Marc ou en S. Jean, faute facile à commettre, disent-ils, puisqu'elle consisterait dans le changement d’une lettre y’ en ç”, gr, stigma, si les nombres étaientécritsen chiffres, ou de deux, tetrr en eztn, S'ils l’étaient autrement. Ils citent à l’appui de ce sentiment quelques docteurs et certains manuscrits ?. Mais le fait de cette supposition est peu vraisemblable, vu Paccord des manuscrits et de toutes les versions avec le grec actuel. Aussi la plupart des interprètes s’attachent-ils à montrer que

autour : Tiéeptov Koicapos; de l’autre, une couronne de laurier avec les lettres L. I Z, an 17 de Tibère, 30 de J.-C. Cf. De Saulcy, Numismalique de la Terre Sainte, p. 111 et 1v.

1 Jonas, jeté à la mer et englouti par le monstre marin. Gemme du 1ve au ve siècle, selon le D. Farrar. En dehors de la scène principale, on aperçoit à droite le prophète prèchant la pénitence, et à gauche, on le voit se reposer sub umbra hederæ. — ? Euseb. Cæs., Apud. card. Mai., Nov. Biblioth., t. 1v, p. 299, 300; Opera S. Hieron., Brev. in Ps. Lxxvit, initio; S. Petr. Alexand., Chronic. pasc. Alexand.; Migne, t. XCT, p. 249; Severus Antioch., in Catena, et Ammonius, in Scholio; Patrizi, In Evang., 1. x, Note cxcv.

les deux textes se peuvent concilier. On y parvient de deux manières.

1° Les uns disent que chez les Juifs, pour la prière et les fonctions sacrées, on ne comptait pas les heures avec une grande précision ; qu’on se contentait Ge distinguer, comme on fait dans l'Eglise, quatre heures principales Prime, Tierce, Sexte et None, et que, chacune de ces heures équivalant à trois, Tierce durait jusqu’au commencement de Sexte, de sorte qu’on pouvait dire indifféremment que le crucifiement avait eu lieu à l’heure de Tierce, comme S. Marc, c’est-à-dire avant qu’elle fût entièrement écoulée ou vers l’heure de Sexte, comme $. Jean, 65e: 2x Ëxrn. Plusieurs ajoutent cette remarque : que S. Marc', comme S. Matthieu ?, paraît unir dans sa pensée la condamnation à la croix avec le crucifiement, et qu’en désignant de préférence Tierce, le second évangéliste avait en vue de faire ressortir la fureur des prêtres, qui auraient dû à ce moment se trouver au temple.

2° D’autres font remarquer que $S. Jean, écrivant hors de la Judée, après la ruine de Jérsalem, devait indiquer l'heure suivant l’usage des Romains, et non suivant celui des Juifs. C’est pour cette raison, suivant eux, qu’au chapitre x, 1, il dit comme les Gentils : La veille de Püques, au lieu de dire comme les Juifs : Aw début de la féte: et au chapitre XX, 18 : Cum sero esset die illo, et non pas : Au commencement du jour suivant *. Par hora sexta, il faudrait donc entendre, non pas midi, comme en Judée, mais six heures du matin, comme partout ailleurs. Or, il n’y a pas de difficulté à admettre que la flagellation ait eu lieu à ce moment et que le Sauveur fut conduit au Calvaire entre neuf et dix heures. Le trajet ayant demandé un temps assez long, on arrive à celte conclusion, que les faits se sont passés comme on le croit communément : que le crucifiement eut lieu vers midi, que les ténèbres commencèrent à se répandre dès ce moment, et que le Sauveur expira vers trois heures.

1 Marc., 15. — ? Matth., xxvir, 25, — 3 Matth., xxvir, 62.

* 412. — Sur quoi repose l'histoire de sainte Véronique, représentée dans les chemins de la croix?

L'histoire de sainte Véronique ! est rapportée par d'anciens auteurs, entre autres par Marianus Scotus, moine bénédictin du onzième siècle, qui écrivit une Chronique depuis Jésus-Christ jusqu’à son époque ?. Il appuie le fait de sainte Véronique sur le témoignage de S. Méthodius, évêque de Tyr au troisième siècle, que $. Jérôme a loué pour son savoir. A la vérité, on n’en trouve aujourd’hui aucune mention dans les écrits du saint évêque, mais il ne nous reste de ces écrits que la moindre partie. On cite encore en faveur du même fait un lectionnaire de l’église de Milan, attribué à S. Ambroise *. En définitif, le fondement le plus solide de cette histoire, c’est la tradition de l'Eglise, de l’Eglise de France en particulier; c’est l’image miraculeuse de Ja sainte face, honorée à Rome de temps immémorial, avec ce qu’on lit dans l'Evangile de $. Luc sur les femmes qui suivaient le Sauveur montant au Calvaire et sur les témoignages d'intérêt qu’il leur donna *.

* 443. — Quel est ce vin mêlé de myrrhe qu’on offrit à Notre Seigneur et qu'il ne fit que goûter, Marc., xv, 23?

Le vin mêlé de myrrhe qu’on offrit au Sauveur était une boisson qu’on donnait par compassion aux condamnés, en les conduisant au supplice, afin de les fortifier contre la souffrance et d’émousser le sentiment de la douleur *. On sait que la myrrhe est le produit d’un arbrisseau, commun en Arabie. Au lieu de la myrrhe mentionnée par $S. Marc, S. Matthieu parle de fiel, soit à cause de l’amertume naturelle de cette substance, soit parce qu’on mêlait à la myrrhe un peu de fielf. Notre Seigneur ne voulut ni refuser absolument cette liqueur, ni la boire : il la goûta. Des auteurs font remarquer qu’en cela il observa la défense

1 Bepovtxn. — 2? Chronig., ann. 39. — 8 Cf. S. Greg., Turon. De glorid mart. —#Luc., xxx, 21-31, Supra, n. 221, — 5 Cf. Prov., xxx1, 6. Image du repas libre qu'on offrait ailleurs aux condamnés. Cf. Tert., De jejun., 19, —= 6 Matth., xxviIr, 34.

faite aux prêtres, dans le Lévitique, de rien prendre d’enivrant dans l’exercice de leurs fonctions !. On peut croire que ce fut aussi par compassion qu'on offrit au Sauveur du vinaigre, quand il s’écria : Sitio ?. Ce fait est, comme le précédent, l'accomplissement du Psaume Lxvin, 22.

41%. — Que signifie le titre de Roi des Juifs, inscrit par Pilate au haut de la Croix, Joan., xix, 19?

L'inscription du gouverneur romain, rapportée par les quatre Evangélistes, la couronne des soldats, la robe blanche d’Hérode, sont autant d’'hommages que Dieu leur a fait rendre à son Fils, à leur insu et contre leur gré *. Dieu se sert des méchants, quand il lui plaît, pour annoncer ses desseins comme pour accomplir ses œuvres *. « Caïphe, » dit Bossuet, qui résume les Pères sur ce sujet, « Caïphe, parlant de Notre Seigneur, dit qu’il est expédient qu'il meure, afin que la nation ne périsse pas. Il croit prononcer l'arrêt de sa mort et il fait une prophétie de sa gloire. La même chose arrive à Pilate. Voulant écrire, selon la coutume, la cause de sa mort, il aurait dû lui imputer un crime : 1l dresse un monument à sa royauté. Parce que le règne du Sauveur devait commencer à la croix *, il plaisait à notre grand Dieu que sa royauté y fût attestée par une écriture publique et de l'autorité du gouverneur qui l’a condamné à mort. Ecrivez donc, ô Pilate, les paroles que Dieu vous dicte et dont vous n’entendez pas le mystère. Gardez-vous bien de rien changer à ce qui est déjà écrit dans le ciel. Que la royauté de Jésus soit proclamée en langue hébraïque, qui est la langue du peuple de Dieu, en la langue grecque, qui est la langue des doctes et des philosophes, et en la langue romaine, qui est celle de l'empire et du monde‘. »

1 Lev., x, 9. Cf. Ezec., xziv, 21. — 2? Joan., x1x, 28. Cf. 1v, 5. — 3 Suo quidem sensu sacrilegia sunt, Dei autem dispositione mysteria. Rupert., In Joan., xur. Peccatum in historia, mysterium in figura. S. Amb., In Luc., 11, 38. — # Qui fecerat Judæorum principem prophetare, coegit scribere principem gentilem.S. Laur. Justin., de Triumph. agon., 11.— 5 Ps. 11, 6; xIX, 10. — 6 Ideo Pilatus quod scripsit, scripsit, quia Dominus quod dixit, dixit. S. Aug., In Joun., oxvir, 5. — 7 Bossuet, 1er Serm. sur la Circoncision, 1er point. Cf. Act., 11, 5-41 ; I Cor., xv, 25. Supra, n. 56, 190,

N° Al4] SA VIE SOUFFRANTE. — SA MORT. 577

Fronte crucis titulus sit triplex, triplice lingua, -

Agnoscat Judæa legens, et Græcia norit,

Et venerata Deum, meditetur Roma superba.

PRUDENT., In Apolh., v, 383.

Titre de Ja croix, réduit à 1/81,

Il est vrai que le Sauveur est nommé simplement par Pilate le Roi des Juifs, o Baoiheus ruv laudatwy, comme il l’a été par les Mages ?; mais on sait que les enfants de Juda sur les-

1 Nous donnons ce titre suivant la restauration de M. Drach, en distinguant ce qui est authentique et qui reste visible, de ce qu'on doit y ajouter pour le compléter. On sait que le Titre de la Croix fut trouvé par Ste Hélène avec les autres instruments de la Passion, et plus tard envoyé à Rome pour être déposé dans l'église de Sainte-Croix de Jéru- Salem. Placé dans la clé de l'arc de l'église, il fut caché d'abord, au ve siècle, par la crainte des barbares, puis oublic jusqu'en l'an 1492, où on le retrouva dans une boite de plomb, avec cette inscription en caractères antiques : Tilulus crucis. Un peu auparavant, on avait découvert à quelque distance cette inscription de 425: Ecclesiæ Jerusalem Valenlinianus, Placidia et Honoria Augqusti votum solverunt. 11 ne reste plus aujourd'hui du titre que ces deux mots : Notzpevous et Nazarinus, creusés légèrement dans le bois et écrits de droite à gauche. — L’authenticité de cette relique a été attaquée par divers critiques; mais on répond solidement à leurs difficultés : 10 On ne doit pas s'étonner qu'une inscription en caractères hébreux, grecs et latins soit écrite tout entière de droite à gauche : les exemples en sont nombreux. — 20 |] n’est pas surprenant non plus qu'il y ait des fautes d'orthographe, e pour " t pour e. Rien de plus naturel de la part d'un ouvrier, d’un homme du peuple, d'un Romain surtout : on en trouve fréquemment de semblables dans les inscriptions du temps. Il faut dire la même chose du signe v employé pour ov. On voit ce signe dans des monnaies du troisième siècle. —— 39 Ce qui serait étonnant, ce scrait de trouver ces irrégularités dans une pièce apocryphe, fabriquée à loisir par un faussaire. Comment expliquer qu'il se fùt écarté ainsi du texte deS. Jean qu'il avait à reproduire? Cf. Rohault de Fleury, Inst. de la Passion, Infra, n. 474, — 2 Non possum digne mirari quod nullam aliam invenerint causam interfectionis ejus, nisi quod esset Rex Judæarum $S. Hicron., 1n Matth.

ul. 33

578 “JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [no 415 quels il doit régner sont répandus dans le monde entier *. Ceux-là auront toujours un autre roi que César.

$ 11. — DERNIERS MOMENTS DU SAUVEUR. Matth., xxvi, 46-54 ; Joan., x1x, 25-30, { Vendredi, 3 heures du soir.)

Marie et S. Jean à la croix. — Utquid dereliquisti me? — Jésus, roi des martyrs et victime volontaire. — Sang et eau sortis de son cœur.

415. — Est-il juste d'étendre à tous les chrétiens les paroles adressées par Notre Seigneur à saint Jean : Ecce maler lua, Joan., xix, 21? Par ces paroles : Ecce mater tua, Notre Seigneur dit à

S. Jean deux choses :

1e Ayez soin de ma mère ici-bas; tenez ma place auprès

d'elle; rendez-lui tous les services dont elle peut avoir be-

soin. » Ainsi entendues, ces paroles expriment une volonté positive de Notre Seigneur; elles imposent à son disciple une obligation particulière, en même temps qu’elles lui conférent un privilège. L'assistance et la société de la Mère de

Dieu étaient réservées au plus pur et au plus dévoué de ses

disciples ?.

2° « Comprenez que vous lui devez la vie, qu’elle est de-

venue la mère de votre âme et que vous devez avoir pour elle un cœur d'enfant. » Dans ce second sens, ces paroles sont le simple énoncé d’un fait : elles constatent en Marie, la nouvelle Eve, une nouvelle maternité, sa maternité spirituelle. « Vous recouvrez aujourd’hui la vie de la grâce, dit le Sauveur, en vertu de mon sacrifice et au prix de mon

xxvi1, 31. Magi ab oriente, Pilatus ab occidente venerat. Unde illi orienti, hoc est nascenti, ille autem occidenti, hoc est morienti, attestabantur Regi Judæorum, ut cum Abraham, Isaac et Jacob recumberent in regno cœælorum. $S. Aug., Serm. cc, 2. Cf. S. Chrys., In Joan., Lxxxv, 1.

1 Joan:, xr, 52. Cf. Ps. nn, 6-95 xxr, 29); Is, 1, 3; Lx, 195 Luc., 1, 32, 33: Rom., 1, 28; ur, 29; 1v, 11; 1x, 6, 1; xt, 13, 17; Gal., m1, ; vi, 15,16. In eo titulo : Rex Judæorum, qui sunt intelligendi Judæi, nisi semen Abrahæ, filii promissionis, qui sunt etiam filii Dei? Rex ergo Judæorum Christus, sed Judæorum circumcisione cordis, spiritu, non littera, quorum laus non ex hominibus, sed ex Deo est. S. Aug., In Joan., cxvur, 5, Supra, n, 95,— ? Supra, n. 68. Cf. Apoc., x1r, 1-6,

LQ

sang. Sachez que ma Mère a offert ce sacrifice avec moi, que je tenais d’elle le sang que j’ai versé pour vous, et que je l'avais reçu pour cette fin‘. N'oubliez donc pas que vous lui devez votre vie la plus précieuse, qu’elle est devenue et qu'elle sera à jamais votre Mère ?. » Ces paroles sont générales, et l’on n’y voit rien qui en restreigne l’application. Si Notre Seigneur les adresse à S. Jean, il ne laisse pas, en lui parlant, d’en voir toute la portée ; il regarde ce disciple comme représentant tous les chrétiens. Il lui parle comme il eût voulu parler à chacun d'eux, quasi in uno. C’est ainsi qu’il voyait son Eglise dans la foule qui l’écoutait, et qu'il adressait à ses premiers disciples les instructions qu’il voulait donner aux chrétiens de tous les temps ?.

416. — Que signifie cette parole du Sauveur mourant : Deus, Deus meus, ul quid dereliquisli me ? Matth., xxvu, 46.

1° Cette citation du Psaume xx1 atteste qu’il a pour objet la Passion et la mort du Sauveur; car c’est ainsi que ce psaume débute, et, en s’en appropriant le premier verset, Jésus-Christ fait entendre que le reste lui doit être aussi rapporté. [l est impossible, d’ailleurs, de n’y pas reconnaitre l’exposé de ses souffrances et l’expression de ses sentiments.

1 Spectabat mater piis oculis Filii vulnera, per quem sciebat omnibus futuram resurrectionem. Se persecutoribus offerebat, si forte etiam morte sua publico muneri aliquid adderetur. S. Aug., de Inslit. virg., vi, 49, — 2 Jsai., Lin, 10; Joan., xir, 24. Monstra te esse matrem, lui dit l'Eglise. Maria spiritu plane mater nostra, quia cooperata est caritate ut fideles in Ecclesia nasccrentur. $. Aug., de S. Virginit., 6. Quia in passione Unigeniti omnium nostrum salutem beata Virgo peperit, plane omnium nostrum mater est. Igitur quod de hoc discipulo dictum est : Ecce filius luus, recte et de alio quolibet discipulorum, si præsens adesset, dici potuisset. Rupert., In Joan, xur. Si Abraham pater gentium dicitur propter fidem, quanto magis tu, o fidelissima fidelium, mater es omnium nostrum! Idem, In Cant., vu. Sic plurimi Doctores. Cf. S. Justin., Dial. 100 ; Tert., De Carn. Chrisli, 11; S. Iren., IL, xx11, xxx1V ; V, xx; Orig., In Joan., initio; S. Cyrill. Hier., Calech., xu, 15; S. Epiph., Hæres., zxxvir, 18; S. Hieron., Epist. xxu, 24; S. Aug., de Agon. Christ., 24; $. Pet. Chrysol., Serm. axL ; S. Anselm., de Concepl. B. M., sub fin. ; Bossuet, IL Serm. sur la Concept. de la Sle Vierge, 2e p, — 3 Cf. Joan., xx, 11.

Ce tableau, si vivant et si détaillé, lui convient dans tous ses traits, et il ne convient qu'à lui‘.

2 11 répugne de dire, avec Calvin, que c’est un cri de reproche ou de désespoir ?, non seulement parce que de tels sentiments n’ont pu exister dans l’âme du Sauveur, mais encore parce qu'ils seraient en opposition avec le reste du psaume, et que ce serait violer toutes les règles d’en prendre un verset isolément et de l’interprèter de manière à contredire tous les autres. Après avoir décrit ses tourments dans la première moitié, Notre Seigneur y fait à son Père la prière la plus ardente et il finit par un chant d'actions de grâces : or, on ne prie pas quand on est sans espoir, et l’on ne rend pas grâce quand on se révolte ou qu’on murmure.

30 Nous apprenons par là que le Sauveur voit la main de son Père dans ses douleurs, et qu’il ne doute pas de la sagesse de ses desseins, si rigoureux qu'ils soient *. Si l'Homme- Dieu gémit de ses souffrances, s’il demande à son Père pourquoi il l’abandonne à la rage de ses ennemis, pourquoi il lui donne à boire un calice si amer, c’est qu’il veut nous faire sentir quelles expiations nos péchés lui ont coûtées; c’est qu’il désire que chacun de nous se dise avec le même sentiment que l’Apôtre : Proprio Filio suo non pepercit, sed pro nobis omnibus tradidit illum“! Dilexit me et tradidit semetipsum pro me‘!

Le premier verset du Psaume xx1 fut prononcé par Notre Seigneur en syrochaldéen : Eli, Eli, etc. C’est ce qui donna lieu de dire qu’il appelait Elie à son secours f, soit que ceux qui l’entouraient ne connussent qu'imparfaitement la langue et les livres des Hébreux, soit que, n'ayant entendu que ces deux mots, ils n’en aient pas compris le sens, soit enfin qu'ils voulussent tourner en dérision les dernières paroles du Sauveur et ajouter cet outrage à tous ceux dont il avait été l’objet.

1 CE. S. Aug., in Ps. xxr. — ? Instit. II, xvr, 10. — 3 Vos ista doctrina est, non querela. S. Leo, de Pass., Serm. Lxvur, 7. — # Rom., vit, 32, — 5 Gal., 11, 20, Cf. Bossuet, Explic. du Psaume xxi, et H. U., 11, 6. — 6 Matth., xxvui, 41.

HIT. — Pourquoi Notre Seigneur pousse-t-il un grand cri en rendant l'âme?

Par ce cri qu'il pousse en remetttant son âme à son Père, Notre Seigneur veut nous faire sentir : — 4° Combien sont grandes les douleurs qu’il endure. — 2° Avec quelle ferveur il fait à son Père le sacrifice de sa vie pour la rédemption du monde. — 3° Qu'il conserve sa liberté et sa puissance jusqu’au dernier moment, et qu’il meurt librement, parce qu'il veut mourir *. Nul évangéliste ne dit simplement que Jésus-Christ mourut : le terme dont chacun se sert indique un trépas volontaire, un sacrifice ?.

Aussi suffit-il au Centurion de le voir expirer pour juger qu'il est plus qu’un homme : Videns Centurio, ait : Vere hic homo Filius Dei erat *. Un Dieu mourant devait mourir ainsi.

418. — L'histoire de la Passion justifie-t-elle les titres d'homme de douleur, de victime, de martyr, que l'Ecriture et la tradition attribuent au Sauveur #?

Comme il n’est personne qui soitcouronné de plus degloire, même sur la terre, il n’est personne aussi qui aiteu davantage à souffrir, c’est-à-dire qui se soit vu en butte à plus d’hostilité, qui ait été plus dépouillé de toutes sortes de biens, qui ait eu à supporter des tourments plus affreux.

1° Notre Seigneur, dans sa passion, est traité en ennemi par toutes sortes de personnes : — par le grand-prâôtre ÿ et par les princes des prêtres f; — par le tétrarque de Galilée *; — par le gouverneur romain *; — par les sol-

1 Ut noveritis non necessitatem, sed potestatem morientis. S. Amb., De Sacram., 1. Cf. Joan., x, 18. — 2? Quis ita dormit, quando volucrit, sicut Jesus Christus mortuus est, quando voluit? Quis ita vestem ponit, quando voluerit, sicut se carne exuit, quando vult? Quanta speranda vel timenda potestas est judicantis, si apparuit tanta morientis? S. Aug., In hunc loc. Magna infirmitatis mori, sed plane sic mori virtus immensa. S. Bern., In Psalm. 1v. S. Th., p. 3, q. 47, a. 1, ad 2. — 3 Marc., xv, 39. nlS eco Noa. 1 20" NEDheS rs lBPetre nr, 10: ADOC.: 10. 5 Matth., xxvi, 63-66. — 6 Matth., xxvi, 41; xxvir, À, 2, 12, 20, #1 ; Marc, AN ALU XI O0 ER XIV A0 MEL UC, xx1i1 1,11: ACT AV 21 8 Matth., xxvur, 24, 26; Marc., xv, 15; Joan., x1x, 1-16; Act., 1v, 21.

dats ?; — par les larrons crucifiés à ses côtés ?; — par la po- pulace, qui le renie comme Christ et comme Roi, qui déclare ne vouloir d'autre roi que César ?, qui lui préfère un homicide‘, qui.demande son supplice à grands cris *, et qui se repait de ses souffrances 6. — Bien plus, il trouve des sujets d’affliction dans ceux même qui lui sont les plus chers : — dans ses disciples qui le délaissent et prennent la fuite 7; — dans Judas qui le trahit *; — dans $S. Pierre qui le renie ?; — jusque dans son Père céleste qui l’'abandonne à ses ennemis et qui exige le sacrifice de sa vie en expiation de nos péchés;

2 Tous les biens dont il jouissait, tout ce à quoi la nature est attachée, tout ce qui pouvait être un soutien et un soulagement pour son âme, lui est ravi. — A l'extérieur, il perd sa renommée et sa considération !!. Au lieu du respect qu’on lui a si souvent témoigné, il se voit accablé d’injures ‘*, de mépris ‘*, de raillerie !*, de coups ‘*, d’une infinité d’outrages encore plus révoltants *. — Dans sa personne, il perd la paix intérieure, ses consolations ‘7, sa liberté ‘#, enfin son sang et sa vie ‘°.

3° [lendure en son âme comme en son corps les tourments les plus cruels. — Dans son âme, c’est une tristesse, un dégoût, une anxiété, des-appréhensions mortelles ??, au

4 Matth., xxvit, 27-34: Luc.,:xxu11,,864 Joan, x1x, 2,3, 23,034 — 2 Matth., xxvur, #4; Luc., xxur, 39. — 38 Joan., xix, 45; Matth., xxvir, 22, 23; Joan., x1x, 24. — # Matth., xxvir, 21; Marc., xv, 1-11; Luc, XXII, 18, — 5 Matth., xxvir, 23, 24; Luc., xxur, 21, 23: Joan., x1x, 1, 12, 15. — 6 Matth., xxvn,39-42; Marc., xv, 29-30. — 7 Matth., xxvi, 56. — 8 Matth., xxvi, 49. — 9 Matth., xxvi, 10, 12; Marc., x1v, 68-71 ; Joan., XVIN, 21. — 10 Matth., xxvi, 23-40; xxvu, 46; IL Cor., v, 21. — 11 Matth., LVL, 09-68, .xXVI1,, 12,,13,263.; Marc. xiv, 01,58 RE TOAN, EYES 0e — 12 Matth., xxvur, 29-31, 40-43, 49: Marc., xv, 29-32; Luc., xx, 65: XXI, 35, 39. — 13 Luc., xxrrt, A8. — 14 Matth., xxvi, 61, 68; xxvir, 29, 30, 40-43, 49; Marc., x1v, 45, 65 ; xv, 26, 29-39; Luc., xx, 11, 85, 36; Joan., XVII, 98; XIX, 3, 5. — 15 Matth., xxvr, 61; Marc., xiv, 65; Luc:, xxu1, 63, 6%; Joan., xvur, 22; x1x, 3. — 16 Marc., x1v, 65; xv, 19. — 17 Matth., xx V1, 31, 38; xx vit, 46; Marc., xtv, 33, 34; Luc., xx11, 43, 44. — 18 Matth. xxVI, 50; Luc., xx11, 5%; Joan., xvinr, 12, 24. — 19 Matth., xxvir, 50; Marc., xv, 25, 31; Luc., xxur, 33, 46; Joan., xix, 30; Act., n, 23. — 20 Matth., xxvi, 31-44; xxvu, 49; Marc. x1v, 33, 34; Luc., xx11, 40-45.

point de suer le sang avec abondance *. — Dans son corps, on lui fait subir, à la suite l’un de l’autre, trois tourments atroces : une flagellation sanglante ?, le couronnement d’épines * et le crucifiement ‘; encore chacun de ces tourments, qui en renferme une multitude, est-il accompagné de circonstances aussi barbares qu'ignominieuses. Ainsi, il est souffleté ÿ et travesti à plusieurs reprises °; on loblige à porter par la ville l'instrument de son supplice *; on le crucifie entre deux voleurs, comme le plus vil ou le plus criminel #; on le dépouille de ses vêtements ?; on Jui donne pour boisson du fiel et du vinaigre ; ses pieds et ses mains sont percés de clous et fixés à la croix ”.

Quand on considère le nombre et l’atrocité de ces tourments et qu’on songe que l’Homme-Dieu, loin dy être moins sensible que nous, a dû les ressentir avec bien plus de vivacité, on est forcé de reconnaître qu’ils suffisent, à eux seuls, indépendamment de toute autre considération, pour lui mériter le titre de Roi des martyrs et lui faire appliquer, comme le fait l'Eglise, cette parole de Jérémie : Attendite et videte si est dolor sicut dolor meus *. Cependant, le tableau que les Evangélistes ont tracé de la Passion est à peine esquissé. Il demande à être complété par les prédictions des prophètes #; et après avoir recueilli tout ce qu'il a plu à Dieu de nous en révéler, on est encore forcé de dire des souffrances du Sauveur ce que $. Jean a dit de ses discours et de ses miracles !*, que la plus grande partie est

1 Luc., xxu, 43-44. - 2 Matth., xxvu, 26; Marc., xv, 15; Joan., xix, 1. — 3 Maith., xxwix, 29; Marc., xv, 11; Joan., x1x, 2-5, — # Matth., xXvIr, 35, 39. Le crucifiement, l'invention la plus atroce de la cruauté humaine, était une importation de Rome. La loi juive ne connaissait pas cette peine; mais les Romains l'infligceaient aux esclaves et à ceux qui se

rendaient coupables de crimes d'état. — © Joan., xIx, 3. — 6 Matth., xxvir, 28; Marc., xv, 11; Luc., xxIN, 41:°Joan.,"x1x, 3,5: — Luc. xx, 26: Joan., xix, 17. — 8 Matth, xxvi, 28. Pone crucem servo. Juvenal, Sat., vr. — ® Luc., xxun1, 34. — 10 Matth., xxvu, 34,48; Marc.

XV DO AEUC., AUTO 0: Joañ., xx, 25,217, etc. — 12 Thren., 1, 49. — 15 Ps. xx1, Lx vu; Sap., 11; Isai., Lun1 etc. Quis non quasi evangelium cantari arbitretur : Foderunt manus meas, etc.? 5. Aug,., Cont. Faust., xu, 43, Cf. Bossuet, Explic. du Ps. xx. — 14 Joan., xx, 30; XXI, 25.

restée dans l’ombre et ne nous sera jamais bien connue en cette vie !.

419. — La mort du Sauveur a-t-elle été un véritable sacrifice?

L’Ecriture l’affirme ou le suppose en une foule d’endroits?. Bien plus, le sacrifice de l'Homme-Dieu est le sacrifice par excellence, et même en un sens le seul sacrifice agréable à Dieu, le seul proportionné à sa grandeur. Aussi réunit-il au degré suprême ce qui fait l’essence de tous ceux de la Loi *. On y trouve :

4° Un prêtre et une victime. C’est le Verbe fait chair, qui est prêtre et victime tout ensemble *. Par cela seul qu’il est envoyé ici-bas pour nous racheter, il est destiné au sacrifice 5. Par cela même qu’il accepte sa mission, il devient prêtre de la majesté divine Ÿ et victime du genre hu-

main ?; il se charge de satisfaire pour tous les péchés des hommes à.

2° Une offrande parfaite. En effet cette offrande est libre *; elle est sincère !; elle est généreuse. Elle commence dès son premier instant ‘'; elle persévère jusqu’à la fin de sa

1 Cf. $S. Thom., p. 3, q. 46, a. 5; q. 41, a. 4, etc. « Ainsi est donnée au monde, en la personne de Jésus-Christ, l'image d'une vertu accomplie, qui n'a rien et qui n'attend rien sur la terre, que les hommes ne récompensent que par de continuelles persécutions, qui ne cesse de leur faire du bien et à qui ses propres bienfaits attirent le dernier supplice. » Bossuet, H. U.,u, 6. — 21s., ur, 10-12; Act., xx, 28; Rom., 11, 25; VIT, 8,45 XV, 2: 1 Cor. vi Cor. vi M8 21 Gal Eu 220 PE pDhe CN LAS ET AAC Ole MS TMS ST ML OEM DEP MEST STEEC IDE TSE x, 19; 1 Joan., 11, À, 2; 1v, 10. — 3 Heb., 1x, 13-15; x, 1-14. — # Hostia quidem secundum carnem, sacerdos vero secudum spiritum. $. Aug., Serm. GLV, 2. Apend. Cf. S. Thom., p. 3, q. 22, a. 2. — 5 Joan., mx, 16: Rom., 1v, 25; vus, 32. — 6 Ps. aix, 4; Heb., v, 10; vir, 3. — 7 Is., rain, HEfoane-129%/Rom 020 20 ICO AV MER Gal ET 20 EDR ET AROE HD ER RO 19 CL Pet ALI PA DOC NOM OEM PTE SE — 8 Matth., xx, 28; Joan., x, 10, 11; Rom., vin, 3, 4; I Cor., xv, 3; TNCOrT M9 21 Time. Or 00: Ita, Me) AT I:

26, 285x, 410, 12 ;11Pet,, 118-2617, 24; "ur 18; 2ANJoan. Ir, 2; IV AOF MAPOC. 101 Matth xx VI 040,203, 04 MEUC., 110222 T0ane x, ASS EVE, SM MRom x/M-10NGAl AT, 20; Phil 11 6-8.— TOME ANT TARDE VI VIT, 20 A EX EX SET OMC EE > at TL

vie ‘; elle n’a pour but que de glorifier Dieu et de racheter nos âmes ?.

3° Une immolation réelle et complète de tout ce qu’il a et de tout ce qu’il est : de ses biens et de sa personne *, de sa liberté“, de sa réputation , de son honneur f, de son corps”, de son âme ?, de sa vie *.

&° Enfin, entre Dieu et nous, un rapprochement el une union très étroite; rapprochement et union dont la divine victime est le moyen, qui s’exprime du côté de Dieu par le mystère de l’Ascension où l'humanité du Sauveur est reçue dans la gloire ‘, et de notre côté, par la communion eucharistique et la participation aux sacrements ‘!, rapprochement etunion qui ont pour résultat de nous faire participer aux grâces du ciel et à la vie de notre Père céleste **.

Ainsi Jésus-Christ s’est livré à la mort pour nous racheter. Il s’est montré tel que son Précurseur et les prophètes l'avaient annoncé : le véritable Agneau de Dieu, Agneau qui efface les péchés du monde, celui qui devait réconcilier la terre avec le ciel et laver dans le sang toutes nos iniquités. C’est une gloire que personne ne lui peut dis-

puter .

1 Matth. xxvi, 28, 39; Luc., x11, 50; xxn1, 15, 19, 20; Eph., v, 2. — 2 Joan., xvi1, 19; Rom, x, 25, 26; I Cor., xv, 3; Eph., v, 2, Heb., 11,9; XII, 12. Aliud crucifixi patientia, aliud crucifigentium egit insania, cum per ejusdem sanguinis effusionem Christus solveret mundi captivitatem, Judæi interficerent omnium redemptorem. $. Leo, Serm. Lxx, 1. Non mors, sed voluntas placuit sponte morientis. 5. Bern., De err. Abæl., Vi, 21. —3 Phil., n, 1-9. — # Matth., xxvi, 50; Joan., xvinr, 12. —

5 Matth. xxvi, 65: Marc., x1v, 64. — 6 Matth., xxvi, 68; xxvir. 88, 40; Luc., xxlut, 11, 35. Maith., XVII, 20, 35: Luc. xXxI1, 44; Joan., xIx, 1 18 : Heb.. IX, 12; Apoc., a v, 9. LEE Marc., x1V, 33; Luc, xxhi, 43. — Rom. Y, 8-10: x1, 3, 4, 5; 1 Cor., v, 1; x1, 26, 21: XV, 3; Eph., ut, 13-11; Col., 1, 20-22; I Thess., 11, 15; %, 10: I Pet. HS Apoc W19; — 10 Heb., 1, 13; vu, 1, 2. — 11 Joan., je 55, 56; XVII, 21, 2 22] Cor., x, 16, 17; II Cor., x, 9; Heb., x, 19-2 DO AADOC A ED RG 12 Joan xvi1, 19; Rom. es 9-19; I Cor. VI, 11; Eph-, 101,8; 11, 19-18; va Y, EEE, 12- 14, 2% : I Pet. Ill, 22. Supra, n. 318, 387. — 13 Joarts 29% Apoc., VA) 12. Hoc summo veroque sacrificio cuncta rie facta céssarunt. S. Aug., de Civ. Dei, x, 20. Cf. Dan., 1x, 26, 21; Mal. 10, 11; S. Thom. p. 3, q. 48, a. 3: q. 41, etc. Thomassin, de Pia > LDE ‘Cf. Dictionn. de myst. chrét., Substitution.

586 JÉSUS-CHRIST SELON L’ÉVANGILE, [n° 420

420. — Les saints docteurs n'ont-ils pas vu une signification mystérieuse dans l'ouverture du côté du Sauveur, et dans le sang et l'eau qui en sortirent, Joan., xix, 34?

Le rapport signalé par $S. Paul entre le premier Adam et le second !, entre l’union d'Adam et d’Eve et celie du Sauveur avec son Eglise, a donné occasion aux saints Docteurs de faire remarquer un autre rapport entre la manière dont Eve fut formée ?, et celle dont le corps de l'Eglise, la vraie mère des vivants, se forme et s’entretient : Dormit Adam ut fiat Eva, dit S. Augustin; moritur Christus ut fiat Ecclesia.. Dormientis Ad fit Eva de latere; Christo mortuo lancea percutitur pectus, ut profluant sacramenta quibus formatur Ecclesia *. Jésus- Christ étant le chef des enfants de Dieu, de même qu'Adam a été le chef de l’humanité, c’est en Jésus-Christ que toute vie surnaturelle a sa source. L'Eglise devait donc recevoir de lui la naissance et la fécondité, comme Eve a recu d’Adam l'une et l’autre. Voilà ce qui a eu lieu en effet; et c’est ce qui nous est montré dans ce mystère.

Ce n’est pas par hasard, dit S. Chrysostome, que le sang et l’eau sont sortis du côté du Sauveur *. Ce n’est pas sans dessein non plus, dit S. Augustin, que l'Esprit saint à fait dire à l’'Evangéliste que le soldat avait, non pas percé, mais ouvert le cœur du Sauveur : Vigilanti verbo usus est, ut non diceret : Pectus vulneravit, sed : Aperuit ÿ. 11 voulait faire entendre que l’eau et le sang, ou plutôt les sacrements de baptème et d’eucharistie, dont ces éléments sont la matière, ceux dont on était alors le plus frappé et dont les écrits des Apôtres font plus souvent mention f, devaient sortir de cette source; et qu'après avoir formé l'Eglise, ils lui communiqueraient la vertu de produire des enfants qui porte-

1 Rom., v, 14; 1 Cor., xv, 45. — ? Gen., nr, 21. — 3 Es op. S. Aug., Senient. cooxxix. Quare aqua? Quare sanguis? Aqua ut emundarct, et sanguis ut redimeret. Quare de laterc? Quia unde culpa inde gratia : culpa per fœminam, gratia per Dominum Jesum Christum. S. Amb.,

De sacram, v, 4. — * Non casu et simpliciter hi fontes scaturierunt.

S. Chrys., In Joan., Lxxxv, 3. Au lieu de evvéev, de vurrw, pupugil, d'anciens manuscrits portaient nvotéev, de avoryw, aperuit. Cf. Apoc..-

1,1 — 5 $S, Aug., In Joan., cxx, 2. Martyr. rom., 46 mart. — 6 Ibid,

raient en eux-mêmes la ressemblance de son époux et qui vivraient de sa vie : Hæc et lavacrum pvæstant et polum *. En effet, l’eau du baptême qui a fait les premiers chrétiens ne cesse d’en faire de nouveaux ; le sang de l’Eucharistie coritinue à les nourrir et à les vivifier. Tout chrétien baptisé comprend ce langage : Norunt hoc initiati ®. C’est la vue de cette communication et de ces effets qui a fait dire au Sauveur sur l'Eglise et ses membres, ce qu'Adam a dit sur son épouse : Hoc nunc os ex ossibus meis *. Sacramentum hoc magnum est, in Christo et in Ecclesia *.

Tous les Pères ne donnent pas de ce passage une explication si étendue et si bien suivie; mais tous, entrant dans l'esprit de S. Jean, y voient un symbole et cherchent à en saisir la signification *.

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