S I. — CIRCONSTANCES DE LA RESURRECTION
(Dimanche, 5 avril 83.) 429. — La résurrection du Sauveur n'est-elle pas figurée, aussi bien que sa sépulture, dans l'histoire de Jonas?
On ne peut douter que l’histoire de Jonas n'offre une figure de la sépulture et de la résurrection du Sauveur. Notre Seigneur s’en fait lui-même l’application dans le premier des Evangiles ?, et c’est sous l'emblème de ce prophète surtout que les premiers chrétiens aimaient à le représenter comme vainqueur de la mort*. D'ailleurs, la figure et Ja réalité, le type et l’antitype sont si étonnants, et l’on remarque entre l’un et l’autre une telle conformité, qu'il serait déraisonnable de ne voir là que du hasard. Après s'être livré à la mort pour sauver ses frères et avoir passé trois jours dans le sein de la terre, in corde terræ, comme Jonas dans le sein du monstre marin, ên ventre ceti, le Sauveur à reparu comme le prophète, plein de vie, dans un milieu nouveau, à l'abri de toute agitation et de tout péril; puis, comme le prophète encore, comme cet unique prophète envoyé aux Gentils avant lui, il a prêché la pénitence
1 Jonas rejeté par le monstre marin, l'une des figures le plus souvent représentées dans les catacombes, Supra, n. 128 note, 229, etc. — 2 Matth., xu, 39-41. Cf. Luc., x1, 29, 30. Nullus alius melior typi sui in-
terpres fuit, quam ipse qui inspiravit Prophetas, S. Hieron., Præf. in Jon. — 3 Aringhi, V, xx. Martigny, Jonas.
N0 430] SA VIE GLORIEUSE. — SA RÉSURRECTION. 601 aux infidèles et il à converti par sa parole, non une ville idolâtre seulement, mais le monde païen tout entier, dont elle était l’image. Ecce plus quam Jonas hic'. S'il était possible de contester en présence des Juifs? l'antiquité du livre de Jonas, les rationalistes n’hésiteraient pas à dire qu’il a été imaginé et supposé par un chrétien des premiers siècles *. Ne diraient-ils pas la même chose, s’ils le pouvaient, du sacrifice d’[saac #?
430. — Si le Sauveur a été enseveli le vendredi soir, et qu'il soit ressuscité le dimanche matin, comment a-t-il pu dire qu'il resterait trois jours et trois nuits dans le tombeau?
En disant qu’il resterait dans le tombeau trois jours, ou, ce qui est la même chose dans le langage ordinaire, trois
1 Matth., x11, 41. Ipsi Judæi coguntur a nobis discere quid illa significent, quæ, nisi aliquid significare concedant, tam divinæ auctoritatis libros ab ineptarum fabularum ignominia non defendunt. S. Aug., Cont. Faust., x, 39. — ? Cf. Tob., vin, 5-6, 15, Græce; Eccli., xuix, 12; Joseph., 4. J., IX, x, 2. li babent libros, non librorum Dominum; illi tenent prophetas, nos intelligentiam prophetarum. $S. Hieron., Præf. in Jon. — 3 M. M. Vernes trouve à cette histoire, « à ce conte, dit-il, comme eût pu dire Lucien (Veræ hislor., 1, 30), une forte odeur d'hellénisme, et cela lui suffit pour prononcer qu'on ne peut le faire remonter au delà de trois cents ans avant notre ère. Mais c’est oser trop peu. À quoi sert de donner ainsi le démenti au livre des Rois, IV Reg., x1v, 25; à Tobie, XIV, 4-6, 15, Græce; à Josèphe, À. J., IX, x, 2; aux anciens canons reçus dans la synagogue, Eccli., x1ix, 12; aux traditions des Juifs et des chrétiens, si l'on convient que le livre a été écrit avant la venue du Sauveur et la conversion du monde? Il ne s’agit pas ici. d'antiquité, mais d'antériorité. Que ce récit soit du troisième siècle ayant Jésus- Christ, ou qu'il soit du huitième, il n’en sera pas moins impossible d'en expliquer naturellement le caractère figuratif ct la signification prophétique. Pour nous, la principale odeur que nous trouvons au livre de Jonas, c’est une odeur de christianisine. Elle n'est pas seulement dans l'histoire du prophète, elle est encore et surtout dans les sentiments dont Dieu se montre animé envers les Ninivites, 1v, 10; sentiments si éloignés de ceux des Juifs et même des judaisants. Infra, n. 514. Aussi n'hésitons-nous pas à croire que l'auteur principal appartient au Nouveau Testament aussi bien qu’à l'Ancien, et que l'Esprit de Dieu est le seul qui ait pu ainsi esquisser d'avance, dans la vie et les écrits des prophètes, les faits les plus merveilleux de l'histoire de son Fils, afin d'en rendre la croyance plus facile à son peuple. Cf. S. Hieron., Præf. in Jon.; S. Aug., Epist. cr, quæst. 6; Bourdaloue, Caréme, sur la reli= gion, 40r point. — #* S. Epiph., Dial,, 11: Supra, n. 18-20, 198, 242,
602 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 431
jours et trois nuits, wy0ruepz'. Notre Seigneur a usé d’une figure très commune qui consiste à nommer le tout pour la partie. On dit indifféremment parmi nous : [a semaine écoulée, ou le huitième jour, ou huit jours après. Les Juifs parlaient de même: Postquam consummati sunt dies octo*?. Pour le fait de la résurrection en particulier, personne n’ignore aujourd'hui qu’il a eu lieu le dimanche matin, c’est-à-dire au commencement du troisième jour; cependant qui fait, parmi nous, difficulté de dire que le Sauveur est resté trois jours dans le tombeau? Pourquoi n’aurait-il pas parlé comme parlent les autres *? Rien n’obligeait ici à compter les heures. Ce qui importait, ce qui devait confondre les Juifs, ce n’était pas que Notre Seigneur en passât soixantedouze dans le sépulcre, mais qu’il en sortit vivant, comme Jonas du ventre de la baleine, lorsque sa mort était indubitable, lorsqu'elle avait été constatée authentiquement par l'autorité publique et aux yeux de tout un peuple *. Du reste si le divin Maitre avait dit qu’il passerait trois jours dans le tombeau, il avait dit plus souvent encore qu’il ressuseiterait le troisième jour, tertia die‘; et les Juifs attestèrent eux-mêmes qu'ils avaient bien compris ses paroles : Dixit seductor ille: Post tres dies resurqum. Jube ergo custodiri sepulcrum usque in diem tertium$. Enfin, il serait ridicule d’insister. Si Jésus-Christ s’est ressuscité, il est évident qu'il s’est ressuscité de la manière et au moment qui convenaient”.
431, — S. Matthieu n'a-t-il pas dit que Notre Seigneur est ressuscité le samedi soir, Vespere sabbali, xxvin, 1?
La pensée exprimée par S. Matthieu ne peut être que
1 II Cor, x1, 25. — ? Luc., 1, 22. Post dies octo. Joan., xx, 26. Cf. Îl Paral., x, 5. Esth., 1v, 16; v, 1 ; Tob., ur, 40; Sap., vu, 4, 2; Joan., xx, 26. — 3 Nobis non sibi loquitur, atque idco nostris utitur in loquendo. S. Hilar., In Ps. cxxvi, 6. Quid ergo ? Cum legimus, obliviscimur quemadmodum loqui soleamus ? An Scriptura Dei aliter nobiscum fuerat quam nostro more locutura? S. Aug., Cont. Fausl., xxxur, T. — # Marc., xv 4%, 45; Matth., xxvu, 66. — 5 Matth., xvi, 21; xvir, 22; XX, 10! “ 9 Matth., xxvut, 63, 64. — 7 Cf. S. Thom. p. 3, q. 51, a. 4, ud 1,
Notre Seigneur est ressuscité le lendemain de sa mort. Il vient de lui faire dire expressément qu’il ressuscitera le troisième jour ‘. D'ailleurs, qui a jamais eu cette idée dans Eglise? N’a-t-on pas toujours cru que la résurrection avait eu lieu le matin et non le soir?, non le jour du sabbat, mais le lendemain, appelé dimanche pour cette raison même *? Quant aux paroles qui font difficulté, on peut les expliquer de deux manières, parce que le mot grec oÿe peut être rendu également par vespere, le soir, et par post, à la fin de. — 10 Si l’on prend ce dernier sens, on devra traduire : Post sabbatum, illucente die in prima sabbati*, comme on les traduit d'ordinaire : « Le premier jour de la semaine, au lever de l’aurore, à la première heure. » C’est le sens qui s'accorde le mieux avec les paroles qui suivent, aussi bien qu'avec celles de S. Luc: Una sabbati, valde diluculos. — 2° Si l’on prend l’autre sens et qu’on entende le samedi soir, comme l’auteur de la Vulgate l’a peut-être entendu, il suffit, pour concilier ce récit avec les Evangélistes, de faire remarquer que S. Matthieu n'indique pas en cet endroit l’heure de la résurrection, mais le moment où Marie-Madeleine est venue au tombeau avec une autre Marie. N’a-t-elle pas pu venir le samedi soir, comme le dimanche matin? Il n’est pas étonnant qu’elle n’ait pas voulu laisser passer toute la soirée du sabbat sans venir honorer le corps de son Maitre et voir en quel état se trouvait son sépulcre. C’est l’idée que pourraient suggérer ces mots : Venit videre sepulcrum $.
432. — Est-il possible de combiner et d'expliquer tous les témoignages des auteurs inspirés sur la résurrection de manière à écarter toute
contradiction ?
Il y a deux principaux systèmes imaginés pour mettre d'accord tous les détails rapportés par les auteurs sacrés sur la résurrection du Sauveur :
1 Matth., xxvir, 63 — ? Vespere Dominus in cruce, mane in resurrectionc, meridie in ascensione. S. Aug., In Ps. iv, 18. — 3 S. Justin., 1 Apol., 61. —-# In prima pour In primam. — 5 Luc., xxiv, À. — 6 Matth., xxvin, 1.
I. Le premier est exposé par $. Augustin’. Dans le sentiment du saint Docteur, il n’y aurait qu'une seule compagnie de femmes, une seule apparition d’anges, une seule course de Pierre au tombeau. Voici quelle serait la suite des faits : — 1° Le vendredi soir, Marie-Madeleine, Marie, mère de Joseph, et les autres femmes de Galilée assistent avec Joseph d'Arimathie à l’ensevelissement du Sauveur ?. — 2° À leur retour, elles achètent des aromates, puis passent le jour du sabbat chez elles *. — 3° Le samedi soir, après le coucher du soleil, elles complètent leurs achats‘, et peut-être Marie- Madeleine va-t-elle au tombeau avec une autre Marie °. — 4° Le dimanche matin, Marie-Madeleine se rend au tombeau avec les autres femmes. Elles arrivent un moment après la résurrection, orto jam sole. Quoique S. Jean ne nomme que Madeleine, S. Matthieu que Madeleine, Marie et Salomé, il y en avait d’autres avec elles, en particulier Johanna, nommée par S. Lucf. — 5° Madeleine, trouvant le tombeau vide, court avertir Pierre et Jean, tandis que les autres femmes demeurent aux alentours 7. — 6° Pierre et Jean accourent, ne trouvent que des linges Ÿ, et retournent à la ville, tandis que Madeleine pleure à quelque distance du sépulcre. — 7° Un ange dit aux femmes que Jésus est ressuscité, mais Madeleine n'entend pas ces paroles ?. — 8° Elle s'approche du tombeau, où elle voit deux anges qui lui demandent la cause de ses larmes; puis Notre Seigneur lui apparaît et lui dit d'aller annoncer à ses frères son ascension prochaine !?. — 9° Elle repart avec les autres femmes pour avertir de nouveau les Apôtres ; alors a lieu une nouvelle apparition du Sauveur aux femmes revenues au sépulere !.
On fait observer dans Pexposé de ce système : — 1° que 5. Luc !* et S. Jean , qui parlent de deux anges, ne sont pas en opposition avec $. Matthieu ‘* et S. Marc ‘5, qui n’en
1 De consensu evang., 111, 69. — 2 Matth., xxvur, 61. — 3 Luc., xxx, 56.
— # Marc.; xvr, L— 5 Matth., xxvinr, 4, — 6 Luc., xx1v, 10. — 7 Juan., xx, 1,2. — 8 Luc., xx1v, 12; Joan., xx, 25. — 9 Luc., xxiv, 4-8: — 10 Joan., xx, 11-17. — 11 Matth., xxvur, 8-10; Joan., xx, 18. — 12 Luc.,
xx1V, 1, 4. — 18 Joan., xx, 12. — 1% Matth., xxvur, 5. — 15 Marc., xvi,5.
nomment qu’un seul, celui qui prend la parole; — 2% que S. Luc, en disant que les anges étaient debout !, ne contredit pas ceux qui disent qu'ils étaient assis?, un moment plus tôt ou plus tard.
IT. Le second système multiplie ces réunions de femmes, ces apparitions d’anges, ces courses au tombeau. Au lieu d’unir les détails fournis par chaque Evangéliste, il les suppose différents et successifs. Voici en quoi ce système diffère du précédent pour la suite des faits : — 1° Plusieurs femmes, Madeleine, Marie et Salomé, étant venues au sépulcre le dimanche avant le jour et ayant trouvé la pierre renversée, Madeleine va avertir Pierre et Jean, et pendant ce temps a lieu la scène rapportée par S. Matthieu * et S. Marc *. Deux anges apparaissent aux autres femmes restées auprès du sépulcre, et leur apprennent la résurrection du Sauveur. — 2 Tandis que ces femmes reviennent elles-mêmes à la ville, Pierre et Jean, sur le témoignage de Madeleine, accourent au tombeau, trouvent les linges pliés et retournent chez eux *. — 3° Madeleine étant revenue au tombeau avec Pierre et Jean, le Sauveur se montre à elle. — 4° Un instant après, il se montre aussi à Marie et à Salomé, qui avaient quitté le tombeau, pleines de frayeur, après l'apparition de l’Ange’, et il les charge d'aller dire à ses frères qu'ils le verront en Galilée . — 5° À ce moment, Johanna et d’autres femmes galiléennes étant venues aussi au sépulcre, les deux anges leur apparaissent comme aux premières, leur rappellent la prédiction que le Sauveur a faite de sa résurrection et les renvoient comme les autres rapporter aux Apôtres ce qu’elles ont vu et entendu *.— 6° Malgré ces témoignages, les Apôtres restent hésitants; Pierre néanmoins en est touché et accourt
1 Luc., xx1v, 4. — 2? Matth., xxvirr, 2. C’est alors que les disciples virent se réaliser en sa personne Ja vision de Jacob à Béthel, suivant qu'il le leur avait prédit. Cf. Joan., 1, 5, et Gen., xxvur, 12, 15. — 3 Matth., xxvin, 5, 6. — # Marc., xvi, 5, 8. — 5 Luc., xxiv, 12; Joan., XX, 3-10. — 6 Marc., xvi, 9; Joan., xx, 11-18. — 7 Marc., xvi, 12. — 8 Dicite discipulis et Petro, Marc., xvi, 7. Et pour præserlim. Cf. Marc; nr, 1-8; Act.,n, 415 xt, A; xxvi, 225; I Cor., 1x, 5. —9 Luc. xx1v, 1-11.
au tombeau'. — 7° En même temps, d’autres disciples arrivent, et l’on reconnaît la vérité de ce qu'ont dit Johanna et les autres femmes?. — 8° Notre Seigneur apparaît à deux disciples sur le chemin d’'Emmaüs *.
Ge second système, exposé par le D' West *, est suivi par Duquesne dans son Evangile médité, avec quelques modifications. Ainsi il suppose que l’apparition du Sauveur à Madeleine n’est dite la première que par rapport à celles qui sont rapportées dans l’Ecrilure, et que la sainte Vierge a vu, avant tout autre, son Fils ressuscité, mais sans que personne en fût instruit‘. Il suppose encore que Madeleine, partie de grand matin avec Marie et Salomé, laisse ses deux compagnes et arrive seule au tombeau *.
Quelque sentiment qu’on adopte, il y a deux considérations qu'il importe de ne pas perdre de vue :
4° La difficulté qu’on trouve à concilier toutes les circonstances de la résurrection rapportées dans les quatre Evangiles n’est pas un fait exceptionnel. Qu’on prenne n’importe quel événement, et si l’on en a trois ou quatre récits un peu circonstanciés, on verra, en les rapprochant les uns des autres, qu’ils diffèrent autant que ceux des Evangélistes, et qu'il n’est pas plus aisé d’en accorder positivement tous les détails. On n’en conclura pas que les écrivains étaient dans lerreur et qu’ils ont voulu tromper 7. Pourquoi rai-
1 Luc, XxIV, 11, 12. — 2 Luc., xx1V, 22-24, — 3 Luc., xxrv, 13-35.— * Migne, Démonst., x, p. 1054. — 5 Cf. S. Amb., de Virg., 1, 8; Suarez, In LIT Thom., disp. 49. — 6 Joan., xx, 1. — 7 Quis enim unquam duos
historicos legens de una re scribentes, utrumque aut utrumlibet eorum aut fallere aut falli arbritratus est, si unus eorum dixit quod alius prætermisit, aut si alter aliquid brevius complexus est, alter autem tanquam membratim cuncta digessit, ut non solum quid factum sit, verum etiam quemadmodum factum sit intimaret? Vellem sane ut aliquis istorum vanorum, qui hujusmodi quæstiunculas quasi magnas objiciunt Evangelio, narraret aliquid idem ipse bis numero, non falsum nec fallaciter, sed omnino id volens intimare et exponere, et stylo exciperentur verba ejus, eique recitarentar; utrum non aliquid plus minusve diceret aut præpostero ordine, non verborum tantum, sed etiam rerum, aut utrum non aliquid ex sua sententia diceret tanquam alius dixerit, quod eum dixisse non audierit, seu voluisse atque sensisse plane cognoverit, aut utrum non alicujus breviter complecteretur sententiæ veritatem, cujus
sonner autrement quand il s’agit des historiens du Sauveur { ?
2° La question dont il s’agit ici n’a pas d'intérêt pour les incrédules et ne doit pas nous faire entrer en controverse avec eux. Ce dont il s’agit entre eux et nous, ce n’est pas de savoir si nous connaissons bien tous les détails de la résurrection du Sauveur, mais si elle a eu lieu; c’est-à-dire si nous sommes bien assurés qu'il est mort, qu’il a été enseveli et qu’il est sorti de son sépulcre, animé d’une nouvelle vie ?.
433. — Que signifient ces mots adressés à Madeleine par Notre Seigneur : Noli me langere; nondum enim ascendi ad Paltrem meum ??
Ces mots, dont le sens mystérieux atteste l'authenticité, ont été expliqués de diverses manières. Deux interprétations semblent à peu près également plausibles. — 1° Z{ est inutile de chercher à me retenir. Ne prenez pas cette peine. L'heure de mon Ascension n’est pas sonnée. Je suis encore pour quelque temps avec vous. Ascendi serait un hébraïsme pour ascendo. Cette explication se concilie bien avec la conduite de Notre Seigneur à l'égard des saintes femmes qui embrassent ses pieds *, et de S. Thomas * à qui il dit de le toucher. — 2 J{ ne convient pas de vous attacher ainsi à moi. Ce n’est pas le temps de jouir de ma présence. Allez sans retard avertir mes Apôtres : Vade autem ad fratres meos”; ou bien : Attendez le ciel; c’est là que vous me témoignerez librement votre reconnaissance avec les enfants de la résurrection ?. S. Augustin, qui suggère cette interprétation, en donne pour raison que Madeleine représentait les
rei antea quasi expressius articulos explicasset, S. Aug., Cont. Faust., XIII, 10
1 Habuerunt unde scriberent omnes evangelistæ sicut eis subministrabat spiritus recordationis. Alius aliud dixit, alius aliud. Prætermittere aliquis potuit aliquid verum, non dicere aliquid falsum. S. Aug., Serm. ccxLvi, de Fest. pasch., 1. CL. Act., 1x, 3-22; xxur, 3-16; xXxXVI, 9-21, — 2? Ginoulhiac, Orig. du Christ, t. 11, ch. x, — 3 Joan., xx, Aa 2: Matth, xxvinr, 9. — 5 Joan:, xx, 21. — 6 Cf. Ps. xx1,. 23. — 7 Cf. Matth., xxvi, 29; Luc., xx, 35, 36.
Gentils et que les Gentils ne devaient s'attacher à Notre Seigneur qu'après l’entier accomplissement de tous ses mystères *
Sur la dernière parole du Sauveur : Ascendo ad Patrem meum et Patrem vestrum?, le même Docteur fait observer qu'il ne dit pas : Notre père, ni notre Dieu; mais : Mon Père et votre père; mon Dieu et votre Dieu; faisant entendre ainsi qu’il n’est pas Fils de Dieu ni serviteur de Dieu de la même manière que nous ÿ. D’un autre côté, on peut remarquer que les deux térmes sont unis par un même article : toy matnoz 90 xat TATG0% vuwy, pour indiquer que c’est bien le même Dieu dont il est le Fils et dont nous sommes les enfants.
* 434. — Comment put-on croire sur le rapport des gardes que les disciples de Jésus-Christ avaient enlevé le corps de leur Maître, Matth., xxvIN, 15?
Un juge intelligent et impartial eût tenu le récit des gardes pour une fable‘; mais des esprits prévenus, intéressés, passionnés, sont aveugles. C'était l'état du grand nombre. Quant aux prêtres, leur intérêt demandait qu'ils parussent convaincus de l’enlèvement et qu'ils en répandissent le bruit. Ils s'empressèrent, dit S. Justin, d'envoyer des émissaires de tous côtés pour accréditer l’imposture *. Ainsi le faux témoignage poursuivit le Sauveur jusque dans le tombeau‘. Une dizaine d'années plus tard, $. Mat-
1 Sic dictum est, ut in illa figuraretur Ecclesia de gentibus, quæ in Christum non credidit, nisi cum ascendisset ad Patrem. S. Aug., In Joan. oxxr, 8 UPS Te, Sen XIV, 459 MTh EDS 4250 Pa: ASS UDrA, D LEE PAC ER OM. NV 6, LMCOL, 1, 35x11 RE Eph., 1, 3. — 3% Non ait Patrem nostrum. Aliter ergo meum, aliter vestrum; natura meum, gratia vestrum. Neque dixit Deum nostrum. Ergo et hic aliter meum, aliter vestrum : Deum meum, sub quo et ego sum homo; Deum vestrum inter quos et ipse mediator sum. Sic jungit ut distinguat ; sic distinguit ut non sejungat. S. Aug., In Joun., exx1, 3. — # Ps. xxvi, 12; Sap., 11, 21. Stulta insania : si vigilabas, quare permisisti? si dormiebas, unde scivisti? $. Aug., In Ps. xxxvi; Serm. 11, 11. S. Chrys. In Matth., Homil. xc, 1. — 5 S. Just, Dialog., 104 108; Euseb., In Isaï., xvur, 1. — 6 Parum fuit Christo perpeti falsos testes in judicio : perpessus est in sepulcro. $. Aug., In Ps. 1v, 9.