‹ Manuel BibliqueChapitre 106 sur 126 · IL. — APPARITIONS DU SAUVEUR RESSUSCITÉ · texte numérisé non relu

IL. — APPARITIONS DU SAUVEUR RESSUSCITÉ

438. — Combien voit-on d'apparitions du Sauveur mentionnées dans l'Evangile?

Quoiqu'il ne fût plus sur la terre dans les mêmes conditions qu'avant sa mort, le Fils de Dieu n’a pas laissé de se montrer en diverses occasions et de se faire reconnaître d’un bon nombre de ses disciples. S. Augustin énumère dans l'Evangile dix apparitions du Sauveur en son Corps glorieux; mais on n’en compte ordinairement que neuf, parce qu’on réunit les deux dernières. Il apparut: — 1° A Madeleine, au Jardin *. — 2 Aux saintes femmes, orto sole *. — 3° A Simon-Pierre 5, — 4° Aux disciples d'Emmaüs 7. — 5° Aux dix Apôtres, cum fores essent clausæ *. Ces cinq apparitions eurent lieu le jour même de la résurrection. — 6° A S. Thomas et aux autres Apôtres, post dies octo, le dimanche suivant®. — 7° A cinq apôtres, Pierre, Jacques, Jean, Thomas, Nathanael, et à deux disciples sur les bords du lac de Tibériade °. — 8° Sur une montagne de la Galilée, à plus de cinq cents disciples !. — 9° À Jérusalem et à Béthanie, le jour même de l’Ascension ‘*.

S. Matthieu et S. Marc ne disent qu'un mot sur ces apparitions. S. Jean n’en rapporte que quatre, et il appelle celle

1 Divulgatum est verbum istud usque in hodiernum diem. Matth.,

xxvur, A5. Cf. Num., xxn1, 30. — 2? Matth., x, 26. — 3 de Consensu evang , 11, 10. — # Marc., xvI, Qu" Matth, xXvIIr, 9. — 6" Luc; xx1v, 34; 1 Cor., xv, 5. — 7 Luc., XxIV, 13-35. On croit avoir retrouvé

l'Emmaüs de l'Evangile, non à soixante stades de Jérusalem comme porte la Vulgate, mais à cent soixante conformément à N, N, K. L'autorité d'Eusèbe, Onomaslicon, de S. Jérôme, Ep. avur, 8, de Sozomène, H. E., y, 21, de sainte Sylvie, Pélerinage (380-383), donnent à ce sentiment un fondement solide, Le récit de $. Luc n'y contredit pas. — $ Luc., xxIv, 36-44; Joan., xx, 19-23. — ? Joan., xx, 9%-99%— 140 Joan., XXI, 1-22. CE. Gen. xzv, 4-3. — 11 Matth., xxvin, 16. C£. I Cor., xv, 6. — 12 Marc., xvi, 14-19; Luc., xxiv, 50; Act. 1, LAN CE. S. Thom:,.p.,9,.4-4p2i AS AC

du lac de Tibériade la troisième, soit parce qu’il n’a en vue que celles qui eurent lieu devant tous les disciples réunis ‘; soit parce qu’il réunit dans sa pensée toutes celles qui s’accomplirent le jour même de la résurrection. D'un autre côté, S. Paul nous apprend que le Sauveur apparut encore à S. Jacques ?, et à lui-même, le dernier de tous *. Ainsi, le Fils de Dieu s’est plu à multiplier les preuves de sa résurrection, autant qu’il avait multiplié les témoignages de sa mort.

Dans toutes ces apparitions et dans le récit qu’en font les auteurs sacrés, on reconnait le caractère du Sauveur et l’esprit de l'Evangile. Tout y est simple, édifiant, digne d’un Dieu mort pour les péchés des hommes et ressuscité pour leur justification. Il est grand avec dignité dans ses abaissements, grand avec modestie dans son élévation: et on le voit allier, d’une manière qu’on n’a pu inventer ni contrefaire, une souveraine majesté avec une douceur toute paternelle *. Impossible de ne pas sentir la joie naïve, intime, pénétrante que respirent tous ces récits, en particulier celui de lapparition d'Emmaüs, qu'un critique rationaliste ° signale comme un des plus fins et des plus nuancés qu’il y ait dans aucune langue. Quand l'Eglise en fait la lecture dans l'office pascal, on est transporté sur les lieux, dans la société des disciples; on croit entendre leur entretien, on partage leur allégresse, et l’on reconnaît avec eux le divin Maitre.

436. — Pourquoi le Fils de Dieu demeure-t-il quarante jours sur la terre après sa résurrection ?

En restant ainsi sur la terre, en se manifestant, comme il fait, à ses Apôtres, Notre Seigneur n’a en vue que leur intérêt et celui de son œuvre. Il se propose :

1 Joa n, xx, 19-23 ; 26-29; xxr1, 1-23, — 21 Cor., xv, 7. Cf. S. Hicron., Jen RU EN Co TR CIE ER NC ES CP ACT MER IT RO TE xx11, 6-10; xxvI, 12-18 ; Gal., 1, 12; S. Thom., p. 3, q. 51, a. 6. ad 3. — # Nemo audebat interrogare : Tu quis es? Id est, nemo audebat dubitare quod ipse esset. S. Aug., In Joan., cxxur, 1. — 5 M. Renan.

1° De les convaincre de sa résurrection, qui doit être le principal objet de leur prédication et la base de la foi chrétienne !. C’est pourquoi il ne se contente pas de se montrer à eux et de leur adresser la parole; il s’assied à leur table ?, il prend part à leurs aliments, il les engage à porter les mains sur son corps, à toucher ses mains et ses pieds *.

2 De mettre dans le cœur de ses Apôtres une vive foi aux récompenses futures et une grande estime des biens que Dieu réserve à ceux qui se sacrifient à son service *. Destinés à prêcher l'Evangile au milieu des infidèles et à cimenter de leur sang les fondements de l'Eglise, ils avaient besoin de ces sentiments pour ne pas faiblir dans la mission qui leur était confiée. Or, quoi de plus propre à les leur inspirer que la vue de leur Maitre ainsi glorifié, victorieux de tous ses ennemis, à l’abri des coups du monde et de lenfer, se disposant à remonter auprès de son Père et à rentrer triomphant dans son royaume éternel? Aussi est-ce ce souvenir, cette pensée du ciel, cette espérance de la gloire future qui les anime dans leurs travaux et qui les soutient au milieu des souffrances ÿ.

3° De compléter leur préparation à l’apostolat, en leur donnant l'exemple d’une vie céleste et en leur communiquant ses derniers avis. Durant ces jours, son état et sa con-

1 [ Cor., xvur, 12-15. Idco quadraginta diebus mansit, ne id quod videbatur, phantasma esse putarent. S. Chrys., In Act. Hom.,1, Cf. Matth., x1v, 26. Quis alius homines jita certos de immortalite reddidit, ut Christi crux ejusque corporis resurrectio ? $S. Athan., de Incarn., 50. — 2 Luc., xx1v, 30; Joan., xx1, 419; Act, 1, 45 x, 41. — 3 In multis argumentis, rexumpuots, apparens eis. ACt.,1, 3. Cf. Luc., xx1v, 42-43 ;3 8, 39; Joan., xx, 21; I Joan., 1, 1. Si parum est vobis attendere, manus mittite. Si non suffciat tangere, palpate. S. Aug., Serm. cxxxvII, 3. Cf. Brev., rom., /n Ascens., lect. VII, VIN; S. Chrys., Hom., Cur. in Pentec. legantur. Acta Apost., et S. Thom., p. 1, q. 51, à. 3 ad 55 p.86 de 00, 413, 4003 et a. 6. — # Luc., xx1v, 25, 26, 38, 39; Act., I, 9-11. — 5 Act., vu, dd; Rom., vi, 5, 8; vin, 117, 18; I Cor., xv, 30; 11 Cor., x, 18; 1v, 14-18; y, 4, 2,8: Eph,, 1, #7, Phil., 1, 21, 23; 11, 4-11 ; 1, 20-21 ; II Tim, 1, 12; 11,,41,.12; Jac., y, 7, 8; I Pet., 1, 3-14, 43; v, 1-4. Fiducia christianorum resurrectio mortuorum. Tert., De resur. carn., 1. « Regardez-nous bien au visage, disait un martyr aux persécuteurs, afin de nous reconnaître au jugement dernier, » Acé. Se Perp., 11.

612 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [no 437 duite tiennent moins de la terre que du ciel. Il se montre insensible à toute affection naturelle, et ne vit plus que pour son Père. S'il paraît au milieu des hommes, C’est pour peu de temps et de loin en loin. S'il prend quelque aliment, c’est par condescendance, dans l'intérêt de ceux avec qui il se trouve. Ainsi leur apprend-il à se détacher du monde et à vivre d’une manière surnaturelle, comme des anges de Dieu sur la terre. Quant à ses entretiens, ils n’ont d’autre fin que d'achever leur instruction et de les mettre en état de commencer leur ministère. Il ne parle avec eux, dit S. Luc, que du royaume de Dieu, c’est-à-dire, suivant lexplication des saints Docteurs, de l'Eglise, de sa constitution, de sa hiérarchie, de son culte, de sa discipline, de ses destinées !. C’est ce qu’on remarque surtout dans ses dernières apparitions, qui eurent plus de durée ou qui furent peur les Apôtres seulement. Le divin Maître s'applique moins à les consoler qu’à les instruire. Il leur donne le pouvoir de remettre les péchés, et leur communique pour cela son Esprit. Il leur désigne un chef?. Enfin il leur donne leur dernière mission *. Après comme avant sa résurrection, en voit qu'il n’a qu'une pensée : faire l’œuvre de son Père, fonder son Eglise, assurer à tous les hommes les moyens d'arriver au salut *.

* 437. — Pourquoi Notre Seigneur fait-il dire à ses disciples qu'ils le verront en Galilée Ÿ, lorsqu'ils le voyaient, ce jour-là mème, à Jérusalem ?

Ce n’est pas aux Apôtres seulement, mais à tous ses disciples, que Notre Seigneur fait dire qu’ils le verront en Galilée, c’est-à-dire dans leur pays f. Là, ils pouvaient se ras-

1 Hi dies non otioso transiere decursu, sed magna in eis confirmata sacramenta, magna revelata mysteria. S. Leo, Serm. de Ascens., Lxx117, 2. Cf, Matth., xxvin, 20; Marc., vi, 15, 16; Joan., xx, 21; xx1, 15. — 2 Joan., xx, 21-23; xxt1, 15-18. — 3 Celle d'achever ce qu'il avait commencé : Hoéaro moteuv te xot Otôacxetv. Act., 1, 1. Cf. Matth., xxvur, 18; Marc., xvr, 19. — # Joan., 1x, 35-39; x, 11, 46; xr, 32. — 5 Matth, xXxvIn, 10. — 6 In signum translationis fidei ad gentes. S. Aug., De Cons. Evang., 111, 86.

sembler en plus grand nombre et avec moins de péril. Déjà la plupart s’y trouvaient ; les autres devaient s’y rendre sur la fin de la semaine. Il leur indique une montagne pour lieu de réunion, parce qu’il veut leur parler plus longuement et s’entretenir librement avec eux !. Sa huitième manifestation eut lieu en cet endroit ?. On est fondé à croire que c’est dans cette occasion qu’il fut vu, comme l’assure $. Paul, par plus de cinq cents disciples à la fois ?.

438. — Pourquoi ce souffle du Sauveur sur les douze Apôtres, le jour de sa résurrection #?

Les paroles dont le Sauveur accompagne cet acte en donnent la signification. Il témoigne par là : — 1° Que le Saint- Esprit, Spiritus, vo Iysvpx, dont son souffle est le symbole, procède de lui comme de son Père *; — 2° Que l'humanité du Verbe est le canal par lequel cet Esprit doit être communiqué aux hommes; — 3° Que ses ministres doivent être animés de cet Esprit, et qu’ils pourront désormais sanctifier les âmes et leur donner la grâce comme ses organes et ses représentants .

Le souffle du Sauveur, en cette occasion, rappelle lanimation du premier homme par le souffle de Dieu”, et présage celle du corps de l'Eglise au jour de la Pentecôte.

439, — $. Thomas n'était-il pas absent en ce moment?

Il y a lieu de croire, d’après le récit de $S. Jean *, que S. Thomas n’assista pas à cette réunion. Il ne faut donc pas presser outre mesure l'expression dont se sert S. Luc pour désigner les Apôtres. Ceux qu'il nomme les onze", c’est le collège des Apôtres, qui n’était plus alors que de onze membres. C’est ainsi qu’on dit les décemvirs, les quarante, pour l'assemblée des dix ou des quarante, sans s'inquiéter si quelque membre fait défaut ou non ’°. C’est ainsi que S. Jean

1 Cf. Matth., v, 1; xv, 29. — 2? Matth., xxvur, 16. — 38 I Uor., xv, 6.

Cf :SThom., p.-3, de 55, a. 3, ad #1 #Joan., xx, 22. — ? Joan, xv/26:S. Aug, In Joan., xaix, 1, 8 — 6 Luc., v, 21. — 1 Gen.,'u, 1. — 8 Joan., xx, 24, — 9 Luc., xx1v, 33. — 10 Cf. Matth., xxvIL, #4.

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