II
et S. Paul disent les douze !, avant même que Judas ne soit remplacé dans le collège apostolique. Rien n'empêche pourtant de penser que S. Thomas était réuni aux autres Apôtres, au moment où S. Luc dit que les disciples d’Emmaüs rapportent aux onze l'apparition dont le Sauveur les à favorisés?, pourvu qu'on admette qu’il sortit aussitôt après et qu’il se trouvait absent, comme le remarque $S. Jean, lorsque le Sauveur lui-même apparaît devant les dix autres Apôtres ?.
Tout absent qu’il était, S. Thomas n'en reçut pas moins sans doute l'Esprit saint en même temps que les autres, comme on voit qu'Eldad et Eliud, membres du conseil des Septante, reçurent dans le désert l'Esprit de prophétie, à l'instant même où il descendit sur leurs collègues *. S'il n’en fut pas ainsi pour $. Thomas, il est certain que Notre Seigneur ne tarda pas de suppléer à ce défaut *.
440. — Pourrait-on prendre les paroles de S. Thomas : Dominus meus el Deus meus, pour une simple exclamation, pour une expression de surprise adressée à Dieu le Père ?
Il faut voir dans les paroles de S. Thomas : Dominus meus et Deus meus, la profession de foi la plus nette et la plus fervente à la divinité du Sauveur‘. Prétendre qu’il n’y a là qu'un cri de surprise, ce ne serait pas seulement s'inscrire en faux contre le sentiment unanime et constant des Pères *, ce serait encore violer ouvertement toutes les règles de Pinterprétation. En effet :
1° Nulle part, dans l'Ecriture, on ne voit l’étonnement exprimé de cette manière. D'ailleurs, il n’est pas dit en cet endroit que S. Thomas s’écria, mais qu’il répondit à Notre Seigneur : Respondit, et dixit ei.
2° Il est manifeste que Dominus, au verset 28, à le même
1 Joan., xx, 24 et I Cor., xv, 5, Græce. — 2? Luc., xxrv, 32-35. — 3 Cf. Luc, xx1v, 26, et Joan., xx, 24. — # Num., x1, 16, 117, 95-30. — 5 Totus decor apostolicæ dignitatis ex Christi benigna voluntate illi similiter apostolo debuit reservari. S. Cyrill, Alex., {n Joan., xt. — $ Joan., xx, 28. — 7 Cf. Conc. Constantin. II, can. 12, de tribus Capilulis, contre Théodore de Mopsueste, — 8 Cf. Conc. Trid., sess. 4,
Le
sens qu’au verset 25 et que Deus ne peut avoir avec lui qu’un-même objet, le Seigneur Jésus.
3° Les paroles de Notre Seigneur à S. Thomas : Quia vidisti me, Thoma, credidisti, ne s’expliqueraient pas, si son exclamation ne contenait pas un acte de foi et ne lui était pas adressée à lui-même.
Bo S'il n’y avait pas dans le récit de S. Jean un acte de foi à la divinité du Sauveur, il perdrait sa liaison logique avec le verset qui suit : Hæc scripta sunt ut credatis quia Jesus est Christus Filius Dei.
Quand on lit ce passage sans préoccupation, on ne peut hésiter, ni sur le sentiment exprimé par S. Thomas, ni sur le motif qui porte S. Jean à retracer cette scène. S. Thomas avait cessé de croire à la divinité de son Maitre, puisqu'il était persuadé qu'il devait rester comme tout autre sous l'empire de la mort?. Pour le tirer de son erreur et le ramener à la foi, le Sauveur entre dans la salle, les portes fermées; puis, s’adressant à cet Apôtre, il lui montre qu’il voit le fond des cœurs, et daigne se soumettre aux conditions qu’il a mises à sa foi. A cette vue, Thomas se rend ; et aussitôt qu'il a exprimé sa conviction par ce cri : Dominus meus et Deus meus! son Maître, le félicitant de n’être plus incrédule, semble lui dire: « En effet, je suis réellement ton Seigneur et ton Dieu. » De cette manière tout s’enchaine et tout se justifie. On trouve naturelle la conclusion de l’Evangéliste : Hæc scripta sunt ut credatis, et la parole du Sauveur : Beati qui non viderunt et crediderunt *! dernière béatitude qui comprend toutes les autres et que toute autre suppose.
1 Joan., xx, 31. Tanquam finis interpositus est libri quod esset etiam secuturæ narrationis quasi proæmium, quod ei quodammodo faceret eminentiorem locum. $S. Aug., In Joan., cxxir. — 2 Ubi spem latro invenit, discipulus perdidit. S. Aug., Serm. cxxxur, 6. — 3 Brev., Dom. xu post Pent., 1. vi et vi, et Heb., xr, 1. Cf. Brev., 21 décemb., 1. vrr-1x.
$ III. — INVESTITURE DE S. PIERRE. Joan., xxt, 15-238 f, (Milieu du mois d'avril 33.)
Ce qui lui est prescrit. — Ce qui lui est demandé. — Signification, étendue et authenticité des paroles de Notre Seigneur.
441. — De quelle manière Notre Seigneur a-t-il donné à saint Pierre son autorité sur l'Eglise?
Notre Seigneur a investi S. Pierre de son autorité sur l'Eglise au moment où il lui a dit ces paroles, rapportées par S. Jean : Pasce agnos meos, pasce oves meas *. « Gouvernez mon troupeau; ayez soin de tous ceux qui sont à moi. » Ce n’est pas un droit seulement qu’il lui donne : c’est une charge qu’il lui impose. Il lui confie son troupeau; il le lui soumet. Loin de soustraire qui que ce soit à son autorité, il y assujettit expressément, spécialement, ceux qui sembleraient les mieux fondés à s’en croire exempts. Comme il s’est servi de deux termes, écoxe et rofpatve, pour déterminer l’office qu'il confère à S. Pierre, il se sert aussi de deux mots, apvta et rpcéata, pour désigner ceux qui lui sont soumis, et ces mots se renforcent et se complètent : Tertio Petrus Jam non agnos ut primo, nec oviculas (rpc6atia) * ut secundo, sed oves pascere jubetur, dit S. Ambroise *.
1 Supra, n. 205, 435. — 2 Piscis assus Christus est passus. S. Aug., In Joan., cxxun, n. 2. Peinture du cimetière de l'Ardéatine. Allusion au poisson mystérieux, Iy0vce, que Notre Seigneur ressuscité offrit à ses apôtres au bord du lac de Tibériade. Joan., xx1, 9. Supra, n. 204, 205, — 3% Joan., xxt, 15-17. Cf Il Reg., v, 2; Ps. mr, 9. CÉ. Apoc., x, 21; LxxVI, 11; LxxIx, 1; Is., xLiv, 28; Joan., x, 16. Ilousauvety comprend toute la charge du pasteur, surtout la fonction de conduire, de guider, de régir. Apoc., 111, 29, græce. Booxev signifie une fonction spéciale, celle qui demande le plus de dévouement et de tendresse, nutrire, pascere. — + B et G lisent mpobatia au lieu de zpo6ara au verset 16. La Peschito a conservé cette gradation. — 5 In Luc., x, 24. Prius agnos deinde oves ei committit, quia non solum pastorem, sed pastorum Pastorem cum constituit. Omnium igitur Pastor est, quia præter agnos