‹ Manuel BibliqueChapitre 109 sur 126 · N° 443] SA VIE GLORIEUSE. — INVESTITURE DE S. PIERRE · texte numérisé non relu

N° 443] SA VIE GLORIEUSE. — INVESTITURE DE S. PIERRE

443. — Ces paroles de Notre Seigneur à saint Pierre : Pasce agnos meos, ne pouvaient-elles pas laisser quelque incertitude dans l'esprit des Apôtres et des premiers fidèles?

Ces paroles : Pasce oves meas ‘, sont assez claires par -elles-mêmes; et, d’ailleurs, le sens en était fixé longtemps à l'avance par les promesses dont S. Pierre avait été l’objet ?. Ces promesses sont exprimées par trois comparaisons : — 1° Celle des clés. Notre Seigneur lui dit : Tibs dabo claves regni cœlorum *. Ainsi les clés de la maison de Dieu passeront des mains d’Aaron dans les siennes. 11 sera dans l'Eglise comme le maître dans sa demeure, ou comme l’intendant dans la maison de son maître. Il agira avec une pleine autorité parmi les enfants de Dieu, comme un père agit avec sa famille *. Répondant de tout, il est juste qu’il dispose de tout et que rien ne se fasse indépendamment de lui. — Celle des liens : Quodcumque ligaveris super terram, erit ligatum el in cœlis, etc. %. Il n’y a pas obligation, pas de lois que Pierre ne puisse imposer ou abolir dans l'Eglise; comme il n’y à personne qu’il ne puisse lier et délier, c’est-à-dire qui ne soit astreint à ses prescriptions et sujet à son jugement. — 3° Celle de la pierre, du fondement : Tu es Pierre. «Tu

S. Petri, Apud Mone, m1, 12 (xre sièc.). Le rapport qui unit ici ces paroles : Pasce oves meas, avec la scène qui précède, est moins sensible que dans les autres récits de $. Jean, On vient de voir une pêche, et le Sauveur parle de troupeau. Cependant ce rapport existe, et sous des images différentes, il s’agit du même objet, du ministère auquel S. Pierre et ses successeurs doivent consacrer leur vie. Ils n’ont pas seulement à tirer les âmes de l'erreur et du péché : ils ont à les sanctifier et à les conduire au ciel. La pêche miraculeuse rappelle au Prince des apôtres sa première obligation, qui est de convertir les âmes, de les tirer de l'abime (Luc., v, 9). Le titre de Pasteur lui dit les soins qu'il devra prendre ensuite pour les conduire dans le bon chemin et leur faire atteindre leur fin. Ainsi, s'il ne se borne pas à dire : « Sois pêcheur d'hommes, » c'est que ce ne serait pas dire assez. Il dit : « Sois pasteur, pasteur de mes agneaux, pasteur de mes brebis. Elles seront sous ta garde, sans cesser d'être à moi. Gonsacre-leur pour mon amour tout ce que tu as d'affection, de force et de vie. » Supra, n. 205.

1 Joan., xxr, 17. — 2 Cf. II Reg., v, 2; I Par., x1, 2; IL Par x 416 Ps. Lxxvir, 71, etc. Infra. n. 441. —3 Matth., xvi, 19. — # Cf. Is., xx, 21, 22; Apoc., 1, 183 11, 7. — 5 Cf. Gen., xLr, #4. — 6 Matth., xvr, 18. De

seras pierre, rocher, granit. C’est sur toi, sur ton autorité que reposera toute mon Eglise, pou n Exxkrtx ! : son gouvernement, sa hiérarchie, son enseignement. Elle n’aura d'unité, de solidité, de durée que par ton ministère. Comme je soutiendrai invisiblement contre les assauts de l’enfer cet édifice sacré, ce temple unique de la religion universelle que je suis venu fonder, tu le soutiendras extérieurement, d’une manière visible. Tu seras pour cette Eglise ce que le mont Moria était pour l’ancien temple ?. »

À ces promesses faites à S. Pierre, il faut ajouter une prière et une commission spéciales du Sauveur, la veille de sa Passion : Ego rogavi pro te ut non deficiat fides tua”; et tu. confirma fratres tuos *. « ai prié pour toi, Pierre, pour toi en particulier, pour toi avec distinction; » non qu'il néglige les autres, mais parce que, selon lexplication des Pères, affermir le chef, c’est garantir les membres de tout ébranlement. £t tu confirma fratres tuos. I] est ici de nouveau chargé du gouvernement de l'Eglise.

44%. — Est-ce à Simon-Picrre seul, à sa personne exclusivement, que Notre Seigneur remet son autorité ?

Ce n’est pas à Simon, fils de Jean, mais à Pierre, chef de

petra Christo ipse petra factus. S. Leo., Serm. v, n. 4; Lxxxt, 1. Cf. IAA APE; TT,

1 Exxnota, convocatorum cœtus, Inter congregationem unde synagoga, et convocationem unde ecclesia, distat quod congregari et pecora solent, quorum et greges proprie dicimus, convocari autem magis est utentium ratione, sicut sunt homines. S. Aug., In Psalm. Lxxx1, 1. Ce mot fut employé de bonne heure en ce sens, il revient plus de 30 fois dans les Epîtres aux Corinthiens. Infra, n. 570. — 2? Capitoli immobile saxum. Virgil., Æn., 1x, 448. Rien de plus visiblement divin dans l'Ecriture même, que ces paroles du Sauveur, Matth., xvr, 17-19. Remarquez que ce n’est pas au moyen âge, après les épreuves et les triomphes de la papauté, que S. Matthieu les a écrites. Elles ont été publiées sûrement au premier siècle, avant que S. Paul arrivât à Rome, entre le cruciliement du Calvaire et celui du Janicule, lorsque l'Eglise, à peine connue dans le monde, était encore réduite à une poignée de ministres et à quelques milliers de fidèles. Cf. Ps. xiv, 1; xxx, 3; xLvIxr, 2; LxxxvI, 1; xovin, 9; s., 11, 2, etc.; Zac., 11, 5; Matth., vir, 25. — 3 Hoc est, ne auferatur ex ore tuo verbum veritatis. S, Aug., {n Ps. exvir, Serm. 13. — # Luc., xxut, 32.

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