N° 445] SA VIE GLORIEUSE. — INVESTITURE DE $. PIERRE
Eglise, que le Fils de Dieu confie son autorité. En la lui conférant, il a en vue, non l’avantage de son Apôtre, mais l’intérêt et les besoins de son Eglise. Or, les besoins de l'Eglise participent de sa nature : comme l'Eglise elle-même, ils doivent durer plus qu’une vie d'homme; ils sont perpétuels. Ce n’est pas une tente, un tabernacle, que le Fils de Dieu est venu dresser ici-bas pour glorifier son Père et sanctifier les âmes ‘; c’est un édifice stable, le seul sous le soleil qui doive rester sans changements jusqu’à la fin des siècles, comme l’image de la cité permanente?. Il y faut un fondement immuable, un soutien constant, un chef qui ne défaille pas. Lors donc que Jésus-Christ dit à S. Pierre : Super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam... Tibi dabo claves regni cœlorum... Confirma fratres tuos, ce n’est pas à lui seul qu'il s’adresse, mais à tous les souverains Pontifes, à tous ceux qui auront à exercer l’office de Pierre. [Il considère en lui tous ses successeurs, comme lorsque Dieu dit à Adam : Pulvis es et in pulverem reverteris *, comme lorsqu'il dit aux enfants de Noë : Crescite et replete terram, et terror vester sit super cuncta animalia terræ *, comme lorsqu'il dit d’Aaron : Portabit nomina filiorum Israel coram Domino *. Homo in cujus cute fuerit plaga lepreæ, adducetur ad À aron ”, etc. Ainsi, en donnant la primauté à S. Pierre, Jésus-Christ fondait en son Eglise une institution semblable au pontificat des Juifs : Et sicut permanet quod in Christo Petrus credidit, sic et parmanet quod in Petro Christus instituit 7. Jamais on n’a entendu autrement dans l'Eglise les paroles du Fils de Dieu.
445. — Avec le pouvoir de gouverner tous les fidèles, saint Picrre a-t-il aussi transmis l'infaillibilité à ses successeurs ?
Il n’est pas douteux qu'avec la charge de pasteur suprême, S. Pierre n’ait reçu pour ses successeurs comme pour lui l'infaillibilité dans la doctrine *. Ce privilège est indispen-
1 CF, Ps. zxxxix, 4. — 2 Matth., xvi, 18; Hebr., vu, 2; Apoc., XXII, 2, 3.
Cf. Dan., vu, 14, 15. — 3 Gen., 11, 19. — # Gen.,1x, 2. — 5 Exod., xx vin, 12. — 6 Lev., x, 2. — 7S. Leo., Serm. m1, 2, In anniv, — 8 |In cathedra
sable pour gouverner l'Eglise, pour condamner l'erreur, régler l'enseignement, trancher les controverses en matière de doctrine et conserver l’unité de la foi. Il y aurait contradiction de la part de l’autorité à imposer aux esprits une croyance qu’elle saurait pouvoir être fausse, et de la part des fidèles à tenir pour certaine une décision qui serait sujette à l'erreur. AinsiS. Pierre était infaillible à un double titre : comme apôtre envoyé par Notre Seigneur pour annoncer l'Evangile, et comme chef suprême de l’Eglise, d’une Eglise qui est tenue de croire, et qui ne peut croire que des vérités assurées. La commission qu’il avait reçue comme apôtre devant expirer avec lui, les dons qu'il possédait en cette qualité n'étaient pas héréditaires ; mais la charge qui lui avait été imposée de gouverner l'Eglise devait lui survivre, et avec elle il devait transmettre à ses successeurs tous les attributs dont ils avaient besoin et qui lui avaient été conférés pour l'exercer : Soliditas illa quam de petra Christo etiam ipse petra factus accepit, in suos quoque se transfudit hæredes *.
Extraordinaire et personnel dans tous les Apôtres, le don de linfaillibilité était donc en $S. Pierre ordinaire et héréditaire. C’est ce que le divin Maitre fait entendre, lorsque, après avoir demandé pour tous les siens l'union et la sainteté, il demande en particulier pour son vicaire une foi inébranlable, que Satan ne puisse abattre et qui lui permette de soutenir celle de tous ses frères ?. « Lors donc que Jésus- Christ prononce ces paroles : Confirma fratres tuos, c’est un office qu’il érige à perpétuité, dit Bossuet. Il doit toujours y avoir un Pierre dans l'Eglise pour confirmer ses frères. Cette autorité est d’autant plus nécessaire aux successeurs des Apôtres que leur foi est moins affermie que celle de leurs auteurs. »
unitatis posuit Deus doctrinam veritatis, 5. Aug. Epist. cv, 15; Deut., XVII, 8, 12; Matth., 11, 8. Infra, n. 375.
15. Leo., Serm. v, 4, v, In Natali ipsius. — ? Luc., xxu, 31, 32,