DES SYSTÈMES RATIONALISTES PAR RAPPORT AU NOUVEAU TESTAMENT
49 Fondemernt du rationalisme.
A l'égard des miracles. — A l'égard de nos saints livres,
17. — Sur quel principe s'appuient les rationalistes actuels pour éliminer des Evangiles et des Actes tout élément surnaturel?
I. On entend-par rationalistes ceux qui ne veulent rien croire que sur le témoignage de la raison ou des facultés naturelles ‘. Suivant eux, nulle doctrine n’a le droit de s’imposer à l’esprit humain comme révélée ou inspirée de Dieu, parce qu’il n’en est aucune qui apporte en sa faveur des miracles certains. L'absence de miracles, voilà la base de leur système, sa condition essentielle. « Si le miracle à quelque réalité, dit le plus connu et le plus autorisé de leurs docteurs ?, notre méthode est détestable, et mon livre n’est qu'un tissu d'erreurs. »
Les conséquences de ces principes par rapport au Nouveau Testament sont manifestes. Non seulement l’Ecriture ne contient pas un seul fait miraculeux, mais, à proprement parler, il n°y à plus d’Ecriture ou de livre inspiré. « L’inspiration, dit le même écrivain, impliquant un miracle, ne saurait se soutenir. » La Bible n’est plus qu’un livre d’origine humaine, comme les autres, où le vrai se mêle au faux, et la prudence et le discernement sont nécessaires pour ne pas s’y tromper.
ILest vrai que tous les rationalistes n’exposent pas leur système d’une manière aussi claire. Un bon nombre conti-
1 Parum est miseris ut ægrotent, nisi se in sua ctiam ægritudine extollant et de medicina qua sanari poterant erubescant. $S. Aug., De Civ. Dei, x, 89. Cf, de Ulilitate credendi, 9-18. — 2 M. Renan.
nuent à parler de la Bible comme d’un livre divin et d’en ciier le texte comme parole de Dieu; mais c’est affaire d’habitude et de ministère, la plupart de ceux qui s’occupent des Ecritures étant ministres du saint Evangile ou professeurs de théologie chrétienne. Cette inconséquence ne les empêche pas, d'ailleurs, d’inculquer leur doctrine et de l'appliquer largement. « L'Écriture, disent-ils, est la vérité même, mais à la condition de la bien entendre, c’est-à-dire dans un sens raisonnable, de manière qu’elle n’offre rien de choquant et que l'esprit n’ait pas d’effort à faire pour y adhérer. » Grâce à ce détour, on évite le scandale d’une négation radicale et on ne laisse pas d'arriver au but, c’est-à-dire à éliminer comme fabuleux tout ce qui demande, pour être cru, un acte de foi proprement dit ou l’assujettissement de l’homme aux enseignements de Dieu ‘.
Où est le vice de ce système et en quoi consiste-t-il? Il est à son point de départ. Il consiste à affirmer gratuitement et à faire accepter sans preuve ce qui aurait besoin d’être bien démontré, savoir qu’il ne s’est jamais fait rien de surnaturel, ou que tous les miracles prétendus, si accrédités qu'ils soient, doivent être regardés comme des illusions ou des impostures.
Nul n’a droit de donner pour un axiome, ou pour un fait avéré, un principe opposé au sentiment commun des hommes les plus éclairés et les plus sincères de tous les temps et de tous les lieux. Telle est pourtant la prétention des rationalistes. On a beau leur demander des preuves de leur principe; on a beau en chercher dans leurs écrits, on n’en découvre aucune. Ils combattront bien à l’occasion tel ou tel miracle, mais la réalité ou la possibilité du miracle en général, ils se défendent même de l’attaquer ?. Ce serait, disentils, une peine superflue.
1 De là le canon 1v® du concile du Vatican, De fide : Si quis dixerit miracula nulla fieri posse, proindeque omn'es de iis narrationes, etiam in Scriptura sacra contentas, inter fabulas vel mythos ablegandas esse, anathema sit, — 2 « Nous ne nions pas les miracles parce qu'ils sont impossibles, dit M. Renan, mais parce qu'ils n'existent pas. » En réalité pourtant, ils ne croient pas devoir en examiner les preuves, et quand on
Au lieu d'établir leur principe, ils se bornent à le répéter ou à le traduire de mille manières, en le donnant pour indubitable et universellement admis.
« Le miracle, disent-ils, n'appartient pas à l’histoire, mais à la légende. Admettre un miracle, c’est accepter une explication qui n’a rien de scientifique. La négation du surnaturel est l'essence même de la critique. On n’a pas le sentiment de l’histoire, tant qu'on ne reconnaît pas Pimpossibilité du miracle. Tout récit où se mêle un élément surnaturel implique nécessairement crédulité ou imposture. L’existence äu miracle est impossible à maintenir en présence des idées arrêtées du bon sens moderne. La négation du surnaturel est devenue un dogme absolu pour tout esprit cul- Livé *. »
IT. De telles assertions, si répétées qu’elles soient et avec quelque assurance qu’on les donne, ne forment pas une preuve. Qu'il y ait aujourd’hui plus ou moins d’incrédules, parmi les esprits cultivés, ce n’est pas de quoi il s’agit. fl ne suffit pas du nombre pour avoir raison ?, et d’ailleurs le nombre même fait défaut. Aux négations ou aux doutes des rationalistes, nous pouvons opposer la foi de tous les croyants, celle des convertis de tous les temps, celle des premiers chrétiens en particulier. Assurément ces Convertis, ces confesseurs, ces martyrs ont cru à l'Evangile, à la résurrection du Sauveur, à ses miracles et à ceux des Apôtres. On ne saurait douter de leur conviction. Pour la sincérité,
leur apporte des témoignages, ils ne manquent guère de les récuser sous prétexte que les faits allégués sont inadmissibles. « La critique commence par proclamer que tout dans l’histoire a son explication humaine, » Renan, Elud, d'hist. relig., Préf. « Nous maintiendrons ce principe qu'un récit surnaturel ne peut être admis comme tel; qu'il implique toujours crédulité ou imposture. » Vie de Jésus, Introd.
1 M. Renan, pussim. C'est le Credo naturaliste, celui de l'homme charnel, selon S. Augustin : In homine carnali tota regula intelligendi est consuetudo cernendi. Quod solent videre, credunt; quod non solent, non credunt. Serm. coxu, 1. Cf. S. Greg. m., Moral., IV, xv. — 2 « Si jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, l'humanité mettait sa religion au suffrage universel, le grand lama obtiendrait au moins la majorité relative. » M. Renan, Nouvelles éludes.
ils sont au-dessus de tout soupçon. Pour l'intelligence, quelle raison aurait-on de les mettre au-dessous des incrédules et des sceptiques? N’y a-t-il d’éclairés, ou de dignes de foi, que ceux qui ont abjuré toute croyance? Les premiers chrétiens avaient vécu avec Jésus-Christ et les Apôtres : que leur manquait-il pour être garants de leurs miracles et de leurs prophéties? N'avaient-ils pas été à même de voir et d'entendre, ou avaient-ils intérêt à se laisser tromper ? Ceux qui les ont suivis n’ont pas eu, pour croire, des raisons moins décisives. Pour ne parler que de celles qui leur furent communes à tous, ne voyaient-ils pas, dans l’accomplissement des prophéties, dans l'établissement de l'Eglise, dans la dispersion des Juifs et la conversion des Gentils, des miracles incontestables annoncés par d’autres miracles !? Enfin, à toutes les époques et dans tous les pays, de notre temps encore et parmi nous, non seulement on trouve des hommes sensés qui croient aux prophéties et aux miracles, mais on peut en citer un bon nombre qui témoignent en avoir vu et entendu, ou même, si l’on en désire, qui attestent en avoir fait ?. Et les hommes qui rendent ce témoignage sont précisément ceux qui jouissent de plus d’estime et qui méritent le plus de confiance *. Et loin que les rationalistes les convainquent de crédulité ou de fourberie, ils se dérobent à l'examen des faits et récusent tous les témoins, sous prétexte que ces faits ne rentrent pas dans les cadres de la science, que ces témoins sont en contradiction avec les lois de l’histoire, telle qu’ils la conçoivent et qu’ils prétendent l'écrire | Cela suffit pour montrer à nos adversaires que l’impossibilité du miracle n’est pas un premier principe, une vérité évidente par elle-même, comme ils osent le soutenir. Mais il
1 Infra, n. 856, 931. — ? « Le caractère de la vrai religion est d'être également certaine et merveilleuse.» Fleury, A. E., Préf. Voir les Vies des Saints et les procès de canonisation, Infra, n. 455. — 3 Par exemple, S: Paul, Rom., xv, 18, 19; Infra, n. 506; S. Augustin, Serm. 321, 322; S. Grégoire, Epist. XI, xxvinr; S. Bernard, De Consid., IT, 11, 1 (De Xatisbonne ; Hist. de S. Bern., III, v, vi); Ste Thérèse; S. François de Sales. ; M. Dupont, de Tours, + 1876.
y a quelque chose de plus fort à leur opposer, c’est que la réalité même du miracle, son existence et sa certitude, ont toujours été et sont encore tenus pour indubitables par tous les esprits qui n’ont pas répudié les notions les plus claires de la science et de la raison.
Qu'est-ce au fond qu’un miracle? C’est un fait qui déroge aux lois de la nature, qui est produit en dehors d’elles, par une action dont elles ne sauraient rendre compte. Eh bien! est-ce qu’il n’y a pas mille faits de ce genre dont la nature atteste la réalité et dont les savants signalent l'existence et les caractères?
4° La création du monde. Si le monde n’est pas éternel, il a commencé d’être. S'il a commencé d’être, à qui doit-il l'existence? Ce n’est pas aux lois de la nature qui n’existaient pas avant lui, mais à une action qui leur est étrangère, à l'exercice d’une volonté toute-puissante, en d’autres termes à un miracle.
2° La production de la vie sur la terre. Tous les savants reconnaissent qu’à une certaine époque notre globe n’était qu’une masse minérale, d’où la vie était absente ‘. Ils conviennent également que, suivant les lois de la nature, un être vivant ne peut venir que d’un autre être vivant. Comment donc la vie a-t-elle pu apparaître tout d’un coup sur la terre, sice n’est par miracle ou contrairement aux lois de la nature ? ?
3° Les diverses espèces végétales et animales. La science atteste qu’elles ne diffèrent pas seulement par des caractères accidentels, que les animaux ne peuvent venir des végétaux, et que si, dans chaque ordre, les individus naissent des individus, les espèces ne sauraient venir d’autres espèces ?.
14, T.,n.274. — ? « Point d'autre alternative pour expliquer la vie, Qui ne croit pas à la génération spontanée, ou plutôt à l'évolution séculaire de la matière inorganique en matière organique, admet le miracle. » Soury, Preuves du transformisme, Préf.— 3 À. T., n. 282, 283. Nous n'entendons pas affirmer l'immutabilité absolue des espèces : tout le monde sait que, dans certaines conditions et sous certaines influences elles produisent des variétés et des races. Nous ne voulons pas non plus garantir que toutes les espèces admises par les savants soient des
Donc les premiers individus de chaque espèce, le premier homme, la première femme, avant tout, n’ont pu être produits que d’une manière miraculeuse, et nous avons sous les yeux autant de preuves sensibles de la réalité du miracle que nous voyons dans la nature d'espèces différentes d'animaux ou de végétaux.
Ainsi, dans l’ordre physique comme dans l’ordrereligieux, tout ce que nous voyons repose sur le miracle, et rien ne se conçoit que par lui. Loin que l'impossibilité du miracle soit aujourd’hui un dogme pour tout homme de bon sens, la réalité, la certitude et le nombre indéfini des faits miraculeux sont aujourd’hui un dogme pour tous les savants ; et aux yeux mêmes de la science la plus profane, la nature est comme un miracle visible, toujours subsistant, qui en implique et en révèle une infinité d’autres.
On dira, je pense, qu’il ne s’agit pas de l’origine des choses, que les rationalistes se bornent à nier les miracles accomplis dans le cours des temps, par dérogation aux lois naturelles et dans le but d’attester la vérité de la révélation. —
Mais cette réponse n’a aucune valeur; elle accuse une inconséquence, et laisse toute leur force à nos raisonnements. Si Dieu existe, il peut faire dans le cours du temps ce qu'il à fait à l’origine; et lon n’a aucune raison pour le lui interdire. S'il a pu former le monde matériel par miracle, pourquoi n’aurait-il pas pu fonder d’une manière miraculeuse le monde religieux ? S'il à opéré une infinité de miracles pour répandre dans la nature la vie et le mouvement, pourquoi n’aurait-il pas pu en opérer un certain nombre pour faire fleurir dans lEglise la foi et la sainteté? S'il a pu agir à son gré, indépendamment de toute règle, au commencement du monde, pour rendre manifestes son existence, sa bonté, sa puissance et ses perfections essentielles, pourquoi n’aurait-il pu agir de même plus tard,
espèces véritables ou primitives : mais nous disons, et toute la science en est convenue jusqu'ici, qu'il y a toujours eu dans le règne organique diversité d'espèces aussi bien que d'ordre, ou que toutes les espèces n'ont jamais pu et ne pourront jamais s'identifier en une seule.
IT, d
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pourquoi ne le pourrait-il pas encore maintenant, pour montrer sa liberté, pour faire connaître ses desseins, pour révéler ses volontés, pour porter ses créatures à l’honorer et à le bien servir? Enfin, s’il est raisonnable de reconnaître l’action libre de sa puissance. quand elle se révèle certainement dans l’ordre physique, comment serait-il contraire à la raison d’y croire, lorsqu'elle est attestée par des témoignages non moins certains dans l’ordre moral ou surnaturel?
Ce n’est donc pas le principe chrétien relatif au miracle qui est contraire à la raison, mais bien le principe rationaliste. Rien n’est moins rationnel que de proclamer l’action libre de Dieu dans la formation du monde et de ne vouloir pas l’admettre dans l'établissement de l'Eglise ou dans son gouvernement.
18. — Comment les rationalistes qui ne rejettent pas ouvertement nos saints Livres peuvent-ils expliquer les récits miraculeux qu’ils contiennent ?
Les interprètes rationalistes se divisent en deux branches, : les naturalistes et les mythologues.
1° Suivant les naturalistes, représentés par Paulus (1761- 1850), les auteurs sacrés n'auraient fait, dans leurs, récits les plus merveilleux, qu’user de figures, d’hyperboles, d’ornements poétiques, qu’embellir par l'imagination des faits de l’ordre naturel : au lieu d'écrire l’histoire, ils auraient composé des amplifications poétiques. Pour avoir ja vérité, il faut ramener ces auteurs aux lois essentielles de la nature et réduire aux proportions normales leurs descriptions enthousiastes *.
2° À l’amplification les mythologues substituent l'idéal. Selon eux, le récit miraculeux ne renferme presque rien de réel. Ce sont des symboles, des fictions dont la signification fait l'essence. « J’appelle mythe, dit Strauss, tout récit dé-
1 Los plus connus de ces naturalistes sont : Eichorn (+ 1827), et Paulus {+ 4851). On peut voir dans M. Wallon, La croyance à l'Evangile, 11,
M 11, ?, des exemples curieux de Icurs interprétations,
Mc
nué d'autorité historique, quelle que soit son origine, dans
lequel une communauté religieuse reconnaît un élément fondamental de sa foi, parce qu’il contient l'expression de ses principaux sentiments et de ses plus chères idées. » Ce nom de mythe est un mot grec qu’on était habitué à traduire par fable ‘; mais, entendu comme il l’est ici, le mythe n’est pas tout à fait identique avec la fable. La fable n’est prise à la lettre par personne : tout le monde sait que c’est une fiction imaginée à dessein pour voiler une vérité et la rendre plus agréable en la faisant deviner. Le mythe est une fiction, dont le plus grand nombre ignore le caractère fictif; c’est une légende qui donne un corps à une idée, une forme concrète dont s’est revêtue une croyance abstraite. Il s’est formé spontanément, sans intention déterminée, de sorte qu’il a toujours été pris au sérieux et qu’il est passé à l’état de croyance ou de tradition religieuse aux lieux mêmes où il est né.
Strauss (+ 1874), qui s’est fait un système de ce genre d'interprétation et qui l’a appliqué au Nouveau Testament, était professeur de Théologie protestante à l’université de Tubingue. Il à publié une Vie de Jésus, en quatre volumes (1835-1854), et d’autres ouvrages critiques où il s’est montré de plus en plus incroyant. Suivant lui, l’origine du christianisme se cache, comme celle des peuples primitifs, dans le clair-obscur de récits fabuleux, et l’on ne peut voir, dans les miracles du Sauveur et des Apôtres, qu'une grande production mythologique, calquée sur les légendes du peuple ancien et produite par le fanatisme et la crédulité du peuple nouveau. Car on à tort de conclure de l'harmonie des deux Testaments à l’origine divine de l’un et de l’autre. La vraie raison de cette harmonie, ce n’est pas, comme on le suppose, le soin que Dieu aurait pris d'indiquer d'avance par des figures ce qu’il avait dessein d'accomplir dans Pavenir : ce sont les préjugés des chrétiens et l'influence exercée par ces préjugés sur leur imagination. Prévenus de cette
MMM erv, ts Il Time, 1v; 4° lit, 1, 14; 1lPet., 1,216,
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idée que le Messie réunirait toutes les grandeurs en sa personne et que sa gloire surpasserait celle des personnages Îles plus illustres, ils lui ont attribué de bonne foi ce qu'ils lisaient de plus merveilleux dans lhistoire des patriarches et les oracles des prophètes. Des thaumaturges avaient multiphé les aliments, traversé les fleuves à pied sec, ressuscité des morts : comment le Sauveur n’aurait-il pas opéré de semblables merveilles avec plus d'éclat encore? Isaïe avait annoncé ! qu’à l’époque de la rédemption, les aveugles recouvreraient la vue, les sourds entendraient, les muets parleraient : si l’on reconnaissait Jésus-Christ pour Messie, pouvait-on ne pas penser, pouvait-on ne pas dire qu’il avait accompli ces prédictions et opéré ces miracles ?? Cest donc de lui-même et naturellement que le Nouveau Testament s’est modelé sur l'Ancien; et pour tout ce qu’il à de miraculeux, le Christ est le produit spontané de la foi de ses premiers disciples. « Il n’y a pas d'autre interprétation, dit Strauss, qui puisse faire accepter par la raison les récits évangéliques ; et c’est ainsi que tous les anciens peuples se sont rendu compte, à un certain moment, des faits merveilleux dont l'imagination de leurs ancêtres avait entouré leur berceau. »
Moins simple que le précédent, moins précis dans sa formule, mais d’une apparence plus savante, ce système d’interprétation s’est plus longtemps soutenu parmi les rationalistes. Néanmoins, il a beaucoup perdu de son prestige, et le mot de légende est plus usité aujourd'hui que celui de
1 Jsai., xxxv, 5. — 2 « On raisonna ainsi : Le Messie doit faire telle chose; or, Jésus est le Messie; donc Jésus a fait telle chose. Quelquefois on raisonna à l'inverse: Telle chose est arrivée à Jésus, or Jésus est le Messie; donc telle chose devait arriver au Messie. » M. Renan, Vie de Jésus. Ainsi, les rationalistes expliquent la croyance aux miracles et aux prophéties par la croyance à la mission divine du Sauveur; et ils ne remarquent pas que pour expliquer da croyance à cette divine mission, il faut déjà la croyance aux miracles et aux prophéties. Ils oublient aussi qu'on a vu bien plus de thaumaturges depuis Jésus-Christ qu'avant, et que les vingt-cinq à trente miracles de l'Evangile se sont multipliés à l'infini dans le sein de l'Eglise, les Saints les ayant reproduits dans tous les lieux et dans tous les temps, même en notre pays et à notre époque. Infra, n. 452,
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mythe. Les admirateurs de Strauss eux-mêmes avouent que l’œuvre de leur maître n’est pas parfaite; et ils s’efforcent de la compléter, tantôt par des explications naturalistes, renouvelées de Paulus, tantôt en recourant aux hypothèses historiques de Baur.
19. — Le témoignage des auteurs sacrés est-il compatible avec cette idée que le christianisme s'est fondé sans miracles et que Jésus- Christ n'a été, pour ses premiers disciples, qu'un homme éminent, d'une vertu extraordinaire ?
Si l’on accorde que ces livres sont l’œuvre des auteurs auquels ils sont attribués et qu’ils n’ont pas été altérés, on est forcé de reconnaître que, dès l’origine même de Eglise, on croyait généralement à l’histoiré miraculeuse du Sauveur ; et cela posé, il n’y a plus moyen de révoquer en doute la réalité de ces prodiges !. Aussi les rationalistes en viennent-ils tous à nier, non seulement l'inspiration, mais même lauthenticité ou l'intégrité de la plus grande partie du Nouveau Testament. Leurs docteurs les plus avancés n'admettent guère comme authentiques que les quatre premières Epitres de S. Paul. « Pour celles-là, disent-ils, elles défient toute contestation; mais ce sont les seules. » Quant aux Evangiles et aux Actes des Apôtres, ils avoueront bien que leurs auteurs prétendus-ont pu en écrire quelques pages : mais le reste, tout ce qui est miracle ou prophétie, ils le tiennent pour supposé ou interpolé par des hommes moins éclairés et moins sincères *, de sorte que ces livres n'auraient pris leur forme actuelle qu’à la fin du premier siècle ou même vers le milieu du second. :
Ces paradoxes leur semblent établis, par cela seul qu’ils sont nécessaires pour nier les miracles et pour retarder d’une
1 «L'histoire évangélique serait inattaquable, s’il était constant qu'elle a été écrite par des témoins oculaires ou du moins par des hommes voisins des événements. » Strauss, Vie de Jésus, Introd., 13. Or cette histoire est essentiellement miraculeuse, dit M. Renan. « On a beau faire, l'histoire du peuple juif et celle de Jésus, même passées au creuset de l'exégèse la plus libérale, laissent un reliquat de surnaturel qu'aucune opération ne peut ni supprimer ni transformer. » Marc Aurèle, 1882 21CF/S Aug. Cont. Raust., xt, 2; xxx) 2105 XXXII, 3; 01e
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centaine d'années la croyance à la divinité du Sauveur. Ce dogme capital n’a pu être affirmé nettement, suivant eux, que dans des écrits de seconde main, c’est-à-dire composés ou remaniés après la mort- du dernier des Apôtres. C'est alors seulement que le parti pauliniste aurait eu l’idée de faire un Homme-Dieu du grand réformateur, et qu’on aurait commencé à lui attribuer non plus seulement, comme aux prophètes, des rapports intimes avec l'Esprit saint, mais une union strictement personnelle avec le Verbe divin.
20. — Qui a imaginé et mis au jour une pareille histoire des livres du Nouveau Testament.
C’est le D' Baur, autre professeur de Tubingue (+ 1861). Assez sympathique aux idées de Strauss sur la nature des faits évangéliques, Baur se préoccupa surtout de l’origine du christianisme. La conclusion de ses recherches fut que la doctrine de l’Eglise s’est formée peu à peu, et que l’éclosion de nos dogmes, comme celle de la plupart de nos livres, est le résultat des luttes et des compromis auxquels les démélés des chrétiens donnèrent lieu tour à tour pendant la durée des premiers siècles. « C’est dans la formation progressive du dogme, dit-il, qu'on trouve la clé de lhistoire du nouveau Testament ‘. »
LE. Suivant lui, Le christianisme ne fut d’abord qu’une secte de la religion juive, la secte ébionite, peu différente de celle des Esséniens. Tout ce que se proposaient son fondateur et ses premiers Apôtres, c’était la réforme et la propagation du judaïsme. Dans leur sentiment, la pratique de la Loi restait une condition du salut pour tout le genre humain, et leur mission se bornait à en propager la pratique. Leur doctrine se réduisait 4 ces trois points : — caractère obligatoire et vertu sanctifiante des observances légales, — restriction de la grâce aux enfants d'Abraham et aux membres adoptifs du peuple de Dieu, — exaltation et dilatation de la nation juive par toute la terre. Après la mort du Christ, cette doctrine
1 « Le dogme chrétien s’est fait, comme toute autre chose, lentement, peu à peu, par une sorte de végétation intime, » M. Renan, 1er nov. 1889,
se personnifia surtout, aux yeux des fidèles, dans S. Pierre, chef du collège apostolique, et dans S. Jacques, évêque de l’église de Jérusalem.
Mais bientôt surgit un nouvel apôtre, qui s’insurge contre le caractère exclusif de cette conception, et dont le prosélytisme s'exerce d’une manière beaucoup plus large. D’après S. Paul, toutes les différences fondées sur la race ou la nationalité sont abolies. C’est à tort qu’on distingue, par rapport au salut, le Gentil du Juif : l’un et l’autre ont un égal besoin de la miséricorde du ciel, et Dieu ne veut plus faire acception de personne. La mission de Jésus-Christ n’est donc pas de restaurer et d'étendre le mosaïsme ; mais bien de fonder un nouveau culte, d'établir une religion nouvelle, la religion universelle et définitive. Comme Sauveur, il est la source de la véritable vie, de la vie de la grâce et de la gloire, et pour avoir part à cette Vie, il suffit de croire à sa doctrine et de se soumettre à sa loi.
Ce sentiment s’accordait avec le besoin d'unité qu'avait fait naître le mélange et la fusion de tous les peuples au sein de l'empire romain : il devait emporter. Néanmoins il ne triomphe pas sans difficulté. Pendant plus d’un demi-siècle, une lutte ardente, dont le conflit d’Antioche! n’est qu’un incident, divise l'Eglise en deux partis contraires, celui de Paul ou des universalistes, qui appelle à lui les Gentils, en proclamant l'abolition des préceptes mosaïques, et celui de Pierre, c’est-à-dire des ébionites ou judaïsants, qui s'efforce de maintenir les pratiques légales et les prérogatives du peuple ancien.
Comme preuve de ces divisions entre les Apôtres, Baur signale tous les passages où $. Paul parle de sa prédication comme d’un évangile à lui, où il fait l’apologie de son apostolat, ? où il se plaint d’être voué à la haine et aux persécutions par de faux docteurs. [lne manque pas de représenter les judaïsants comme formant à cette époque la majeure partie de l'Eglise, sinon l'Eglise entière, et S. Pierre comme
LGalrs We 2 Rom. 11, 16 xvr 20 IL Cor, x; 1-12; Gal.,a, 1e MMS ISSN Cor Ar MeEsr 5 eTITRess ur 18 etc:
4h INTRODUCTION AU NOUVEAU TESTAMENT. [N° 20
résumant en sa personne toutes les antipathies auxquelles son collègue est en butte.
IT. Mais ce que Baur s’attache surtout à inculquer, ce qui donnerait à cette lutte prétendue une importance capitale, c’est la supposition ou laltération de la majeure partie du Nouveau Testament qui en serait le résultat. Telle est la confiance de ce Docteur en son sens critique qu’il croit pouvoir déterminer, à la seule inspection des livres, d’après leurs particularités, leur langage, leur style, leurs allusions, leurs tendances, dans quel milieu, sous quelle influence, à quelle époque et par qui ils ont été composés'. Sans se mettre en peine du silence de l’histoire, ou plutôt sans écouter le démenti que lui donne toute l'antiquité chrétienne, il n'hésite pas à prononcer que presque tous les écrits attribués aux Apôtres, les Evangiles de S. Matthieu, de S. Marc, deS. Luc, les Epitres pastorales, celle de S. Jacqnes, n’ont été à l’origine que des machines de guerre, de faux titres, fabriqués, soit par le parti de Pierre, soit par celui de Paul, pour se donner du crédit et s’assurer le triomphe ?.
« Evidemment, dit-il, le premier évangile, qui établit si fortement la prééminence de Pierre et restreint la mission du Sauveur à la maison d'Israël, est l’œuvre du parti judaïsant, tout en étant moins ébionite que l’évangile des Nazaréens et celui des Egyptiens auxquels il succède. Il en faut dire autant de l’Epitre de $. Jacques, dirigée contre celles de S. Paul aux Romains et aux Galates. Aux écrits ébionites, le parti universaliste opposa dautres écrits. Ses principaux auteurs sont $. Luc, toujours favorable aux Gentils, et S. Paul, l'apôtre des nations, dont les grandes Epiîtres sont, comme celle aux Galates, remplies de plaintes, d’apologies, d’invectives contre ses ennemis.
» Cependant la lutte ne pouvait durer toujours. Après un siècle entier de divisions, le besoin d’un accord commence
1 I] n'est pas le seul critique qui ait cette prétention. « J'ai pris en Bretagne, dit M. Renan, l'habitude de voir sous terre et de discerner des bruits que d'autres orcilles n’entendent pas. » 1er déc. 1876. — 2? Cf. S. Aug., Cont. Faust., xt, 2.
à se faire sentir, et les hommes sages des deux partis cherchent à se rapprocher par des concessions mutuelles. L’esprit de transaction inspire l'Evangile de S. Marc, également bienveillant pour les Juifs et pour les Gentils, les Epiîtres pastorales, faites pour donner la sanction de l’Apôtre aux distinctions hiérarchiques et aux pratiques religieuses dérivées de la loi, la [T° Epiître de $. Pierre, où l’on a soin d’insérer l’éloge de S. Paul, enfin l'Evangile de $. Jean, et surtout les Actes des Apôtres, attribués à S. Luc. Ce dernier livre a évidemment pour but d'effacer jusqu'aux derniers vestiges des divisions primitives. Loin d'y voir la moindre lutte, la plus petite divergence entre $. Pierre et $S. Paul, on remarque partout entre les deux Apôtres le plus parfait accord. Ils ont les mêmes principes; ils tendent au même but; ils agissent de concert. Pierre baptise les premiers Gentils', et prend la défense de Paul dans le Concile?. Paul fait le vœu de nazaréat ; il apporte des aumônes aux saints de Jérusalem ; il monte au temple pour prier”. Du commencement à la fin, l'historien a soin de tenir la balance égale entre l’un et l’autre, soit pour le succès, soit pour le nombre et l’éclat des miracles. Ainsi on se fait des concessions de part et d’autre, et les prétentions de chaque parti se modèrent. Cependant ce sont les judaïsants qui ont à faire les sacrifices les plus sensibles. L'idée de Paul finit par triompher à tel point, qu’il est permis de voir en lui, plutôt qu’en Jésus-Christ même, le fondateur du christianisme actuel.
» Malheureusement, l’esprit de concorde ne subsiste pas longtemps dans l'Eglise. Après une période de tolérance assez courte, l’esprit d’exclusivisme rénait, en même temps que le goût des formules dogmatiques. On se-met à anathématiser les sectes*. Le despotisme doctrinal s'établit et va croissant, du troisième siècle jusqu'au seizième, où Luther restaure et couronne l’œuvre de Paul, en laissant toutefois à ses disciples de Tubingue l'honneur d’émanciper lesprit
PACE, x, 48. 2 Act, xv, 11.2 Act:, var, 18:,xx1, 26; xx1v, 17:
— # Cf, Matth., xvu, 17; Marc., xvi, 16; Rom., 1, 5; Gal., 1, 8, 9; v, 2; It nr d0>1Toan., 10;
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humain à l’égard des Ecritures, comme il Pa lui-même affranchi à l’égard de l'Eglise. »
Telles sont les idées qui ont créé, parmi les protestants d'Allemagne, comme un nouveau protestantisme, sans aucun reste de foi chrétienne. Voilà ce que nos rationalistes ont essayé de naturaliser parmi nous, dans ces derniers temps, et ce que certains esprits s’obstinent encore à exploiter, mais avec une confiance visiblement décroissante.
0 Réfutation des rationalistes.
Ils se contredisent eux-mêmes. — Jls sont contredits par les faits.
21. — Les rationalistes sont-ils conséquents, en admettant comme authentique une partie du nouveau Testament?
Les rationalistes se contredisent dans énoncé de leurs idées; ce qu'ils s’imaginent renverser d’un côté, ils le relèvent de l’autre.
Pourquoi rejettent-ils nos Evangiles et la plus grande partie des écrits des Apôtres? Pourquoi les donnent-ils pour supposés ou altérés? Parce qu’ils ne veulent par croire aux miracles, aux prophéties, aux mystères, au surnaturel en un mot, et qu'ils seraient forcés d’y ajouter foi s'ils leur étaient attestés par des témoins oculaires de la vie du Sau-
1 Sans renoncer à ses idées, M. Renan traite parfois les études auxquelles il s'est livré de petites sciences conjecturales, qui se défont sans cesse après s'être faites et qu'on négligera dans cent ans. À son avis, il sera bien difficile d'avoir jamais rien de certain sur des faits qui se sont passés si loin de nous. » 15 déc. 1881. Il reproche plus que personne à la science allemande son défaut de mesure dans l'induction. « On repousse, dit-il de solides témoignages et on y substitue de faibles hypothèses. Du nouveau, voilà ce qu'on veut à tout prix, et le nouveau, on l'obtient par l’exagération. D'un faible courant bien constaté dans quelque baie écartée, on conclut à l'existence d'un grand courant océanique. Il faut y regarder de très près et y appliquer un grand esprit de discernement. [l faut surtout être bien décidé à ne tenir aucun compte des critiques hautaines d'hommes à systèmes, qui vous traitent d'ignorants et d'arriérés, parce que vous n’admettez pas d'emblée la dernière nouveauté éclose du cerveau d’un jeune docteur, et qui peut être bonne tout au plus à servir d'excitation à la recherche dans un cercle d'érudits. » Les Evangiles, 18717.
n° 20] RÉFUTATION DES RATIONALISTES. 47
veur, tels qu'étaient les Apôtres. Résolus de nier ces vérités, ils sont dans la nécessité d’en rejeter les preuves. Or, les livres qu'ils acceptent, dont ils avouent ne pouvoir contester l'authenticité, les quatre premières Epiîtres de S. Paul, par exemple, l’Apocalypse, etc., contiennent la même doctrine, enseignent les mêmes mystères, attestent les mêmes prodiges que les Evangiles et les Actes.
Ainsi il est impossible de n’y pas voir : — 1° En fait de dogmes : la Trinité *, la divinité de Jésus-Christ ?, la personnalité du Saint-Esprit *, la rédemption du monde #, la nécessité et l'efficacité de la grâce *, celle des Sacrements, le Baptême ©, la Confirmation *, l’Eucharistie , l'Ordre *, la résurrection des corps ‘, le jugement ‘!, la vie éternelle !?, — En fait de miracles : V'Incarnation du Verbe ‘, la Résurrection du Sauveur ‘*,sa glorification dans le ciel !ÿ, l’établissement de l'Eglise ‘°, la conversion subite de Saul !, celle des peuples infidèles ‘, les révélations faites à S. Paul ‘’ et à S. Jean ?°, les prodiges de toutes sortes qui confirmèrent la prédication de l'Evangile ?’. On pourrait étendre cette énumération ; car la plupart des rationalistes admettent encore comme tout à fait authentiques les Epiîtres aux Philippiens, aux Thessaloniciens, à Philémon, celle deS. Jacques, la première de $. Pierre; et s'ils attribuent à S. Barnabé ou
1 Rom., van, 41 ; xv, 80 ; IT Cor., xr11, 13. — 2? Rom, 1, 3, 4, 9; vurr, 3: 1x, 5e Cor, 1,19; vi, 6 IT, Cor, vu, 9;°xr, 91; Apoc., 1,6, 8, 18:17, 18-27; 1x, 2, 12-14, 21 ; var, 10, 12; xur, 10; x1v. 1; x1x, 13. — 3 Rom., Min lo, 416-1Cor,ur, 10,111, 4,7, A1; Gal.;1V, 6: — #ÆRom,, ur, DRE Neo En) 0 MR 18 Vi be Te COrTS x, 07 Galet, 201 HRCor <v MOT COr ETS ET Rom vite, 26 INCorN Er, MÉPCaL or, SIN Cor 01,217 223 Cor, x, 16, 17%1x71, 2420) —YiCor., 1v, L; II Cor., v, 20. — 10 I Cor., xv, 1-58; II Cor., xv, 14. 11 Rom., ur, 2, 6, 16; x1v, 10 ; I Cor, 1,8; II, Cor., v, 10. — 12 II Cor., 1V, 18; Gal., vi, 8. — 13 Rom.,1, 2, 3; x, 6; II Cor., vin, 9; Gal., 1v, 4. — 14 Rom., 1v, 24,25; vi, 4; vint, Îl, 34; x1v, 95 I Cor., vr, 14: x, 4, 12, LÉMTEUTICor vu; 2, Lo MSP Rom ;evr, 4 55 vur 1, 34; "ADOC., 1, 43, 18, etc. — 16 I Cor., xn, 2 0 me Gal MAS RIT UdNE 11 Gal., 1, 13, 46. — 18 Rom., x, 19; xv, 9, 18-21. — 19 I Cor., xv, 8; ILCor,, 1v, 6; x1r, 4-4; Gal., 1, 12; 17, 2.:— 20 Apoc., x, 15 1v, 15 v, 1; XVI, xvur, Ctc. — 21 Rom., xv, 18, 19; 1 Cor., 11, 4; x, 9, 10; x1v, 22; Gal/ nr, D.
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à Apollo l’Epitre aux Hébreux, ils ne la font pas moins : antérieure à la destruction du temple *.
Voilà donc, incontestablement, de l’aveu des rationalistes, ce que croyaient et prêchaient S. Paul et ses collègues dans l'apostolat, vingt à vingt-cinq ans après la mort du Sauveur.
Voilà les dogmes qu’ils enseignaient, les faits qu'ils attestaient. Voilà la foi professée dans l'Eglise dès l’an 50 de l’ère chrétienne. Est-ce que nous disons autre chose? Nos Evangiles et nos Actes contiennent-ils une autre histoire? Y trouve-t-on des miracles plus étonnants ou de plus grands mystères ? Non, assurément, C’est donc sans raison comme sans profit qu’on prétend faire un choix entre nos livres, accepter ceux-ci et répudier ceux-là. Si les uns sont contraires à la raison, comment les autres ne le seraient-ils pas ? Et si l’on est forcé d’en admettre une partie, que gagne-t-on à rejeter le reste ??
22. — Est-il concevable que nos livres aient été supposés, pour la
plupart, à l’origine de l'Eglise?
Il répugne d'admettre que le Nouveau Testamént ait été supposé en majeure partie, surtout au premier siècle et pour les livres historiques.
Si l'Evangile et les Actes étaient, comme on le prétend, non seulement apocryphes, mais tout à fait erronés sur les points les plus essentiels, sur la prédication du Sauveur, sur ses miracles, sur ceux des Apôtres, sur le témoignage que ceux-ci rendaient à sa divinité, comment les auteurs de ces livres auraient-ils pu les faire accepter par l'Eglise avec l'autorité d'Ecriture inspirée? Il eût fallu, pour cela, que
1 Infra, n. 190. — 2 « C’est une grande source d'erreurs dans l'étude des faits de ne savoir pas s'arrêter à leurs traits généraux et essentiels et de les oublier pour mettre en saillie les traits partiels et secondaires. On peut, par exemple, au sujet de la divinité de Jésus-Christ contester le sens précis ou la portée de tel ou tel mot;-on peut éliminer, comme suspecte d'interpolation, telle ou telle épître : il en restera tuujours infiniment plus qu'il n'en faut pour établir que ceux qui croient à la divinité de Jésus-Christ ne font que croire ce qu'ont cru et dit les Apôtres, et que les Apôtres eux-mêmes ont cru et dit, il y a bientôt dix-neuf siècles, ce que leur disait Jésus-Christ. » Guizot, Médilat., I
les Apôtres du Sauveur, $. Jean en particulier et leurs disciples immédiats, eussent ignoré la fraude ou connivé à Pimposture, au moins par le silence. Or, touteproteste contre une pareille idée : leur nombre, leur intérêt, leurs livres, leur succès.
4° Leur nombre. Quand le Sauveur et les Apôtres n’auraient eu que quatre ou cinq disciples, il leur eût déjà été difficile de s’accorder entre eux pour accréditer l’erreur, et de persévérer tous jusqu’à la mort dans cette imposture sacrilège. Mais c’est par milliers qu’on les comptait. Il y en avait en Judée, dans toute l’Asie-Mineure, dans la Grèce, à Alexandrie, à Rome, partout. Loin de pouvoir s’unir pour un tel dessein, ils ne pouvaient pas même délibérer et prendre une décision commune.
2° Leur intérét. Eussent-ils tous été des fourbes, des hommes sans probité, sans honneur, sans religion, sans conscience, tout différents de ce qu’on les à toujours crus, jamais ils ne se seraient accordés pour propager l'erreur, s'ils n'avaient eu quelque intérêt à la répandre. Or, quel avantage pouvaient-ils voir à substituer un culte austère et pénible à un culte agréable et commode, à se faire les prédicateurs d’une religion manifestement en horreur à Bieu et aux hommes, à professer un culte qui les exposait à tousles supplices en ce monde et à des peines éternelles dans l’autre? On serait moins déraisonnable en taxant de mauvaise foi le jeune homme qui renonce aux agréments de la famille et de la vie mondaine pour entrer dans un cloître et s’astreindre aux austérités de la vie religieuse.
3° La nature des livres dont il s'agit. Comment admettre que le christianisme, c’est-à-dire tout l'Homme-Dieu, sa vie, ses œuvres, ses vertus, son Eglise, tout un corps de doctrine et d'histoire d’une harmonie admirable, aient été ainsi imaginés tout d’un coup, et tout d’un coup accrédités par des hommes de ce caractère, de sorte qu'on doive attribuer à des fourbes ignorés et ignorants l’honneur d’avoir transformé le monde, en éclairant et sanctifiant les âmes?
Le Le succès qu’ils ont obtenu. Il est certain que, loin d’être
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confondus par leurs adversaires, ils les ont réduits au silence et qu’ils ont convaincu un grand nombre dé leurs persécuteurs. Or, si les faits qu’ils attestaient et dont le Nouveau Testament contient le récit étaient imaginaires, s’il n’était pas possible de les accorder avec la nature des choses et les événements du temps, par quelle fascination seraient-ils parvenus à persuader ainsi leurs contemporains?
Aussi les rationalistes n’osent-ils faire remonter jusqu’au premier siècle la supposition ou la falsification dont ils prétendent que nos livres ont été l’objet.
23. — Au second siècle, la supposition des livres du Nouveau Testament répugnerait-elle moins?
Le fait de cette supposition reste également inadmissible. Il a contre lui des raisonnements décisifs et des témoignages péremptoires. Les raisonnements prouvent que nos livres ne
peuvent avoir été supposés à cette époque; les témoignages en établissent directement authenticité.
19 Preuve de raisonnement.
L'hypothèse des rationalistes implique deux choses qui ne se peuvent soutenir, savoir que nos livres ont été fabriqués et reçus au second siècle, et que la foi aux miracles et à la divinité du Sauveur ne s’est établie que peu à peu, grâce à la transformation des faits réels en légendes et en mythes.
Lo Ces livres n’ont pu être ni fabriqués ni reçus par les chrétiens au second siècle, après la mort deS. Jean.
S'ils avaient été fabriques à cette époque par des chrétiens élevés dans le monde grec, ils auraient des caractères différents. On y verrait moins d’inexpérience, moins de simplicité, plus d'art, de culture d’esprit, de littérature. Leur vocabulaire serait moins pauvre en adjectifs, en verbes, en particules, en noms abstraits surtout. Leur langage n’accuserait pas à ce point une origine, une éducation et des habitudes juives. Leurs récits n’offriraient pas cette vivacité et cette forme dramatique qui dénote le témoin et l'acteur. Ils n'auraient pas cette couleur des temps et des lieux. Leur
origine ne se rattacherait pas à des circonstances si fortuites. Ils ne s’accorderaient pas aussi parfaitement, dans tous les détails, avec l'état politique des pays dont ils parlent, avec la législation, avec la topographie, avec les idées, les mœurs, les personnes .-
Les eût-on fabriqués, on n’aurait pu les faire recevoir. On était encore, au second siècle, trop près des Apôtres ; on avait trop de moyens de savoir s’ils avaient écrit et quels livres ils avaient laissés. En 150, il y avait à Ephèse, à Patmos, à Jérusalem, à Smyrne, une foule d'hommes qui avaient vécu avec S. Jean. Le plus célèbre de ses disciples, S. Polycarpe, disait, en 155 ?, au proconsul d’Asie, Statius Quadratus, qui le pressait de blasphémer Jésus-Christ : « Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers et il ne m’a jamais fait que du bien *. » En 195, tous les chrétiens octogénaires de Rome, d’Antioche, de Judée, avaient vu S. Pierre et S. Paul, entendu leurs instructions et recueilli leur doctrine, fréquenté leurs disciples. Comment ces chrétiens, fidèles et prêtres, auraient-ils reçu, comme l’œuvre des Apôtres, des écrits en opposition avec ce qu’om® avait appris et retenu d’eux ? Ne fût-il question que d’un seul livre, de $S. Matthieu par exemple, l’absurdité de cette supposition serait manifeste ; combien plus quand il s’agit d’une vingtaine décrits attribués à différents auteurs ?
2° On ne peut pas dire que la foi aux miracles et à la divinité du Sauveur soit le résultat des mythes et des légendes auxquels sa vie a donné lieu.
Cent ans, l'intervalle qui nous sépare de Louis XVI et de Voltaire, sont évidemment trop courts pour changer en légendes toute une histoire et pour faire éclore la mythologie qu’on suppose. Prétendre que cette transformation s’est opérée au premier siècle et dans la première partie du second,
4 Mgr Meignan, Les Evangiles, Leç. 1x-xur. On verra dans le cours du Manuel les marques d'authenticité de chaque livre en particulier. — 2 Mém. de l’Acad. des Inscriptions. Nouv: série, xxvt, p. 1. — 3 Lettre de l'Eglise de Smyrne sur le martyre de S. Polycarpe, écrite l'année même de sa mort, en 155, n. 18; Euseb., H., 1v, 15.
Dates INTRODUCTION AU NOUVEAU TESTAMENT. [n° 23
est un paradoxe d'autant moins admissible qu’on ne voit nulle part à cette époque le moindre mythe se produire et qu'on ne conçoit pas comment il eût pu s’en former. Le siècle d’Auguste, de Tibère, de Vespasien était l’âge de l’histoire proprement dite, de l’histoire écrite : les Mémoires, les Commentaires, les Actes officiels, les documents de toute sorte abondaient dans tout l’empire !. Or, comme la très bien dit le P. Lacordaire, l'écriture, en décrivant les événements et en les fixant, rend la formation des légendes impossible ?. D'ailleurs les faits les plus indubitables de l’histoire ecclésiastique attestent que la foi aux miracles et à la divinité du Sauveur est antérieure au second siècle. Pour ce qui est des miracles, il suffit de citer S. Quadratus, païen converti qui faisait encore l'office d’évangéliste sous Trajan (+ 447), mais qui avait vu la ruine de Jérusalem et la mort des premiers apôtres. Dans son Apologie, présentée à l’empereur Adrien, quatre-vingts ans après l’Ascension de Notre-Seigneur (117-126), il affirme qu’un bon nombre d'hommes guéris ou ressuscités par Jésus-Christ lui ont survécu et sont morts depuis peu, dans la génération dont il fait partie . Quant au dogme de la divinité du Sauveur, on peut citer à toutes les époques les témoignages de foi les moins suspects, ceux des martyrs qui se sont fait égorger plutôt que d’y renoncer. Le 17 juillet de lan 180 ‘, le proconsul Saturnin,
1 A César (f — 44), à Sallute (F — 34), à Varron (+ — 16) succédaient Tite-Live (+ 19) Valère Maxime (f 28), Velleius Paterculus (+ 30), . Quinte Gurce (f 70), Josèphe, (n. 37), Tacite (n. 61), Pline le jeune (n. 62), Plutarque (n. 66), Suétone (n. 70), etc. Quant aux monuments et aux médailles, nul n'en peut dire le nombre. Cf. Mémain, Connaissance des lemps évangéliques, p. 1, ch. 2. — 2 Lacordaire, Conf. xvmie. . Cicero adeo dicit divinitatem Romuli mirabiliter fuisse creditam, quod erudita jam tempora fuerint quæ falsitatem non reciperent fabularum.…. Quanto magis ipsius tempore Ciceronis, maximeque postea sub Augusto atque Tiberio, cruditioribus utique temporibus, resurrectionem carnis Christi atque in cœlum ascensionem! etc. S. Aug., De Civ. Dei, xxrr, 6,7. — % Non solum quamdiu in terris moratus est Salvator noster, verum etiam post ejus discessum, adeo ut nonnulli eorum etiam ad nostra usque tempora pervenerint. Euseb., H., 1v, 3. Of. nr, 37; v, 117; S. Hieron., de Vir. illustr., 19, 20. — #* Usener, Acta mart. Scyll., græce, Bonn., 1881; Aubé, Elude sur un nouveau texle des Actes des
-interrogeant à Carthage les premiers confesseurs de l'Eglise d'Afrique, arrêtés à Scyllium, leur dit : « Jurez par le génie de l’empereur et sacrifiez aux Dieux. » Ils répondent : « Nous honorons César comme César ; mais notre culte, nous le rendons à notre Dieu, qui est le seul Dieu véritable. — Quels sont vos livres sacrés? — Ce sont nos Evangiles et les Epitres de S. Paul, at xa0” quas Biéhor !, xar emtotoka Iavhov. » Et leurs Actes finissent par ces mots : Gloire, honneur, adoration à notre Roi et Seigneur Jésus-Christ avec le Père ? et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. En 4120, sainte Symphorose, immolée avec ses sept fils, proteste devant l’empereur Adrien qu’elle meurt pour le Christ, son. Dieu. En 110, $. Ignace, évêque d’Antioche, se glorifie au tribunal de Trajan de porter dans son cœur le Sauveur son Dieu, celui qui a dit : « Jhabiterai en eux et je vivrai au milieu d’eux *. »
Au témoignage des martyrs, nous pourrions joindre celui des bourreaux. On sait ce qu’a écrit, en 442 au plus tard #, Pline le Jeune, le plus consciencieux des persécuteurs. A son arrivée en Bithynie, comme légat impérial, il s’effraie devoir la multitude de ceux qui se sont mis en contravention, en adorant Jésus-Christ, comme Dieu, et déplore la nécessité que la loi lui impose de les envoyer au supplice ; d'autant plus qu’il s’en trouve qui ont renoncé au christianisme depuis une vingtaine d'années déjà. Il se fait donc un devoir
martyrs scillilains, 1881. Suivant M. Aubé, ce texte grec, découvert par M. Usener dans un manuscrit de notre Bibliothèque nationale, est une pièce originale, non traduite d'un texte latin. Il a dù être écrit peu de temps après les faits, entre 180 et 200.
4 Les mots At xa0nuac Biédou, sont rendus dans les Actes latins par libri evangeliorum, et l'on ne peut douter que ce ne soit le sens, — 2 Le Père n'est pas nommé dans le texte grec, mais seulement dans les Actes latins. Ce peut être un oubli; et quand l'omission serait volontaire, elle n'empêcherait pas que la divinité du Sauveur ne soit clairement énoncée, aussi bien que celle du Saint-Esprit. — 3% Voir Héfélé, Patr. Apost., Tubing, 4857, sur l'authenticité des Actes de 5. Ignace, On trouve ces Actes ct ceux que nous avons cités précédemment dans don Ruynart : Acta marlyrum sincera et selecla. Ginoulhiac, Hist. du dogme, 1, 8. Cf. Hurter, SS. Marlyrum Acla selecla, p. 7-26. — * Plusieurs disent 104. À
54 INTRODUCTION AU NOUVEAU TESTAMENT. [n° 23
de recourir à l’empereur, et de lui demander quelle conduite il doit tenir ‘. Ce témoignage, reproduit par Tertullien, Eusèbe et S. Jérôme, ne saurait être plus précis ni plus incontestable ?.
20 Preuve de témoignage.
Mais tous les raisonnements, si concluants qu’ils puissent être, sont superflus ; car les témoignages les plus variés et les plus nombreux établissent directement Pexistence et l'autorité de nos saints livres, au moment même où l’on prétend qu’on aurait songé à les fabriquer. »
10 Documents officiels.
4° Les Versions. — Il est certain que tous ces livres étaient renfermés dans l’Italique et les anciennes versions latines en usage avant S. Jérôme, aussi bien que dans la version syriaque appelée Péchito, sauf quelques écrits de moindre importance et peu étendus ?. Or, on convient que les versions latines remontent au commencement ou tout au moins au milieu du second siècle, et que la Péchito ne leur cède pasen antiquité, même pour le Nouveau Testament*.
2° Le canon de Muratori. — C’est une liste des livres sacrés dont on faisait officiellement la lecture dans les églises d'Italie vers le milieu du second siècle. Elle a dû être écrite, entre l'an 160 et l’an 170, par un contemporain du pape
1 Probablement dans la persécution de Domitien. Ils avaient été évangélisés par S. Pierre quarante à cinquante ans plus tôt. I, Pet., 1, 1; Infra, n, 456. Visa est mihi res digna consultatione, maxime propter periclitantium numerum. Neque enim civitates tantum, sed vicos atque agros superstitionis istius contagio pervagata est, Deorum templa deserta et sacra diu intermissa. Affirmabant quod essent soliti stato die ante solem convenire, carmenque Christo quasi Deo dicere secum invicem. Plin. jun. Epist. X, xevur. Cf. Lucian, Pereg., 11, 135 Alex:, 4: Psalmi et cantica fratrum jampridem a fidelibus conscripta Christum Verbum Dei celcbrant, divinitatem ei tribuendo. Euseb., H., v, 28. Cf. Y, 8; S. Justin, Dial., 68; Origen., Cont. Cels., 1, 9. — 2 Cf. Tert., Apolog., 2; Euseb., H., nr, 33; $S. Hicron., Chron. Euseb., ann. 110. — 3 Les quatre derniers et la seconde Epître de $. Pierre. On peut même croire que ces livres étaient renfermés dans le Péchito; car $. Ephrem (+ 380) en fait des citations en syriaque. Supra, n. À. — #* 4. T., n, 40 125 eTiNeT nl2 et 83 (CPMEUSeh MAN
S. Pie I (141-151). Or, cette liste comprend presque tous les livres qui composent actuellement le Nouveau Testament. L’Epitre aux Hébreux, celle de S. Jacques et les deux Epîtres de S. Pierre font exception, quoique $. Pierre soit nommé. On n’y trouve pas non plus les noms de S. Matthieu et de S. Marc, parce que les premières lignes du catalogue sont détachées ; mais $. Luc est donné pour le troisième évangéliste et S. Jean pour le quatrième !.
20 Témoignages des plus anciens Pères.
Les plus anciennes citations des Pères ont pour objet les Evangiles. On ne connaît pas d'auteur chrétien des premiers siècles qui ne leur ait fait quelque emprunt ou quelque allusion visible. Nous ne disons pas : qui les ait désignés en nommant les auteurs; car l'usage de joindre aux citations le nom du livre et celui de l’auteur ne s'établit que plus tard. On n’en sentit pas d’abord l'importance. La plupart du temps, on citait par forme d’allusion, ou l’on se contentait de dire, comme chez les Juifs : Scripium est... Legitur… Scriptura dicit… Dicit Dominus ?. Nous nous bornerons aux Pères les plus anciens et les plus célèbres.
S. CLÉMENT, pape, disciple de $. Pierre et de S. Paul ? (+ 98). — Dans sa première Epitre aux fidèles de Corinthe, cette grande et admirable Epitre *, de lan 93 à l’an 97 au plus tard Ÿ, qu’on lisait chaque dimanche dans les assemblées religieuses, selon ie témoignage de S. Denys, qui fut évêque de Corinthe une soixantaine d'années après S. Clément‘, les trois synoptiques sont cités littéralement comme Ecriture Sainte, et S. Matthieu l’est au mois trois fois 7. On y trouve encore, outre une mention expresse de la première Epitre de $S. Paul aux Corinthiens *, de nombreux passages de l’E-
1 Muratori, Anliquilales ilalicæ mediæ ælalis, t. m1, p. 854. Medioani, 1740. Cf. 4. T., n. 39. Le manuscrit paraît être du vine siècle. — 2SClem., LEpist., 2,8, 4, 18, 46. Cf. Rom, 1, 17; 1, 24; Heb..vinr, 8; x, 15, etc. —35$. Iren., 11, 3; Euseb., I1., 111, 15 ; v, 6. O anootoloc Khnunc. Clem. Alex., Sérom., 1v, 17. — # Meyodn te au Govuaotæ, Euseb., H., 111, 16. = S,Jren., Il, 11, 3. — 6 Euseb., H., 1v, 28. Cf: nr, 88; 1v, 23 et Infra, n. 662. — 7 S. Clem., I Epist., 18, 27, 46. — 8 Ibid., 37, 47, 49,
pitre aux Hébreux ‘, des allusions visibles à l’Epitre aux Romains ?, aux Epîtres de Timothée *, et à Tite‘ et même à celles de S. Pierre * et de S. Jacques ‘.
DocrRinE DES AroTREs, antérieure à l’Epitre de S. Barnabé, sinon à celle de S. Clément 7. — Cet écrit, mentionné par Eusèbe, Clément d'Alexandrie, S. Athanase, etc., a été retrouvé en 1875. L’Evangile y est nommé comme livre inspiré. S. Matthieu, sans être nommé, y est cité une vingtaine de fois. S. Matthieu y est cité incontestablement, sans y être nommé. La Trinité et la divinité de Jésus-Christ y sont nettement affirmées.
EpitRe DE S. BARNABÉ. — Le premier Evangile est cité en plusieurs endroits de l'Epitre de S. Barnabé, et une fois avec la formule : Scriptum est *. Or cette Epitre * date de l’an 72, si elle est authentique, comme on le croyait dès le troisième siècle ‘°, ou, si elle ne l’est pas, du commencement du second. Celse paraît s’en être servi dès l’an 170 au plas tard ‘!.
S. IGNACE, homme tout apostolique, disent ses Actes, disciple de S. Jean et troisième évêque d’Antioche (+ 107). — L’authenticité des sept Epitres qu’il a écrites en se rendant à Rome, où Trajan l’envoyait pour subir le martyre ‘*, Vauthenticité de son Epitre aux Romains surtout, citée par S. [Irénée soixante-dix ans plus tard ‘, a résisté à toutes les attaques et reste appuyée sur des témoignages irréfragables'*. Or, non seulement ces Epitres contiennent toute la substance de l'Evangile, et attribuent expressément le nom de Dieu à Notre Seigneur en une dizaine d’en-
1 S. Clem., 1 Epist., 9, 12, 17, 23, 48. — 2 Ibid., 35, 46. — 3 Ibid., 29, 47, 49. — & Ibid., n. 2. — 5 Ibid., 19, 49, 57. — 6 Ibid., 30, 49. Cf. Euseb., H., 111,38. —7 Scize chapitres publiés récemment par Ph.Bryenne (110-130). CF. Infra, n. 650. — 8 Qc yeypanror. S. Barnab., Epist., 4, 5, 19. (An. 97, M. Renan, Evang., 110). — 9 Publié en grec, en 1645, et complétée par Tischendorf, en 1859-62, après son voyage au Sinaï. — 10 Clem. Alex., Sérom., 11, 6, 45, 48, 20 ;.v, 8, 10; vr, 8 (194) ; Orig., Coné, Cels., 1, 63; de Princip., 11, 24 (289). — 11 Orig., Cont. Cels., 1, 63. — 12 Ad Ephes.; Ad Magnes.; Ad Trall.; Ad Rom.; Ad Philad.; Ad Smyrn.; Ad Polyc. — 13 $. Iren., V, xxvur, 4 — 1# S. Polyc., Ad Philip, x; S. Iren., V, xxvin, 4; Orig., In Luc., Hom. vi, Euseb., H., 11, 36; S. Chrys., Oral in Ign.; S. Hieron., de Vir. ill., xvr.
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droits ‘, mais encore il est facile d’y démêler des allusions formelles à la doctrine de $S. Jean, à certains passagés de S. Matthieu *, à diverses Epitres de S. Paul, par exemple aux Corinthiens * et aux Ephésiens *.
S. PocycarPe, évêque de Smyrne (+ 155). — Lui-même avait été formé par les Apôtres et longtemps mélé aux disciples immédiats du Sauveur *. Peu après la mort de S. Ignace, les fidèles de Philippes le prièrent de leur communiquer les Epiîtres de ce saint Martyr, dont il avait le recueil. La lettre assez courte qu’il leur écrit en les leur adressant ® (116 ou 117) et qu’on voit citée dans S. [rénée et dans Eusèbe, est remplie de textes extraits des livres du Nouveau Testament, de $. Matthieu, de $. Luc, des Actes des Apôtres, de la première Epitre deS. Jean, des Epiîtres de S. Paul aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates, aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Thessaloniciens, à Timothée. La première de $. Pierre y est citée en une dizaine d’endroits.
Parias, évêque d’Hiérapolis en Phrygie (120). — On ignore l’année de sa mort, mais on sait par S. Irénée qu’il avait connu $. Jean et les disciples des Apôtres?, notamment S. Polycarpe, un prêtre du nom de Jean, Aristion et les filles du diacre Philippe. Il a écrit dans la première moitié du second siècle une Explication des discours du Seigneur, en cinq livres , dont Eusébe nous a conservé quelques fragments. On y lit expressément, comme un fait attesté par les anciens, par le prêtre Jean en particulier, queS. Matthieu a composé son Evangile en hébreu, et que $. Marc a rédigé de
1 Le Sauveur est appelé o Oeos pou, o Oeoc nuwv. Ad Ephes., 15, 18; Ad Rom., 3, 6; Ad Polyc., 8, etc. — 2 Cf. Ad Eph., 14; Ad Magn., 1, 19; Ad Smyrn., 6; Ad Polyc., ?. — 3 Ad Trull., 10; Ad Rom., 5. — 4 Ad Eph., in titulo; 4d Polyc., 5. « Nul doute, dit M. Renan, à propos de l'Epître de S. Ignace aux Romains, qu'ignace ne fit sa lecture habituelle des grandes Epitres de $S. Paul. » Les Evangiles; Ginoulhiac, Orig. du Christian., I, 1, 5; Funk., Opera PP. apost., Indices locorum, #65. lren. I, qu, 4:ETert., Derpræsc 925; Euseb., H.; "rit, 80: 1v,44, 15; S. Hieron., de Vir. üluslr., 17.— 6$S. Polye., Ad Philip., 13; Euseb., H,, 1v, 44. — 7 Apyatoc avep, personnage des premiers temps; Jwayvou axovornc, Îolvxxpmovde eratpoc. S. Iren., v, 33, 34; Euscb., H., ur, 39. — 8 S. Hicron., de Vir. illust., 18.
mémoire, mais avec fidélité, la prédication de $. Pierre. Eusèbe nous apprend de plus qu’on y voyait citée la première Epître de $S. Jean, la première de S. Pierre et lhistoire d’une femme adultère ‘.
S. Jusrin, né à Sichem en Palestine * (+ 166). — C’est à Ephèse qu’il rencontra le juif Thryphon, avec un grand nombre de disciples de S. Jean *, mais c’est à Rome qu’il jeta le plus d'éclat et qu’il obtint la palme du martyre. L’an 138, suivant les uns, 447, suivant les autres, une quarantaine d'années après la mort de $. Jean, il présenta à Antonin le Pieux sa première Apologie pour les chrétiens. Dans cet écrit, il mentionne l’usage où sont les fidèles de lire chaque dimanche, durant les saints mystères, les Evangiles ou Mémoires des Apôtres * ; puis il cite aux païens, pour les leur faire admirer, les plus beaux passages de nos Evangiles, celui de S. Jean compris. Rien ne serait plus facile que de composer en entier le symbole de Eglise, de textes extraits de ses ouvrages‘. Trois de ses paragraphes contiennent près de quarante textes des synoptiques ©. Dans son Dialogue avec Thryphon, il affirme la divinité du Sauveur plus de cent fois avec une clarté qui défie toute contradiction’.
S. IRÉNÉE, né à Smyrne, vers 120, successeur deS. Pothin à Lyon (170-202). — Naturellement observateur et perspicace *, héritier de la doctrine de $. Polycarpe *, en rapport direct avec le Siège Apostolique et tous les Evêques des Gaules ‘?, il n’était pas moins instruit des croyances et des pratiques de l'Eglise que des variétés et des artifices de l’hérésie. Or, voici ce qu'il écrivait quatre-vingts ans après la mort de S. Jean (184-192)! : « Il y à quatre évangiles, comme il y a quatre points cardinaux, quatre vertus morales, quatre figures de chérubins *. L'autorité de nos Evangiles
4 Euseb., H., im, 39, — ? Euseb., H., 1v, 8, 11, 12, 16, 18. — 3 Euscb,, H., 1v, 18. — # Axouvauoveuuata. S. Just., 11 Apol., 66, 67; Dial., 106. — 5 Mgr Freppel, S. Justin, lec. xx1. — 5 Apolog., 45, 16, 17, 61; Cf. Dial., 88. — 1 Cf. Justin, 4pol., 1, 23, 81, 68, etc.; Gratry, Sophislique. — 8 Irenæus, omnium doctrinarum curiosissimus explorator. Tertull., Ado. Valentin., v. — 9 Euseb., H., v, 8, 20. — 10 Ibid., v, 4, 22, — 11 $, Iren., I, 1x, 3. — 12 Ibid., III, x1, 8.
est si bien établie que les hérétiques eux-mêmes lui rendent hommage et que, tout en se détachant de l'Eglise, ils ne laissent pas de s’appuyer autant qu’ils peuvent sur ces saints livres *. » Il cite ces Evangiles trois à quatre cents fois, S. Luc etS. Jean près de cent fois, S. Matthieu, plus de deux cents. Il loue la beauté de l'Evangile de $S. Luc et dit qu’il est dans toutes les mains ?. Il analyse les Actes des Apôtres *. Quant aux Epiîtres, il leur fait des emprunts à toutes, sauf l’Epître à Philémon *, et peut-être celle de S. Jacques. Ajoutons que dans les fragments qu’il emprunte à des docteurs plus anciens, c’est-à-dire de la première partie du même siècle, on trouve des citations non moins expresses de S. Matthieu, de S. Marc, de S. Jean, des Epîtres aux Romains, aux Corinthiens, aux Ephésiens *.
CLÉMENT, prêtre d'Alexandrie (+ 217). — Plus versé que S. Irénée dans la philosophie profane, il appartient presque à la même époque, ses écrits ayant été composés pour la plupart avant la fin du second siècle. Dans ceux qui ont survécu, les Stromates, le Pédagoque, V'Exhortation aux Gentils, tous nos livres et tous nos auteurs sacrés sont cités, à l’exception de la troisième Epitre de $. Jean °.
TERTULLIEN, prêtre de Carthage, mais qui a passé à Rome une grande partie de sa vie (145-230). — II tient dans l’Eglise d'Afrique le même rang que $S. [rénée dans celle des Gaules et Clément dans celle d'Alexandrie; et l’on admirerait davantage son savoir, si l’on était moins ravi de son éloquence ‘. [l commença décrire vers 480 et publia son Apologétique sur la fin du second siècle (197). Or, tous ses ouvrages sont semés de citations et d’allusions au Nouveau Testament ; et ces citations s'étendent à tous les livres
1 S. Jren., II, xx, 7-9. — 2 Jbid., IT, x1v, 1, 3. — 8 Ibid., III, xtu-xv. — 4 Massuct, Dissertalio prævia ad Irenxi libros. Diss. nx, art, 6, 7, 10. — $ Appendix ad S. Iren. libros. — 6 Euseb., H., v, 11; vr, 18, 14. — 1 Vir legum romanarum peritissimus et inter Latinos celcberrimus. Euseb., H., u, 2. Quid Tertulliano eruditius? Quid acutius? S. Hicron., Epist. 1xx, 5. Sicut Origenes inter Græcos, ita Tertullianus inter latinos nostrorum omnium facile princeps judicandus est. $. Vinc. Lerins., Commonil., 1. 18.
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inspirés. « Dans ce seul auteur, dit Lardner, le Nouveau
Testament est cité en plus d’endroits et avec plus d’étendue
que toutes les œuvres de Cicéron ne Pont été par tous les
écrivains du monde dans Pespace de plusieurs siècles ‘. » On
en a publié récemment le recueil sous ce titre : Le Nouveau
Testament tiré des écrits de Tertullien *. Bien plus, il ne se borne pas à citer les livres, il nomme tous les auteurs sacrés et tous leurs écrits, sauf l’Epître de $. Jacques, la seconde
de S. Pierre, la seconde et la troisième de $. Jean. Pour les
Evangiles, il affirme que l'Eglise les possède depuis sa fon-
dation *.
OriGÈNE (186-254), la gloire de l’école chrétienne d’Alexandrie*, l'A damantius des Pères.— Ilsuccéda à Clément l’année même de la mort de S. [rénée et remplit toute la première moitié du troisième siècle. Le sixième livre de l’Histoire d’Eusèbe roule en grande partie sur ses travaux. Ce grand homme, bien supérieur à tous ses maîtres par son érudition comme par son génie *, commençant en 210 son commentaire sur S. Matthieu, prend soin de constater ce que la tradition enseigne sur les quatre Evangiles « seuls reconnus sans contestation comme authentiques dans l'Eglise de Dieu, répandue par tout l’univers. » Or, ce qu’il a recueilli sur ce sujet ne diffère pas de ce que ditS. Irénée et de ce qu’atteste l’histoire ecclésiastique ‘. F1 cite comme divins presque tous les autres livres du Nouveau Testament et il en explique un très grand nombre. Nous avons encore la plus grande pariie de son commentaire sur $S. Matthieu ’, trente-neuf de ses homélies sur $S. Luc, neuf tomes sur divers endroits de S. Jean, et un abrêgé de son Exposition de l’Epitre aux Romains. De plus, on a lieu de croire qu’il fit pour le Nouveau Testament un travail analogue à celui qu’il avait fait pour
1 Credibil. of the Gospel History, 1, 1v, 87. — 2? Dr Rœnsh, 1871, Leipsik. — 3 Apud ecclesias in exordio fuerunt. Tert. Adv. Marc., I, v. — # Tou xaf AXefovôprav iôaoxadeto0. Euscb., H, v, 10; Martigny, Ecoles. — 5 Magous vir ab infantia. Quis unquam tanta jegere potuit quanta ipse conscripsit! S. Hieron., Ep. xxx, 4. — 6 Euscb,, H., va, 24, 25, 32. — 1 In Matlh., xi7, 36-xxvur,
PAncien. Il confronta un certain nombre de manuscrits afin d’en épurer le texte ! ; mais les variantes qu’il releva, comme celles qu'on a recueillies depuis, n'étaient pas de nature à altérer l’histoire ni la doctrine ; et l’on n’y aurait pas attaché d'importance, si l’on avait eu moins de sollicitude pour conserver la parole de Dieu dans toute sa pureté.
* 30 Auteurs étrangers à l'Église.
49 Les hérétiques. — On ne voit pas qu’une seule secte du second siècle ait révoqué en doute l’histoire évangélique, ou contesté l’authenticité d’une partie importante de nos saints Livres. Les hérétiques s’efforcent d’en dénaturer la doctrine ; plusieurs en mutilent le texte ou en récusent l’autorité ; mais aucun ne les déclare apocryphes ou supposés. Bien plus, quoique les écrits des hérésiarques ne nous soient guére connus que par les réfutations des saints Pères, il est facile de recueillir, comme l’a fait le D' Hug ?, dans les passages qu'ils en ont extraits, des citations de tous les livres du Nouveau Testament, sauf une Epître ou deux des plus courtes.
On sait que les sectes judéo-chrétiennes s’attachaient à S. Matthieu *. On trouve plus de cent citations de son Evangile dans les Homélies Clémentines (190) *. $S. Marc et S. Luc y sont cités rarement ; ils le sont cependant. S. Jean l’est aussi, malgré son opposition ardente à l’erreur des Ebionites sur la divinité du Sauveur. Pour $. Paul, ces hérétiques rejetaient absolument ses Epitres, non qu’ils ne les regardassent pas comme son œuvre, mais parce qu'ils ne voulaient pas le reconnaître comme véritable Apôtre ‘.
Cerdon (139-140)7 reconnaissait pour inspiré tout le Nouveau Testament et rejetait l’Ancien qu’il disait y être
IRCPES Heron, Un Matte, iv, 60 ton Cat An En CEA, HOMO RAA Tr oN aUN EI pl Sec S lren., d xXxvI, 2. S. Epiph., Hæres., xxx. — # Infra, n. 587, 848, — ©: Homil,, Hors CIS Ulren., DL x ex vr, 2; DIT, xv,1.— Eusob HLYeUIe
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64 INTRODUCTION AU NOUVEAU TESTAMENT. [n° 23
opposé. Marcion, qui vint à sa suite du Pont à Rome (440)°, et dont les idées étaient également contraires à celles des Ebionites, n’admit dans son canon que l'Evangile de $. Luc et dix Epiîtres de $S. Paul, plus ou moins mutiiées. Tatien - (+180), qui finit par se rallier à Valentin, avait composé une Harmonie des quatre Evangiles, Atz tesoxpwv ?, lorsqu'il était encore disciple de S. Justin, c’est-à-dire vers l’an 160, une douzaine d'années avant que S. Théophile d’Antioche (+186) publiât la sienne *.
Montan, qui parut dans la seconde moitié du second siècle *, recevait toutes les Ecritures sans exception *.
Il paraît qu’il en fut de même des Gnostiques ‘. [ls dénaturaient la pensée de nos écrivains sacrés, mais ils subissaient leur joug. Basilide (113-138) ? cite, dans les vingtquatre livres qu’il à écrits sur l'Evangile *, $. Luc, S. Paul, les épitres aux Romains, aux Corinthiens et aux Ephésiens ?. Il se disait disciple d’un certain Glaucias, secrétaire de S. Pierre ‘°, et prétendait même avoir été en relation avec S. Matthias ‘!. Valentin, que S. Irénée réfute en tant d’endroits, et qui vint à Rome sous le pape $. Hygin (135-140) *?, faisait remonter sa doctrine à un disciple de S. Paul qu’il nommait Théodas ‘*. Il citait continuellement S. Jean, et
1 S. Justin, À Apol., 86. Euscb., H., 1v, 14. In Tiberim defluxit Orontes. Juven., Sat., 111, 65. — ? Aro teccapwv est cvangelium ex quatuor evangeliis contextum. Euscb., H , 1v, 29. Cet ouvrage, écrit en grec ou ensyriaque, était fort répandu en Syrie et en Mésopotamie.Théodoret, De fub. hærel., xx. On en avait en latin une version dans l'Harmonie de Victor de Capoue. Patrol. lal., Lxvur et cuxxxvi. On en a retrouvé une autre dans un commentaire de $. Ephrem, en arménien. Mæsinger, Evangelii concordantis eæpositio, 1816. De plus, le P. Ciasca vient d'en publier une version arabe sur un manuscrit du Vatican. Rome, 1888, Partout l'ouvrage commence par ces mots de S. Jean : In principio erat Verbum. Ce n'est donc pas, comme le prétendeit M. Renan, un amalgame des trois synoptiques et d'un évangile apocryphe, l'évangile aux Hébreux ou celui de S. Pierre. — 3 Cf. S. Hier., De vir. ill, xxv. — PRÉUSCD UT, iv, 20 ve LS NE pipDh HE nes, RU, en ee 6 S. Epiph., Hæres., xxvi, 6. —:1 Euseb., H., 1v, 1; S. Hieron., de Vin, ill., xxx. — 8 Euseb., H. E., 1v, 1; Orig., {n Luc., Hom. I, 11. — © Clem. Alcx., Slrom. Philosoph., vir, 21, passim. — 10 Clem. Alex., Strom., vit, 17. — 11 Clem. Alcx., Sirom., vir, 106, 108; Philosoph., vu, 20. — 12 Euseb., H., 1v, 11. — 13 Clem., Alex., Sérom., wir, 117.
DL er Be —
admettait toutes nos Ecritures ‘. Héracléon, son associé ou son disciple”, réfuté par. Irénée dans son second livre(180)?, avait écrit deux commentaires, l’un sur $S. Luc, et l’autre sur S. Jean, tous deux réfutés par Origène *. Ces écrits doivent être de 150 à 160. Ptolémée et Théodote, autres disciples de Valentin, ont paru un peu plus tard (180) : mais le premier cite expressément S. Matthieu et S. Jean, et le second a plus de quatre-vingts citations du Nouveau Testament, dans les fragments que Clément d'Alexandrie nous a conservés de lui . Enfin on n’en compte pas moins de cent soixante dans ce que l’auteur des Phalosophumena rapporte des Ophites, des Pérates et des Sothiens 7.
2° Les Juifs et les paiens. — Ils ne mettent pas davantage en doute l’authenticité de nos saints Livres; ils n’en contestent que la véracité. Leurs auteurs supposent l’origine de ces livres parfaitement avérée ; ils les attribuent même expressément aux premiers disciples du Sauveur; mais ils cherchent à les prendre en défaut et à les mettre en contradiction les uns avec les autres.
C’est ce qu’on remarque dans l'argumentation de Thryphon contre $S. Justin , comme dans celle du Juif dont Celse se fait l'interprète contre les chrétiens *. Triphon dit qu’il connaît les Evangiles, qu’il les a lus plusieurs fois, mais qu'il ne saurait en accepter la doctrine, parce que ce serait renier Moïse et les prophètes !°. Le Juif de Celse reproche au Sauveur de s'être donné pour Fils de Dieu et pour Dieu même ‘, et à ses disciples de s'être concertés pour accréditer des impostures ‘?; puis il se met à faire contre le christianisme une série d’objections qui embrassent toute la vie de Jésus-Christ et qui supposent la connaissance (le nos quatre Evangiles.
1 $S Jren., I, vin, 1x. — 2 $. Epiph., Hæres., xxxvi. — 3 S$. Iren., IL, IV, 1. — * Migne, Patrol. græc., t. VII, p. 1291. — ÿ Orig., In Joan., t. V, 8 et passim. — 6 Migne, Patrol. græc., t. IX, p. 651-698. — 1 Philosoph., V, 2. — 8 S. Just., Dialog. cont. Tryph. — 9% Origen., Cont. Cels., 1, 23; 11, passim. — 10 $. Just., Dial. cont. Tryph., 10. — 11 Orig., Cont. Cels., 1, 28; n, 9, etc. — 12 Orig., Cont. Cels., 1, 15, 206,-etc.
66 INTRODUCTION AU NOUVEAU TESTAMENT. [n° 23
Celse fait de même, quand il parle en son nom, par exemple pour relever des contradictions dans les divers récits de la résurrection du Sauveur ‘. Il dit qu'il prend ses objections dans les livres des chrétiens afin de les percer de leurs propres armes ?. Nulle difficulté ne lui échappe *. Omnia nov, dit-il, lui-même, en parlant de nos dogmes et de nos Ecritures *. Jamais pourtant il ne récuse un texte, et s’il parle d’altération ou de supposition, ce reproche tombe sur les hérétiques. On peut faire une remarque analogue sur les objections de Porphyre (290-300), qui se borne toujours à attaquer la véracité des Evangiles Ÿ. Aussi suffirait-il, suivant $. Chrysostome, de ce qu'ont écrit ces deux incrédules, pour mettre hors de doute authenticité de nos saints Livres ‘.
En définitif, tous les auteurs du second siècle, orthodoxes et hérétiques, infidèles et chrétiens, rendent hommage à Pauthenticité du Nouveau Testament. Un tel accord est d'autant plus décisif, que ce fait a plus d'importance, qu’il était plus facile à constater, et que les intérêts étaient plus divers. Si nos saints Livres avaient été supposés récemment, depuis vingt, trente ou même cinquante ans, conçoiton qu'aucun de ces auteurs n’eût soupçonné l’imposture ; et s'ils l'avaient connue, conçoit-on qu’ils l’eussent confirmée par leur silence, alors qne tous y trouvaient leur condamnation 7?
1 Orig., Cont. Cels., 1,1, 12, 40, 54; 1, 16. — 2? M. Renan le loue comme un maître en exégèse. — 3 M. Renan, Marc-Aurèle, xxr. — # Cf. Orig,, Cont. Cels., 11, 27; Ginoulhiac, Orig. du Christ, I, 117, 6; Wallon, Croyance à l'Evang.; 1. 1. Origène dit (242-258) au début de son livre contre Celse (Præf. 4 et 1, 8, 26), que ce philosophe est mort depuis assez longtemps; qu'il a vécu peu après Jésus-Christ, sous Adrien (107- 138) et depuis. — ° Julianus aperte fatetur Petri, Pauli, Matthæi, Lucæ, esse ea quæ Christiani legunt iisdem nominibus inscripta. S. Cyrill. Alex., Advers. Julian., x. — 6 S. Chrys., In I Cor., Hom.' vi. Nous n'avons de Porphyre (290-300) que des fragments dans Eusèbe, S. Augustin, Théodoret. Voir sur Celse, Porphyre, etc., Etudes religieuses des PP. Jésuiles, 1856, p. 323, etc. — 7 Nous n’alléguons pas ici la preuve des monuments archéologiques du christianisme, parce qu'ils remontent moins haut ct sont moins décisifs que les témoignages qu'on vient de lire. Cependant, comme il est d'un grand intérêt de voir l'enseignement
24. — S'il est impossible que les livres du Nouveau Testament aient été supposés en entier, répugne-t-il également qu'ils aient été altérés par des interpolations ?
Il répugne davantage encore qu’ils aient été interpolés comme lentendent les rationalistes ; car il n’est pas question entre eux et nous d’une altération légère, sans conséquence pour la doctrine : il s’agit d’une altération profonde, substantielle, capitale; il s’agit d’une fraude qui eût bouleversé et doublé en étendue le premier texte, de manière à faire d’un pur homme un Dieu et d’une vie ordinaire une vie surhumaine et toute miraculeuse.
On accorde que ce changement n’a pu se faire au premier siècle sous les yeux de S. Jean et des disciples immédiats des Apôtres. Or, il n’est pas moins impossible qu’il ait eu lieu au second. Nous le prouverons de deux manières, d’une manière positive et d'une manière négative.
19 Preuves posilives.
L'intégrité d’un livre n’est autre chose que son authenticité complète, l’authenticité de toutes ses parties. Or, si lon s’en tient aux parties de quelque importance, en faisant abstraction des fragments deutérocanoniques, nous croyons avoir établi solidement que le Nouveau Testament a cette authenticité. En effel :
4° La Version italique et la Péchito, qui datent de la première partie ou au moins du milieu du second siècle, ne renferment pas seulement les mêmes livres que la Vulgate : elles en ont toujours compris tous les chapitres et tous les versets. [l n’y a aucune différence entre elles et le texte grec. Nous accordons que la Il° Epître de $. Pierre, la I° et la TI° de S. Jean, celle de S. Jude et Apocalypse ne firent pas d’abord partie de la version syriaque, mais on peut les négliger sans inconvénient pour la doctrine ; et leur absence
des premiers temps confirmé et expliqué par les productions do l'art, nous aurons soin d'en signaler les monuments les plus remarquables, quand l’occasion s’en présentera.
68 INTRODUCTION AU NOUVEAU TESTAMENT. [n° 2% peut s'expliquer par cette raison, qu’à l’époque où cette version se fit, ces écrits étaient récents, et l’on n’était pas encore parfaitement d'accord sur leur authenticité *.
20 Qu’on consulte les plus anciens Pères, on verrra que non seulement ils donnent pour authentiques tous les livres du Nouveau Testament, mais qu’ils en citent comme divins presque tous les versets ?. De plus, il est certain qu’au moment où S. Jérôme fit sa révision du Nouveau Testament * en se servant des manuscrits d’Origène et de Piérius ‘, il ne resta en suspens sur aucun passage essentiel ; et bien qu'il se soit plaint souvent de la variété des leçons dans la version . latine, il n’a jamais fait entendre qu'elles missent en péril la pureté de la foi ÿ. Enfin nous avons vu que les critiques qui ont repris ce travail depuis un siècle sont arrivés au même résultat °.
3° Les hérétiques et les infidèles se joignent aux catholiques pour attester l'intégrité de nos saints Livres; car il n'est pas un endroit de quelque importance dans le Nouveau Testament, dans l'Evangile surtout, qui m’ait été cité par quelqu'un d'eux, dès les temps les plus anciens. Qu'on lise seulement le traité de Celse contre le christianisme, reconstitué presque en entier d’après la réfutation d’Origène”, on se convaincra que ce philosophe avait sousles yeux nes quatre Evangiles, tels que nous les avons aujourd’hui. Pas un fait, un détail, une circonstance de quelque valeur de la vie du Sauveur, d’où il ne tire une objection contre les chrétiens.
2° Preuves négatives.
1° Il répugne d'attribuer à l'Eglise un acte absolument con-
1 A, T., n. 41; Supra, n. 23. — ? Supra, n.13 et 23. Voir un spécimen des citations des Pères au second siècle dans Gainet : La Bible sans la Bible, et dans Rœnsh., Supra, n.23. —3 In 1v Evang., Præf.— # In Matth., xx1V, 36. — 5 Stultissime tibi persuasisti græcos codices esse falsatos, dit-il à Helvidius, xvr. Paucæ et sacrarum litterarum studiosis notissimæ sententiarum varictates, dit S. Augustin, Cont. Faust., xr, 2. — 6 Supra, n.16.—7Th.Keim; et Aubé, His{. des persécutions de l'Eglise, t. Il, ch.v, Bibliothèque de Celse, ctc.; Etudes des PP. Jésuiles, 1856, p. 360, ctc.; Ginoulhiac, Orig. du Christ.; Wallon, Croyance à l'Evangile, 1, 1.
traire aux dispositions communes des pasteurs et des fidèles. Or, tel serait celui d’avoir altéré ou avoir laissé altérer substantiellement les livres des Apôtres entre ses mains. Les pasteurs ont toujours regardé comme leur devoir le plus sacré de conserver et de communiquer aux fidèles, dans toute sa pureté, la divine parole. $. Paul n’a rien recommandé avec plus d'instance à Timothée ‘. On connaît les imprécations de S. Jean contre quiconque ajouterait ou retrancherait le moindre mot à son Apocalypse ?. On sait que S. Justin comparait le crime d’altérer les Ecritures à celui de substituer le veau d’or au Seigneur, et qu’un des plus graves reproches qu’on fit aux hérétiques, c'était de violer la parole de Dieu, d’en altérer le sens, s’ils n’en falsifiaient pas le texte *. Les fidèles eux-mêmes étaient à cet égard d’une susceptibilité extrême. Ils étaient si éloignés d’altérer les Livres saints, qu'ils redoutaient ce qui pouvait en mettre le moins du monde l'intégrité en péril. On peut lire dans Sozomène(+430), ce qui arriva à Tryphylle, évêque de Lèdre en Chypre, pour avoir remplacé le mot grabat par le mot lit, qui lui paraissait plus noble, dans la lecture de S. Jean *. Un fait plus significatif encore, c’est la difficulté qu'éprouva $S. Jérôme à faire recevoir sa version de l’Ancien Testament à la place de lItalique. T1 dut même y renoncer pour le Psautier; et, quant aux livres du Nouveau Testament, il s’en tint à quelques corrections grammaticales *. Quelle opposition n’eût-il pas soulevée, s’il avait entrepris d’en refondre tous les livres et d’en changer à la fois le sens et la lettre!
2e Si l'Eglise avait jamais altéré ses livres, ç’aurait été pour y insérer ce qu’on donne pour apocryphe, ou pour en retrancher ce qui l’exposait à la dérision de ses ennemis. Or, elle n’a fait ni l’un ni l’autre. Déjà nous avons montré
1 I Tim., 1v, 20. Cf. Matth., xxvur, 20. — 2 Apoc., xx1r, 18, 19. — 36, Justin., Dial., 18. Cf. Euseb., H., v, 28. — + Sozom., H. E., x, 11. CPS MAUS MEpist.LLXxT, 0, Euseb,"H.,1v, 29. "5 Quia: vololoperari cibum qui non perit et antiquam divinorum voluminum viam sentibus vireultisque purgare, falsarius vocor ct errores non auferre sed serere. S. Hieron., In Job., Prol. Epist. xxvur, 1. Cf, S. Aug., Epist, Lxxt et xx SA SD AUD, n. 120 4130:
qu’à la fin du premier siècle, ce que les rationalistes voudraient retrancher du Nouveau Testament, ce qui, suivant eux, ne remonterait pas aux Apôtres, les miracles du Sauveur et sa divinité, ne faisait pas l'ombre d’un doute dans l'Eglise. Qu'on se rappelle les grandes Epiîtres de $S. Paul, celles de $. Clément et de S. Ignace, la lettre de Pline à Trajan, le fragment de Quadratus ; qu’on pense aux écrits dont les rationalistes contestent l’authenticité, mais qu’ils reconnaissent être du premier siècle, comme l’Epitre aux Hébreux; qu’on songe à l’Apocalypse dont ils placent la composition en l’an 68, et l’on reconnaîtra que ce qu’ils voudraient faire inventer au second et au troisième siècle a toujours été cru et professé hautement chez les chrétiens. D'un autre côté, ne voit-on pas qu’on peut faire encore aujourd’hui et qu’on fait tous les jours contre le Nouveau Testament les mêmes objections que faisaient Julien, Porphyre et Gelse ‘? Comment donc imputer à l'Eglise d’avoir ajouté aux saints Livres ce qu’on y censure ou d’en avoir retranché ce qu’elle avait intérêt à supprimer commeinexaet, ou contraire aux idées communes!
30 Enfin, si une telle altération avait eu lieu, elle ne serait pas passée inaperçue et ilen resterait des traces. Nous saurions à quelle époque elle se serait faite, quelles difficultés elle aurait rencontrées, par quels moyens elle aurait réussi. Comme rien ne touche de plus près à la foi, rien n’eût excité davantage les plaintes des fidèles, les résistances des pasteurs, les récriminations des hérétiques. Quel est le sectaire qui n’eût opposé le vrai texte des Ecritures, le texte ancien et pur, aux textes falsifiés, allégués contre lui? Le scandale causé par cette fraude aurait été d'autant plus grand et les luttes d'autant plus vives, que les exemplaires du Nouveau Testament étaient plus nombreux et mieux con-
1 «On ne vit jamais mieux l'honnêteté de l'Eglise. Il est impossible que quelques-unes des contradictions des Evangiles n'aient pas dès lors crevé les yeux. Celse les relève déja finement. On aima mieux s’exposer pour l'avenir aux plus foudroyantes objections, que de condamner des écrits tenus pour inspirés par tant de personnes. » M. Renan, l'Eglise, 500-501.
nus ‘ et que l’altération aurait dû porter non sur un livre seulement, mais sur tous à la fois, pour qu’on ne pût pas les mettre en opposition les uns avec les autres. Or, a-t-on jamais rien vu de semblable dans l'Eglise? Un auteur quelconque, Catholique ou hérétique, juif ou païen, lui a-t-il jamais reproché sérieusement une pareille altération ? Peutêtre Marcion a-t-il essayé quelque part de dire que nos Evangiles étaient interpolés; mais c’était pour se disculper des mutilations qu’on lui reprochait très justement à lui-même; c'était d’une manière vague, sans rien préciser, sans rien prouver surtout; c'était en confessant que l'essentiel au moins restait intact, puisqu'il conservait lui-même presque toute l’histoire du Sauveur dans son Evangile de S. Luc. Aussi nos apologistes n’ont-ils jamais cessé de proclamer intégrité des livres de l'Eglise et d'affirmer hautement que les hérétiques seuls ont essayé d’y porter atteinte?. Concluons qu’à aucune époque, nos saints Livres n’ont été ni pu être altérés dans leur substance, et qu’attribuer à des interpolations les miracles et les mystères qui y sont contenus, c’est de toutes les assertions la plus téméraire, la plus mal avisée et la moins soutenable ?.
Nota. Ce que nous avons dit‘ ne démontre pas absolu-
1 S. Chrys., In Joan., Homil., xxxur1, 3 Ct In Acl., Hom., nr; Eusèbe, H., ux, 24. Suivant le Dr Norton, il devait y avoir à la fin du second siècle plus de soixante mille copies des Evangiles, disséminées dans le monde. Genuiness of the Gospels, p. 28. Vers 270, S. Optat écrivait à propos des Tradileurs, que l'Eglise n'avait souffert aucun préjudice de leur chute, qu'elle n'avait rien perdu de ses documents sacrés. » Bibliothecæ refertæ sunt libris; nihil deest Ecclesiæ : per loca singula divinum sonat ubique præconium ; non silent ora lectorum ; manus omnium codicibus plenæ sunt. » De schim. Donat., T in fine. — 2 Non alios novi qui evangelii contextum immutaverunt quam Marcionis, Valentini forsitan et Lucani sectatores. Id vero crimini nostræ doctrinæ non est imputandum. Orig., Cont. Cels., 11, 27. Cf. Tert., Adv. Marc., 1, 28; 1v, 2; De Præsc., 31-39 ; de Carn. Christ.,?; Euscb., {., 1v, 23; v,28;5. Epiph., Hæres., xur, 9, 14; Bossuet, A. U., x, 27. — 3 Nihil videtur ab eis impudentius dici, vel, ut mitius loquar, imbecillius, quam divinas Scripturas esse corruptas, cum in nullis tam recenti memoria extantibus exemplaribus possunt convincere. S. Aug., de Ulilil. credendi, TT. UF. Cont. Faust., xx, 2 ; xxx, 6. — # Supra, n. 22-24.
72 INTRODUCTION AU NOUVEAU TESTAMENT. [No 25
ment l’authenticité et l'intégrité de chacun de nos Livres. Aux difficultés spéciales, il reste à opposer les solutions particulières. Mais les raisons que nous avons données suffisent pour établir, en général où quant à la substance, l’origine apostolique du Nouveau Testament, et par conséquent la certitude de son histoire et la pureté de sa doctrine.
25. — Quand les Docteurs rationalistes ont reproché à nos saints Livres des erreurs ct des contradictions, ont-ils été heureux dans lcurs allégations ?
Quand ils ont voulu signaler des erreurs, ils ont dû se borner, comme leurs devanciers, à relever des difficultés ou à signaler des invraisemblances. Au lieu de preuves évidentes et de faits incontestables, ils n’ont apporté que des doutes, des conjectures, des objections vaines et sans portée.
En effet, 1l faut regarder comme absolument vaine toute objection qui tend seulement à prouver que nos écrivains sacrés étaient sujets aux mêmes défauts que les écrivains ordinaires ; par exemple qu’ils ne sont pas d'accord entre eux sur certaines circonstances, qu'ils se contredisent sur quelques détails. Quand cela serait démontré, quel avantage les raltionalistes en pourraient-ils tirer contre nous? Avonsnous à établir contre eux que nos auteurs sont inspirés et divinement infaillibles ? Non ; il nous suffit de les convaincre qu’en attestant les faits principaux de la vie du Sauveur, ces témoins n’ont été ni trompés ni trompeurs. Pour cela, il n’est pas nécessaire de les supposer inspirés de Dieu ni absolument infaillibles. Eh! qu'importe une légère inexactitude dans le récit d’un miracle, dans l’indication du lieu, du temps, des circonstances, si l’on convient que le fait est réel, et s’il est constant qu'il est miraculeux? Qu'importe même qu’on puisse contester le caractère surnaturel de tel prodige opéré par le Sauveur, si l’on est obligé de reconnaitre ce caractère dans une foule d’autres, si Jésus-Christ est ressuscité, si l’on se voit en présence d’une Eglise dont il a prédit la destinée, et dont il est im-
possible d'expliquer naturellement la fondation, la durée et les œuvres?
Du reste, nous nions absolument qu’on ait jamais convaincu les auteurs sacrés d'erreur ou de contradiction sur aucun point. En vain y travaille-t-on depuis dix-huit siècles. Chaque année voit surgir un nouvel incrédule qui prétend faire ce qui n’a pas été fait jusqu’à lui; mais son objection est réfutée aussitôt qu’exposée ; puis, tombant dans l’oubli, elle fait place à une autre qui n’a pas un meilleur sort. Sans doute il y a des obscurités dans l’histoire évangélique comme dans toutes les autres ; mais il n’est pas de difficultés qu’on ne puisse résoudre de manière à contenter les hommes de bonne foi. « Jai lu Strauss avec attention, dit le P. Lacordaire, dans les belles Conférences qu’il a consacrées à la réfutation de ce docteur. Après avoir étudié un paragraphe (il y en à 149, distribués en quatre volumes), je fermais le livre, pour me remettre de la fatigue, et d’une sorte de frayeur causée par l’abondance de l’érudition. Puis ouvrant l'Evangile, je lisais respectueusement le texte, objet de la discussion, pour voir si je ne parviendrais pas, sans le secours d'aucun commentaire, à rompre le nœud de la difficulté. Eh bien! à part trois ou quatre passages, il ne me fallait pas plus de dix minutes pour dissiper le charme d’une vaine science, et sourire au dedans de moi de l’impuissance à laquelle Dieu a condamné l'erreur. »
Ce qui résulte de ces inexactitudes apparentes et de ces prétendues contradictions, c’est l’authenticité même de nos saints Livres. En effet, les premiers convertis n’étant ni moins éclairés ni plus crédules que nous, les difficultés qu’on nous objecte ne leur ont pas échappé ; elles devaient même les frapper davantage. D'où vient qu’elles ne les ont pas empêchés de recevoir pour divins les livres qui les contiennent, sinon parce qu'ils leur étaient donnés de la main des Apôtres ou qu’ils ont pour auteurs les écrivains sacrés dont ils portent le nom‘?
1 Qui nocere intendunt Ecclesiæ, prosunt et nolentes. S. Bern., In Cant., xxx, 1.
IX, ÿ
74 INTRODUCTION AU NOUVEAU TESTAMENT. [n° 26
26. — Les rationalistes peuvent-ils sans déraison nier absolument la réalité de tout fait miraculeux ?
Telle est l'évidence du miracle qu’il est impossible d’y échapper. C’est une remarque de $. Augustin, reproduite par S. Thomas et par beaucoup d’autres. Si l’on refuse d’admettre à l’origine les miracles évangéliques qui dérogent aux lois du monde physique, on est forcé de supposer une foule d’autres miracles équivalents, ou de dérogations non moins certaines aux lois de Pordre moral. Que dis-je? Ce qu'il faut supposer est plus étonnant que ce qu’on rejette ; car si l’on trouve incroyable que Dieu ait fait des miracles pour convertir le monde, comment peut-on croire que le «monde ait donné sa foi à tant de miracles, sans en avoir vu aucun ‘ ? Et si le surnaturel est contraire à la raison, comment tant d'hommes raisonnables y ont-ils cru, avec cette sincérité, avec cette constance, avec cette ténacité ?
Tout considéré, il n’est qu’une hypothèse capable d’expliquer l'établissement du christianisme : c’est celle d’une fondation divine. Comme les miracles de Jésus-Christ et des Apôtres obligeaient leurs contemporains à croire d'avance à l'établissement et au règne futur de l'Eglise, l'établissement de l'Eglise et son règne actuel nous obligent à croire aux miracles anciens de Jésus-Christ et des Apôtres ; tellement que, si l’histoire du Sauveur nous était inconnue, si elle n’avait pas été écrite par les évangélistes, nous devrions la supposer telle qu’elle est, pour nous rendre compte des faits qui l'ont suivie. Faire du christianisme, comme les rationalistes, une œuvre purement humaine, c’est se mettre hors d’état d’en comprendre le succès. En excluant le prodige, on le ramène.
1 Si miracula facta esse non credunt, hoc unum nobis grande miraculum sufficit, quod terrarum orbis sine ullis miraculis crediderit. S. Aug., De civil. Dei, xxit, 5. Saltem huic miraculo credendum est, mundum sine miraculis fuisse conversum, Jbid. Esset autem omnibus signis mirabilius, si ad credendum tam ardua, et operandum tam difficilia, et ad sperandum tam alta, mundus absque mirabilibus signis inductus fuisset a simplicibus et ignobilibus hominibus. S. Thom., Cont. Gen., I, 6. Bourdaloue, L’incrédule convaincu par lui-méme.
27. — Inspiration des auteurs sacrés : est-elle complète et continue ® et doit-on à leurs récits la même foi qu'à leur doctrine ?
Les protestants ont commencé par exagérer le dogme de Pinspiration des Ecritures. L'écrivain sacré n’avait été qu’un instrument entre les mains de Dieu; les mots lui avaient été dictés aussi bien que les pensées ‘. Aujourd’hui, leur sentiment est tout différent. Ou ils ne croient plus à l'inspiration proprement dite, ou ils la font intermittente et la restreignent aux parties doctrinales. La plupart au moins ne font pas difficulté d'admettre que les auteurs inspirés ont pu suivre les préjugés régnants et se tromper comme les autres, en matière d'histoire, de science, etc. Heureusement ils n’ont fait, dit-on, que des méprises légères et des inexactitudes sans conséquence : les erreurs dans lesquelles ils sont tombés en certains endroits sont d’ailleurs corrigées en d’autres, de sorte que l’ensemble est irréprochable ?.
Sans aller aussi loin, quelques-uns de nos docteurs, Erasme au xvi° siècle, Holden au xvi° *, et plus récemment Feilmoser *, etc., n’ont pas laissé de s’écarter de la doctrine reçue. Ils n’affirment pas qu'on trouve en l’Ecriture des erreurs réelles, mais ils tiennent à dire qu'il pourrait y en avoir ; ils prétendent qu’on ne doit pas mettre sur la même ligne, par rapport à l'inspiration et à lP’infaillibilité, les assertions doctrinales, se rapportant directement au dogme ou à la morale, et les propositions purement historiques ou scientifiques, qui ne concernent ni la foi n1 les mœurs. Que penser de ce sentiment ?
On ne le voit nulle part condamné en termes exprès, la question n’ayant jamais été posée au tribunal de l'Eglise, mais on l’a toujours regardé comme un paradoxe d’une té-
1 Gaussen, Théopneustie. — ? Horne, Introd., Tischendorf, Synop. Evang.; Præf.; Guizot, Médit., t. I; de Pressensé. Cf. Bossuet, VIe Avert., p.3, n. 97; Infra, n. 94. C'est ainsi qu'après avoir nié le purgatoire pour n'admettre qu'un enfer, la plupart des protestants nient maintenant l'enfer et ne veulent plus reconnaître qu'un purgatoire. In/ra, n. 666. —
Analysis fidei, 1, v, 1. Cf. Bergier, Dict. théol., Inspir. — # Introd., Inspruck, 1806.
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mérité excessive, et tout à fait inadmissible ‘. Quoi de plus contraire, en effet, à la croyance et à l’enseignement commun ? ?
L°Iln’ya pas moyen de le concilier avec la parole de Notre Seigneur : Non potest solvi Scriptura”, ni avec celle de S. Paul : Omnis Scriptura divinitus inspirata, etc., de quelque manière qu’on l'explique * ; ni, ce semble, avec la définition du concile du Vatican : Si quelqu'un ne reconnaît pas pour sacrés et canoniques les livres de la sainte Ecriture avec toutes leurs parties, ou s’il nie qu'ils ont été inspirés de Dieu, qu’il soit anathème . Ces termes sont généraux ; loin de faire aucune réserve, le concile étend expressément sa définition à toutes les parties des saints Livres ; quél moyen d’en exclure la partie historique, qui est la principale ?
20 Il est opposé à la pratique comme à la conviction de tous les docteurs catholiques. Jamais les pasteurs de l'Eglise ne se sont crus désintéressés dans les objections qu’on a faites contre la véracité des Ecritures, quel qu’en fût l’objet. Jamais ils n’ont enseigné, jamais ils n’ont admis ni supposé que les auteurs sacrés aient pu se contredire ou se tromper en aucun endroit. Loin de là, ils ont toujours été convaincus qu’en fait d’exactitude tous les passages comme tous les auteurs sont solidaires, et ils se sont efforcés de concilier ensemble les généalogies aussi bien que les discours du Sau-
1 Ilest bon de rappeler ici les deux propositions suivantes, dont la première a été censurée par l'Assemblée du clergé de France en 1700, et la seconde par Pie IX dans le Syllabus de 1864. « Non sunt scandalosæ aut erroneæ opiniones quas Ecclesia non corrigit. » « Obligatio qua catholici magistri et sceriptores omnino astringuntur, coarctatur in is tantum quæ ab infallibili Ecclesiæ judicio veluti dogmata ab omnibus credenda proponuntur. » Cf. Bossuet, Déf. de la trad. 1, 22 ; VII, 14. — 245: Th; pal 82; a AGE Mn hu 25 Ouodl tar 26, adME Melchior Can., de Loc. theol., IT, xvi-xvut; Bellarm., De Verb. Dei, 1, 6; S. Lig., Cont. Hær.,1,$ v; Card. Franzelin, de Trad. et Script., append. — 3 Joan., x, 33. — # II Tim., nt, 16. Infra, n. 181. Cf. Luc., xvr, 1; XXU, 21; XXIV, 27. — 5 Libros integros cum omnibus partibus, prout illos Tridentina synodus recensuit. Conc. Vatican, de Revel., can. 3. Les parties dont on se préoccupait à Trente et qu’on paraît avoir eues ici en vue étaient celles d'Esther, de Daniel, etc.; non les parties qu’on pourrait faire, jusqu'aux plus petites. Revue des sciences eccl., mai 1889.
veur !. « Le respect religieux qui m'a été inspiré pour les saints Livres, dit S. Augustin, ne me permet pas de penser que les auteurs sacrés se soient écartés de la vérité sur aucun point. Ce ne sont pas seulement les mensonges formels qu’il répugne d'admettre dans l'Evangile, c’est toute espèce d’erreur, même de mémoire ?, sur le passé aussi bien que sur Pavenir ; car si l’on admet que l'écrivain a pu tromper une fois, il y aura toujours lieu de mettre en doute son témoignage et de se demander s’il ne trompe pas : Tota Scripturarum vacillaret auctoritas. » Telle est également la doctrine de S. Jérôme”, ou plutôt celle de tous les Pères ; car tous donnent pour divines les moindres paroles de nos saints Livres et demandent qu’on s’y soumette d’esprit et de cœur“.
1 Euseb., Æ., 1, 1. — 2? $. Aug., De consensu evang., 11, 29; vi, 13-48; Epist xs, 8;)xL, 81et Lxxx 11, 9,00, 7,, 221245 In Joan. ax De Genes, ad Litt., 1, 4; De civil. Dei, xvurr, 40; Serm. axxxur, 6; De Morib. Eccles., 1, 62-69. Cf. S. Greg. Naz., Orat. Ile, De fuga sua, n.105; Origen., De principiis, 1v, 1, etc. — 3 Non adeo hebetis sum cordis ut aliquid de dominicis verbis, aut corrigendum putaverim aut non divinitus inspiratum. Hoc enim impiorum est, Celsi, Porphyrii, Juliani, S. Hier., Ep. xxvu, Lvu. Scripturam mentiri nefas est diccre. In Nahum, 1, 10. Cf. Epist. zvu, 9; cexxvi, oxxxvinr, et In Philem., Præf. Item S. Clem. I Epist. 45; S. Justin., Dial., 65; Origen., In Rom., 11, 3; De princip., 1v, 1 ; S. Greg. Naz., De fugd sud, Orat., 11, 105. — # Le système de l'inspiration relative ou restreinte a été embrassé avec éclat dans un ouvrage de M. Lenormant, mis à l’Index en 1885 : Origines de l'hisloire, suivant la Bible, etc. Suivant l’auteur, la Bible contiendrait des erreurs et des contradictions nombreuses; mais ces contradictions et ces erreurs seraient sans préjudice pour la religion, parce qu’elles porteraient sur des faits historiques et non sur les données essentielles du dogme ou de la morale. « S. Augustin et 5. Chrysostome n’ont pas hésité, dit-il, à admettre des discordances de ce genre jusque dans les Evangiles. » À cet égard, l'illusion de M. Lenormant est évidente. Le livre de S. Augustin qu'il allègue : De consensu evangelislarum, a précisément pour but de réfuter son sentiment et de montrer que les évangélistes ne sont en contradiction sur aucun point. « Evangelista non est evangelistæ contrarius in his quæ narrat, dit ce Père, quamwis non concordet. » In Matth., Serm. xx1; De consensu Evang., 1, 35. Tel est aussi en réalité le sentiment de S. CGhrysostome : Sacra Scriptura cohæret sibi tota. In Marc., Hom. 1v. A l'endroit qu'on objecte (In Matth., Præf. Hom., 1, 2,3), le saint docteur fait remarquer, comme tous les commentateurs, que les récits évangéliques offrent des variantes, qu'ils diffèrent les uns des autres, quant aux circonstances et à la suite des
30 Ajoutons que le petit nombre de docteurs qui ont hasardé à cet égard un autre sentiment n’ont jamais su le formuler d’une manière précise, et qu'on ne voit pas quelle règle pratique on en pourrait tirer. On convient qu'on doit regarder comme infaillible toute parole qui intéresse la foi ou les mœurs. Mais quels sont les textes qui peuvent passer pour indifférents à ce double point de vue? S. Paul ne dit-il pas que fout ce qui est dans les Ecritures a été écrit pour notre instruction et notre édification ‘? Prétendre que lhistoire s’y distingue nettement du dogme, c’est méconnaitre la nature de la révélation chrétienne. Qui ne sait qu’un grand nombre de faits sont pour nous des dogmes, que la doctrine est mêlée aux faits, et qu’ainsi, les assertions historiques et les enseignements dogmatiques étant liés ensemble comme les fils d’un même tissu, la certitude des uns dépend essentiellement de la vérité des autres ? Est-il un livre qui contienne plus de récits et qu’on puisse moins soupçonner d'erreur que l'Evangile? Ignore-t-on que les œuvres du Sauveur sont pour les chrétiens autre chose que des faits historiques, qu’elles leur sont proposées par le divin Maître lui-même, tantôt comme des preuves de sa mission, tantôt comme des exemples et des leçons ?, et que leur valeur, sous ce double rapport, dépend de leur réalité? Un grand nombre ont une signification symbolique et même prophétique. « Les miracles ont leur langage, dit S. Augustin : en frappant nos regards, ils parlent à nos cœurs *. » Bien plus, le Sauveur et les Apôtres attribuent le même
faits; mais loin d’en conclure qu'ils se contredisent ou qu'ils donnent dans l'erreur, il affirme expressément que tous leurs récits sont conformes à la vérité, et il s'engage à montrer en temps et lieu qu'ils ne sont en contradiction sur aucun point. On peut voir qu'il tient parole, en consultant la table des matières. Cf. Mgr Freppel, sur» Origène, 1. xi, p. 230.
1 Quæcumque scripta sunt, ad nostram doctrinam scripta sunt. Rom., xv, 4. Scripta sunt autem ad correptionem nostram. I Gor., x, 6, 11. — 2 Joan., xn1, 19. — # Habent miracula, si intelligantur, linguam suam; nam quia Christus Verbum Dei est, etiam factum Christi verbum nobis est. S. Aug., In Joun., xx1v, 2. Sicut humana consuetudo verbis, ita divina potentia factis loquitur. [tem Epist. au, 33.
caractère aux faits de l’Ancien Testament, et souvent aux moindres circonstances de ces faits. Qu'on se rappelle le serpent d’airain ‘, Agar chassée de la maison d'Abraham ?, le voyage des [sraélites dans le désert *, etc. Qu'on songe, dit Tertullien, que Jésus-Christ a été figuré en même temps que prédit dès l’origine du monde ‘. Il ne saurait donc y avoir rien de purement humain dans nos saints Livres; et toutes les parties, ayant la même origine, ont aussi la même infaillibilité 5.
On est libre, dit-on, de ne pas étendre l’inspiration jusqu'aux mots, et il faut bien reconnaître en beaucoup d’endroits des expressions figurées, de la poësie, des paraboles, des allégories, des hyperboles, etc. — Sans doute, et c'est pourquoi on doit laisser une certaine latitude aux interprètes ; mais ce n’est pas de mots ni de style qu'il s’agit ici : il s’agit de pensées, de significations. Si toutes sont inspirées, toutes sont divines, vraies par conséquent et irréformables. D'ailleurs, si tous les catholiques ne disent pas que les termes de l’Ecriture sont inspirés, est-ce que tous ne reconnaissent pas au moins qu'ils sont d’une justesse et d’une exactitude irréprochables, comme ceux de l'Eglise dans ses définitions ?
Conclurons-nous qu’il n’est jamais permis de mettre en doute l’exactitude d’une expression, d’un nom, d’un chiffre, dans la Vulgate ou dans le grec actuel ? Non. De ce que Dieu a préservé d'erreur les écrivains sacrés, il ne suit pas qu'il ait également préservé de toute faute les copistes qui les ont transcrits ou les interprètes qui les ont traduits ©. C’est assez
4 Joan., xx, 14. — 2 Gal., 1v, 29, 30. — 3 I Cor., x, 1-12; Heb., 1v, 4-11. — # Scimus, ut vocibus, ita et rebus Christum prophetatum. Tert., Adv. Marc. — 5 Cf. Gal., ur, 16; Heb., vu, 8; xu, 27. Infra, n. 44. On a parlé à ce sujet d'obiler dicla; mais on ne conçoit d'obiler dicla, de « choses dites en passant, accidentellement, » que là où il y a certaines propositions distinguées des autres, en tant que définies et imposées à la croyance ; comme dans les décrets des papes et des conciles. Rien de semblable dans les livres saints. — 6 Cf. IT Reg., vr, 23 et xx1, 8. — IV Reg., vin, 24 et II Paral., xxx, 2. — IV Reg., xx1v, 8 et IL Paral., xxvr, 9. La chronologie de la Vulgate, des Septante et du Martyrologe.
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pour donner aux critiques toute liberté d'exercer leur talent. L'Eglise ne nous garantit absolument que trois choses : l’inspiration complète et continue des Livres canoniques, l'exactitude doctrinale de la Vulgate, et l'intégrité parfaite des passages dont elle a défini la valeur ou le sens ‘. Hinc si quid absurdum occurrit, dit S. Augustin, non licet dicere : Auctor hujus libri non tenuit veritatem : sed aut codex mendosus est, aut interpres erravit, aut tu non intelligis *.