CHAPITRE IT
40 Importance de cette étude et méthode à suivre.
* 28. — Le Nouveau Testament ne mérite-t-il pas spécialement notre application et notre respect?
Nul objet plus digne de notre respect et de notre application. — 1° En lui-méme, il n’est pas moins supérieur à l'Ancien que la mission du Fils de Dieu ne l’est à celle de Moïse et des prophètes”. Comme doctrine, c’est la révélation complète des mystères que la loi se bornait à faire entrevoir. Comme histoire, c’est le couronnement des œuvres de Dieu dans l’ordre surnaturel; c’est la réalisation des promesses faites aux patriarches, des espérances de l’ancien peuple, des figures et des ombres du culte lévitique *. — 2° Par rapport à nous, il n’est rien dont la connaissance nous soit plus nécessaire. Nous sommes les ministres du Nouveau Testament” ; c’est sa doctrine que nous avons à
1 Par exemple, Concile de Trente, sess. v, 4; sess. vi, de Bapt., can. 2; sess. x1v, De pœnit., can. 3, 10, et de Extr. unct., can. 4, etc. — 2 5. Aug., Cont. Faust., 1. xxx; {n Psalim. exv:; Serm. xxxr, 5. — SRHeb nn, Joan. 1, AS Heb vie Avr RS = SAN Cor. ir, 6: Pour les fidèles, voir Pii VI Lilleræ ad Arch. Florent., Greg. XVI, Encycl. 8 mai 1844; et Bossuet, Instr. sur la lect. de l'Ecril, sainte.
prêcher ‘ ; c’est sa morale, ses lois, ses conseils, ses exemples, que nous devons exposer, pratiquer, défendre ; c’est donc le Nouveau Testament que nous devons étudier et connaître avant tout ?. L’Ancien n’a plus guère d’intérêt que parce qu’il sert à établir et à expliquer le Nouveau *.
29. — Qu'est-ce qu'un ecclésiastique doit se proposer dans l'étude du Nouveau Testament et quelle méthode doit-il suivre?
le Abstraction faite de toute vocation particulière, ce qu'un ecclésiastique doit chercher avant tout dans le Nouveau Testament, c’est la science du salut et de la perfection pour lui et pour les autres; c’est le moyen de bien servir Dieu et de lui gagner des âmes. Ce qu’il doit le plus étudier par conséquent, c’est l'Homme-Dieu, le maître et le modèle suprême. Qu'il s'efforce de le connaître d’une manière complète, non seulement dans sa double nature, dans sa doctrine, dans ses maximes, mais encore dans sa vie, dans ses mystères, dans ses perfections, dans ses vertus, dans ses amabilités, dans ses bienfaits *., Qu'il considère la vérité, la
1 Bonæ margaritæ lex et prophetæ : una pretiosa Salvatoris scientia, Hug. a $. Vict., In Matlh. — 2? Lecto evangelio, codex evangelicus apertus datur sacerdotibus osculandus, cæteris vero clausus, ac si ipso tempore dicatur ei : « Tibi datum est nosse mysterium regni Dei, cæteris vero in parabolis. » Hildeb., Serm., xcvi, 6. Infra, n. 213. Fénclon, Ille Dial. sur l’élog. — 3 Ce qui le recommande est trop souvent ce qui le fait négliger. Comme beaucoup de savants ne veulent qu'être savants, qu'ils cherchent surtout à augmenter leurs connaissances et à faire briller leur talent, un sujet moins pratique a pour eux plus d'attrait. Ils aiment mieux l'Ancien Testament et les études accessoires d'archéologie, de chronologie, de philologie, etc., qui exercent l'esprit, sans toucher la conscience. L'Evangile les attirerait aussi, s’il n'était qu'une histoire ; mais c'est une doctrine et une exhortation. Au lieu de compter pour rien, comme S. Paul, les études qui ne mènent pas au divin Maitre, ils n’ont de goût que pour ce qui les tient à distance. Au trésor caché et à la perle sans prix, ils préféreront souvent une question curieuse, une découverte sans importance, une conjecture ou un paradoxe d'un auteur juif ou païen. Tout les attire, tout pique leur attention, excepté ce qui le mérite. Cf. S. Bern., Epist. vi. — # Joan., xvur, 3; xx, 31; I Cor., 1, 2, 42; Phil., ur, 8; IL Pet., m1, 18. In illo sunt omnes thesauri sapientiæ et scientiæ absconditi. Quæ non propterea abscondit ut neget, sed ut absconditis excitet desiderium, Hæc estutilitas secreti. S. Aug., Serm. Li, 4.
ul
De
82 INTRODUCTION AU NOUVEAU TESTAMENT. [n° 29
beauté, la portée de ses instructions et de ses exemples *. Qu'il étudie ensuite ses Apôtres, tout remplis de son esprit, comme d’autres lui-même. Par là il se rendra capable de le faire connaître et aimer des fidèles ; il acquerra la science du royaume des Cieux et il réalisera dans sa personne le type du prédicateur, du directeur, du pasteur des âmes : Scriba doctus in regno cælorum, qui profert de thesauro suo nova et vetera ?.
2 Est-ce à dire qu’on doive négliger les {ntroductions et les ouvrages critiques? Nullement; mais nous tenons à en faire remarquer linsuffisance. La première chose à faire, sans doute, c’est de reconnaître l'autorité des saints Livres, d’en constater l’authenticité, l'intégrité, l'inspiration; de les savoir défendre contre les objections des incrédules *; néanmoins ce n’est qu'un préliminaire, et l’on aurait tort de s’y trop attarder. À quoi servirait d’être en possession d’un trésor, si l’on ne devait pas en faire usage; d’avoir la clé d’un palais, si l’on ne voulait pas y entrer et en contempler les merveilles? L’Ecriture est un temple où Dieu rend ses oracles. On ne saurait mettre trop de zèle à défendre l’édifice; mais si l’on devait toujours rester au dehors pour veiller à sa sûreté, quel avantage tirerait-on des révélations qui se font au dedans? Ce n’est qu’à l’intérieur qu’on entend la voix de la divine sagesse. Les ecclésiastiques judicieux et
1 In iis quidquid docetur, veritas, quidquid præcipitur, bonitas, quidquid promittitur, felicitas est. Hug. a S. Vict., de Anim. — ? Matth., x, 51, 52. Cf. Matth., x11, 35. Hæc manna in mane juventutis debet colligi : non enim invenitur nisi mane. Hug. Card., de Isai., Lv, 1. — 3 Forte de via mala, hoc est de vita mala, fatigatus, nescio quis amicus tuus, non inveniens veritatem, venit ad te et dicit: « Redde mihi rationem; fac me christianum. » Et interrogat quod forte tu per simplicitatem fidei nesciebas, et non est unde reficias esurientem, et cum vis docere, cogeris discere. Ubi quæras, nisi in dominicis libris? Fortassis quod ille interrogavit in libro positum est, sed obscurum est. Forte dixit hoc Apostolus in Epistola sua. Urget amicus esuriens. Tibi sufficiebat simplex fides; illi non sufficit : numquid deserendus est? S. Aug. Serm. av, 2, 3. Dans une encyclique aux évêques d'Italie, Léon X[II leur recommande d'avoir soin que la jeunesse cléricale soit pleinement instruite dans les matières qui touchent à l'interprétation et à l'autorité des écritures sacrées. » 15 fév. 1882.
pratiques recommandent de s'attacher aux textes inspirés, de lire de préférence les plus beaux endroits, qui sont les plus clairs ‘, de les lire posément, avec réflexion, en en pesant tous les termes, de les relire le plus possible, dans des langues et des dispositions diverses, de manière à les voir sous tous les aspects, à en découvrir tous les sens; de les rapprocher d’autres passages analogues ou opposés en apparence, afin d’en saisir les rapports et les différences ; enfin de s’en pénétrer, de s’en nourrir et de les graver profondément dans sa mémoire ?.
3° Quant aux dispositions que demande cette étude, il n°y a pas de doute qu’il ne faille y apporter, avec l'esprit de foi ?, de pièté *, d'humilité *, un certain degré d’ardeur et d’application ©. « Creusez les Ecritures, disait le divin Maitre; approfondissez les saints Livres 7. » Les textes les plus
1 In iis quæ aperte posita sunt, inveniuntur omnia quæ continent fidem moresque vivendi, spem scilicet et caritatem $. Aug., de Doct. christ., 11, 14. — 2 Joan., v, 39; II Tim.. 111, 45. Habes quod primum bibas ; habes quod secundum; habes quod posterum. S. Amb., Epist. ad Const., I, 11, 3. De his verbis verissimum est non esse numeranda, sed ponderanda. $S. Aug., In Joan., cx1ur. =— # Sic audiamus Evangelium quasi præsentem Dominum. S. Aug., In Joan., xxx, 5. Dicit mihi homo : Intelligam ut credam. Respondeo : Crede ut intelligas. Intellectus est merces fidei. S. Aug., Serm., xt, 4. Cf. axLvIr, 2. — # Prov., 11, 3, etc. On connaît l'emblème que M. Olier fit mettre sur sa Bible : le livre inspiré en regard de l’Agneau divin, avec la devise : Par cullus el amor utrique. Cf. S. Aug., Serm. acc. Apocr. — 5 Prov., xt, 2. Non intelligis ; parumintelligis : honora Scripturam Dei, honora verbum Dei etiam non apertum; differ pietate intelligentiam. Noli accusare obscuritatem aut quasi perversitatem Scripturæ. Perversum hic nibhil est; obscurum autem aliquid est, non ut tibi negetur, sed ut exerceat accepturum. Medicus fecit hoc ut pulses. Voluit ut exercereris in pulsando; voluit ut pulsanti aperiret. Ergo noli indignari quod clausum est; mitis esto; mansuetus esto, Noli recalcitrare adversus obscura et dicere : Melius diceretur, si sic diceretur. Quando enim potes tu sic dicere aut judicare quomodo dici expediat? Sic dictum est quomodo dici debuit. Non corrigat æger medicamenta sua; ei crede qui te curat. 5. Aug., In Psalm. exLvi, 12. Cf. Serm. 1r, 5 {nfra, n. 585. — 6 Joan., vit, 17; Act., xvIr, 11, 12; I Thess., 11, 13; Heb., x1, 1; Fénclon, Médit., 1, Elude de l'Evangile. — 7 Joan., v, 39. Non dixit : Legite Scripturas, sed scrutamini, Divina enim summa indigent diligentia. Idcirco effodere profundius jubet, ut quæ alte delitescunt, invenire possimus, S. Chrys., In Joan. Hom, xt, 1. Intellectum valde ama, S. Aug., Ep. ad Cressent.
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clairs ont souvent une grande profondeur ‘. Dans toute étude, l'application est une condition de succès. On ne réussit guère, en quoi que ce soit, si l’on ne s’y met de toute son âme, avec une volonté déterminée et généreuse ?.
* 39. — Science des langues : est-elle nécessaire pour bien entendre le Nouveau Testament?
I. Il n’est pas inutile de savoir un peu d’hébreu, soit pour entendre les termes syrochaldéens et les étymologies, soit pour préciser les expressions grecques, calquées sur lhébreu, soit pour apprécier les citations, ou pour se rendre compte des irrégularités dont le Nouveau Testament est semé. Les interprètes donnent bien l'explication de ces idiotismes, et l’on s’y habitue assez vite; mais on les comprend toujours mieux quand on les à appris par létude de la langue hébraïque *.
IL. Il est à désirer qu’on entende le grec, et qu’on ait sous la main les textes originaux. Si l’on est forcé de s’en tenir au latin, on sera exposé à plusieurs inconvénients :
1° On aura peine à s'expliquer les hellénismes que le traducteur à insérés dans la Vulgate, en calquant servilement le latin sur le grec *. On n’entendra qu'imparfaitement les mots grecs qu’il a cru devoir faire passer dans sa traduction ‘,et quelques fois on ne saura pas reconnaître le cas ou
1 Eph., ur, 14-19. Sicut in cœlo celatur Deus, sic in Scriptura absconditur. S. Chrys., {n Malth., Hom. 1v. — 3 Plus vous aurez de cœur, d'esprit, de pénétration, de science, de bonne volonté, de courage, d’expérience, de charité surtout, d'amour des âmes, plus vous verrez le texte évangélique s'étendre, s'agrandir pour vous. » Gratry, Sources. — 3 À. T., n. 78, 667; Schilling, De hebraism. N. T., 1886; S. Aug., De doct. christ, ‘1, 11, 16. Cf. Bossuet, {re Inst., sur le livre qui a pour titre : Le N. Testament, vue Remarque. Supra, n.10 ; Infra, n.35, 38, 584. — # CG. Matth., xur, 12; Luc., xir, 24; xxmr, 25; Act, xix, 26: 1 Cor:, in AA MINC0r.,2x,115; Gal uv 24 II Thess Eur 1e HeDeUr 8x, 12) 4,5, 9, etc. — 5 Par exemple : agonia, allegoria, anathema, angelus, antichrislus, apocalypsis, aporiari, apostata, azyma, baplismus, blasphemia, bravium, cauleriare, colaphizare, churisma, christus, diubolus, diaconus, ecclesia, evangelium, hæresis,, holocauslum, idolum, idololatria, judaizare, marlyr, neophylus, parabola, presbiler, proselytu scandalum, schisma, synagoga, etc.
le genre des noms, le latin ne pouvant les indiquer faute d'articles !.
2° On pourrait ne pas saisir parfaitement la pensée des auteurs inspirés; car les termes latins n’équivalent pas toujours parfaitement aux termes grecs, et en rendant l’idée principale, ils laissent souvent échapper les sens accessoires, les nuances, les insinuations, etc, ?. Ainsi, il n’a pas été possible de rendre en latin la précision que donne à quelques mots l’article défini, qui existe en grec aussi bien qu’en français *. Or, la force de certaines preuves ou la faiblesse de certaines objections dépendent de ces particularités, de cette précision, de ces nuances. Il faut donc mettre la connaissance du grec au nombre de celles qui sont le plus désirables dans un exégète, un théologien, un polémiste, etc.
IT. Mais ce serait une exagération de prétendre que sans la science du grec, et surtout de l’hébreu, on n’a pas l’intelligence du Nouveau Testament, ou qu’on n’est pas capable d’en établir et d’en défendre solidement la doctrine. En effet :
1° Au seizième siècle, on déféra à l’université de Paris ces deux propositions : « L’Ecriture ne s’entend guère sans les langues grecque, hébraïque et semblables. » « Sans lesdites langues, un prédicateur ne saurait expliquer exactement les Evangiles et les Epitres. » Toutes deux furent condamnées, la première comme téméraire et scandaleuse, la seconde
2 Cf. Matth., nr, 9; Luc., 1, 54; Act., 1, 6; Rom., v, 7; 1x, 28; xvi, 23; IL Cor., v, 13; I Thess., ur, 7; II Tim., 1v, 3. — 2? Proprietetam græcam latinus sermo non explicat. S. Hieron., {n Philem., 20. Cf. In Gal., v, 8, etc. Comparer avec les termes correspondants du texte grec : regere, Matth., 1, 6; venire, 111, 1; tentare, Matth., 1v, 1; multum loqui; quærere: sollicitus esse; Matth., vi, 7, 33, 34; slare, misereri; xvur, 16, 29; negligere, xxux, 5; possidere, xxv, 34; observare, Marc., ut, 2; suscipere, Luc., 1, 54; parcere, Joan., xxt1, L; munistrare, Act., x, 4; avaritia, I Cor., v, 11; Eph., v, 7, ctc., et Infra, n.38. — 3 Par exemple, aux mots Oeoc, vos, Xpioroc, Ipognrnc, Kuptoc, Baorheuc, Iveuua, ILopOnvos, aptoc, pus, Touunv, œyuoc, dixuioc, epyomevoc, dÜaTxydoc, TOM, Youapta. Infra, n. 158, 159, 239, 544. Cf. Apoc., xvin, 10, 16, 19; xIX, 1,. etc.
comme impie et pernicieuse. L’auteur fut déclaré suspect de luthéranisme *.
2 Nous avons assez de moyens de nous instruire des vérités chrétiennes pour pouvoir en négliger quelqu'un sans inconvénient. Ce qu’on ne saura pas voir dans un texte grec qui l’insinue ou laffirme implicitement, on le trouvera clairement énoncé dans un autre passage ou dans l’enseignement de l'Eglise. « La tradition, dit Bossuet, tient lieu de tout à ceux qui la savent, pour établir le fond de la religion. Sans hébreu et avec assez peu de grec, S. Augustin n’a pas laissé de devenir le plus grand théologien de l'Occident ? et de combattre toutes les hérésies par les démonstrations les plus convaincantes *. » Un catholique ne doit pas oublier que la connaissance des vérités chrétiennes a été donnée à l’Eglise avec la lettre des saints Livres et même avant ces livres. Cette connaissance vit toujours dans son sein. Elle se transmet par l’enseignement, c'est-à-dire par la prédication, par la liturgie, par la littérature chrétienne. Soupçonner les pasteurs et les fidèles d’avoir mal entendu le grec et l’hébreu au commencement, alors que la plupart étaient Hébreux ou Grecs de naissance, est une méfiance ridicule; et prétendre qu’à moins de connaître ces langues, on ne peut entendre la Bible, quand on a soi-même pour principe, comme les protestants, que chaque fidèle est obligé de la lire et capable-de la comprendre, c’est la plus flagrante des contradictions.
1! Duplessis d’Argentré, Collectio judic. de novis error., 30 april. 1530. — ? Antiquæ rursus fidei conditor. S. Hier., Zpist., axLr. Notons pourtant la remarque suivante de ses savants éditeurs : Constat S. Augustinum ad intelligentiam Novi Testamenti subsidio græcæ linguæ satis instructum fuisse, ut probant variæ lectiones quas in locis dubiis aut mendosis adhibuit. Fatetur quidem in Confessionibus suis, 1, 44, vir modestissimus se, cum puerulus latinas litteras adamaret, græcas odisse, sed jam episcopus, Jam senex, ait Erasmus, ad puero sibi faslidilas græcas lillerus reversus est. Qua in re egregium dedit specimen suæ in sacras Scripturas sedulitatis et reverentiæ. Præf. t. 1x. Cf. Vila S. Aug., 1, ur, 5, ab Edit. Benedictin., t. x1, p. 5, — 3 Bossuet, 1'e Inshruclion sur la version du N. T. imprimée à Trévoux, vie passage; Déf. de la trad.. 1v, 16,18; vu, 58; sur la Biblioth. de M. Dupin, S. Augustin et S. Jérôme.
3° Pour être certain d’une chose, est-il nécessaire de l'avoir découverte et reconnue par soi-même? Faut-il prendre pour devise ce cri d’un professeur allemand : Pereant qui ante nos? L'homme n’est pas fait pour vivre seul, ni de son seul travail. Dieu a voulu que la vie de l'esprit nous vint du dehors comme celle du corps. L'enfant profite des lumières de ses parents aussi bien que de leur fortune. La famille participe à celles de la société, et la société à celles de l'Eglise, qui est infaillible. Vouloir que chacun se suffise, et forme ses croyances par un travail personnel, sans se fier à aucune autorité, c’est méconnaître notre nature et rendre la foi impossible à la plupart des hommes. « Si un protestant qui est seul au monde, en présence de la Bible, a un besoin logique d’en connaître les sources et par conséquent les idiomes, il n’en est pas ainsi du catholique qui sait ce qu'il est. Vivant dans l'Eglise, perpétuellement assistée par Esprit de Dieu, il lui suffit qu’elle connaisse ce qu'il ignore. La lumière lui appartient, et il trouve dans l'immense communion des siècles et des Docteurs chrétiens le glorieux avantage de parler toutes les langues et de résoudre toutes les difficultés !. »
2° Secours : commentaires et versions.
* 31. — A-t-on expliqué de bonne heure le Nouveau Testament, ct quelle est la valeur des premiers commentaires ?
1° Aucune partie des Ecritures n’a été ni si tôt, ni si souvent, ni si soigneusement commentée. Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir les tables de la Patrologie. Les instructions des pasteurs dans les premiers temps roulaient presque toujours sur quelques textes des saints
1 Lacordaire, Lelt. sur la vie chrét., 11. Loquor omnium linguis, audeo dicere. In corpore Christi sum. In Ecclesia Christi sum. Si corpus Christi jam omnium linguis loquitur, et ego in omnibus linguis sum; mea est græca, mea est syra, mea est hebræa, mea est omnium gentium, quia in unitate sum omnium gentium. S. Aug., In Ps. oxzvir, 19. CF. Epist. cr, 4; de Trinit., ir, 1; S. Greg. M., Epist. VII, xz; Infra, n. 44.
Livres, et ce qu’on s’appliquait surtout à faire connaître aux fidèles, c'était la vie du Sauveur, sa doctrine et celle de ses apôtres. Rien ne prête davantage à l’homélie : rien n’est plus fécond en instructions, ni plus salutaire à méditer. Car ce que S. Augustin a dit de toute l’Ecriture, omnibus accessibilis, paucissimis penetrabilis , convient surtont à l’histoire évangélique. Les endroits les plus clairs donnent infiniment à réfléchir, et les esprits les plus éclairés eux-mêmes sont bien aises d’être aidés, quand ils veulent en scruter fes profondeurs ?.
2 Il faut reconnaitre que les Pères de l'Eglise se sont trouvés dans les meilleures conditions pour bien entendre cette partie de la Bible. Outre le secours de la tradition, si récente encore et si pure dans une société où Pon faisait profession de ne rien enseigner que ce qu’on avait appris des pasteurs plus anciens, et de renoncer à la vie plutôt que de laisser altérer l'intégrité de la foi *, la plupart possédaient à un haut degré les connaissances, les talents, la fermeté et le zèle qui font les docteurs. Ils vivaient dans les contrées qu'avaient évangélisées les Apôtres ; ils avaient les mêmes mœurs ; ils entendaient les mêmes langues, ils participaient au même esprit. C’est donc avec raison qu’on place encore aujourd’hui en première ligne les commentaires qu’ils nous ont laissés. Selon Bossuet, si l’on veut devenir un solide interprète de la parole de Dieu, on ne saurait trop lire et relire leurs écrits *.
30 [Il ne faudrait pas croire cependant qu’ils n’ont rien laissé à faire. Les saints Pères n'étaient pas des exégètes et des écrivains de profession : c’étaient pour la plupart des pasteurs et des prédicateurs qui expliquaient la parole de Dieu pour l'édification des fidèles, qui accommodaient leurs explications aux besoins de leur auditoire. De là leur supé-
1 S. Aug., Epist. cxxxvu, 8. — 2 À. T., initio. — 3 Quis medullas Scripturarum magis nosset quam ipsa Christi schola ? Quos et sibi discipulos adoptavit, omnia utique edocendos, et nobis magistros adornavit, omnia utique docturos. Tertull., Scorpiace, 12. — * Bossuet, Défense de la tradition, IV, xvu. Cf. 4. T., n. 204-210.
riorité sur le point essentiel et leur insuffisance sur les points secondaires. Ils ont parfaitement saisi l'esprit et la substance de nos saints Livres. [ls en ont exposé la doctrine avec intérêt et solidité. Ils en ont déduit, avec autant de justesse que de simplicité, le dogme et la morale; et l’on réussira difficilement à être plus clair, plus convaincant, plus touchant qu'ils ne le sont. Mais ils n’ont pas tout dit, même sur l'Evangile, la partie qu’ils ont commentée avec le plus de soin. Les mines qu’ils ont ouvertes peuvent être exploitées indéfiniment. Il reste d’ailleurs à colationner leurs explications, à en montrer l'accord, comme à les compléter. Il reste à mettre leurs pensées en lumière, à les exposer méthodiquement, à en déduire les conséquences, à les dégager de beaucoup de considérations et de développements qui ne conviennent plus à notre époque, à les adapter aux dispositions et au langage actuels. Il reste enfin à discuter et à résoudre une foule de questions d'authenticité, d'histoire, de chronologie, de géographie, de langue, qui, pour n'être pas essentielles à la foi ni à portée de tous, ne laissent pas d’avoir de l'intérêt pour un grand nombre, surtout pour ceux qui sont appelés à instruire leurs frères et à défendre la foi de l'Eglise. C’est pourquoi la science des Ecritures peut progresser comme les autres ; et pour ne pas rester en arrière, il importe de joindre à l'étude des Pères celle des commentateurs moins anciens et même des meilleurs interprètes contemporains !.
Tout le monde convient d’ailleurs que les interprétations des Pères ne sontinfaillibles et incontestables que lorsqu'elles portent dans leur caractère dogmatique et leur unanimité le sceau de l’enseignement doctrinal de l'Eglise *.
* 32. — Quels sont les auteurs qu'on pourrait lire utilement sur les diverses parties du Nouveau Testament ?
Si mérité que soit l’éloge qu’on a toujours fait des Pères, nous ne conseillerions pas d’en entreprendre la lecture im-
4 Cf À. T., n.225. — 2 Conc. Trid., Sess. IV, De can. Script. Cf. S. Aug., Cont. Julian., 1, 7.
médiatement et sans choix. Pour être faite avec fruit, cette étude demande quelque préparation et un certain ordre. Après une Introduction générale à l’Ecriture sainte‘, on devrait lire une Introduction au Nouveau Testament ?, puis quelque ouvrage ayant pour but, soit d'établir autorité des écrits apostoliques *, soit de faire voir les rapports du Nouveau Testament avec l'Ancien *.
Pour l'étude des divers livres, nous recommanderions aux jeunes ecclésiastiques, suivant les dispositions et les circonstances, quelqu'un des commentateurs suivants :
Sur tout le Nouveau Testament : Cornelius à Lapide, Cursus completus, Tirin, Menochius, Wouters.
Sur les Évangiles réunis : Jansénius de Gand, Patrizi, Dehaut, Mastaï.
Sur chacun des quatre Évangiles : Maldonat, Filion. — Sur S. Matthieu en particulier : Luc de Bruge, Klofutar, S. Chrysostome. — Sur S$S. Marc : Patrizi, Bède. — Sur S. Luc : Luc de Bruge, S. Ambroise. — Sur S. Jean : Tolet, Corluy, Patrizi, Klofutar, $S. Augustin, S. Chrysostome, Origène. — Sur les Actes des Apôtres : Beelen, Patrizi, Crampon, S. Chrysostome.
Sur toutes les Epîtres : Estius, Drach.
Sur celles de $S. Paul en particulier, Van Steenkiste, Bernardin de Pequigny, S. Chrysostome, S. Thomas.
Sur l’Apocalypse : Bossuet, de Bovet, La Chetardie (ch. 1, 1v, v, XII-XX 5.
1 M. Lamy, par exemple. — ? P. Cornely, Valroger, etc. — 3 Wallon, Croyance à l'Evangile; Duvoisin, Démonst. évangélique; Duguet, Principes de la foi, etc. — #* Becan ou Acosta. — 5 Cf. A. T., n. 204 et Questions sur l’Ecrilure sainte ou programme détaillée, t.1r, Nouv. Test. Pour les auteurs hétérodoxes, nous ne les conseillerions jamais à des commençants. « Nemo inde strui potest unde destruitur. » Tert., de Præsc., 2. Il y a du bon dans quelques-uns, et nous n'hésitons pas à mettre à profit ce qu'ils peuvent fournir d'utile « ea tanquam ab injustis possessoribus vindicando, » S. Aug., de Doct. christ., 11, 60; mais le bon est toujours plus ou moins mélangé. Pour en profiter, il faut savoir choisir et être en état de juger. Le mieux est de s’en tenir à l'ancienne règle : « Quæramus in nostro et a nostris et de nostro, Quis servus cibaria ab extraneo, ne dicam ab inimico domini sui, sperat? Tert., De præsc., xu. La tradition de l'Eglise, l'enseignement catholique : voilà la mine Ja plus riche, sans comparaison. Cf. Bossuet, Lettre au P. Mauduit, cxxv.
Hisioriam hebræis et græcis fontibus haustam Hieronymo disces duce;
Allegoriam, anagogiamque recludent Origenes et Ambrosius ;
33. — Où s'est faite la première version latine des Ecritures et quelle modification a-t-elle reçue à l'endroit du Nouveau Testament ?
I. On ne saurait dire avec certitude quelle a été la première version latine des saintes Ecritures. Il paraît que, dès les premiers temps de l'Eglise, il s’en fit un certain nombre, à l'usage des fidèles de la classe inférieure et de ceux des provinces qui n'avaient pas l'habitude du grec‘. Toutes ces versions laissaient à désirer ; mais il en est une qui obtint la préférence pour sa clarté et sa fidélité, et qui devint officielle dans l’Eglise latine, même en Afrique?.S$S. Augustin l'appelle Vitalique, sans doute parce qu'elle avait été composée en Italie. Puisque $S. Jérôme l’appelle ancienne *, qu’elle était généralement reçue de son temps et qu’il craignit de heurter les habitudes en y faisant trop de corrections 5, nous avons
Exponent sensus formandis moribus aptos Chrysostomus, Gregorius ; In dubiis, altaque caligine mersis, Aurelius lucem feret.
Les rationalistes sont encore plus dangereux que les protestants, et ce n'est pas chez eux qu'on doit aller chercher des lumières. « Nihil est profecto temeritatis plenius quam quorumque librorum expositores deserere qui eos se tenere ac discipulis tradere posse profitentur, et eorum sententiam requirere ab his qui conditoribus illorum atque auctoribus acerbissimum, nescio qua cogente causa, bellum indixerunt. Quis enim sibi unquam libros Aristotelis reconditos et obscuros ab ejus inimico exponendos putavit? Quis geometricas litteras Archimedis legere, magistro Epicuro, aut discere voluit? Contra quas ille multum pertinaciter, nihil earum, quantum arbitror intelligens, dissercbat. » $. Aug., de Uil, credendi, 13. Cf. de Morib. eccl., 1.
1 Latini interpretes numerari non possunt. S. Aug., de Docl. christ., 11, 11, 48, 16; Conf. Faust., x1, 2. Selon quelques auteurs, S. Augustin parlerait ici, non de version complète de la Bible mais de traduction de certains passages plus ou moins obscurs. — ? Massuet prouve qu'elle est antérieure à Tertullien. Dissert. 1 de S. Iren., art. 2, n. 53 et Dissert. xx, art. der, 1, 10. Cf. Tert. De Monogam., x1, Adv. Prax., v; A. T.,n. 125, etc. — 3 Itala cæteris præferatur, quæ est verborum tenacior cum perspicuitate sententiæ. S. Aug., de Doct. Christ., 11, 22. Card. Wiseman, Mélanges, 1'e lett. sur la 1e ép. de S. Jean. — # Antiquam interpretationem sequentes, quod non nocebat mutare noluimus. S. Hieron., Epist. evi, 66. — 5 Ne multum a lectionis latinæ consuctudine discreparent, ita calamo temperavimus, ut his tantum quæ
lieu de croire que, si elle ne surpassait pas toutes les autres en antiquité, elle ne leur était pas non plus beaucoup inférieure !. L'auteur de cette version avait porté l'exactitude jusqu’à la servilité, au point de rendre des génitifs absolus du texte grec par des génitifs latins ?.
IL. Comme il s'était déjà glissé un grand nombre de variantes dans les exemplaires manuscrits de cette version, S. Jérôme, à la demande du pape S. Damase, la revit avec soin et la corrigea sur le grec pour le Nouveau Testament*, avant de faire une traduction nouvelle des anciens livres hébreux (383-385). Le saint Docteur n’entreprit pas de donner de l'Evangile et des écrits des Apôtres une traduction nouvelle, soit parce que, lItalique étant très répandue, il eût craint de choquer les fidèles par des innovations, soit parce qu’il ne voyait pas tant de rectifications à faire dans le Nouveau Testament que dans l'Ancien.
34. — Qu'est-ce qui a porté le concile de Trente à demander la correction de la Vulgate plutôt qu'une traduction nouvelle des Livres saints ?
1° La considération qui a inspiré le concile de Trente est la même qui avait détourné S. Jérôme de traduire à neuf le Nouveau Testament et empêché l'Eglise de mettre entre les mains des fidèles sa version du Psautier *. Il a jugé qu'il y avait moins d’inconvénient à laisser dans une traduction en usage depuis mille ans quelques imperfections sans conséquence, qu’à tenter de la remplacer par une autre version différente de celle qu'avaient suivie les premiers fidèles et
sensum videbantur mutare correctis, reliqua manere pateremur ut fuerant. S. Hicron., [n Ev. Præf. Hoc enim quod septuaginta transtulerunt, propter vetustatem in ecclesiis decantandum est; etillud(quod in fonte legitur) ab eruditis sciendum, propter notitiam scripturarum. Epist. . cvi, 46.
1 Primis fidei temporibus apparuit. $. Aug., De Doct. christ, 41. Nascentis Ecclesiæ fidem roboravit, S. Hiceron., Cont. Rufin., 11. — 2 II Cor., x, 15; IT Joan., 4, etc. Cf. Act., x1x, 26. Maluit pius interpres minus latine aliquid dicere quam minus proprie. $. Aug., In Ps. 1. Infra, n.330. — 35. Hier., Præf. in Evang.; de Vir. illust., 132; Epist, xx, 1; LXXI, 10. 98.4,
qui était citée littéralement dans tous les auteurs ecclésiastiques *. La pratique est la même pour l’ère chronologique *.
2° Du reste, les critiques instruits et impartiaux sont loin de faire peu d'estime du travail de S. Jérôme ou de penser qu’il doive toute sa valeur à son antiquité. Les protestants les plus savants rendent hommage à son mérite, comme ont fait les Juifs, ses contemporains (346-420) *. On reconnaît qu’il serait difficile de prendre aujourd’hui pour base un texte plus sûr que celui de ce Docteur ‘. Il ne l’était pas moins alors de trouver un traducteur plus instruit et plus soigneux *. Rien d'étonnant que le concile de Trente ait préféré cette version à toutes les autres, qu'il y ait reconnu le fond ou la substance du texte sacré par rapport à la foi, et qu’il l'ait, dans ce sens, déclarée authentique ‘.
1 Sicut nonnulla consulto mutata, jita etiam alia quæ mutanda videbantur consulto immutata relicta sunt, quod ita faciendum esse ad offensionem populorum vitandam, $S. Hieronymus non semel admonuit. Præf. ad edition. Clement. VII. CF.S. Hicron.. Epist. ovi. — 2? Cf. Infra, n. 41. —3 Cf. 4. T., n. 132-137 ; S. Aug., De Civ. Dei., xvur, 43. — 4 S, Jérôme ne manqua pas de se procurer les meilleurs manuscrits, soit de l'Italique, soit du texte grec; non Lam pulchros quam emendalos. S. Hier., In Job., Prol.; In Evang., Præf.; In Matth., xx1v; Epist., xx1v. Il pouvait aisément en avoir de plus anciens, de plus corrects et de plus nombreux que ceux que nous possédons. Nous sommes réduits à deux manuscrits grecs du 1ve siècle, deux du ve, et un du sixième; et rien ne nous autorise à leur attribuer une grande exactitude. Dans le manuscrit du Vatican, parfaitement peint d'ailleurs, on a relevé un nombre étonnant de fautes de transcription. Dans les Evangiles seulement, ditun critique anglais, il omet au moins 2877 mots; il en ajoute 536, en change 935, en transpose 2098, en modifie 1132. Total, 7518 fautes. Pour N, les chiffres correspondants sont 3455, 829, 1114, 2299, 1265. Total, 8962. — 5 Quam Deus Ecclesiæ in exponendis Scripturis doctorem maximun providere dignatus est. Eccles. orat. Philosophus, rhetor, gammaticus, hebraicus, græcus, latinus, trilinguis. S. Hier., Adv. Rufin., in; À. T., n. 131-137. — 6 Avbevrnc, oflicicl, qui a autorité, qui fait foi : ex omnibus latinis editionibus quæ circumferuntur. Sess. 1v. Cf. S. Greg., In Job., XX, 62. En France, la traduction en langue vulgaire la plus répandue est peut-être encore celle de Sacy (1682). Malgré les préventions soulevées par le nom de l’auteur, dont l'esprit janséniste est assez connu, elle ne fut jamais condamnée, comme l’a été le Nouveau Testament de Mons (1665). Une édition accompagnée de notes a même été approuvée en 4701 par De Noailles, archeyèque de Paris; et le P. de Carrières l'a
3° La difficulté était de rétablir le texte de S. Jérôme dans toute sa pureté, après toutes les atteintes qu’il avait subies depuis mille ans dans les manuscrits. On y travailla à Rome à plusieurs reprises pendant quarante ans, de Paul UT à Clément VII (4550-1603). Le texte que nous avons aujourd’hui est le fruit de tous ces travaux ; mais on n’a jamais prétendu qu’il soit irréformable *.
* 35. — D'où viennent les analogies de style qu'on remarque entre l'Ancien Testament et le Nouveau, soit dans le texte grec soit dans la Vulgate ?
1° Pour les textes originaux, il faut remarquer que tous les livres inspirés, ceux du Nouveau Testament comme ceux de l'Ancien, ont pour auteurs des Juifs habitués dès l'enfance à parler hébreu. Un seul écrivain, S. Luc, fait exception : encore était-il né en Syrie? et s’était-il familiarisé depuis longtemps, comme prosélyte*, avec la littérature juive. I est vrai que le Nouveau Testament tout entier, sauf un évangile, a été écrit en grec ; mais 1 a été conçu en hébreu aussi bien que l'Ancien, et il n’a guère de grec que les mots. La syntaxe, les tournures, les images, etc., sont hébraïques. Il doit donc avoir avec les Septante la plus grande analogie.
20 Quant à la Vulgate, on sait, d’une part, que S. Jérôme, tout en faisant une nouvelle traduction des livres hébreux de l’Ancien Testament, s’est écarté le moins qu’il a pu de la version Italique, calquée sur le grec des Septante et reçue partout avant lui; et, d'autre part, il est constant que pour le Nouveau Testament, il n’a fait autre chose que revoir et modifier légèrement cette même version ‘. Ce doit donc être encore partout la même grammaire et le même style.
suivie dans sa Paraphrase (1701-1716) aussi bien que Don Calmet dans son Commentaire (1707-16).
1 Scias velim, dit Bellermin, Biblia Vulgata non cesse a nobis accuratissime castigata. Multa enim de industria, justis de causis, prætermisimus, quæ correctione indigere videbantur. Vercellone, Variæ lecliones, I, — ? Lucas natione Syrus, Antiochensis. Eum dicunt magis græcas litteras scivisse quam hebraicas. S. Hier., In Isai., Lxv ; Euseb., H., II, 1v. — 8 Cf. Col., 1v, 10, 11 et 11 et 12; S. Hieron., Quæst. in Gen., xLvVI — # À, T., n.129,165.$. Hier., de Script. teccl., 435: Epist.Lxxr, 5:
3° Si cette uniformité n’est pas un mérite au point de vue littéraire, il en résulte un avantage pour l'étude des Livres saints. C’est qu’on est bientôt habitué à leurs irrégularités, que la lecture du Nouveau Testament prépare à celle de PAncien, et que celui qui a bien saisi le génie d'un auteur possède à peu près celui des autres.
* 36. — Est-ce seulement par ses idiotismes hébreux et grecs que lelatin de la Vulgate diffère de celui des auteurs classiques?
[l y a aussi dans la Vulgate un certain nombre de particularités qui tiennent à d’autres causes.
Dès le siècle d’Auguste, il y avait une grande différence entre le latin des hommes lettrés, des auteurs, et le latin vulgaire *, rusticus, celui que parlaient les hommes du commun, soit à Rome, soit surtout dans les provinces. L'Italie avait son patois, comme la France a le sien ; ou plutôton en distinguait un grand nombre qui s’éloignaient plus ou moins du langage poli. Les gens du peuple s’épargnaient les inversions; ils ne s’astreignaient guère à la distinction des conjugaisons dans les verbes et des déclinaisons dans les noms. Au lieu de sous-entendre les prépositions, on s’habituait à les exprimer. On les employait les unes pour les autres, ou on leur faisait régir des cas inusités. On disait : inebriari a vino, misereri où gaudere super, lœætari in, cœtera de hoc genere. Les verbes déponents étaient souvent employés au passif ou conjugués sous la forme active. Habere servait d’auxiliaire, comme avoir en français. Lorsqu'un verbe était régi par un autre verbe, au lieu de le mettre à Pinfinitif, on le joignait au premier par quod, quia, quoniam, comme dans la langue grecque; ou bien on supprimait la conjonction et l’on employait linfinitif : facite discumbere ; ou euntes emere, comprehendere. Le mélange des populations, qui alla toujours croissant dans les armées et dans les villes, ne tarda pas à produire le mélange des idiomes et altéra de plus en plus la langue primitive. Enfin les va-
1 S. Aug., de Vil. beat., 20; S. Hieron., Epist., Lxiv, 11.
riantes de vocabulaire et de syntaxe se multiplièrent tellement, qu’au sixième siècle, S. Isidore disait qu’en s’incorporant à l'empire, chaque nation avait contribué à vicier son langage et ses mœurs !. Les versions latines, faites pour le peuple et par des écrivains peu versés dans la haute littérature, n’ont pu se préserver de ces altérations *; et S. Jérôme, en revisant l’Italique, n’a pas pris sur lui de les faire entièrement disparaître *. Il ne faut donc pas s'étonner d'y trouver, avec la plupart des hébraïsmes du texte grec, une foule de termes étrangers au latin et empruntés au langage populaire de l’époque.
Au moyen de la Vulgate, ces irrégularités ont passé dans les discours des prédicateurs, et un grand nombre se sont naturalisées dans les langues des peuples chrétiens *.
* 37. — Quels sont les endroits du Nouveau Testament dans lesquels la Vulgate s’écarte du texte grec?
Pour l’Ancien Testament, on a une édition officielle de la version grecque des Septante : c’est celle que Sixte V a donnée en 1587, en défendant d'y faire aucun changement; mais pour le Nouveau, il n’existe pas de texte grec authentique, ni reconnu officiellement, ni universellement admis. Chaque édition, comme chaque manuscrit, diffère des autres
1 Du Cange, Glossarium, Præf. — 2 À. T., n. 127. Cf. S. Greg. m., In Job., Præf. 5. S. Aug., De doct. christ., 12, 13, 44. — 3 Præf, in Evang., ad Danse Supr a, n. 19. — * A. T., n. 144, 145. Un docteur allemand fait remarquer combien de locutions sont passées de la Bible dans la langue de son pays. Nous n’en ayons pas puisé un moins grand nombre à cette source; par exemple : prudent comme le serpent, le denier de la veuve, venir au monde, avoir des talents, faire miséricorde, abonder en son sens, étre un bon pasteur, faire un discours, dire en soi-même, semer lu zizanie, porter sa croix, bâlir sur le sable, étre sur le chandelier ou sous le boisseau, servir deux maïlres, jeter la première pierre, suivre la voie large, s’en laver les mains, aller de Caïphe à Pilate, donner un baiser de Judus, regarder de mauvais œil, trouver son chemin de Damas, n'avoir qu'un cœur el qu'une âme, ils se nomment légion, ses entruilles s’'émurent, son heure est venue, les écailles lui tombèrent des yeux, etc. Il en est de même des tours de phrase et des idiotismes de la Vulgate : Dale illis manducare; dicebant quia; in audiendo ; habeo baptizare; facium fieri: facile discumbere ; impleri de siliquis, ete.
et peut être récusée sur quelque point. La Vulgate, qui n’est au fond, pour le Nouveau Testament, que l’ancienne Italique, traduite sur des manuscrits du premier siècle, peut parfois s’écarter justement de ces éditions ; parfois cependant, les règles de la critique obligent à leur donner la préférence. Les travaux faits dans ces derniers temps ont mis en lumière, en plusieurs endroits, les véritables leçons et donné aux éditions récentes beaucoup d'autorité.
D’où viennent donc les différences de signification qu’on signale entre le grec et le latin pour un certain nombre de versets? De diverses causes : — quelquefois de la différence des manuscrits : celui qu'avait le traducteur pouvait différer de ceux qu’on préfère aujourd’hui; — quelquefois d’une faute de copiste qui se sera introduite dans le texte grec ou dans la version; — d’autres fois de l’imperfection de la langue latine, qui n’a pas d'expression ou de tournure tout à fait équivalente à l'expression ou à la tournure de loriginal ; — d’autres fois enfin, de l’inhabileté ou de l’inattention du traducteur.
Ces différences sont généralement de peu d'importance ; néanmoins il serait utile de savoir d'avance les versets où elles se rencontrent, afin de confronter en ses endroits la version latine avec le texte grec ou ces diverses leçons, et d'étudier le passage avec un soin particulier ‘.
1 Les plus importantes sont Rom., vi, 25; Act., xx, 28; 1 Cor., xv, 51 ; I Tim., rm, 16, et les passages deutérocanoniques. Supra, n. 6. Nous pouvons indiquer en outre : Matth., 1, 11; 11, 1; v, 22, 32, 44; vi, 1, 5, 6, 43,48, 25; wir, 24; vin, 13, 28, 30; 1x, 35, 36 ; x, 3; xt, 16; x1v, 214,; Vol oevr, 2-7, 13 VIT; 2, 21 XVI) 90, XIx, 9; XX, 1, 15, 16,28; xx1, 29-391, 44; xxIx, 10, 13, 14; xx1v, 6; xxv, 13; xxxvi, 34, 61; xxvIL, DR SD Ve 2 MAC lit, 2102958020" V0 20) 435, vx, 31, 32; virr, 25, 26, 1x, 44, 49; x, 27, 30, 35, 44; x1, 3, 26; xx, AOxrur, 145 x1v, 3, 4, 58, 10, xV,3, 12, 27, 28, 39; xvi, 8, 9, 20, otc. — Euc., 7, 4, 28 ; 11, 14, 30, 40 ; mx, 22, 23; 1v, 2, 4, 18, 41, 44; v, 34; vi, &, TRS nb 20 1x, 025,004 00 US x 2085008 058, SE KV, 5; xv, 30: xvr, 26; xxtr, 19-21, 43,4; xx1rr, 34, 38, 54; xx1v, 3, 6, 12, 13, 80,140, 51, 52." Joah.; 1, 3,9, 18, 21,28; ur, 5, 113 1v, 1, 10; v, 2, 3,4, 1,16, 46: vi, 17, 10; vix, 8, 39); var, 1-11, 25, 27, 388, 39, 45, 59; ix, 9, 24, 27; x; 8, 10, 29; xx, 15, 82; xur, 18, 25; x1v, 1, 10, 11, 26; VI, 2 0xix, 14, 038: Xx, 5, XXI, 16, 18, 22,252 Act, 1, 4; 11, 80, 42,43;
98 INTRODUCTION AU NOUVEAU TESTAMENT. [n° 38
# 38. — Quels sont les principaux idiotismes de la Vulgate dans le Nouveau Testament 1.
Ils peuvent se ranger en six classes. Nous indiquerons ici les plus remarquables, en iaissant de côté ceux qui sont propres aux Epitres de $S. Paul. Presque tous sont des hébraïsmes ; quelques-uns cependant viennent du grec.
10 Idiotismes relatifs aux noms.
On trouve en beaucoup d’endroits :
1° Des noms pris en un sens détourné, propre à l’hébreu et à la langue ecclésiastique. Ainsi quelquefois, malgré les corrections faites par saint Jérôme :
Acquisitio, signifie gain, Act., x1x, 25;
anima, vie, Matth., vi, 25; x, 39; xx, 28 ; Luc., x1r1, 20; Marc., 1, 4; Joan., x, 11; Act., xv, 26; xx, 24; — ou personne, Matth., x1r, 18; Jnc., vi, 9; Act, 11, 41, 43; Vir, 14;
arida, la terre, Matth., xx, 15;
æmulatio, indignation, Heb., x, 21;
audilus, prédication, Joan., x1r, 38;
brachium, puissance, Luc., 1, 51; Joan., xu, 38; Act., x, 17;
calumnia, mauvais traitement, Luc., 1x, 14;
capillatura, chevelure, I Pet., 111, 3;
vi, 40 ; vu, 44; vu, 36, 31, 39; 1x, 5, 6; x, 25, 30, 32, 33 ; x1, 24 xn, 8; XIV, 6, JO EXV, 2,045, 191986 vnr M0 28 VIT NO TE ET 19, 35; xx, 18, 28; xxx, 25; xxu1, 3, 9, 25, 265 xxiu, 9, 24, 25, 30; xx1v, 6, 14, 23; xxv, 1. 16, 24; xxvur, 33; xxvin, 1, 16. — Rom., 1, 4, 20; 095 ve, 250v, 16 ir ENG 6 08 0 RER ET El XVI,00, 29, 20-20. — Gore MS, LS 6 Ve MO DEV 188 1X, 21,23; x, 28; xx, 19 ex, 55 1V, 18; °xv, 5, 31,34 038, 4754053, DD avr, 2 IL Cor. 18 ou, 18 US; nv A0 8 MONA ME ET AIDE RON, M0 Gal. 2/0 CU 22 276 8 MT 20 SvAMI0E — Eph.;u, 22; 1, 107117, 95 1v, 09, 18,028 "Phil 17, 205, US. Cols a, 1, 1, 40;012, 18.— IThess.) Il, 1;5v,224 = AIT Thess "nr, 5: — 1 Tim., 1,1, 4171; 1x, 8, 165 1v, 12; vi, 5, 20° — II Tim., 11, 3,4, A0, 44, Dot Me Heb nv 2 AE re MOST ETUIS STE xif, 18, 20, xur, 16. — Jac., 1, 4, 13; ax, 17, 18; y, 45,20. — I. Pet,.,r, 6,12,22; 11, 23; 1, 13,145, 19 ;1v, 12,414. Pet.,1, 4,40, 16%;,17, 10: — 1 Joan , 1, 4; 1x, 4; v, 1, 9, 43, 11. — II Joan., 1. — IIL Joan., 4, 9, OU V2 AOC Lea LOU MS SV RS EE IT M EIOE:
SN MEET, LB EXT, Lo Ex xIr AU
1 Habet Scriptura linguam suam; quicumque hanc linguam nescit, turbatur. S. Aug., In Joan., x, 2.
caro, la nature humaine, Matth., xx1v, 22; xvr, 17; Luc., nr, 6; Joan., 1, 14; XVI, 25 — ou le corps, Jud., 8; colentes, prosélytes, Act., x111, 43; concupiscentia, penchant, vicieux, Marc., 1v, 19; [ Joan., 11, 165 cor, intelligence, Matth., xur, 45; Luc., xx1v, 25; cornu, force, instrument puissant, Luc., 1, 69; cras, crastinum, avenir, Matth., vi, 30, 34; custodia, prisonnier, Act., xxvir, 1; cœlum, Dieu, Luc., xv, 18; dies et hora, temps, Matth., xvur, 1 ; Marc., 1v, 35; Joan., 11, 23; 1v, DAV 25 028 VIT OU ETAT Ab G XII, 235 xIV, 00 XVI, 23: dominaltiones, princes, IT Pet., 1r, 40; Jud., 8; domus, famille, Luc., r, 32, 69; demeure, Luc., xu1, 35; - excessus, mort, Luc., 1x, 31; fides, évangile, Act., vi, 7; filius, descendant, Matth., 1, 1; v, 45, 48 ; xv, 22; Luc., v, 34; — partisan, sectateur, adhérent, disciple, ami, etc., Matth., vin, 12; Marc., 1 A9 TU. 1, 9%; Joan, (xvir, A2: ADoc:, m:123; forlis armalus, homme de guerre, Luc., xr, 21 ; frater, parent, même éloigné, Matth., x11, 46; Joan., vrr, 5; Act., 7, 14; — chrétien, Joan., xxr, 23; Act., x1v, 2: xvir, 6; Jac., 1, 9; 15; fralernilas, réunion de frères, chrétienté, I Petr., 11, 11; v, 9; generalio, vie, conduite, Luc., xvr, 8; — temps, époque, Luc., 1, 48; Act., xIx, 36; gentes, les Gentils, les infidèles, Matth., vr, 32; gratia, faveur divine, Luc., r, 28, 30; infernus, mort, sépulcre, Act., 11, 24; interrogatio, examen, Act., xxv, 26; xxvint, 18; I Potr., 111, 21; ira, peine, Luc., xxt, 23; Joan., 11, 36; iler sabbati, Act., 1, 12 ; Jjudicium, condamnation, punition, Matth., xx, 1%, 33; Marc., xn, 40; Joan, 1v, 24, 29; Jac., xx, 10; justilia, piété, bonne œuvre quelconque, Matth., v, 6; Luc., 1, 15; liber generalionis, généalogie, Matth., 1, 1; lignum, arbre, Luc., xxm, 31; Act., v, 30; x, 39; lingqua, nation, Apoc., v, 19; manus, pouvoir, Joan., 111, 35; Act., 1V, 28; mulliloquium, Matth., vi, 1; mors, mortalité, peste, Apoc., vi, 8; mendacium, idolâtrie, iniquité, Apoc., xxur, 15; nalivitas, conception, Matth., 1, 20; xxvr, 24; nomen, autorité, vertu, Matth., vu, 22; Act., 111, 6, 16; 1v, 1, 10; — la chose ou la personne nommée, Matth., vr, 9; x, 22; Joan., 1, 12; v,13'; Apoc., 111, 4, 5; obligalio, lien, Act., vin, 23; opinio, bruit, rumeur, Matth., 1v, 24; os gladii, tranchant du glaive, Luc., xx1, 24; panis, aliment, Matth., vi, 11; xv, 2; Joan., xur, 18;
100 INTRODUCTION AU NOUVEAU TESTAMENT. [n° 38
pascha, victime pascale, Matth., xxvi, 17, Marc., x1v, 12; Luc., xxn, 7; Joan., xvirr, 28;
pax, toutes sortes de biens, Luc., x, 5; Eph., vi, 15;
porta, puissance, Matth., xvi, 18;
prophetia, prédication, manifestation des desseins et des secrets de Dieu, Matth., vu, 22; Act., xv, 32; x1x, 6; Joan., xt, 51;
puer, serviteur ou fils, Matth., vin, 6; xu, 18; x1v, 2; Luc., 1, 54; RAR ACL RIVE 2) EE
purificatio, baptème, Joan., 11, 25;
regeneralio, résurrection, Matth., x1x, 28 :
repromissio, promesse, Jac., 1, 12; [ Joan., 11, 25;
sabbalum, semaine, Luc., xvur, 12; xxiv, 1; Act., xvr, 13; xx, 1;
sacrumentum, secret, Apoc., XVII, 1;
sanclus, chrétien, Act., 1x, 41;
semen, postérité, Matth., xx1x, 24, 25;
signum, miracle, Luc., 11, 29;
Soror, chrétienne, Jac., 11, 15;
stabulum, auberge, Luc., x, 34;
substanlia, richesses, Luc., xv, 12;
una sabbalorum, le premier jour de la semaine, le lendemain du sabbat, Marc: -xvr, 25 Luc,,-xxiv, Me
vas, corps, instrument, objet quelconque, Marc., itr, 27; Act., 1x, 15;
venter, intérieur, Joan., vit, 38;
verbum, évangile, Joan., v, 24, 38; Act., 1v, 4; x1, 19; — la chose nommée, où un objet quelconque, Matth., 1v, 4; xviun, 16; x1x, 11;
uiarelheion, Matthe-suir 16 #ACt. Ex 2, IX OPA C A8
virlus, prodige, Matth., vir, 22; x1, 21; Marc., 1x, 38; Luc., x1x, 81;
viscera, cœur, 1, 8;
zelus, indignation, Act., xx, 45.
2° Les noms abstraits à la place des noms concrets, qui manquent souvent en hébreu:
circumcisio pour circumeisi, Act., x1, 2; lux pour i{luminator, Joan., vur, 12;
propilialio pour propilialor, L Joan., 11, 2 ; 1v, 10;
caro, caro el sanquis, Matth., xvi, 11; xx1v, 22; Luc., m1, 6; coinquinaliones el maculæ, I Petr., 11, 13;
noïnen, Matth., x, 22; xu, 21; Joan.,1, 11; xu1, 28
tenebræ, Luc., xxu, 21; Joan., 1, 5 ;
voæ, Joan., 1, 23; Act., 1x, 4, 1: xxvi, 14, etc.
3° Les substantifs à la place des adjectifs, soit que ceux-
ci fassent défaut, soit qu’on veuille rendre l’idée avec plus de force :
abominalio pour abominabilis, Luc., xvi, 15; dominalio pour dominantes, Jud., 8;
. mendacium pour falsum, Apoc., xxt, 21; veritas pour verum, Joan., 11, 21; xvir, ÂT; x1v, 6, etc.
4° Des substantifs avec un génitif dans le sens de l’adjectif, comme :
abominatio desolalionis pour abominanda desolatio, Matth., xx, 15; altiludo lerræ, Matth., xur, 5;
cornu salutis, Luc., 1, 69. Cf. Apoc., xvur, 12, 13;
dextera virtutis Dei, Matth., xxvr, 64; Luc., xx1r, 69;
fallacia diviliarum, Matth., xur, 22;
mammona iniquilatis, Luc., xvi, 9;
obedientia carilatis, 1 Pet., 1, 22;
paler luminum, spiriluum, Isa., 1, 11; Heb., xu, 6;
plaga mortis, Apoc., x, 8;
plenitudo panni, Matth., 1x, 16; \ spirilus verilalis, Joan., x1v, 17;
umbra mortis, Matth., 1v, 16; Luc., 1, 19, Cf. Apôc., xur, 3; Dasrelectionis, Act, 1x, A5, GE. Il Tim, 11, 20, 21:
verba gratiæ, Luc., 1v, 22;
villicus iniquitalis, Luc., xvr, 8. Cf. II Thess., 11, 3,
5° Des mots qu'on redouble pour leur donner plus de force :
Amen, amen!… Eloi! Eloi! Martha, Martha! Saule, Saule!.….. Simon, Simon !… Jerusalem, Jerusalem !…
6° Des noms sous-entendus :
Jacobus Alphæi, Zebedæi, Matth., x, 3; Marc, 1, 19; omnis igne salielur, Marc., 1x, 18;
Simon Joannis, Joan., xxt1, 15;
vapulabit mullis, paucis, Luc., x1r, 47, 48.
7° Des cas employés pour d’autres, parce que les Hébreux, n’en ayant pas, en connaissaient peu la valeur, comme pusillus grex, pour grex pusille.
Matth., x11, 36; xvix, 12; xx, 25; xxv, 42; Marc., vi, 16; xx, 31 ; Luc.,
MSI, 8: Joan. vis, 1 Act, v, 14, 16%vir, 40 ;0vir, LL EXIT, 8; xxur, 46; xXV, 2; I Joan., 1v, 16; Apoc., 1, 5; vi, 1; fvir, 9; xx, 5,
8 Le singulier pour le pluriel, ou le pluriel pour le singulier :
Matth., vr, 17: xxv, 40: Luc:,1v, 3; Joan.,r, 29; 11,23; vin, 21; xIx, AA Act, x1,19; xvirr,. 15: Apoe., xvIrr, 11;
Matth., 1, 20; 1x, 8, 38; xn, Li xx, 805 xx1v, 1; XXVI, 8; KxVN1, 44 ; Joan, 18% "0n- de xv, 17x25 x 29 Met 1120-80 M6; XII AO ERNIT, 2x XV, 24e XVI MID"
20 Idiotismes qui ont rapport aux adjectifs.
1° Les Hébreux sont très pauvres en adjectifs : nous avons vu comme ils y suppléent pour l’ordinaire.
On trouve cependant des adjectifs employés comme substantifs :
duplicia, Apoc., xvIu, 6; in albis, Joan., xx, 12; mollia, Matth., x1, 8; in modico, Luc., xix, 17. mortui, Apoc., xx, 13;
On en voit aussi qui sont employés dans un sens inusité :
communis, pour impur, profane, Act., xIv, 15;
omnis, pour quelque, wullus, Matth., v, 19; Marc., xu1, 20 ; — ou pour complet, Matth., 1x, 15;
omnis non, pour nemo, nullus, Apoc., xIx, 23;
novus, pour extraordinaire, Apoc., xIX, 23;
nudus, sans le vêtement ordinaire, Matth., xxv, 36; Act., x, 9, 16;
oliosus, pour vain, Matth., xu1, 36;
subjugale, pour habitué au joug, II Pet., 11, 16;
timorali, pour craignant Dieu, Luc., 11, 25; Act., vur, 2
unus, pour premier, Marc., xvi, 2.
2° Quant aux comparatifs et aux superlatifs, hébreu en manque totalement. Pour les remplacer, on a recours à diverses tournures.
19 Pour melius est quam, on dit : bonum est quam, Matth., xvin, 8; bonum est si, Matth., xxvi, 24; ila erit quam, Luc., xv, 1. On dit aussi beutus magis, Act., xx, 35; lanlo magis plus, Marc., vu, 36; super, Matth:, x, 24; ab, Luc., xvur, 14,
20 Pour marimus, on dira : magnus, le grand, Matth., xx11, 36; magnus valde, Matth., 11, 10, on en grec, pettwv, major, Matth., xvin, 1 ; Luc., xx, 24; — pour maxime, multum, Luc., vir, 41; x, 41; — pour sævissimi, sævi nimis, Matth., vit, 28; Marc., 1x, 2; — pour benediclionibus cumuluta, benedicla inter omnes, Luc., 1, 42; — pour tam mulli, tanli, Joan., vr, 9; — pour pulcherrimus, pulcher Deo, ACL VIr, 20.
30 Pour aimer moins, on dit : odisse, Luc., x1v, 26; Joan., x, 28 ; — pour je désire moins : nolo, Matth., 1x, 13; — pour vous perdrez moins : bonum libi est, Matth., xvux, 9; etc. Infra, n. 631, note.
4° On se sert aussi de pléonasmes et de répétitons pour renforcer le sens des termes et remplacer le superlatif : Luc., 11, 9; x1, 42; xU,N24% xx 15, 25; Joan., 1, 20; 111, 295 Act.,.1v,0 17; viré, 98; Gal., 1, 5; I Pet., ur, 14; II Pet., u, 17; Apoc., xvur, 6, 44.
39 Idiotismes relalifs aux pronoms.
1° Is ne s'accordent pas toujours avecles noms, — ni pour
le genre ni pour le nombre :
Matth, xx, 8; xx, 25; Luc., xxx, 25; Joan., 1, 41; Marc., xu1, 42; Joan., xvur, 2; Act., xv, 35.
2° [ls sont quelquefois répétés sans motif :
Matth xxrr 9; Duc, uit, 11: Joan., 4, 21.
3° Les noms auxquels ils se rapportent peuvent être sous-
entendus :
Joan., vi, 4%; Act., 111, 15.
40 Idiotismes relatifs aux verbes.
On trouve quelquefois :
1° Des verbes employés dans une acception inusitée :
Abnegare, Luc., xx, 34; agere, Luc., xx, 15; addere Luc, xx 1, 12° ambulare, Matth., 1v, 18; Joan., VD LE NUM EAINI0an., 1, 0!
angariare, Matth., xxvI1, 3; apponere, Act., xI1, 3 ; ascendere, Act., XVIII, 22; altendere, Matth., vu, 15; Luc., MINS EXX, AOSEXI, 047 audire, Joan., vi, 45; bajulare, Act., 111, 2; capere, Luc., xirr, 33; communicare, Marc., vu, 15; confiteri, Matth., xt, 25; confundi, [ Joan., 11, 28; coùti, Joan., 1V, 9; dicere, Matth., xxvi, 25, 64; dicere intra se, Matth., 11, 9; diffamare, Matth., 1x, 31; dividere, Matth., xx1v, 51; esse REUC VIT, JPA, x, cl;
faciem firmare, Luc., 1x, 51; frangere panem, Act., 11, 46; qustare morlem, Matth., vi, 39; habere, Luc., xn, 50; impleri, Matth., 1, 22; ingredi et egredi, Joan., x, 9; intrare, el extire, ACt.,"1, 21; judicure, Joan., 111, 18; vaux, 51; magnificare, Matth., xv, 31; xxIn, D; Luc., 1, 46 ;: 1v, 15; Act., v, 13; manicare, Luc., xx1, 38; minare, Jac., 111, 4; minorare, Heb., 11, 7; odisse, Joan., xir, 25; parere, Matth., xxur, 27; Jac., 1v 15 INPEt. Av M8; non posse, Marc., 117, 19; vi, 5; putas, Matth., xx1v, 45; Marc., 1, AOSEUC.,/1,,06, etc.
recipere, Matth., x1, 4; respondere, Matth., x1, 25; bo an AENE