SAINT LUC
Date, — Sources, — Authenticité. — Tendance,
* 63. — Date du troisième évangile,
Tous les auteurs ecclésiastiques, sauf Clément d’Alexandrie ?, attestent que cet évangile à paru après celui de S. Marc, et qu’il vient en troisième lieu. L’auteur dit luimême qu’il n’est pas le premier qui ait essayé d'écrire la Vie du Sauveur ?. Ailleurs il nous apprend qu’il a publié son évangile avant d'écrire les Actes des Apôtres *. Or, le livre des Actes a été terminé, suivant toutes les apparences, en l’an 62 ou 63, époque à laquelle son récit s'arrête brusquement. [l est donc probable que le troisième évangile a été écrit entre l’an 55 et l’an 60, une huitaine d’années après celui de S. Marc, une quinzaine après celui de S. Matthieu. A cette date, le christianisme était déjà établi dans beaucoup de contrées de lempire; mais, comme nous l'avons fait observer, la plupart des Apôtres étaient encore en vie *.
On peut distinguer dans l'Evangile de $. Luc quatre parties : — 4° Enfance et jeunesse de Notre Seigneur, 1, 5-1v, 43. — 2% Prédication dans la Galilée, 1v, 14-1x, 50. — 3° Voyage de Galilée à Jérusalem, 1x, 51-xvur, 30. — 4° Derniers mystères, XVIII, 31-XXIV.
1 Pedissequus et breviator Matthæi. S. Aug., De cons., Evang.. 1, 4.
— 2 Euseb., H., x, 243 vi, 14, — 3 Luc., 1, 1. — * Act, 1, 1. — ÿ Supra, nor Go Quc.-e 1tlMin, M8 Clement: A1CO7r., 29.
156 __ JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 6%
* 6%. — Sources de $. Luc : comment a-t-il pu connaître naturellement les faits qu'il rapporte ?
$. Luc n’était pas Juif; il n’avait pas connu Notre Seigneur, ni observé par lui-même les faits évangéliques ‘; mais ilavait à sa disposition les écrits de S. Matthieu et de S. Marc, qui pouvaient le guider dans la plupart de ses récits. Quant aux faits qu’il rapporte seul, et aux circonstances qu’il ajoute aux récits de ses devanciers, il a eu pour s’en assurer diverses autorités ? :
1° S. Paul, si bien instruit de tout ce qui concernait le Sauveur, soit par ses révélations *, soit par les rapports des premiers disciples *. On sait que $. Luc a longtemps vécu avec lApôtre *, qu'il l’a suivi dans la plus grande partie de ses voyages 5, qu'il était auprès de lui durant sa captivité à Césarée et à Rome. Les premiers chrétiens étaient si persuadés de la part que S. Paul avait prise à la composition du troisième évangile, qu'ils lui en faisaient honneur et que Tertullien l'appelle w{luminator Luc 7.
2° Plusieurs personnages apostoliques À : S. Barnabé, l’un
des premiers lévites convertis, qui devint fondateur de l’Eglise d'Antioche où S. Luc apprit les éléments de la doctrine chrétienne *; $S. Philippe, diacre de Césarée !°, chez lequel S. Luc logea avec $. Paul en se rendant à Jérusalem, et auprès de qui il demeura les deux premières années de la captivité de lApôtre; $. Jacques le Mineur, évêque de Jérusalem ‘!; S. Pierre et les autres Apôtres ‘?, avec lesquels $. Luc fut en rapport !#.
3° La sainte Vierge et les parents de S. Jean-Baptiste. C’est à cette dernière source qu'a dû être puisé en particulier le récit des faits qui ont précédé la naissance du Sauveur ‘*;
1 Col., 1v, 11, 1%; Luc, 1, 3 ; Canon de Muratori, etc. — 2 S Tren., Aa xiv dl, 2: — $ ACt., 1x, 16, IL Cor. 1v, 9; Gal/,.1, 425 Eph., nr, 4. — 4 Act., 1x, 19. — 5 Col., 1v, 14; IT Tim., 1v, 9- 12; Philem., 24, — 6 Act,, xvi, 10; xx, 5; xxvint, 1, 16. — 717$. Iren., IT, xux, 3; Tert. Adv. Marc.,
1v, 2, 4, 5; Euseb., F., 111, 4, — 8 Qui ministri fuerunt sermonis, Luc., 1, 2. — 9 Cf. Act., x1, 20-24; Col., 1v, 14; Euseb., H., 11, 4. — 10 Act. xx, 8. — 11 Act., xxt, 18. — 12 Gal., 11. — 138$, Hieron., de Vir illust.,
7. — 1 Luc., l, 5-11, 39. Tdeo conceptus Elisabeth Mariæ nuntiatus cest,
Fu
récit dont la couleur tout hébraïque contraste avec le prologue de l'Evangile ‘. Aussi $. Luc atteste-t-il qu’il a remonté jusqu'aux origines ?, et fait-il remarquer à deux reprises que la Mère de Dieu conservait dans son cœur le souvenir de tout ce qu’elle voyait et entendait *.
65. — Que trouve-t-on de particulier dans le troisième évangile ?
Le troisième évangile offre des marques très nombreuses d'authenticité. On sait que $S. Luc était médecin ‘, et qu’il avait fait par conséquent quelques études, qu’il était Gentil d’origine *, qu'il fut disciple de $S. Paul, qu’il se consacra comme son maître à la conversion des Gentils 5, enfin qu'après avoir écrit son évangile, il a composé les Actes des Apôtres 7. Or, ces qualités, ces habitudes d'esprit, ces dispositions, ces particularités, se reflètent d’une manière visible dans le troisième évangile.
1° On reconnait la profession de l’auteur à la manière dont dl parle des maladies et de leur quérison : et il est facile de constater la culture de son esprit aux qualités de sa composition. — Cet évangile décrit les maladies guéries par le Sauveur avec bien plus de précision que les autres #, en des termes qui lui sont propres et qui appartiennent au langage médical de l’époque *. En outre, il a plus qu'aucun autre la
ut dum nunc Salvatoris, nunc Præcursoris edocetur adventus, rerum tempus etordinem tenens, ipsa melius postmodum scriptoribus ac prædicatoribus evangelii reseraret veritatem. S. Bern. Hom., v, 6, super Missus est.
1 Luc., 1, 1-44. — 2 1, 3-8. — 3 11, 19, 51. Cf. F. Hilaire, La Madone de S. Luc, 1886. — # Col., 1v, 44. Bis medicus Lucas, prius arte, deinde loquela. S. Paulin., Carm., xx1v. — 5 Gif. Col., 1v, 10, 41, 14; Act., 1, 19. — 6 Cujus laus est in Evangelio, dit S. Paul.:df Gor., vu, 18. Cf. Act., vi, 10, etc. ; II Tim., 1v, 11; Philem., 24 etc. — 7 Act., 1, 41. — 8 Cf, Luc., 1v, 38-40 et Matth., vu, 16; Marc., xin, 84. — Luc., v, 18-31, ct Matth., 1x, 2-8; — Luc., vu, 40, et Matth., var, 43; — Luc., 1x, 41, ct Matth., x1v, 14, græce, etc. Infra, n. 419, note. — ? On peut citer ici, entre les noms seulement, un certain nombre d'exemples : oywvo, xx, 445 avahodice, 1x, D; avannpos, XIV, 13, 21; amopta, xx1, 25; arexvoc, xx, 28-30; appoc, 1x, 39; 60n, xxu1, 41; Ginynouc, 1, 1: Ceuyos, XIV, 19; Bewpgta, xxu1, 48; vacic, XIII, 82; tÔpwc, XXII, 14; wxpac, VI, 6, XNpLOY, XXIV, 4; xpourakn, XXI, 84; oùvoç nat elauoy, x, 34; opous,
forme de l’histoire. — Il commence comme Josèphe par un prologue, suivant l’usage des Grecs, et par une dédicace à un Théophile qu’il nomme Excellence, ou excellent, xpzmoxe, optime *. Ce Théophile pourrait être un chrétien de Rome ou d’'Achaïe, honoré d’un emploi civil. Ce pourrait bien être aussi, comme le pense Origène et comme on en trouve des exemples vers cette époque ?, un personnage fictif, représentant tous les fidèles désireux de servir et d'aimer Dieu. Si Deum diligis, ad te scriptum est, dit S. Ambroise, qui suivait ce sentiment Ÿ. — L'auteur remonte au commencement des faits évangéliques, avwûey *; et il conduit son récit jusqu’à la fin *, en le rattachant aux événements contemporains 5, et en suivant autant qu'il peut l’ordre naturel, ex ordine scribendo *. C’est un soin que $. Matthieu avait négligé et dont l'importance commençait à se faire sentir. Déjà S. Marc avait essayé de rétablir cet ordre. $. Luce profite de son travail et cherche à le compléter. Il distribue tout autrement les faits rapportés par $S. Matthieu du chapitre vin au chapitre x1. — Il s’efforce aussi de combler les lacunes de ses devanciers. Un tiers de ses récits, cinq miracles et douze paraboles lui appartiennent en propre. Il est le seul qui parle des soixante-douze disciples et de leur mission. C’est peut-être ce qui a fait dire à plusieurs auteurs, à S. Epiphane en particulier, qu’il en faisait partie, bien que S. Luc lui-même semble affirmer le contraire, suivant S. Grégoire le Grand *. — Pour le style, quoique son grec
IV, 24; maparnpnots, XVII, 20; nuperoc peyos, IV, 38: pnyua, vi, 49; o2hoc, XXI, 25; otetpa, 1, 1; oUYyaupia, XV, 6; Tpauua, x, 34; vOoumtxoc, XIV, 2; yaouo, XVI, 26; wov, x1, 12. Hobard, The medical language.
1 Cf.-Act., xxin, 26; xx1V, 3; xxvI, 25. — 2? S. Justin, Dialog. 141 et Epist. ad Diogn., 1. — 3$S. Amb., In Luc., 1, Cf. S. Franc. de Sales, Préf. du trailé de l'amour de Dieu. — 4 1,3. — 5 xxiv, 53. — 6 mr, À, 2. nn 0,00, M0 2 1, VMS IT M XVI, 29 etC NT UT VIT 11218; x, 25-42; x1, 1-13; xx Vi, 19; xvinr, 1-14; x1x, 3, 11-98 ; xxmr, 6-12; xxvi, 12, 50-53, etc. Il omet cependant plusieurs faits remarquables qu'on lit dans les deux premiers synoptiques, la Chananéenne, la seconde multiplication des pains, la marche du Sauveur sur les eaux, la malédiction du figuier, etc. Supra, n. 42. — 9 Luc., 1, 2. S. Greg., Dial., lib., I Prol.
ait encore bien des hébraïsmes, surtout au commencement, dans les cantiques en particulier ‘, il est notablement plus pur que celui des écrivains du Nouveau Testament. Jamais il ne les reproduit sans leur donner plus de correction et d'élégance ?. Il emploie à lui seul plus de mots grecs, plus de particules surtout, que les trois autres évangélistes ensemble.
20 On reconnaît un disciple de S. Paul. — Comme le Docteur des Gentils, il donne au divin Maître le titre de Seigneur, o Kupucs*, titre qui suppose l’habitude de le considérer au ciel, dans sa gloire, plutôt que le souvenir de sa vie sur terre. — Il insiste sur la nécessité et l'efficacité de la foi*, sur luniversalité de la rédemption‘, sur le mérite de Paumône et de la pauvreté évangélique‘, sur la générosité nécessaire aux Apôtres 7. — Le récit qu’il fait de l'institution de l'Eucharistie diffère de ceux de $. Matthieu et de $. Marc; mais il est presque identique avec celui que $. Paul fit vers la même époque aux Corinthiens; les paroles sacramentelles sont suivies, dans l’un comme dans l’autre, de la même recommandation : Hoc facite, etc. Il est aussi, avec l’Apôtre, le seul qui mentionne l’apparition de Notre Seigneur à S. Pierre après la Résurrection”. — Enfin, on a remarqué que son élocution a quelque chose de l'abondance et de la facilité de $. Paul, de même que celle de $. Marc tient de la concision et de la fermeté de $. Pierre?, et l’on a relevé de nombreuses coïncidences de pensée et d'expression‘! avec les épitres de lApôtre"”?.
RO DPI OX AL XV LE XVI NO XXII 42, OC 2 Cf. Luc., v, 18, 19, 25, et Marc., 11, 4, 11, 12; — Luc., v, 32, et Matth., IX, 13; — Luc., vis, 8, et Matth., vin, 9; — Luc., vur, 25, et Matth, XI, 8; — Luc., xx, 7 et Matth., xxt, 26; Marc, x1, 32 ; — Luc., xx, 46, ct Marc., xur, 388, cte. — 3 vu, 345 xur, 15, xxx, 31; xx1v, 3, 34, etc. — #1, 20, 45; v, 20; vir, 9, 50; vin, 48; xvur, 5, 19, etc. — 5 11, 30-52; var, 36; 1x, 51-56; xvix, 11, etc. — 6 11, 1,24; vi, 20; xx, 4; x1x, 15, 20, DO VI, 9, 14,95. =" Luc., x, 1-20; xvixr, 22. — 8 Cf, Luc., xxir, 19, etWCor.,xr, 23,1etc. Cf. Luc., xx1v, 26, 21 et I Cor.; xv, 3, 4. Quand le troisième Evangile parut, S. Paul devait avoir écrit déjx un bon nombre de ses Epiîtres. — 9 Cf. Luc., xx1v, 34 et I Cor., xv, 5. — 10S, Chrys., In Matth, Hom. 1v. — 11 Par exemple, yapi, Ôto mt, Eheoc, hatpevelv, ywoic, Gtolmxn, dtaxovus. — 12 CF. Luc., x, 1, 8, et I
3° L'ouvrage n’est pus fait pour les Juifs. — L'auteur ne suppose pas à ses lecteurs une grande connaissance de la langue, des mœurs, de la géographie de la Palestine. Il ne cite aucune parole du Sauveur en hébreu. fl nomme toutes les localités par leur nom grec. Il dit : le mont appelé des Oliviers', la bourgade qu'on nomme Bethléem*, la fête des azymes, connue sous le nom de Päques*. Il fait connaître la distance d’'Emmaüs". Il avertit qu'Arimathie est en Judée’, que Capharnaüm est en Galilée‘, aussi bien que Nazareth”, mais non Gadareÿ. Il évite de dire comme S. Matthieu : la cité sainte, les anciens. IL remplace Rabbi par Maître°, la mer de Galilée par le lac de Génésareth ; Hosanna par une périphrase‘?°. Il présente Jésus-Christ comme le Sauveur du genre humain plutôt que comme le Messie de la nation juive. Sa généalogie ne s’arrête pas à Abraham; elle remonte jusqu'à Adam, et montre que tous les hommes sont de la famille du Sauveur‘!. Ce n’est pas par les rois de Juda, mais par une ligne collatérale, qu’elle le rattache à David. Zacharie à la naissance de son précurseur, comme Siméon dans le récit de sa Présentation, annonce l'aurore du salut au genre humain tout entier. Enfin les faits qui n’ont qu’un intérêt temporaire et local, comme les longues disputes des Pharisiens avec le Sauveur !*, sont constamment écartés.
4° Il est destiné surtout aux Gentils'*. — Tout ce qui eùt pu les choquer ou donner lieu aux Juifs de se mettre audessus d’eux est passé sous silence ©. Au lieu d’opposer aux enfants de Dieu les nations ou les Gentils, comme $. Matthieu, il leur oppose les pécheurs, terme qui peut s'appliquer aux Juifs comme au reste des hommes 5. Dans plusieurs endroits, il fait mention de l’empire, de ses magistrats, de ses offi-
Tim., v, 18; Luc., x, 35, et Eph., vi, 14; — Luc., xvinr, 1, et I Thess., V, 11, — Luc., xx1, 34, et Rom., xur, 11-44; — Luc., xvi, 18, et I Cor., vx, 10; 11, etc.
1Exix, 29. — ut, 4, — 3 xx, Le — 4 xxiv, 13. 5 xx, 51. — 6 1v, 344 101,26. — 5 wvur, 26. — Vivir, 40; var, 24.— 10 x1x, 380 —" Hi nr, 23-38. Cf. 1, 1-9; 1, 32, Act., xvir, 26. — 12 17, 32, — 18 Matth., xv, 1-20. — 1# Græcis scripsit. S. Hieron., Epist. xx, 4. — 15 Cf. Matth. V, 47; xv, 26; Marc., vr, 24-30,— 16 vi, 33, 345 xx. 11.
ciers, et toujours avec une considération bien marquée !. Il évite de leur attribuer le supplice du Sauveur?. Quand il est question du royaume de Dieu, il fait remarquer qu’il est spirituel. Il recueille avec soin un grand nombre de traits négligés par S. Matthieu, qui étaient de nature, soit à humilier les Juifs*, soit à toucher les païens et à leur donner confiance : le salut promis à Zachéeÿ et au bon larron‘; le pardon accordé au prodigue’ et à la pécheresse®; la préférence donnée au publicain sur le pharisien* et au Samaritain sur le prêtre et le lévite!°; les paraboles de la brebis égarée, de la drachme perdue, du figuier tardif!*; l'éloge fait par le Sauveur de plusieurs Gentils®?; sa prière pour ses bourreaux ‘*; la conversion d’un larron sur la croix ‘*, et celle du centenier à la mort du Fils de Dieu ‘*. Aussi a-t-on dit de cet évangile en particulier qu’il est l’évangile de la miséricorde ’'® et que les paroles d’fsaïe, lues dans la synagogue de Nazareth'', pourraient lui servir d’épigraphe. L’Homme-Dieu y parait comme le divin médecin '#. $. Matthieu l'avait présenté aux Hébreux comme Messie, et S. Marc aux Romains comme Fils de Dieu : $. Luc le présente aux Grecs, c’est-à-dire aux autres peuples civilisés, comme Sauveur du genre humain tout entier.
5° Quant au style, cet évangile plus correct, plus soigné quelerestedu Nouveau Testament, sauf l’Epitre aux Hébreux, a une grande analogie avec le livre des Actes. On remarque des deux côtés des passages empruntés à des pièces officielles ou à des écrits plus anciens!”, des paroles touchantes, affectueuses, pleines de délicatesse, des tableaux admirables de naturel, de simplicité et de grâce, qui font penser au talent de peintre attribué à l’auteur par la tradition*. Des deux
TA 2er, Ai VI SD ER, 25 2 XX IV, AO x Vrr, 20 x; 303 xvir, 16. — 5 x1x, 1-10. — 6 xxur, 39-43: —.7 xv, 11-32. — 8 vi, 44- 48, — 9 Xvni, AO-U4. CF. xv, 13 xvI, 15.— 10 x, 30-37. C£. 1x, 52; xvn, ASEEJoan., iv, 9 ;ovarr, 48 Act. var, -25.— 11x11, 6-9, — 12 vir, 2, 9. Cf. Act., x, etc. — 13 xxr, 34. — 1% xx, 93, 42. — 15 xxrnr, #1. — 165 v, 7. Cf. Matth:,.v, 48let Luc, vi, 36:— 07 1v,.18, 19, — 18 Luc,, 1v, 48, v, 11, etc. Act., 1x, 34; x, 38. — 19 Cf. Luc., 1, 1-3; 5-80 ; 11, 1-88; in, 23-38, et Act., 11, 14-36; vur, 1-vinr, 2; xx, etc. — 20 L'Evangile de
162 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. N° 66] côtés, l'Ancien Testament est cité d’après les Septante ; Jésus-Christ est appelé le Seigneur, et la foi en sa médiation est préconisée comme la condition et le moyen du salut'. On trouve même dans les deux livres des membres de phrases identiques ? et des périphrases communes, Sanctus Dei, sermones prophelæ, liber psalmorum, non multum, etc. Ce sont aussi les mêmes mots favoris, gratia, multitudo, salus, vir, cor, supervenire, evangelizare, coram eo, in conspectu, etc. 69 verbes sont répétés 254 fois dans le troisième évangile et 427 fois dans les Actes, tandis que dans tout le reste du Nouveau Testament, ils ne le sont que 271 fois; 33 mots se trouvent dans l’un et l’autre de ces livres, sans qu’on les rencontre en aucun autre”.
* 66. — A-t-on quelque raison pour mettre en doute l'authenticité des deux premiers chapitres de S. Luc ?
Ces premiers chapitres sont annoncés par le prologue‘, et non moins cités que les autres par les saints Pères. On les trouve dans les premières versions comme dans les plus anciens manuscrits. Loin d'offrir aucune trace de supposition, ils ont, au contraire, des marques spéciales d’authenticité. Les hébraïsmes dont les cantiques de la sainte Vierge, de Zacharie et de Siméon sont remplis, et certains traits qui semblent au premier abord peu en harmonie avec les prédications de $. Paul et les dispositions des Juifs contemporains”, s’expliquent par cette considération que $. Luc s’est borné à mettre ici en œuvre, comme en plusieurs endroits des Actesf, quelque document rédigé par un écrivain juif, au moment même de l’accomplissement des faits.
5. Luc est le plus beau livre qu'il y ait, dit M. Renan, Evangile, p. 283. : Cf. Luc., 1; 11, x, 38-42; var, 81-50; x, 38-42; xx1v, 13-35, et Act., x, 1-13; ur, 1-14; 1v, v, 17-49; x, xx. etc.
MECS, JUIL MIE Ex Tr 00 MA Me TEACt RSR CRD ete AOC 109, et Act.,:r, A5 Duc. 11 0,01 AC ur Ms UC,
xx1,,99,.et Act, xvir, 26; — Luc., xx, D, et Act., x, 31; — Luc, xxx, 4, et Act., 1, 10, etc. — 3 [nfra, n. 480. — #1, 3. — 5 x, 17, 54, 95, 13, 14; 11, 10, 32, — 6 Par exemple, l'apologie de $S. Etienne et
plusieurs discours de S. Paul.
ne 67) ÉVANGILE DE SAINT LUC. 163
Il est vrai que Marcion (140) rejetait de son évangile ces premiers chapitres : S. Justin, Tertullien et S. Epiphane le Ini reprochent expressément'; mais comment les aurait-il admis, lui qui niait l’Incarnation, qui ne voulait pour Christ qu'un pur Eon, incapable de souffrir, de mourir et par conséquent de naître; sans parents, sans précurseur, n'ayant de lhumanité qu'une apparence fantastique ?
* 61. — Sur quelle raison s'appuient les rationalistes pour prétendre que cet évangile a été composé pour contrebalancer celui de saint Matthieu ?
Après avoir avancé que $. Matthieu avait écrit pour soutenir le parti de S. Pierre et la loi mosaïque, il était naturel de prétendre que $. Luc, disciple de S. Paul, s'était proposé de défendre les universalistes ou de combattre le parti judaïsant. Mais la première hypothèse étant gratuite, la seconde tombe par là même. Ce qu’il y a de réel, c’est que S. Luc, écrivant son évangile pour les Gentils, au salut desquels il travaille, choisit de préférence, entre les actions et les discours du Sauveur, ce qu’il voit de plus propre à les gagner au christianisme ou à les affermir dans la foi; c’est qu’il s'attache, par conséquent, à confirmer la prédication de son Maître sur l’universalité de la rédemption, sur légalité des peuples devant Dieu, sur la miséricorde divine envers les pécheurs, sur la nécessité et l’efficacité de la foi dans l’œuvre du salut. De là à une opposition et surtout à une attaque ouverte contre le premier évangile et les premiers apôtres, il y a loin. Si S. Luc avait eu une pareille préoccupation, il n'aurait pas inséré dans son livre, comme il a fait, une foule de traits qui pouvaient fournir aux judaïsants des arguments contre lui ?.
Il s’en faut du reste que les rationalistes soient unanimes et invariables à cet égard. L'un des plus connus prétend qu'au moment où il écrivait, S. Luc n’avait aucune connais-
1S.Iren.,1, 21; LL, xt, 1; x1v, 4; Tert., Depræse., xxxvin; Con. Marc., 1v, 2-1; S. Epiph., Hær., x1u, 9. — 21, 6, 15-17, 32, 33, 14-18; 1, 21- 235 x, 25, 26; xvI, 29; xxII, 30, 32; XXII, 56; XXIV, Ü3.
. Pres
sance de l'ouvrage de S. Matthieu ‘, malgré les recherches : qu’il avait faites et les renseignements qu’il avait recueillis sur la vie du Sauveur *.
4o SAINT JEAN.
Authenticité, — But. — Unité, — Style. — Rapport avec les synoptiques. — Données historiques.
68. — L'authenticité du quatrième évangile est-elle moins facile à établir que celle des synoptiques ?
Rien de plus décisif que les raisons, soit extrinsèques, soit intrinsèques, sur lesquelles elle s'appuie.
19 Preuves exlrinsèques.
Tous les Pères qui parlent de l’auteur de cet évangile désignent $. Jean. Il en est de même des manuscrits et des canons, à commencer par celui de Muratori. S. Théophile, septième évêque d’Antioche* (+ 180), S. [rénée * (+ 202), Clément d'Alexandrie * (4 217), Tertullien (190) nomment sans hésitation l’Apôtre bien-aimé. $S. Irénée nous apprend qu'il composa ce livre à Ephèse, où il vécut jusqu’au règne de Trajan (98-117). Suivant S. Jérôme, il fut le dernier des écrivains sacrés et il se mit à l’œuvre au retour de Patmos, à la prière des pasteurs et des fidèles de l’Asie-Mineure 7. Il avait 90 ans Ÿ, suivant $. Epiphane, et probablement davantage.
1 M. Renan, Evangiles, p. 215, 211; ce qui ne l'a pas empêché de dire un peu plus haut, 108 : « Luc retourne habilement contre les Juifs le mot par lequel Matthieu désigne les réprouvés, avoyor, vtot avoutac, violaleurs de la loi, vu, 2; xt, #1, en remplaçant cette expression par celle de epyatot aûtxtac, ouvriers d’iniquilés xux, 21. » C'est à tort, du reste, qu'il attribue au mot œvouot, le sens de violateurs de la loi mosaique. Cf. Matth., xxv, 41-43; Rom., 1v, 1; vi, 19; I Cor., 1x, 23; Dthess tr 8 tit. 1, 12 He rM0 Er UN MINPer TS 2 Luc., 1, 3. — 3 $. Thcoph., ad Autolyc., 1, 22. Ann. 111. — # S,. Jren., IT, xxu, 5; I, 1, 1; x1, 9; Supra, n. 24. — 5 Clem. Alex., Sérom., ur, Ann, 180. Cf. Euseb., JT, vr, 14. — 6 Tert., Adv. Marc., 1v, 2, 5. — —1S$S. Hieron., de Vir, illust., 1x. Cf. Euseb., mx, 4, — 8 S. Epiph., Haæres,, 11, 12,
-N° 68] ÉVANGILE DE SAINT JEAN. 165 Beaucoup d'écrivains ecclésiastiques, sans nommerS. Jean, attestent l'existence et l'inspiration de son livre, soit en disant qu'il y à quatre évangiles reconnus par l'Eglise, comme Tatien ‘ dans le titre de sa Concorde, soit en affirmant que les Apôtres ont laissé des Mémoires qu’on nomme évangiles, comme S. Justin, qui cite ces Mémoires jusqu’à dix-huit fois ?; soit en empruntant des passages au dernier évangile, et en le citant de la même manière que les livres inspirés, comme l’auteur de la Lettre des Eglises de Vienne et de Lyon * (177), Athénagore * (176), Hermas * et même S. Ignace dont les Epitres ne sont postérieures à S. Jean que d’une dizaine d'années °.
A ces autorités, nous pourrions joindre un autre témoignage non moins convaincant, celui des écrivains hétérodoxes de la même époque : l’auteur pseudonyme des Homélies Clémentines *, Valentin le Gnostique ou du moins ses disciples , en particulier Théodote, qui allègue S. Jean vingt-six fois dans les fragments de ses écrits que Clément d'Alexandrie nous a transmis ”, et Héracléon, qui fit de notre évangile un Commentaire réfuté par Origène ‘‘; enfin Basilide, prédécesseur de Valentin , qui se donnait pour disciple des Apôtres ‘?, et Celse le philosophe, qui doit être né peu après la mort de $S. Jean et qui a écrit à la même époque que Basilide ‘?, sous le règne d’Adrien ‘*.
On voit que dès le milieu du second siècle, cinquante ans après sa publication, cet évangile était partout connu comme l’œuvre de $. Jean.
1 Cf, Tatiau., Orat. xu et x1x, Ann. 110. Supra, n. 23, — 2 $, Justin., Dial., 25, 88. Cf. I: Apol., 22, 23, 31, 61, 63, 67; II Apol., 6, 10, 33, 55; UE 4pol., Ann. 138-161. — 3 Euseb., H. v, 1. Ann., 171. — #$. Athen., Legat. pro christ, x. — 5 Hermas, Simil., 1x, 12. — 6 $, S. Ignat., ad Rom., vu; ad Philad., vu, 13. — 7 Homil., 1x, 52; x1x, 18; Ann. 190. — 8 Philosoph., vi, 33 et Appendix ad V lrenæi libros. — % $. Iren., AE, xx, 1. Cf. T'ert., de Præsc., 38; Philosoph., vi, 35. — 10 Supra, n. 23. — 11 Il cite Joan.,r, 4, et 11, 4. — 12 Philosoph., var, 22, 27. — 18 Cf. S. Hieron., de Vüir. illust., xx1. — 1* Cont. Cels., Præf. 4 ct 1, 8, 26. Supra, n. 24,
20 Preuves intrinsèques.
Le témoignage de la tradition se trouve confirmé de tout point par les caractères de louvrage. Il suffit de l’étudier avec attention pour se convaincre qu'il a paru après les trois autres, sur la fin du premier siècle ; que celui qui l’a écrit, bien qu’il vécût parmi les Gentils, était né en Judée, qu’il avait été témoin des faits qu’il rapporte, qu’il faisait partie du collège apostolique, enfin qu'il ne saurait être que S. Jean l’Apôtre.
1° Cet évangile a été composé après les trois synoptiques. — Il en révèle l’existence de deux manières : par son silence sur certains points et ses allusions sur d’autres !, — 1° D'abord son silence le suppose. Quoiqu'il sache très bien la durée de la prédication du Sauveur et qu'il en distingue les années par l'indication des solennités pascales, les faits qu’il rapporte n’atteignent guère qu’une trentaine de jours disséminés dans cet espace de temps. On voit qu’il se tient dispensé de tout dire ou plutôt qu’il ne cherche qu’à suppléer aux omissions des synoptiques relativement au but qu’il se propose. Aussi est-il très bref sur le ministère du Sauveur en Galilée, et passe-t-il sous silence des périodes entières de son ministère?, tandis qu'il rapporte longuement ses voyages à Jérusalem aux principales fêtes. Aussi, quoiqu'il ait en vue d'établir la divinité de Jésus-Christ, quoiqu'il en donne pour preuve ses miracles * et qu’il les suppose très nombreux *, il se borne à en décrire un petit nombre, sept seulement, la plupart négligés dans les écrits, de ses devanciars. [1 omet la délivrance des possédés, la déclaration du Père éternel au Jourdain et au Thabor, l’adjuration du grandprêtre, la prophétie sur Jérusalem, ete. — 2° Il fait plusieurs allusions aux autres évangélistes. Par exemple, au chapitre 1,
1 Euseb., A, 1v, 6, 7. Ann. 117. — ? mx, 22; 1v,1-3; vu, 1; x, 40-42: XI, 4. — 5 Joan., v, 20, 36; 1x, 3, 4; x, 25-38; x1v, 10-13; xv, 24; XX, 30. — ! Joan., 11, 23; ut, 2; 1V, 45; v, 20; vi, 2; vu, 3, 81; 1x, 16: 2 ART TE ERNST EX 60, 61 EXD:
il met sur les lèvres de Jean-Baptiste ces paroles : « Jai vu PEsprit-Saint descendre sur la tête du Sauveur. » Or, ce fait n’est connu que par $. Matthieu et S. Luc. Au chapitre 1, après avoir dit que Jean-Baptiste et Notre Seigneur baptisaient en même temps, il fait observer que le Précurseur n'était pas encore incarcéré : or l’emprisonnement de Jean- Baptiste n’est rapporté que par les synoptiques‘. Au chapitre x1, il dit que Lazare était de Béthanie, bourg de Marieet de Marthe ?. Or, il n’a pas encore parlé de ces deux sœurs, et elies ne peuvent être connues du lecteur que par d’autres récits. En divers endroits, il parle des douze ? comme d’une société bien connue, sans en mentionner l’origine nulle part*. Enfin on peut remarquer que dans tout son récit, il est attentif à deux choses : à ne pas redire ce que les autres ont dit *, ou bien à les confirmer et à les compléter par de nouveaux détails $. Ainsi il ne répétera pas le récit de l'institution de l'Eucharistie; mais il rapportera la promesse que Notre Seigneur en avait faite, après la multiplication des pains. Il passera sous silence la naissance du Sauveur à Bethléem, la confession de $S. Pierre à Cèsarée, les paroles du Père éternel au Jourdain et au Thabor, la résurrection de la fille de Jaïre et du fils de la veuve de Naïm, l’entrée triomphante du Sauveur à Jérusalem et Papplication qu’il se fait de la figure de Jonas : mais il mentionnera la croyance où l’on était sur le lieu où le Messie devait naître’, le nom de Céphas imposé à $S. Pierre #, la mission que son Maître lui donne de paitre les agneaux et les brebis ?, la promesse qu’il fait de relever en trois jours le temple de son corps ‘, la résurrection de Lazare qui donne lieu au triomphe du Fils de Dieu, la voix du Père éternel s’engageant à le glorifier. C’est ainsi que nos évan-
1 Cf. Matth. 1v, 12; Marc., 1, 14. — 2 Cf. Matth., xxvi, 6, 13; Luc., x, 38-42, — 3 yr, 72; xx, 24. — # Cf. Wallon, Croyance de l'Evangile, 1,5. — 5 $. Jean n'a guère de commun avec les sypnotiques que la multiplication des pains et la Passion, — € Cf. Joan., xu, 8, 9, 36, 37 et! Matth., xvi, 21; Luc, xxu, 31, — 7 var, 52. — 81, 42. — Ÿ xxf, 15-418. — 10 11, 19.
giles, loin se combattre, s'expliquent et se soutiennent Îles uns les autres !.
90 Il a écrit vers la fin du premier siècle. — 1° En effet, il suppose que tout est changé à Jérusalem et dans la Judée ?. Quant il parle des ennemis du Sauveur, il ne dit pas le peuple ou la foule*, mais les Juifs", comme pour rappeler un peuple qui a perdu sa nationalité et auquel il a cessé d’appartenir. [l dit la Pdque des Juifs, comme s’il en connaissait déjà une autre, et il nomme les chrétiens, les frères, sans crainte d’équivoquef. — 2° Il rappelle les principales prophéties dont l’accomplissement l'avait frappé dans la dernière partie du premier siècle : le martyre de S. Pierre’; la réprobation des Juifsf; la vocation des Gentils°; l’universalité du christianisme !. Sur tous ces points il est plus exprès que S. Paul lui-même, et nul n’est plus attentif à montrer comment les Juifs ont mérité leur malheureux sort 1, — 3° Le style de cet évangile et ses analogies avec celui des trois épitres qui portent le nom de $. Jean donnent lieu de penser qu’il est de la même époque, et que S. Jean l’a écrit lorsqu'il était déjà dans un âge fort avancé ‘?. Déjà le bruit courait qu’il ne mourrait pas !?. Déjà l’on voyait s’accomplir les prédictions de $. Paul à Milet ‘* : on commençait à parler d’Antechrist !; les mots Verbe, vie, lumières, ténébres, devenaient familiers aux Gnostiques, et l’on voyait se propager les erreurs que l’évangile réfute.
3° L'auteur vivait parmi les Gentils et il écrivait pour eux.— De là plusieurs particularités, qu’on chercherait en vain dans le premier évangile. Ainsi il a soin de traduire en grec tous
1 Infra, n. 843. — ? xx, 18; xvinr, L ; x1x, 41. Au lieu de eou, v, 2, un bon nombre de manuscrits portent nv, ct c’est la leçon suivie par les versions syriaques et la version arménienne. — 3 La foule qui l'entourait lui était plutôt sympathique. — # xr, 19; xur, 33; xviu, 20, 36. Cf, 1, Our, ABC 0x, 65 AE VIT, 25 x 9 GET, 28 MEET A9 8 1, 11; var, 24; x, 25,26. — 9 vx, 31, 45; x, 16; x1r, 33. — 10 x, A0 5 xrr, 32. — Mu, 19; v, 28; 1x, 89-44; x1x, 11, 45, — 12 Cf. I Joan. 1, 1; xx, A8: RÉ MOAV-Re Ioan ME A Tan Rx 28 ME PACI Ex O0 I Poetr., mr, 3 ct I Joan., 11, 22; 1v, 13, etc. — 15 I Joan., n, 18, 22; 1v,
3; II Joan., 7.
les noms hébreux qu’il emploie *. Il dit : la mer de Galilée, qui est celle de Tibériade?. II donne un grand nombre de détails géographiques qui eussent été superflus, s’il s'était adressé à des habitants de la Judée *. Enfin il a soin de relever, dans les discours ou dans la vie.de Notre Seigneur, tout ce qui a trait aux Gentils et qui est de nature à leur donner confiance‘.
L° Il était Juif d’origine. — Cest ce que prouvent : 4° Les idiotismes de son langage. Quoique le dernier évangile ait moins d’hébraïsmes que PApocalypse, il en contient pourtant un grand nombre. Citons : Amen, amen, qui revient vingt-cinq fois et qu’on ne trouve ainsi redoublé que chez lui : hæc est, hocest…, gaudio gaudere*, filius perditionis®, a sæculo”, ascendere Ÿ, non posse”, et les passages de l'Ancien Testament, tous traduits librement d’après l’original. — 2° Le caractère profondément hébraïque de sa composition. On peut remarquer l’uniformité des phrases, l'emploi fréquent du parallélisme ‘‘, l'absence de toute période, des séries de propositions juxtaposées à la suite l’une de l’autre, sans coordination, sans liaison exprimée ‘!, ou qui ne se lient que par un mot commun ‘?, parfois des phrases répétées comme des refrains ‘?, certaines irrégularités dans la construction ‘*, la rareté des adjectifs et des mots abstraits, les sens les plus inusités donnés aux particules. Et et ergo sont presque les seules conjonctions employées . Et est mis pour sed, pour nam‘7, pour ideo'#, pour sic'°, pour taque*, pour sicut ®!, pour id est??, etc. — 3° La foi religieuse, les idèes, les sentiments, les images dont l’âme de l’écrivain est rem-
RO 20 0 ET TXT LOST, TO EXIX, AM Ext, 22, TO Sur, 285 01V,15:0 6, 8, 9507, 22 Avr, 1 VIT SAS xT, A8 xXIX, AE, 1%, 20, 31, 42. — # 1v, 21, 23; vu, 35; x, 16; x1, b2; xu, 20; xvu, 2; vin, Se — © mr, 29. — 6 xvir, 12. — 7 1x, 82. — 8 vtr, 8, 10, — © vin, 43, — 10 nr, 10; v, 31; vi, 35, 56, xu, 44, 45; x, 46; x1v, 26, 21; xv, 20; xvr, 20. — 11 x, A0; 11, 9; ar, 19; vr, 22-24; vin, 82; xv, 1-20; VII, 25.014217, 1-7, 10, 14, 12% 1v,022; x, 11, 14, xur, 20; xv, 13; RM 00 A UE UGS nr, 15, 46; Vr,-29, 40044 lt vr, 39; vu, 38; xvui, 2. — 15 Of. Joan,, 1v, 18 35; x1, 34, 35; x1v, 16; xv, 120,“etc AT, n. 18, 661. Ergo est répété 137 fois. — 16 vn, 4, 30; XVI, 82. — 171v, 35; xt, 35. — 18 1v, 24; v, 30; x11, 16, — 19 x, 15, XV, 9. — 20 x, 29, — 21 vyr, 57. — 22x, 33; xIV, 17,
plie. On sent que l’auteur a été élevé dans l'attente du Messie * et dans la méditation de l'Ancien Testament ?. Les figures de la Loi et les oracles des prophètes abondent, comme dans V'Apocalypse. Le Sauveur est le vrai temple”, le serpent d’airain *, la manne du désert”, l’eau du rocher, la colonne de feu”, la source de la vie, le Pasteur des âmes ?, Agneau pascal !°, etc.
5° Il avait habité la Palestine. — C'est ce que prouve surtout la connaissance qu'il montre de la topographie et des usages de la Terre Sainte. La Galilée, les bords du lac de Génésareth!!, son étendue ‘?, l'existence simultanée de deux localités du nom de Cana !* et de Bethsaïde !*, l’élévation relative de Cana et de Capharnaüm ‘ lui sont connus. Il connaît également la Judée et la Samarie ‘5. I] dit la distance de Jérusalem à Béthanie. Il indique avec précision la vallée de Cédron et le jardin de Gethsémani!, l'étang de Siloë 5, la porte des brebis !*, les travaux faits dans le temple*!, le gazophylacium?!, le portique de Salomon ??, le Prétoire * et le Golgotha **. En fait de mœurs, il sait les sentiments des Juifs à l'égard des Samaritains et des infidèles #, l’opposition et le caractère des partis qui divisaient la nation ?®, le mépris des pharisiens pour la multitude ignorante ?, les usages introduits par la conquête et la domination romaines *, l’usage des ablutions chez ses compatriotes ??, celui des excommunications dans la synagogue ‘?°, la possession où elle était encore d'arrêter les prévenus et d’infliger certains châtiments *!, la fête de la Dédicace, d’origine assez récente *?, l’affluence des prosélytes à l’époque des solen-
11,11, 21; 1v, 25; vi, 14; xu, 34, etc. — 2 un, 11; xn, 14, 15, 38: XIX, 29; 24, 28,29 36, — 3 17, 19. —Menrir, 1405 vTr, 32 400 6 vrr, 38. — 7 vIU, 12 x AO RE MAT, 86 Avr 1 TR der, 19 MS 1e MS IV, A6 MT ER Tr 2 A2 MERE ERP: 0 CO DES OS CO CO rt D — 22x23 NE, XX, DRE MT ET 2 TNT, 225 00 66 it 19, 24; vu, 32, 45, LISSVOE AS X, SMS M2 ET XI SAS OR xvIut, 35, XIX, 9, 15, 21, — 27 vrr, 48, 49. — 28 xvrr, 29, 31; xx, 1,
w Ç 2 4 € D + 6-15, 19, 20, 23, — 211, 6, — 90 1x, 22, — 31 vn, 32; xvinr, 3, 12. — 32 x, 22,
AS
nités ‘, l’usage de vendre dans le parvis du temple les animaux destinés au sacrifice ?, celui de donner la circoncision le jour du sabbat*, la manière de garder les troupeaux dans la Palestine‘, celle de célébrer les mariages 5, de solenniser la fête des Tabernacles °, de se préparer à la Cène et à la fête pascale”, le droit laissé au peuple de rendre la liberté à un prisonnier, l’impureté légale qu’on encourt par le commerce avec les infidèles *, la manière d’embaumer chez les Juifs", de fermer les sépulcres ‘!, de hâter la mort des crucifiés ‘?, etc.
6° J! faisait partie du collège apostolique. — En effet : — 1° Il se donne pour témoin des faits qu’il retrace ‘ ; et l’on ne saurait douter qu’il ne le fût, quand on considère la fraicheur de ses tableaux, la vivacité de ses traits, la précision de tous les détails !*. Nul ne caractérise mieux les scènes et les acteurs ; nul n'indique avec plus de détails les circonstances de temps ‘*, de lieux ‘‘, de nombre’. Tous les portraits sont vivants, et tous les faits sont localisés. Telle parole fut dite à Béthanie, à Ennon ou sur les bords du Jourdain ‘* ; telle autre auprès du puits de Jacob ‘*. Ce discours fut prononcé aux approches de Pâques dans la synagogue de Capharnaüm?° ; cet autre, un jour de fête solennelle **; cet autre au temple, dans la Trésorerie”. Telle discussion eut lieu sous le portique de Salomon, à cause de la rigueur de la saison. Pour plusieurs incidents, il indique l'heure de la journée *. Si ces remarques sont vraies, elles ne peuvent venir que d’un témoin oculaire. Or, elles sont d'autant moins suspectes qu’elles étaient indifférentes au but de lau-
4 xrr, 20. — 2 1x, 14. — 8 var, 22, 23. — # x, 1-5, — 5 mx, 27. — 6 vrr, 81, 38; var, 12. — 7 x1, 55. — 8 xvin, 39. — 9 xvinr, 28. — 10 x1, 17-44; XIX, 39-42. — 11 xr, 885 xx, 19 — 12 x1x, 81. — 18 1, 14° x1x, 35. — 1 Cf1, 35-51; xt, 1-20: xvur, 15-27; xx, — 45 1,, 29,,85, 43; LP M2 18 21v, 05, 40 405 LAvr, 4/16; vir, 14914, x1, 6, 11,199, Dos vis 4 S1xx, 1 26 atc 1677 2817, 12/7111, 296) 1V, 9, 2916, 45, 465 avr, 49, 1600vitr, 205 "x,.23; x1, 18,,54/— 47% 1, 95; 11, 6; OC Are 125 0e AE BV DIT 0 x TE 30 x xT, 8, 11° 18 7, 28: 111, 23. — 19 1v, 6. — 20 vr, 4, 60. — 21 vu, 81. — 22 yrir, 20, — 23 1, 40 ; mx, 25 1v, 6, 52; xix, 14; xx, 30; xvinr, 28; EAP SEX XI, TA.
172 JÉSUS-CHRIST SELON L’ÉVANGILE. [n° 68
teur et qu’elles eussent compromis son succès, si l’on eût pu les trouver fausses. — 2° Il paraît même se donner pour Apôtre ‘. Cest ce qui semble résulter des détails minutieux où il entre sur la vie intime du Sauveur, sur ses rapports secrets avec ceux qui lui sont le plus unis. Depuis les premiers jours de sa prédication jusqu'aux derniers moments de son séjour sur la terre, rien de ce que ce divin Maître a dit ou fait ici-bas n’a échappé à ses regards. Il rapporte de préférence les incidents les plus secrets, ses paroles à André, à Nathanael, à la Samaritaine; ses avis à Judas, ses prières à son Père, ses confidences de la dernière Cène?, etc. Comment eût-il connu tous ces détails, sil n'avait vécu dans l'intimité du Sauveur, avec ses plus familiers amis ?
7° Enfin, ül ne peut étre que l’auteur de l’Apocalypse et de l'Epitre catholique, dite ad Parthos, le second des fils de Zébedée, le disciple bien-aimé, le fils adoptif de Marie, en un mot Papôtre S. Jean.
1° Tout le monde convient aujourd’hui de l'authenticité de l’Apocalypse, et jamais on n’a mis en doute celle de la première Epitre attribuée à S. Jean ?. Or, il y a entre ces écrits et le quatrième évangile des rapports aussi nombreux que frappants. On trouve dans chacun les mêmes préoccupations, les mêmes tendances dogmatiques et polémiques. Le style présente les mêmes caractères, la même naïveté unie à la même élévation et à la même profondeur. C’est ie même langage au fond, sauf, dans l’Apocalypse, plus de poésie et des irrégularités plus nombreuses.
2° Si l’évangéliste est un des fils de Zébédée, c’est le second, sans aucun doute, le premier ayant été mis à mort avant la dispersion des Apôtres. Or, il ne paraît pas douteux que l’auteur du quatrième évangile n’eût cette qualité. Ce qui le prouve, c’est surtout le silence qu’il garde sur ces
La M;Ix, 854—21,,38-50; 11, 11,17, 22,24; 1v, 27, 31-38: v, 65 0vI, 5-9, 19, 61, 64, 10; vis, 1; 1x, 2; x, 8, 12, 16, 33 ; xx, 54; x11, 16, 21, 29; XI, 1, 3, 6-9, 22-25, 27, 80; x1v, 5, 8, 22; xvi, 11, 18, 49, 29; xvur, A6; XIX, 28, xx, 3-8, 25, 28; xxt, 3, 5, 12, etc. — 3 Infra, n. 886, 908.
deux frères. Quoiqu'ils aient dù intervenir bien des fois dans les scènes qu'il retrace, comme étant des amis privilégiés du Sauveur, quoiqu'ils tiennent une place si considérable dans l'Evangile et dans les Actes, jamais il ne les signale dans ses récits ‘. Il ne nomme pas même leur mère parmi les personnes qui assistèrent au crucifiement, bien que nous soyons assurés de sa présence par les synoptiques?. Une fois seulement il mentionne les enfants de Zébédée ; et c’est au dernier chapitre, dans une sorte d’appendice; et il ne les met pas à la tête des apôtres, comme ils sont toujours ailleurs, mais au dernier rang, entre les apôtres et desimples disciples *. Comment expliquer cette particularité? Elle ne peut avoir pour cause, ce semble, que la modestie de l’auteur, qui veut imiter celle de son Maître et s’effacer autant qu’il le peut*.
3° Le nom de S. Jean ne parait nulle part. Dans les endroits où l’on croit devoir le trouver, on lit : un disciple, l’autre disciple, celui qui a vu le fait de ses yeux ‘. Non seulement il évite de mêler ce nom à ceux des apôtres, il semble même oublier qu’on le lui donne; car vingt fois, en parlant du Précurseur, il l’appelle simplement Jean, sans ajouter à ce nom, comme les synoptiques, comme Josèphe lui-même, le titre qui le caractérise, o Baxvioros; singularité. d'autant plus remarquable que cet évangéliste a coutume de désigner ses personnages de la manière la plus précise : Thomas Didyme *, Céphas qu'on appelle Pierre *, Judas non l’Iscariote *, Nicodème qui vint à Jésus la nuit ‘. La raison de cette différence est analogue à celle que nous venons d’indiquer. Cest que, tandis que les synoptiques croient devoir distinguer Jean-Baptiste de Jean PApôtre, lui n’a pas cette idée : il n’imagine pas que personne puisse confondre avec
4 Act., 1, 1; 1v, 13, 19; x1r, 2. Cf. Gal., 11, 9. André est nommé 4 fois, Barthélemy 7, Philippe 12, Pierre 84, Jean pas une seule fois,
—2 Cf. Joan., xix, 25; Matth., xxvur, 56; Marc., xv, 40. — 3 xxr, 2. — ANAL, VII, 31, 4: xx, 206, 21; XXII, 3,.6-12.1— 5 71, 40; xvrr, A5; xx, 2, 4 xx, 20. — 6 x1x, 35, — 1 x1, 16. — 8 1, 42, — 9 x1v, 22. —
10 vrr, 50: xix, 39.
lui, ou seulement rapprocher de sa personne, l’illustre précurseur du Messie.
&° Un dernierindice, plus convaincant encore, c’est amour tendre, délicat, religieux, que cet évangile respire pour Jésus et pour sa mère. Il suffit de lire le récit du miracle de Cana, celui de la résurrection de Lazare ou de la dernière Cène, et surtout l’entrevue suprême du Sauveur et de sa mère, au Calvaire, pour reconnaitre l'affection pieuse, émue, reconnaissante de l’Apôtre bien-aimé qui les retrace. Marie apparait au commencement de l'Evangile comme à la fin. C’est bien $. Jean qui a dû nous transmettre ces touchants détails. Lui seul devait y attacher cette importance, les recueillir avec cette sollicitude et nous les transmettre avec cette fidélité.
Ainsi l’étude du quatrième évangile confirme pleinement le témoignage de la tradition. Il ne faut donc pas s'étonner si nos rationalistes n’osent plus en nier ouvertement l’authenticité, s’ils se réduisent à dire que les disciples deS. Jean ont pu l'écrire quelques années après sa mort, une trentaine d'années au plus. Ewald, très tranchant dans son langage, dit qu'il faut avoir perdu lPesprit pour en contester la propriété à celui dont il porte le nom.