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Dieu avant toute créature, ce qui a toujours été‘. Avec Péternité du Verbe ?, il affirme sa personnalité. Il était en Dieu, non comme un mode inhérent à une substance, mais comme un être actif et intelligent, comme une personne consubstantielle à une autre personne *. De là ressort sa divinité et la part qu’il a eue dans l’action créatrice *. Vie et lumière en lui-même, toute vie et toute lumière, il veut être pour chaque homme venant en ce monde Ÿ une source de vérité et de grâces ‘.
Après avoir caractérisé la mission du Précurseur’ et indiqué l’avantage que le genre humain, les Juifs comme les Gentils, pouvaient tirer de la venue du Verbe parmi nous, S. Jean signale avec tristesse l’accueil qu’on lui fait à son arrivée sur la terre, ets ta tàta, l’aveuglement des hommes, et surtout l’endurcissement du peuple choisi’. Ensuite il énonce expressément le mystère de l’ncarnation, avec la double nature du Sauveur; et donnant pour preuve de sa
1 Attendit Joannes cœlum et terram. Volens dicere de Filio Dei, attendit et transcendit. Transcendit universam, sicut aquila nubes, sic sua mente creaturam; pervenit ad illud quod majus est omnibus et dicit : In principio erat Verbum. S. Aug., In Joan., xviu, 6. Cf, xxxvr, 1. Erat, erat, erat; ecce quater crat. Quod erat in principio, non includitur' tempore. Ergo Arius conticescat. 5. Amb., de ide, 1, 56. Cf. Joan., SV 0. 2 J0an., 1, 1,2,3, 15, 18. Cf, virr, 58: Ps. Lxxx, 2° Col t:17: — 3 Erat apud Deum, xopos roy Ocov, ut alius apud alium, dit $. Thomas. Præpositio ir significat quamdam conjunctionem intrinsecam ; præposilio apud quamdam conjunctionem extrinsecam importat; ideo per utramque consubstantialitas in natura designatur et distinctio in personis. In lune loc. Cf. I Joan., 1, 2. @eoc nv, et non o eos, pour ne pas identifier les deux personnes. L'absence de l’article n'indique nullement que le mot @eoc soit pris dans un sens impropre. Of. Matth , 1v, #4; v, 9; vi, 24;
“ir 28-0Joan,, 1, 6, 12, 43, 18; 1 Thess., 1, 9. — * Joan., 1, #, 2, 10. CF. v, 19, 26; Col., 1, 16; Heb., 1, 2, 10. — 5 Cf, x1r, 46. — 6 Joan. 1, 4, 5, 44%. Cf. var, 12: 1x, 5 ; Luc., 11, 32; Act., m1, 15. — 7 Missus à Deo, seu
apostolus Dei. S. Hier., In Gal., 1. Propter cæcos lucerna diei testimonium perhibebat. S. Aug., Serm. Lxvu, 5. Quomodo plerumque fit ut in aliquo corpore radiato cognoscatur ortus esse sol, quem oculis videre non possumus. {n Joan., 11, 7. Ile lucerna, id est res illuminata, accensa ut luceret. Serm. ccaxLr, 2. Potest quidem dici lumen Joannes, sed illuminatum, non illuminans. Lumen illuminans a seipso lumen est et non indiget alio lumine ut lucere possit, sed ipso indigent cætera utluceant. In Joan., xiv, 1. — 8 Joan., 1, 9, 12, 13, 16. — 9 Joan., 1, 5, 10, 11.
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qualité de Fils unique de Dieu‘ et de la réalité de sa venue l'éclat glorieux qu’il a jeté par sa doctrine et par ses mi-
racles ?, il annonce les fruits de grâce et de vérité qu’il veut répandre ici-bas, en élevant au rang d’enfants de Dieu * tous ceux qui croiront en son nom et qui recevront de lui ja vie surnaturelle qu’il leur apporte“. En finissant, l’évangéliste proclame la source d'où il a tiré sa doctrine et qui en garantit la véracité ÿ.
Ainsi S. Jean pose en thèse au début ce qu’il répétera comme conclusion à la finf, la divine grandeur de celui dont il écrit l’histoire ; c’est comme le piédestal sur lequel il veut qu’on le considère. Ce prologue annonce le caractère dogmatique de Pévangile ; et l’on peut résumer en trois mots la substance de l’un et de lautre : personnalité divine du Sauveur, funeste incrédulité des Juifs, foi docile et bénie des premiers disciples 7.
On récite chaque jour, à la fin de la messe, cette page de S. Jean comme un mémorial des grandeurs du Verbe incarné et des fruits de son sacrifice ÿ. On le lisait autrefois, en certaines églises, dans l'administration du Baptême *.
80. — Qu'est-ce qui porte saint Jean à désigner le Sauveur par ce nom de Verbe, que nul des Synoptiques ne lui a donné?
S. Jean n’appelle ainsi le Sauveur que lorsqu'il le présente comme Dieu, ou plutôt comme seconde personne de la Trinité, lorsqu'il veut donner une idée de ses rapports avec le Père. Les synoptiques n’ayant pas décrit son origine divine, et le considérant toujours comme uni à la nature humaine, il n’est pas étonnant qu'ils lui donnent de préfé-
1 Q povoyevouc, 14. C£. Qc avôpwnoc Phil., 17, 1; Marc., 1, 22; I Cor., 1V, 1; Philem., 9. — 2 Ecxnvocas ev vpuv, 1, 14. Cf. pi DIX PRE RATES AS ENT En EU CU ET ES Ta REC Ron, VI MS; Eph., Tr, 5. Joan", 8, 14 C£, Jacr ere ne 1,3, 23. — 5 Joan., 1, 18. Cf. vr, 46; Heb., x, 1; Î Joan., 1, 4: NON er Se — 71 Bossuet, Elév. x1, Semaine x1r. Supra, n. 69. — 8 Depuis la réforme de S. Pie V. — ? Quod ïinitium sancti Evangelii, quidam Platonicus, sicut a sancto sene Simpliciano solebamus audire, aureis litteris conscribendem ect per omnes ecclesias in locis eminentissimis proponendum esse dicebat. S. Aug., De civ. Dei, x, 29.
rence le nom qu’il portait ici-bas et qui indique le but de sa mission sur terre.
Quant au choix de ce mot, Verbum, Azyoc, $. Jean ne l’a pas fait au hasard, ni d’une manière arbitraire.
1° IT parait lui avoir été révélé. Que le Fils de Dieu lait fait connaître à S. Jean avant de sortir de ce monde, ou que la révélation en ait été faite à cet Apôtre au moment où il écrivait l’évangile, c’est ce que rien ne détermine avec certitude ; mais nous savons qu'à Patmos, $S. Jean recut des assurances particulières à cet égard : Vocatur nomen ejus Verbum Dei!.
2° Certains passages de l’Ancien Testament pouvaient suffire pour en suggérer l’idée?. Dans ces textes, la création est attribuée au Verbe ou à la parole de Dieu. Ce Verbe est personnel. Il s'identifie avec la Sagesse ?, et avec l’Ange de Dieu‘. Quoi d'étonnant qu’au temps du Sauveur ce mot fût employé chez les Juifs pour désigner le Fils éternel du Père? S. Paul paraît sanctionner cet usage, aussi bien que S. Jean, en parlant de la parole de Dieu vivante et agissante, qui discerne les pensées de Pesprit et les intentions du cœur *. Aussi la difficulté pour l’évangéliste n’était pas de faire reconnaître aux Juifs qu’il y a en Dieu un Verbe personnel et tout-puissant, mais de les convaincre que Jésus était ce Verbe.
3° D'ailleurs, la connaissance de la doctrine révélée sur les trois personnes divines étant donnée, le nom de Verbe ne devait-il pas s'offrir de lui-même à l'esprit pour désigner la seconde? Les rapports du Père avec le Fils ont une analogie frappante avec ceux qui existent entre notre esprit et notre parole ou notre verbe. Le Fils, le Verbe incréé, est
PApoc..x1x, 13. Cf Loan, 415,01 Gent 1 > Ex0d., SEUI, 20,21: Ps, xxxix, 6: avi, 20; oxvux, 89; axzvir, 15; Prov., vux, 22, 31; Sap., vu, 22-30; xvinr, 15; Eccli., xx1v, 5: Isai., Lv, 11. — 3 Sap., vi, 24-30: vor, 4-4; Eccli., r, 4; vu, 1-10 1x, 4, 9. — # Gen., xxvur, 11-22; xxx, 24-303; Exod., 1, 2-6; v, 4; xxx, 12, 20; Jos, v, 13-1; vi, 2; Isai., Lxur, 9; Malac., nr, 1. — © Hebr., 1v, 12. Quoiqu'il ait écrit quarante ans plus tôt, S. Paul n'est pas moins exprès que S. Jean sur la divinité de Notre Seigneur, dans ses Epitres aux églises d'Asie et aux Hébreux, Supra, n. 21, 69.
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l'expression parfaite du Père, son image vivante‘; image spirituelle et invisible par elle-même, devenue visible et
corporelle par l’incarnation. Consubstantiel à son principe et aussi essentiel que lui, il existe avec lui de toute éternité et ne peut exister sans lui. Il habite en lui, et lors même qu'il est envoyé et produit au dehors, il ne cesse pas de demeurer en lui. N’en est-il pas de même de notre parole ou de notre verbe par rapport à notre âme? C’en est lPexpression naturelle et l’image vivante : imago viva mentis cogitantis. Etre naturellement pensant, sitôt que je pense, je me parle à moi-même, je prononce une parole. Gette parole émane de mon intelligence et participe à sa nature. Elle est de moi, en moi, et en quelque sorte moi-même. Distincte de mon esprit, lors même qu’elle y est renfermée, elle r’en sort pas quand elle s'exprime ou se produit au dehors?. On voit combien il était naturel d'appeler le Fils de Dieu, la Parole du Père. Quel terme plus propre à en donner l’idée? N’estce pas désigner la copie pour faire concevoir le modèle?
S. Jean n’avait donc pas d'emprunt à faire, ni à Platon (429-348), ni à Philon (+45). Et que leur aurait-il emprunté? — Si Platon parle de Aoyos dans sa théorie de la création ou plutôt de la disposition originelle des choses, il donne à ce terme un sens fort différent de celui de $. Jean. Le Aoyos du philosophe grec n’est pas une personne, mais une abstraction, la raison de Dieu, réceptacle de toutes ses idées : il n’a pas conscience de son existence. — Il en est de même de celui de Philon, autant qu'on peut saisir la pensée de cet auteur, dans les nuages de ses allégories. Philon ne le nomme pas Dieu, le vrai Dieu; il ne l’identifie pas avec le Messie. Du reste, s’il avait une vraie connaissance du Verbe personnel, on devrait penser qu’il l’a puisée aussi dans la révélation, c’est-à-dire dans les écrits des prophètes et dans les traditions de leurs écoles 3.
1 Heb., 1, 3. Verbum dicitur quia ita se habet ad Patrem ut sermo ad mentem. 5. Greg. Naz., Oral. xxxvi. Cf. Ginoulhiac, Hist. du dogme, p. 1; 1. vi, 1, 1, l. xu, 9, 10. — 2 Cf. Ps. 1v, 5. — 3 Cf. P. Corluy, Congrès scientifique de Paris, 1889, t. 1, p. 15.
81. — Le Verbe étant égal au Père, comment saint Jean peut-il dire que le Père a tout fait par lui : per ipsum, 1, 3 ?
[. Quand saint Jean dit que le Père à tout fait par son Verbe, il ne l’entend pas en ce sens que le Père aurait agi sans la coopération du Verbe, ou que le Verbe aurait moins agi que lui, ou que son action aurait été moins libre, ou qu'elle se serait exercée plus tard; mais il le dit et on l’a toujours entendu dans ce sens que l’action du Verbe dans la création, comme dans toute œuvre ad extra, à été subordonnée ou plutôt subséquente à celle du Père ; de manière que, sans qu'il y ait aucune différence de temps, elle s’interpose néanmoins et tient un certain milieu, dans nos idées, entre la volonté du Père et sa réalisation extérieure. Ce qui résulte de cette expression, c’est que l’action créatrice, tout en étant commune aux trois personnes, n’est pas triple pour cela, que le Fils n’agit pas d’une manière collatérale ou parallèle à celle du Père, mais qu’il opère, comme seconde personne, secondairement, par l’action même du Père, duquel il tient tout ce qu'il a, et qui ne peut rien faire qu'avec lui et par lui?.
IT. Si la volonté du Fils est subordonnée à celle du Père, ce n’est donc pas par infériorité, mais en vertu de ce principe, que tout ce qui est dans le Fils, les idées et les opérations aussi bien que la nature, est originaire du Père *. La nature divine ayant sa source dans le Père et étant par lui communiquée au Fils, il en doit être de même des actes : car ce n’est pas par leur personnalité, mais par leur nature que les personnes divines agissent. Ainsi, parce que le Fils est personnellement subordonné au Père’, il ne peut agir que subséquemment au Père ; et parce que le Père engendre éternellement son Fils, il ne peut faire aucune œuvre extérieure qu'avec son Fils et par son Fils : per ipsum. C'est par
1 Cf. Euscb., Præp. évang., vu, 5. — 2? Of. Col., 1, 16; Heb., 1, 2. Quidquid Filius habet ut faciat, a Patre habet ut faciat, quia ex Patre habet ut possit, a Patre habet ut sit. S. Aug., In Joan., xx, 4. — 3 Deus de Deo, lumen de lumine. — # O wy mapa tou Oeov. Joan., v, 46.
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là qu’on explique plusieurs paroles de Notre Seigneur : À meipso non loquor… À meipso non facio quidquam *, etc. Le Fils n’est pas, comme le Père, principium sine principio. CA n’est pas de lui-même, dit Bossuet; autrement il ne serait pas Fils. Il ne parle donc pas de lui-même. I dit ce que son Père lui dit. Son Père lui dit tout en l’engendrant?. »
82. — Que signifient ces mots : In ipso vila eral, el vita erat lux hominum.… Eral lux vera, ete.? 1, 4, 9.
In ipso vita erat. — Quand $S. Jean dit la vie, n Zon, Il entend toujours la vie de Dieu et des amis de Dieu, cette vie supérieure que Dieu nous donne au baptème, qui nous rend ses enfants, qui nous destine et nous dispose à le connaître, à l'aimer, à le posséder d’une manière surnaturelle dans l'éternité. Toute autre vie, la vie rationnelle même, n’est rien dans son estime, en comparaison de celle-là. Nomen habes quod vivas et mortuus es, dit-il au pécheur, qui en est privé?. Cette vie surnaturelle, nous l’avons perdue par le péché et nous ne pouvons la recouvrer par nous-même, mais elle nous est rendue par Notre Seigneur Jésus-Christ. Il en possède la plénitude, non seulement comme Verbe, en sa nature divine, mais encore comme Sauveur, en son humanité; car son âme a de quoi remplir à cet égard la capacité de tout être créé; et nulle créature n’en peut recevoir la moindre mesure, que lui-même ne la possède déjà et d’une manière incomparablement plus parfaite *.
ET vila erat lux hominum. — Gette vie est la lumière des âmes. En les éclairant, elle les anime; elle les orne d’une beauté céleste ; et Notre Seigneur nous en fait part en même temps qu’il nous associe à sa dignité de Fils du Père éternel.
Erat lux vera que iluminat omnem hominem. — La vraie
4 Joan., v, 19, 26 30; vu, 16, A1; vu, 28: x1v, 10. — 2 Cf. Joan, Bossuet, Serm. pour la Trinité, 2e p. xvr, 14, 15. — 3 Apoc,, ut, 1. CF. Luc., 1x, 60. C’est pour la même raison que le Saint-Esprit est dit simplement vivifiant, — # Cf. Joan., rx, 15, 16, 26; 1v, L4; v, 24, 40; VOIE MeEEx 98 Tr 005 20 xIr, 0 EX 10, LOS ER VIS MAC, nr MO OoMELv, SSL Cor Av, M0 Col ur 80m MC ATEN 1, 105 I Joan., x, 2; v, 41, 12, 20. — 5 Joan., x, 9; var, 12.
lumière, celle qui éclaire et qui vivifie, ce n’est pas Jean- Baptiste, mais Jésus-Christ, le Verbe fait chair, qui en est le principe. Le premier n’a brillé qu’un instant dans la Judée pour annoncer l’Homme-Dieu ; le second remplit de sa lumière l’univers entier, et il n’est pas un homme sur la terre qui ne soit à même de s’éclairer de ses rayons et de marcher à sa clarté*.
83. — Pourquoi saint Jean rapproche-t-il ces deux faits : l'Incarnation du Verbe et la régénération de l’homme, ou sa vocation à la dignité d'enfant de Dieu?
Parce que, d’après les desseins de Dieu, il fallait que le Verbe s’incarnât, se fit homme et devint notre Sauveur, pour qu’il nous fût possible de nous incorporer à lui, d'entrer en participation de sa vie divine, d’être associés, autant que des créatures en sont capables, à sa dignité de Fils unique du Père?. Ainsi ces deux mystères sont unis, et le second est le résultat du premier. Avec le Sauveur commence une nouvelle génération, une nouvelle race, un nouveau règne, xatvn xtiots?. « Les trois grands règnes de la nature, minéral, végétal, animal, s'étaient développés successivement sur notre globe ; puis était survenu le règne de l’homme, roi de la terre : Voici maintenant le règne de Dieu et des enfants de Dieu *. » Voici l'Eglise!
84, — Qu'est-ce que devenir enfant de Dieu, et à qui appartient cette dignité, Joan., 1, 12?
Dans la société civile, être adopté par quelqu'un, c’est entrer dans sa famille, c’est prendre rang parmi ses enfants ou lui en tenir lieu et acquérir un droit plus ou moins étendu sur son héritage. Dans l’ordre surnaturel, devenir enfant de Dieu ou être adopté par lui, c’est quelque chose de plus : c’est être incorporé à l’'Homme-Dieu, ou devenir un de ses membres ; c’est être initié à sa vie divine, avoir
iLuc., 1,18 957, 82% Joan. xvir, 2. Cf. SAug., In Joan, x, 19ket
1, 19.211 Pet, 1, 4. —3 Gal., vi, 15. Cf. I Cor., v, 17. — + Gratry, sur S, Matth. Cf. S. Aug., In Joan, 1, 15.
200 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [N° 84 part à son esprit et à ses mérites ; c’est être appelé à parlager son héritage, c'est-à-dire sa gloire et son bonheur!
« Dieu ne peut engendrer qu'un Fils, dit S. Augustin ; mais il veut que ce Fils ait des frères, et il lui en donne, en nous adoptant pour enfants ?. » Cette dignité nous vient avec la grâce sanctifiante, dans la justification * ; et la justification, en dehors du sacrement, s'obtient en s’attachant au Sauveur par un acte de foi animé d’une vraie charité *. La faculté de devenir enfant de Dieu, n vic0ec:a 5, est donc offerte à tous, sans exception, aussi bien que la foif. Tous les hommes, Juifs ou Gentils, ont pu acquérir cette dignité dans tous les temps, mais toujours avec dépendance de l’'Homme-Dieu, à qui elle appartient essentiellement, éminemment, et toujours à condition de croire en luiet dese confier en sa médiation. Il est vrai qu’en certains endroits, S. Jean et $. Paul semblent dire que la grâce de l’adoption était réservée aux chrétiens ; mais c’est pour faire remarquer qu’elle est le fruit de l’Incarnation, et parce qu’ils regardent comme chrétiens tous ceux qui ont cru en Jésus-Christ, soit avant sa naissance, soit après, de même qu’on dit éclairés du soleil tous ceux qui participent à sa lumière, avant comme après son lever®:
1 S. Th., p. 2, q. 23, a. 1. Infra, n. 358. — ? Unicum Deus genuit, sed unum esse noluit. Fecit ci fratres, non gignendo sed adoptando. Fecit ei cohæredes. $. Aug., In Ps, Lxvr, 9. — 3 Per hæc efficimur divinæ consortes naturæ, IT Pot., 1, 4. Cf. Rom., vi, 15-11, 23 ; Gal., 1v, 5-1; Eph., 1, 3-8; Heb., 11, 10. — #* Statim ut quis inseritur et adhærescit Christo, à Spiritu Christi qui est ejus divinitas, veluti animatur et vivificatur, ac proinde efficitur filius Dei. Quicumque enim Spirilu Dei aguntur, hi sunt filii Dei. Eodem enim Spiritu vivunt quo Deus ipse et quo Christus Filius Dei naturalis vivit, etsi hic Spiritus diverso modo istis communicetur. Lessius, de Perf. divin., x11, 11,n. 74. Infra, n. 592. — 5 Gal., 1v, 5. — 6 Joan., 1, 12. — 7 Tempora variata sunt, non fides. S. Aug., {n Joan.,x1v, 9. Olim salvi facti sunt credendo quia veniet, sicut nos credendo quia venit, de Calec. rud., 28. Epist. cLvir, 14. Cf. Matth., vx, 11; Joan., 11, 15; Act., xv, 11; Rom., ru, 22; Gal., 11, 16; fv, 5, 6; I Joan., v, 4 ; S. Thom., 14 2e, q. 106, à. 4, ad 3; 2a 2e, q.2, a. T; p. 3, q. 52, a. 5, ad 2; q. 68, a. 1, ad 1. — 8 Par exemple, Job, Melchisédech, Abimélech, les Ninivites réellement convertis, etc. Nondum nomine, sed reipsa Christiani. S. Aug., Ad Bonif., 11, 11. Præcesserunt adventum Christi quædam membra Christi, sicut in nascente
Au reste, rien n’empécherait de voir dans ce titre d’enfant de Dieu un privilège de l'Eglise chrétienne ; car pour les membres de l'Eglise, cette dignité est réellement comme un bien propreet naturel. Ils en jouissent dès leur naissance, sans aucun acte de leur part; et pour entrer en possession de la gloire du Sauveur dès l'instant même de leur mort, il suffit qu'ils n’aient pas mis volontairement obstacle à leur félicité !.
* 85. — Quel est le sens de ces mots : Qui non ex sanguinibus, etc. 13?
S. Jean oppose à la descendance naturelle, à la génération charnelle qui fait l’orgueil des enfants d’Abraham ?, la régénération surnaturelle, sacramentelle, céleste des enfants de Dieu. La génération charnelle, à laquelle toute l'humanité, le peuple d'Israël comme les autres, doit son existence, a sa source, sa cause matérielle dans les éléments du sang, in sanguinibus. Elle a pour mobile la passion déréglée ou linstinct aveugle des sens, voluntas carnis, tout au plus une volonté humaine éclairée par la raison : voluntas viri. La génération chrétienne, au contraire, celle qui donne naissance au peuple nouveau, a pour principe Dieu lui-même et sa divine charité : Ex Deo nati sunt, 13. Voluntarie genuit nos verbo veritatis®. L'Esprit de Dieu répand sa lumière dans nos âmes, et si nous adhérons sans réserve à sa parole, nous entrons en participation de sa vie et nous devenons ses enfants". Qui ne sent quelle distance il y a de l'esprit à la chair, de la vie de Dieu à celle de l’homme déchu *!
quodam, Gen., xxxvini, 21-30, nondum quidem procedente capite, præcessit manus sed tamen capiti connectebatur et manus. In Psalm. 1x1, 4.
4 II Cor., v, 6-8 ; Heb., xr, 39, 40. Cf. Joan., 1, 21; Rom., vu, 15-17; OM nv, 15 Tac. 1,8; DPet.onr, 22; l'Joan., an, 1,2, 95 v,u1" Cf Lessius, De perfect. div., xi1, 18. — 2 Joan., vur, 89. — 3 Jac., 1, 18. — k Joan., 1, 12, 13. Sicut homines non nascerentur injusti, nisi ex semine Adæ propagarentur, ita nisi in Christo renascerentur justi non cefficerentur. Conc. Trid., Sess. vi, 3. — 5 Joan., 11, 6. Cf. S. Aug., In Joan., u, 14, 15.
* 86. — Verbum caro factum est, 1, 14. Quelles sont les hérésies condamnées par ce verset?
Ce verset condamne toutes les hérésies qui ont nié ou Phumanité du Sauveur, ou sa divinité, ou l'union de la divinité et de l'humanité en la personne du Verbe. Les docètes disaient : Le Verbe ne s'est fait homme qu'en apparence ; Ebion : Jésus n’est qu'un homme; Arius : C’est plus qu'un homme, mais il n’est pas Dieu ; Cérinthe : L'union de l’humanité et du Verbe en Jésus n'a été qu'un accident transitoire. Nestorius : Le Verbe s’est uni à un homme de l'union la plus étroite, maïs sans se faire homme: Eutychès : L'homme a été absorbé dans sa divinité. S. Jean prononce : Le Verbe s’est fait chair ; il est uni à une nature humaine de manière à n'étre plus qu'une seule personne avec elle.
En disant : Verbum caro factum est, S. Jean entend par caro toute l'humanité du Sauveur, mais il la considère dans le sein de sa mère, au premier moment de son existence, au suprême degré de l’abaissement et de Pinfirmité.
81. — Que signifient ces mots : Gratia el veritas per Jesum Christum, 1, 17?
Plusieurs auteurs disent que gratia et veritas est un hébraïsme, équivalant à gratia vera, comme spiritus et ignis équivaut à spiritus ignitus?. Mais il est vraisemblable que S. Jean a pris ces deux mots dans leur sens ordinaire, afin d’opposer le christianisme à la loi de Moïse, comme grâce et comme révélation à la fois. Sa pensée n’est pas qu'avant Jésus-Christ il n’y ait eu ici-bas ni vérité révélée ni grâce; il veut dire seulement que, sous ce double rapport, l’Ancien Testament est très inférieur au Nouveau ; que le règne de Moïse était le règne du commandement, de la loi, du châtiment, tandis que le règne du Sauveur est proprement celui de la grâce et de la révélation, de la vie et de la lumière, 4°. Le sens de ces paroles s’éclaircit par ce qui pré-
1 CF. S. Thom., p. 3, q. 16, à. 6. — 2? Supra, n. 38. — 3 Cf. Joan., 1, 14. — # Justitia fidei non pro merito datur hominibus sed pro misericordia ;