I. Ce qu'il a de commun avec le prophète Elie, c’est la
1 Lev. xx1v, 2. — ? Lev., xxIV, 5. — 3 Ex., xxx, 1. — # Num., xvinr, 1; Joseph., B., VI, vi. — 5 Luc., 1, 21. Cf. Lev., xvx, 11; Heb., x, 19-93. — 6 Luc., 1, 10, 21, 22, Parentum virtutes describit Evangelista ut ex generatorum meritis dignitas germinis cognoscatur. S. Pet. Chrysol, Serm. xc1. Utinam nobis quoque adolentibus altaria assistat angelus, imo præbeat se videndum! Nam ne dubites assistere angelum, quando Christus immolatur ! S. Amb., 7x Luc., 1, 28. — 7 Cf. Gen., xvur, 10; xxx, 22-24; Jud., xx, 3, 1; LReg., r, 5, 11, 20; Luc., 1, 36. Quia venturus erat per Virginem Deus homo, præcessit eum de sterili mirabilis homo. S, Aug., Lerm. cex1, 1. Ambo mirabiliter nati, præco et judex, lucerna et dies, vox et verbum, servus et Dominus. De sterili servus, de virgine Dominus. Serm. coxe, 1.
vertu et le ministère. — 4° Il montre en face d'Hérode le même courage qu'Elie devant Achab!, et en présence des Pharisiens et des Juifs, le même zèle qu'Elie devant les prêtres de Baal et les [sraélites apostats?. — 9° Comme Elie doit annoncer le second avènement du Sauveur, S. Jean- Baptiste annonce le premier et s'efforce d'y préparer ses compatriotes. C'est ainsi qu'il rétablit l'union entre les patriarches et leurs descendants, et qu’il forme au Messie de dignes disciples, héritiers de la foi et de la docilité de leurs ancêtres .
If. Le Précurseur s’abstiendra de toute liqueur enivrante, pour la même raison que les Prêtres s’en abstenaient pendant toute la durée de leur service dans le temple’, et les Nazaréens durant le temps de leur consécration au Seigneur. Ainsi témoignera-t-il qu'il ne cherche pas ses inspirations ni ses délices ici-bas, qu’il sait dompter sa chair et tenir ses sens sous le joug de PEsprit de Dieu. On sait quelle autorité conciliait aux prophètes la vie austère dont ils faisaient profession. On sait aussi combien la mortification donne de force à l’âme et de quel secours elle est pour la pratique des grandes vertus : Amans Dei, osor carnis°.
ARTICLE IV
Annonciation de la sainte Vierge, Luc., 1, 26-38. (Nazarelh,7T ans avant l'ère chrétienne, 25 mars.)
Condition de la sainte Vierge, — Circonstances du mystère, — Paroles de l'Ango.
* 91, — D'où vient qu'il y avait dans la Galilée tant de Juifs orthodoxes, tant de membres de la tribu de Juda et même de la maison de David?
Depuis la captivité, ce n’était plus par les territoires qu'on
1 Cf. III Reg., xxr, 19 et Matth., x1v, 4. — 2 Cf. III Reg., xvur, et Matth., ur. — 3 Luc., 1, 15-17. Cf, Mal, 1v, 6. S. Jean-Baptiste est figuré par Elie, Matth., xr, 14, comme Notre Scigneur l'est par David, Act., xv, 16, l'Eglise par Sion ou Jérusalem, Gal., 1v, 26 ; Heb., x1r, 22, Rome par Babylone, I Pet., v, 13, l'enfer par la géhenne, Matth., v, 22; x, 28; etc. — # Lov., x, 9; Ezcch., xziv, 21. — 5 Num., vr, 8. Cf. Judi, xx, 1 — 6 5. Aug. Cf. Boss., Eléval., xve Sem., 7 Elév.
pouvait distinguer les tribus. Beaucoup de Juifs de Juda et de Benjamin avaient fondé des établissements au loin. On en trouvait sur toutes les côtes de la Méditerranée : à plus forte raison y en avait-il dans la Galilée, pays très fertile et très peuplé, au nord-ouest de la Palestine’. Il était resté d’ailleurs dans la Basse-Galilée un certain nombre d’Israëlites orthodoxes, issus d'anciennes familles du royaume d’Israel. Parmi ceux qui n’avaient pas été conduits en Assyrie, après la prise de Samarie, plusieurs avaient persévéré, comme Tobie, dans la fidélité au culte du Seigneur?. De plus, des troupes de captifs, revenus de Ninive avec Zorobabel et Esdras, avaient regagné leur pays et repris les pratiques religieuses de leurs ancêtres. Enfin les Machabées avaient soumis cette province et fait reconnaître même dans
la Galilée des nations l'autorité du pontificat juif. Il n’est
donc pas étonnant que les vrais Israélites y fussent encore en majorité. On ne doit pas non plus être surpris que le Sauveur y ait choisi ses apôtres et formé ses premiers disciples *. N'est-ce pas là qu’il avait passé sa jeunesse et qu’il devait exercer principalement son apostolat*? Ajoutons que les Galiléens, moins pénétrants peut-être et moins subtils que les Juifs de Jérusalem, avaient plus de droiture et de docilité d'esprit, qu’ils étaient moins dépendants du sanhédrin ou de la secte qui y dominait, moins hostiles aux étrangers et moins éloignés d'entrer en relation avec eux; enfin qu'ils jouissaient d’une grande réputation de bravoure. Cest plus de raisons qu’il n’en fallait pour justifier la préference dont ils étaient honorés.
92. — Marie avait-elle fait vœu de virginité avant l'Annonciation, ct peut-on dire qu'elle a préféré l'état virginal à la maternité divine? I. Il est de foi que Marie a toujours été vierge” : et le titre
par lequel l'Eglise la désigne, 4 Hzxe0évoc, témoigne qu’elle
est bien celle qu’Isaïe annonçait comme devant être la mère 1 Joseph., A., XVI, vi, 2; B., LI, 1. — 2 Cf, II Reg., xix, 18. —
3 Joan., vur, 52, Act., 1, 11. — * Matth., 1v, 23; Luc., xx1n1, 49. — 5 Joan., vit, 52, — 6 Joscph., B., ur, 2. — 7 Symb. Apost.
d’'Emmanuel!. — De plus, on tient pour certain qu’elle a fait vœu de virginité et que sa volonté a toujours été de rester vierge*; par conséquent qu’elle n’a accepté $. Joseph pour époux que sur une assurance particulière de la volonté de Dieu*. Les paroles qu’elle dit à l’Ange en l’Annonciation et explication qu'elle lui demande supposent qu’elle avait pris cet engagement‘. Suivant S. Augustin et la plupart des Docteurs, elle avait fait ce vœu avant son mariageÿ. Suivant S. Thomas, elle ne l'aurait fait qu'après, du consentement de son époux. Plusieurs auteurs ajoutent qu'aucune femme ne Pavait fait avant elle’; mais ce point, loin d’appartenir à la foi, est moins certain que le précédent.
IT. Jamais la sainte Vierge n’eut à choisir entre la maternité divine et la virginité. L'idée qu’un Homme-Dieu püt avoir un autre père que Dieu ne put pas même se présenter à son esprit. Cette supposition eût révolté ses sentiments, autant qu'elle répugnait aux oracles des prophètes. Au moment de l’Annonciation, Marie ne songe donc pas à mettre une condition à l’accomplissement des desseins de Dieu; mais le vœu qu’elle à fait et qu'il a ratifié lui revenant à la pensée, elle demande à l’Ange, pour prévenir toute inquiétude, de lui faire connaître plus pleinement la volonté du Ciel”.
93, — Au moment de l'Incarnation, la sainte Vicrge était-clle mariée ou seulement fiancée à Joseph?
Il n’est pas permis de mettre en doute la réalité du mariage de Marie et de Joseph ‘‘; mais on peut demander si ce
4 Matth, x, 23. Cf. Gen., y, 45; Apoc., xi1, 115 S. Iren., II, xx1vxxix 5 IV, xxxur, 41. Tert. De carne christ, 11, 18. — 2 Virgo erat carne, virgo mente, virgo professionc. $. Bern., Hom. 111, super Missus éRIS Thom nv, dist..80, qe 212. dj 2 EE Luc, 1, 3401 Tob , v, 12. — 5 S. Aug., de Virginilate, 4. — 6 $S. Thom., p. 3, q. 28, a 4 NN Oris., In Malth., x, — 8 Gen., ur, 45; Is., var, 14. — 9 Quid si diceret : Nube, conjungere viro? Non diceret Deus; accepit enim yotum Virginis. Et hoc ab illa accepit quod ipse donavit. 5. Aug. Serm. cever, 5. Cf. Theologia Mariana. — 19 Luc., 11, 4, 5; S. Thom., D; q29; 4.2,
mariage existait au moment de l’Incarnation ou s’il n’a été contracté qu'après la révélation de l’Ange à Joseph *.
1° L’Ecriture ne tranche pas expressément la question; car si l’on voit en $. Luc, 1, 27, que Marie était fiancée, desponsata, pepvisrevuevn, lorsqu'un Ange se présenta devant elle, on y voit aussi, 11, 5, que le nom de fiancée se donnait quelquefois à des femmes mariées *?. Le titre d'époux, vir, avne, donné à $. Joseph #, ne détermine pas davantage sa qualité à l’égard de Marie; car il paraît constant que chez les Juifs, il suffisait d’avoir été fiancé pour être appelé époux ou mari*.
2° Quant aux interprètes, ils sont partagés sur cette question. — Les anciens admettent communément l’existence du mariage à l’époque de l’Incarnation. Dés lors ils entendent par convenire’, consommer le mariage, et entendent par antequam, TewY, sans que, comme en plusieurs endroits de J'Ecrituref. — Parmi les modernes, un certain nombre préfèrent le sentiment contraire. Ils pensent que le mariage n’eut lieu que sur la parole de lAnge : Noli timere accipere Mariam conjugem tuam', etc., et ils prennent convenire dans le sens d’habiter dans la même demeure. — Suivant le P. Patrizi et d’autres commentateurs, il ne pourrait y avoir d'incertitude que sur le moment de la célébration des noces. Chez les Juifs, disent-ils, l'union légale avait lieu en même temps que les fiançailles, généralement du moins; mais les noces, la célébration du mariage, ou la remise solennelle de lPépouse à lPépoux, se faisaient plus tard. La sainte Vierge était donc déjà épouse de Joseph au jour de l’Incarnation; elle Jui avait été fiancée et mariée. Seulement les noces n'étaient pas encore célébrées®. Marie continuait à demeurer dans la maison de ses parents, à Nazareth°. C’est à ce point de vue qu’on se place dans ce sen-
{ Matth, 1, 20. — 2 Cf. Dout., xxn, 23. — 3 Luc., 1, 26. — # S. Hieron., In Matlh.,1, — 5 Matth., 1, 18. — 6 Prov., xxx, 1; Jer., xxxvur, 10; S. Thom., p. 3, q. 29, a. 2, ad 3. — 7 Matth., 1, 20. — 8 Cf. Gen., xxIV, 00; xx1X, 21,26; Tob., vi, 22; Jer., vis, 3%; xxx, 10: 1, Mac, 1x, 31. Supra, À. T., n, 406. — 9 Cf. Martyrol. rom., 10 Décemb.,
timent pour expliquer ces mots: Antequam convenirent et Noli timere accipere Mariam.
9%. — Pourquoi le Fils de Dieu a-t-il voulu que sa Mère fût vierge ct néanmoins engagée dans le mariage?
I. Le Fils de Dieu à voulu que sa mère fût vierge pour deux raisons : — 4° Afin de montrer dès sa naissance son amour pour les âmes pures, et l'horreur qu’il a de tout ce qui porte la trace du vice charnel ‘. — 2 Afin de rendre sensible cette vérité qu’il prenait la nature d'Adam sans participer à ses souillures ; qu'avec la vie naturelle, dont sa mère était le principe, il en avait une autre qui lui venait de plus haut, non ex sanquinibus, neque ex voluntate carnis, neque ex voluntate viri *; et qu'ainsi, tout enfant d'Adam qu’il était, il serait ici-bas comme un autre Adam, source d’une vie nouvelle, tige d’une nouvelle race, bien supérieure à l’ancienne par son origine, sa noblesse et sa destinée surpaturelles *.
Aux rationalistes qui ne peuvent goûter ces raisons, ni voir dans le récit de l’Annonciation autre chose qu’une fiction des chrétiens pour glorifier le Sauveur, on peut opposer celte considération : Si une telle origine s’accorde mieux avec la dignité, le caractère, la mission du Verbe incarné, pourquoi Dieu ne l’aurait-il pas voulue pour son
de domo Lauretana; et Bened, XIV, De canon. IV, 11, 10 et De fest., 1, 16.
Hic Virgo genitura Deum, genitricis ab alvo Prodiit, et blandis mulsit vagitibus auras.
Hic quoque, virginei servata laude pudoris, Sancta salutifero tumuerunt viscera fœtu.