N° 106] SA VIE CACHÉE. — RÉVÉLATION A S. JOSEPH
il l’exhorte à chasser toute crainte. Et par quel moyen le rassure-il? En lui certifiant la réalité du fait qu’on suppose être la cause de ses anxiétés, savoir : que Marie a conçu par opération du Saint-Esprit et qu’elle va mettre au monde le Sauveur des hommes, l'Emmanuel prédit par Isaïe. Dès ce moment, ses inquiétudes cessent... Joseph ignorait donc auparavant ce mystère; la cause de son trouble n’était donc pas laconnaissance qu’ilen avait acquise. D'ailleurs qui ne voit à quel péril il eût exposé Marie et l’enfant en les abandonnant? Bien loin de les honorer comme on le prétend et de leur témoigner un juste respect, il les aurait voués l’un et Vautre à l’opprobre et à la misère.
106. — Est-ce pour prouver la divinité du Sauveur, ou pour attester la virginité de sa Mère, qu'Isaie est cité en S. Matthieu, 1, 23?
Le texte d’Isaïe prouve bien la divinité du Sauveur, comme S. Justin l’établit déjà contreles Juifs : Vocabunt nomen ejus Emmanuel *. Être appelé Emmanuel, c’est, suivant le langage des prophètes, en mériter le titre, en réaliser la signification, avoir la dignité exprimée par ce terme ?. Mais la citation faite en $. Matthieu a pour objet direct sa conception miraculeuse, et par conséquent la virginité de Marie. C’est ce qui résulte du contexte et en outre du dessein de l'ange, si c’est ange qui parle encore au verset 22; car il n’est venu que pour calmer linquiétude de Joseph au sujet de son épouse.
Au verset 23, le mot Virgo, n [Mapdevos, Almdh, doit être pris littéralement, et in sensu composito, d’une vierge restant vierge *. Il est clair que l’ange et S. Matthieu entendent ainsi. Quant au prophète, s’il l’entendait autrement, s’il voulait seulement parler d’une femme ordinaire, qui ne se distinguerait en rien sous le rapport de la virginité, qui devait concevoir et enfanter comme les autres femmes,
OMS NV AIO IS Justin Dial nb 6845 1S ren, IL x YE DC CRIS D PE OL 0x4; ler, ur, A1 KW 6Ezech., xLyur, 35: Zac., vur, 3. — 8 Cf, Gen., xx1v, 43; Ex., n,8; Gén ere Eau SeProy, xxx, 19;
TA
229 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n°107
qu'est-ce qui l’autoriserait à appeler signe, prodige, miracle et miracle tout divin le fait qu'il annonce ‘? La virginité de la Mère de Dieu a donc été prédite par les prophètes; la voilà nettement affirmée au début de l'Evangile; plus tard elle sera enseignée par les Apôtres, définie et célébrée par l'Eglise : Virgo concepit, virgo peperit, oùrgo post parlum, quem genuit, adoravit ?.
* 107. — N'y a-il pas des auteurs qui appliquent ce passage dIsaïe, vu, 14, à la femme et au fils du prophète, ou bien à la femme et au fils du roi Achaz?
Parmi les interprètes orthodoxes, plusieurs voient deux sens dans ce passage, le premier vérifié du temps d’Isaïe, le second accompli par la naissance du Sauveur, et ils discutent entre eux sur la nature de ces deux sens, c’est-à-dire si tous deux sont littéraux ou si l’un des deux est spirituel. Mais c’est le petit nombre qui admet ces deux sens *. En général, les auteurs catholiques n’y voient qu’un sens littéral, ayant Jésus-Christ et sa mère pour objet. Ils appuient leur sentiment : — sur la signification du mot alndh, n Hzo0evoc, Virgo *, sur l'application que l’ange en fait à Marie’, — sur les autres passages d’[saïe où il est question du même enfant, et où il est donné clairement pour le Messie 5, — enfin sur les circonstances dans lesquelles ces paroles ont été prononcées. Jérusalem se voyait menacée par les troupes du roi d'Israël et du roi de Syrie. [saïe annonce à Achaz de la part de Dieu qu’il sera épargné, et il lui montre ses enfants comme gage (le la délivrance qu'il lui promet". Mais à cette occasion, les vues du prophète s'élèvent : il lui prédit un prodige bien plus surprenant; il parle d’un autre enfant, d’un enfant merveilleux qui doit avoir pour mère, non une
1 Dabit ipse Deus signum. Is., vu, 11-14. — 2 Of. B. M. Virginis. COMMISE LV; 5, Jer, XxxT, 42 :MMIch eV, 2 03 Gal LV, 4 MApOGs xu, 11. À. T., 926-929; Infra, n. 136. — 3 Cf. S. Hier., In hunc loc. — À Ostendant mihi ubi hoc verbo appellentur et nuptæ, et imperitiam confitebor. S. Hieron., Adv. Jovin., 1, 32. — 5 Ut adimplerctur. Matth., 122-2308" Luc, L31%— 61Is. var, 8), 1x, 6e TS vit, 3, 4, 18.
Le
__ N° 108] SA VIE CAGHÉE. — RÉVÉLATION A $S. JOSEPH. 223 simple prophétesse, mais une vierge, la Vierge, et qui sera le gage d’une délivrance bien autrement désirable ‘. Aussi cette naissance n'est-elle pas annoncée seulement à Achaz, mais à toute la maison d’Israël?, et est-elle donnée pour le signe le plus prodigieux qui puisse lui venir du ciel : Signum in excelsum supra *. Autant il est certain que ce grand libérateur, déjà tant de fois prédit, viendra dans son temps, autant est-il assuré que Jérusalem sera préservée des attaques du roi de Syrie *.
On n’est pas obligé d’admettre cette interprétation, et certains détails peuvent être contestés; mais il ne serait pas permis de récuser l’application de ce passage d’[saïe à Notre Seigneur et à la sainte Vierge. Spirituel ou littéral, le sens allégué par l’ange et par S. Matthieu * est certainement réel. En faire une accommodation purement esthétique, ce serait contredire cette parole : Hoc totum factum est ut adimpleretur quod dictum est a Domino, et braver la censure portée en 1779 par Pie VI contre le D' Isenbielh, prêtre de Mayence.
* 108. — Cette révélation faite à S. Joseph n'est-elle pas un songe, et ne serait-ce pas la raison pour laquelle elle est omise par $. Luc ?
I. La révélation faite à S. Joseph est bien un songe, puisqu’elle eut lieu pendant son sommeil; mais c’est un songe divin, et S. Joseph était aussi certain de ce qui lui avait été dit que s’il avait reçu cette communication dans l’état de veille. Dieu, qui dirige les hommes comme il lui plait et qui agit à son gré sur leur esprit et sur leur cœur, Péclairait de telle sorte qu’il n’en pouvait douter. On trouve dans les livres inspirés, comme dans les Vies des Saints, un grand nombre de songes de ce genre, également miraculeux et prophétiques".
1 [s., vi, 14. — 2 Is., wir, 13. —8 Isaï., var, 11, 14, CF. L. B. Drach., Harmonie entre l'Eglise el la synagogue, t. 1. — * Cf. Ex., 111, 12; I Reg., 11, 34; Jer., xziv, 29. Voir Bossuct, Explic. de la proph. d'Isaïe. — 5 Matth., 1, 23. — 6 Si quis fuerit inter vos propheta Domini, in visione apparcbo ci, vel per somnium loquar ad illum. Num., xu, 6. Cf. APT 0. 8466 0Gen., xv, 12-115 xx, 35exxyin, 11-13; xxx V1, 5-1; TT, OR RTNRR ee mo MES be TND Dan. LV, JL; vi, Le LIEMECE
IL. S. Matthieu ne pouvait omettre cette révélation. N'ayant pas rapporté comme S. Luc les paroles de l’Ange à la sainte Vierge!, il devait expliquer d’une autre manière comment il faut entendre ce qu’il a écrit au verset 16 : Joseph, virum Marie de qua natus est Jesus?. D'ailleurs il entrait dans son dessein de faire voir en Notre Seigneur l’accomplissement des prophéties messianiques. Or, le texte d’Isaïe sur la virginité de Marie et la naissance de l’Emmanuel est une des principales. Ni l’une ni lPautre de ces raisons n’existait pour S. Luc. Il écrivait pour les Gentils, qui se préoccupaient assez peu des prophéties anciennes; et ce que S. Matthieu dit en cet endroit, il l'avait dit équivalemment, et même avec plus détendue, en retraçant la scène de l’Annonciation.
109, — Puisque Marie a gardé sa virginité jusqu'à sa mort, comment Notre Seigneur est-il appelé son premier-né, Matth.. 1, 25?
Premier-né, dans l’Ecriture, ne signifie pas précisément celui qui a un frère puiné, mais celui qui n’a pas de frère plus âgé”. Le premier-né avait cette qualité dès sa naissance : il en portait le nom. A ce titre, il avait droit à certains avantages et il était sujet à certaines obligations‘. C’est donc à dessein et avec raison que l’évangéliste dit iei que Jésus était premier-né, toy rpwrorouov, 25. Il le désigne par là comme héritier de David, comme ayant un droit privilégié sur son héritage’. Loin de faire difficulté, cette expression devient un signe d'authenticité. Très naturelle sous la plume d’un juif, elle ne se serait pas présentée à un écrivain d’une autre nationalité, ou il l'aurait écartée avec soin.
xv, 12-16; Act., 1x, 10-16. S. Th., 2a 2e, q. 171, a. 5. Diclionn. de myslique chrét., Songes.
t Luc., 1, 35, 37. — 2 Cf. Marc., vr, 3. — 3 Non quem fratres sequuntur, sed qui prius omnium natus est. S. Hier., /n Matth., x, et Adv. HET RE Luc, 1,235 CF \Gén.,x, 15; xxr, 19x21 VIT
49;; Exod., 1v, 23; vi, 14; xm, 2; Num., xvint, 15 ; Deut., 1, 6; xx1, A1; Heb., 1. De là l'usage d'appeler premier-né tout ce qui l'emporte par ses qualités ou ses prérogatives.