N°11] SA VIE CACHÉE. — SA NAISSANCE
111. — Que signifient les noms de Jésus, de Christ et de Seigneur, donnés par l’Ange au Sauveur, Luc., 11, 44 ?
I. Jésus signifie Sauveur, ou plutôt Dieu Sauveur, Dominus Salvator *, nom évidemment prophétique, car nul autre ne caractérise mieux la destinée du Verbe fait chair. Il lui fut donné à la circoncision ?. C’était l'usage de donner leur nom aux enfants au moment où ils devenaient membres du peuple de Dieu *.
II. Le Christ est comme son surnom. C’est la traduction grecque du mot Messie, c’est-à-dire oint ou sacré *. Les rois comme les pontifes étaient consacrés par l’onction del’huile, symbole de linfusion de la grâce. Comme roi et comme pontife, le Sauveur dut recevoir en son âme l’onction la plus auguste et la plus sainte 5. Aussi son nom de Christ est-il toujours précédé de l’article, o Xgtstoc, le Christ, celui qui est oint ou sacré par excellence. Jamais l’Ecriture ne l'appelle simplement Christ, comme les protestants affectent de le faire.
IT. Quant au titre de Seigneur, Dominus, o Kuptoc, il exprime sa grandeur et sa souveraineté 7. Comme $. Paul en ses Epîtres, S. Luc le lui donne dans son Evangile et dans les Actes, de préférence à celui de Christ ou de Messie, auquel les Gentils n'étaient pas habitués *. Dans les Septante, le mot Dominus, o Kvptos, est employé d'ordinaire comme l'équivalent de Jéhovah : il implique la possession de la divinité °. On doit lui reconnaître le même sens dans le Nouveau Testament, quand il est employé d’une manière absolue et appliquée au Sauveur par un des disciples ou par
1 Jésus, forme grecque du mot Jehosua, différent de Hoschea, Sauveur, par l'addition du mot Jéhovah. — ? Circumciditur tanquam Abrahæ filius, Jesus vocatur tanquam Filius Dei. S. Bern., De circumc., Serm.r, 2-5 1Thom:, p.93, dal, .a..1 et 2.3 Cf..Gen., xvir, 5, 10; xxx, 3, 4; Luc... 2, 59, 63; Act., x, 98. — Cf. Ps. civ, 15, Is; xzy, 1; Dan., 1x, 25 ; Joan., 1v, 25. — 5 Ps. xuiv, 8 ; Luc., 1v, 18. — 6 Nomen ipsum non ponunt, quod est nobis amicius et dulcius nominare. $. Aug., De civ. Det., XNIIT, 32. — 1 Cf. Tacit., À., ur, 87 — 8 Cf. Matth., vur, 20, 21; Joan. xx,12, 49, 18,28. —9 Cf Exod., vi, 2:Ps. 11, 2; cix, 2; Jer,, avr, 21 ; xxx, 6; Mal., 1v, 5; P. Peteau, De Trinit,, IL, 1, 14; Infra, n. 686.
# ren NE 230 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 112 l'évangéliste. Dans ce cas, il est précédé de Particle en grec, ou il est joint au mot Christus ‘. Quelquefois, bien qu’assez rarement, ce nom est donné à Notre Seigneur par des Juifs ou des Gentils qui ne le reconnaissent pas pour Fils de Dieu ?. Alors il est employé au vocatif, dans un sens impropre et restreint, comme chez nous, quand on donne letitre de Seigneur à un personnage qu’on veut honorer. ”
ARTICLE II
Généalogie du Sauveur, Matth., 1, 1-18; Luc., 1, 23-28.
Difficultés. — Principes de solution. — Eclaircissements.
112, — Est-il croyable qu'il y eût, au temps du Sauveur, une généalogie certaine remontant à quatre mille ans ?
Si la généalogie donnée par S. Luc était évidemment in-, croyable, il faudrait taxer de déraison non seulement les auteurs sacrés qui la rapportent, mais encore les chrétiens qui y ont cru et les Juifs qui n’ont pas protesté. Rien de plus plausible, au contraire, si l’on tient compte du lieu et des circonstances.
Pour la majeure partie, pour les trois quarts au moins, la généalogie de Jésus-Christ échappe à toute objection, puisqu'elle ne diffère pas de celle des patriarches et qu’on la trouve tout entière dans les saints Livres *. Il ne pourrait donc y avoir de difficulté que pour les cinq ou six derniers siècles. Or, en réalité, même pour cette période, il n’y en a pas de solide. C’est sur la foi des généalogies que reposaient chez les Juifs la propriété des familles, les droits des particuliers et la principale espérance de la nation. La constitution du peuple de Dieu rendait continuellement nécessaire à chacun la connaissance de ses ancêtres. Par là, elle en assurait la transmission *. Ce n’était pas les personnes les plus illus-
1 Cf. Matth., xxu, 42-44 : Luc., 1, #3; 11, 1, 38 ; x, 39; Jud. 4. = 2 Matth., vin, 2,6, 8; xv, 22; Luc., x, 28; xvu, 36 ; Joan., 1v, 11, 19: ee CE IN NONEENG SCD One MATE TR EST xxI, 2; xxv, 25; xxix, 35. — 4 Joseph., Cont. App., 1, 1; Fleury, Mœurs des Israéliles. ;
N° 413] SA VIE CACHÉE. — SA GÉNÉALOGIE. 231 tres seulement qui savaient de qui elles descendaient : Anne mignorait pas qu'elle était de la tribu d’Aser !; Elisabeth savait qu’elle appartenait à la famille d’Aaron ?. Pour écarter . touie erreur et toute fraude, les généalogies étaient disposées
dans le temple comme des choses sacrées et placées sous la surveillance des prêtres ?.
Il est vrai qu'on en perdit une partie à l’époque de la captivité; mais nous apprenons d’Esdras qu’un grand nombre aussi se conservèrent. L’historien Josèphe lisait encore la sienne dans les archives publiques *. Aucune ne doit avoir été gardée avec plus de soin que celle de la maison de David. On l’ignorait si peu, à l’époque de Notre Seigneur, qu'il était appelé communément Fils de David dans toute la Judée”, et qu’on s’en souvenait encore sous Domitien, après la ruine de Jérusalem. Hégésippe (+ 181) nous apprend qu'on conduisit à Rome, sous le règne de cet empereur, des descendants de David, dénoncés comme tels au tyran par les hérétiques ©.
On peut croire que les généalogies des Evangiles sont de simples extraits des archives publiques, et que les auteurs sacrés n’ont voulu y rien ajouter pour les éclaircir, comme il eût été facile de le faire. Le premier verset deS. Matthieu semble le dire. Néanmoins, en les insérant dans leur ouyrage comme un témoignage de l’accomplissement des prophéties, ils les ont sanctionnées de leur autorité. L'Eglise en garantit de même le caractère divin par l’usage qu’elle en fait dans sa liturgie.
113. — Les rationalistes ont-ils droit d'exiger que nous leur démontrions l'exactitude de ces généalogies ?
La réalité de la vie du Sauveur et sa divinité, dont il
PLuc., 1,36. —2 Luc., 1,5. Cf. Tob., x, 1; Judith, vi, L; Rom., x, 15 Phil., ur, 5, etc. — 3 Cf. Esdras, x, 62 ; Néhémias, vir, 5, 64; x11, 23; I Mac., x1v, 40. — # Joseph., Vita, 1. — 5 Manifestum est quod ex Juda
ortus est Dominus noster. Heb., vir, 44. Cf. Matth., 1x, 27; x11, 23; XV, ESS), LIxxIr, 4245 Marc. AT, 48 x, 85, Luc, 1, 69; xVIr S8h AGE. 0 80 xnr, 285 Rome, 1,35 <v, 12 Tin. 11, 8.— 6 Euseb® H., ALI, 12, 19, 20, 32. Cf. Brev., 18 fév., S. Siméon.
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232 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [no AE,
s’agit entre les rationalistes et nous, ne dépendent nullement de l'exactitude de sa généalogie. L'autorité de nos Evangiles, comme livres historiques, n’en dépend pas non plus. La seule chose qui en dépende, c’est inspiration de ces livres ou plutôt des généalogies elles-mêmes. Cette question n’a d'intérêt que pour les chrétiens, et les rationalistes n’ont pas à s’y entremettre.
Dans la science biblique, comme dans toutes les sciences morales, on peut distinguer trois sortes de questions : des questions faciles et de première importance, des questions difficiles dont l'importance est secondaire et des questions insolubles qui sont sans importance au point de vue religieux. « Le grand art de la sophistique, dit M. Valroger, est de mettre au premier plan celles qui sont obscures, et de cacher derrière celles qui sont claires et nettement résolues : le mérite de l’apologiste consiste en grande partie à faire le discernement de ces questions et à restituer à chacune son rang et sa valeur !. »
* 144, — N'est-il pas certain à priori qu'on ne saurait trouver, dans ces généalogies, d'erreurs ou de contradictions évidentes ?
S. Matthieu, qui était juif et qui connaissait l'Ancien Testament, n'aurait pas présenté à ses compatriotes un tableau de la race de David en opposition avec les Livres saints. S. Luc, qui n’a pu ignorer la généalogie de $. Matthieu, ne se serait pas mis sciemment en opposition avec cet apôtre. Enfin l'Eglise, qui a toujours reçu l’une et l’autre de ces généalogies, ne les aurait pas données constamment pour indubitables, si elles avaient été évidemment fausses. Il est donc certain à priori qu’on n’y saurait trouver de contradictions ni d'erreurs évidentes.
On a avancé récemment qu'Origène reconnaissait des contradictions entre les deux généalogies. C’est une erreur.
1 De Valroger, Introd., Préf. xxur. « Que faire donc? Faire dans la religion ce qu'on fait dans la science : s'assurer des principes, des vérités décisives, et abandonner les difficultés aux discussions des savants. » Ozanam, Lelltres.
. ” Noé