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234 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [no 116.
fit voir avant tout que Jésus était l'héritier de David, et qu'il prouvât, par sa généalogie légale ou paternelle, qu’on ne pouvait contester au Christ le droit de succession. El convenait également que S. Luc, qui écrivait pour les Gentils; considérât le Sauveur comme né de la femme, semen mulieris’, et qu'il leur exposât sa généalogie réelle. Après avoir annoncé si expressément? que Jésus n'avait pas de père sur terre, quelle raison avait-il de lui donner sa généalogie légale par son père putatif? Ajoutez que, dans le cas où il aurait voulu la citer, on ne verrait pas pourquoi il n'aurait pas suivi la même ligne que $. Matthieu.
2° Les termes employés par $. Luc : Jesus erat, ut putabatur, filius Joseph, qui fuit Heli, se prêtent sans effort à cette explication, soit qu'on traduise simplement : Jésus passait pour étre le fils de Joseph, lequel l'était d'Héli, en rapportant à Joseph le relatif qu, soit qu’on entende : Jésus était regardé comme né de Joseph, mais il l'était d'Héli, en rapportant le pronom relatif au mot Jésus énoncé précédemment*. — Dans le premier cas, 1l faut admettre que Joseph tient la place de Marie son épouse ou qu’il est nommé comme cendre d'Héli, mais on sait que tel était l’usage chez les Hébreux‘; et $. Luc n'avait pas à craindre de tromper personne par cette substitution, les chrétiens étant avertis par S. Matthieu que le véritable père de $S. Joseph était Jacob. et la tradition assignant au père de la sainte Vierge précisément le nom de Joachim, synonyme d’Eliachim ou d'Hélif. — Dans le second cas, les termes de la traduction écartent la difficulté et l’empêchent même de s’offrir à l'esprit. Il est vrai que ces mots : Qui fuit Heli, ne doivent pas s’entendre d’une filiation stricte, mais d’une simple descendance, puisque Héli serait l’aïeul de Notre Seigneur et non son père proprement dit; mais c’est le sens qu’on donne à ces mots
4 Gen., 11, 15. Infra, n. 736. — 2? Luc., 1, 35. — 3 Comme au début de la généalogie de 5. Matthieu : Liber generationis Jesu Christi, filii David, fili Abraham, 1, À, et au premier chapitre de $. Jean : Fuit homo misssus à Deo, cui nomen crat Joannes, 1, 6. — # Cf, I Reg., xx1v, 17 et Ruth,,11, 11; IV Reg., xx, 84 et Judith, 1v, 5, 1, 11; xy, 9 257 ct Jo ont la même signification. Cf. IV Reg., xvu, 26.
n° 416] SA VIE CACHÉE. — SA GÉNÉALOGIE. 235 dans une foule d’endroits de Ecriture‘ et le seul qui s’offre ici, si lon continue de rapporter à Jésus les mots qui suivent : Qui fuit Mathat, qui fuit Dei. Il est vrai encore que cette traduction aurait peine à s’accorder avec le grec, si l’on s’attachait au texte reçu : wy, ws evoptÉero, vues Twono, tou HA, mais l’accord devient facile si l’on admet une leçon qui ne paraît pas avoir moins d'autorité, celle des manuscrits du Vatican et du Sinaï, les plus anciens de tous : wv vtoc, ws evopuGeto, Twono, tou HAr. Il est naturel de voir ici dans le rev qui précède H}+, non un relatif qu’on doive rapporter à wc, mais un simple article dépendant de vi, aussi bien que tous les articles suivants jusqu’au dernier terme de la généalogie, Occv. On voit un article semblable avant chaque nom de la généalogie de S. Matthieu ; ‘et il est remarquable que dans celle de S. Luc le nom de Joseph seul en est privé, comme n'étant cité qu'accidentellement et à un titre particulier.
IT. Un second sentiment, très ancien et très commun chez les Docteurs jusqu’au quinzième siècle, regarde les deux généalogies comme propres à $S. Joseph, et elle en explique les différences par un usage juif, celui du lévirat. En Judée, quand une femme restait veuve et sans enfant, elle devenait l’épouse de son beau-frère ou dun de ses proches, et les enfants qui naissaient de cette union prenaient le nom du premier mari défunt; ils étaient censés les siens?. De là pour un grand nombre la pluralité des généalogies, les lignes fictives ou légales s’adjoignant aux lignes naturelles ou à la descendance réelle. De là pour $. Joseph une double filiation, Jacob étant son père naturel indiqué par $. Matthieu, et Héli, frère utérin de Jacob et mort avant lui sans enfant, étant son père légal, désigné par S. Luc#. De même pour Salathiel*.
1Gen.,xx1v, D: xxxr, 43) 55 ; Num., xvr, 1; I Reg, x1x, 24; III Reg, ne ET IG Rep x, 20 ME D Par er A6 Ex "12 AT Par.) xxIT, T9 LEsSdv, dvi, M4; IUESd# xr, 12; Dan’; v, 22° — 2 Deut., xxv, ÿ. — 3 Euseb., A., 1, 1.— * Dans un troisième sentiment, les doux généalogies aboutiraient à la sainte Vierge : celle de $. Matthieu indiquerait les ancètres du côté maternel en descendant de David par Salomon jusqu'à Mathan et Ste Anne, et celle de S. Luc les ascendants du côté
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411. — Dans la seconde hypothèse, quelle assurance aurait-on que Marie descendait de David aussi bien que Joseph?
C'était un fait avéré et public que Joseph et Marie étaient de la même famille. Nous en avons pour garants : — 10 La tradition qui veut que Marie ait été fille unique, héritière, et pour cette raison obligée de se marier à un de ses parents, de même que Sara, fille de Tobie'. — 2° Deux évangélistes : D'abord S. Matthieu, qui annonce la généalogie de Jésus, fils de David, et qui, après avoir donné celle de Joseph, ajoute que Jésus est né de Marie, mais non de Joseph, son époux ?; car quel moyen d'accorder ces deux assertions, si Marie n’était pas de la même famille que Joseph et n’avait pas les mêmes ancêtres *? Ensuite S. Luc, qui rapporte les paroles de Ange à la sainte Vierge sur la destinée de son fils : Dabit illi sedem David patris ejus *, et qui fait remarquer que Marie dut aller à Bethléem, patrie de David, pour se faire inscrire avec Joseph : UE profiteretur cum Maria *.
418. — Pourrait-on avoir omis quelques générations dans ces généalogies, dans celle de saint Matthieu surtout 6?
Il n’y a aucun inconvénient à supposer dans ces généalogies quelques générations omises. En effet :
paternel par Héli ou S. Joachim et Mathat jusqu'à Nathan, David, etc. Ainsi Marie et par conséquent Jésus descendrait de David par ces deux lignes à la fois. De cette manière Notre Seigneur hériterait du droit au Pontificat qui paraît avoir passé par dans la race de Nathan; et il aurait en même temps droit à la royauté, sinon par Anne qui, étant femme, n’en pouvait hériter, du moins par Joseph parent de son épouse dont le Sauveur était légalement le Fils. Cf. Cornel. a Lap., et Dumax, La Généalogie de N. S. 1890.
1 Tob., vi, 12; var, 14; C£. Num., xxvir, 8-14 ; xxxvi, 6-10. — 2? Matth.,
1, 16, 20: —% Cf Matth/;1x, 21: xv, 22%xx, 80/91 ;Exxr, 95 ue, 1,92. Luc, 11,5, Gi Marc.,x, 41 48; Duc”,1, 21-260 Eur,
28,859, Rom, 1,8; UNlin., 1, 8, Heb vi AAA DOC v DhESx IT 0 S. Hieron., In Matlh., c. 1, et S. Aug., Cont. Faust., xx, 8, 9. Leur parenté pouvait néanmoins être assez éloignée pour qu'ils eussent chacun leur généalogie particulière. Eussent-ils été cousins germains, leurs pères pouvaient n'être que frères utérins ou par alliance, ou bien encore être enfants d'un même père, mais avoir des mères différentes ct porter différents noms, suivant la loi du lévirat. — 6 $S. Luc énumère 41 générations de David à Notre Seigneur; S. Matthieu n’en indique que 26.