SA VIE CACHÉE. — LES MAGES
cation, il est certain que, pour la connaître, les Mages eurent besoin d’une révélation, soit intérieure, soit extérieure ‘. La prophétie de Balaam ? était loin d’être assez précise pour donner l'intelligence d’un pareil signe; il n’est pas même certain qu’elle y eût rapport. Mais Dieu fit ce qui était nécessaire pour amener ces rois aux pieds de son Fils et le leur faire adorer. Ainsi s’annonçait l’union prochaine des Gentils et des Juifs dans son royaume, qui est l'Eglise‘.
423. — Quel est le Conseil convoqué par Hérode, et d’où est tirée cette prophétie sur la patrie du Sauveur, Matth., 11, 4, 6?
I. Ce conseil est le sanhédrin, le tribunal suprême de la nation, qui paraît avoir été institué du temps des Machabées”, à l'instar de celui des soixante-dix anciens, établi par Moïse dans le désert. Il comprenait soixante-douze membres répartis en trois chambres : — 10 La chambre des prêtres, dont faisaient partie les grands-prêtres en exercice, les pontifes démissionnaires, et les chefs des vingt-quatre familles sacerdotales, apytepetsT. — 2° La chambre des docteurs et des scribes, yeauparete, c'est-à-dire des hommes lettrés et savants, à la fois jurisconsultes et théologiens, reconnus pour tels par le sanhédrin, qui faisaient une étude particulière de la loi de Dieu ; il y en avait de toutes les tribus : la plupart étaient attachés à la secte des pharisiens®; — 3° Enfin la chambre des anciens, reccévrepot, ou des magistrats et des notables de la nation°?. S. Matthieu ne fait pas ici mention de cette troi-
1 Matth., 1, 14. Dedit aspicientibus intellectum qui præstitit signum. Leo, Serm. in Epiph., 31. — 2? Num., xx1v, 17. Cf. Bar Cochebas, fils de l'étoile. — 3 Cf. S. Th., p. 3, q. 36; Bossuet, l'e Ins{. sur une version du N. Test., Addit. 1re Remarque. — # Bethléem fit hodic, totius Ecclesiæ nascentis exordium. Mis. Epiphaniæ. — 5 Evved prov, mot d'origine grecque. I Mac., 1, 10; 1v, 44. Cf. Jos., 4. J., XIV, 1x, 4. Il est appelé aussi Bouèn, Marc., xv, 43; ct yepoucte, Act., v, 21, etc. — 6 Num., xx, 16. — 7 Cf. I Mac., x1v, 85; Matth., xxvi, 3; Act., 1v, 6. Il y eut six grands-prètres déposés pendant la vie d'Hérode, et huit pendant la vie du Sauveur : dans Josèphe, comme dans nos Livres saints, ils conservent leur titre après leur déposition. B., II, xx, 4; IV, 1x, 11. Infra, n. 80%. 68 Cl Matth. x, 38: xv, L; xxut, 34, 85; xx, 2, etc. — 9 Cf: Matth, xvr 20: Marc, XIV, 59: xv, l; AC, 1V, O:
249 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 124 sième chambre. Hérode n’avait pas intérêt à la consulter en cette occasion, parce qu'il s'agissait d’une question purement religieuse.
II. Le texte allégué par le Conseil est du prophète Michée. Il n’est pas cité littéralement, mais quant au sens. Le contexte : Egressus ejus ab initio, a diebus œternitatis, prouve que c’est bien une prophétie messianique‘. Il ne faut donc voir qu'un sentiment particulier, le sentiment d’un petit nombre et des moins instruits, dans les paroles rapportées par S. Jean, vir, 27, 52. Généralement on était persuadé que le Messie naîtrait en Judée, dans la patrie même de David, son aïeul et sa figure*.
* 124, — D'où vient que saint Matthieu rapporte longuement l’adoration des Mages et que saint Luc la passe sous silence ?
1° L’adoration des Mages rentrait dans le plan du premier évangile, pour deux raisons : elle montrait l’accomplissement de plusieurs prophéties relatives au Messie, et elle était de nature à plaire aux Juifs, à diminuer le scandale de la croix, à faire pressentir les hautes destinées de l'Eglise.
2° $, Luc n'avait pas les mêmes motifs que $. Matthieu pour en faire le récit. [l avait déjà rapporté assez de traits merveilleux sur l’Incarnation et l’enfance du Dieu-Homme : l'Annonciation, la révélation faite à sainte Elisabeth, aux bergers, etc. Les prophéties ne faisaient pas la même impression sur les Gentils que sur les Juifs. D'ailleurs ne convenait-il pas au disciple de $S. Paul de laisser dans l’ombre un fait qui semblait à Pavantage de l’ancien peuple, et qu’on pouvait prendre pour un présage de sa prédominance sur le reste du monde? — Il est vrai que les Pères y ont vu plus tard une figure de la substitution des Gentils aux Juifs : mais au moment où S. Luc écrivait, l'Evangile commençait à peine à s’établir hors de la Judée, et un tel présage navait pas la vraisemblance en sa faveur.
4 Mich., v, 2. Cf. Joan., x1, 49-52. — 2 Joan., vu, 41, 49. Cf.
S. Thom., p. 3, q. 31, a. 1. — $ Num,, xxiv, 11; Ps. Lxxi, 40; Isai, Lx, 10, etc,