N° 125] SA VIE CACHÉE. — LES MAGES
3° Quoi qu’il en soit, l’authenticité des deux premiers chapitres de S. Matthieu est incontestable‘. Quant à la véracité, outre que les faits dont nous venons de parler sont en harmonie avec le reste des Ecritures, il répugne de supposer qu'un auteur Juif, écrivant en Judée, pour des Juifs, une douzaine d’années après la mort de Jésus-Christ, cinquante ans au plus après celle d'Hérode, ait eu l’audace de les inventer et de les proposer à la foi de ses compatriotes, quand personne n’en avait l’idée et que tous les documents comme tous les souvenirs en démontraient la fausseté.
“425. — Est-il croyable qu'un prince ait fait mettre à mort tant d'enfants, sur un simple soupçon, causé par l'ambition?
Le massacre des Innocents?, tout horrible qu’il est, n’a rien d’incroyable pour ceux qui connaissent les mœurs de l’époque et le caractère d’Hérode. La vie d’un enfant était alors si peu respectée que Tacite regarde comme une singularité le scrupule que se faisaient les Juifs de mettre à mort leurs enfants nouveau-nés°. Pour des ennemis vaincus ou des rivaux dangereux, les politiques avaient bien moins d’égards encore. Nous apprenons d'Eusèbe* qu'après la ruine de Jérusalem, l’empereur Vespasien fit rechercher et massacrer tous les membres survivants de la maison de David. Quant à Hérode, sa vie offre une foule de traits non moins affreux que le massacre des Innocents. « J£n comparaison de
1 Supra, n. 54. — ? On leur donne le nom de marlyrs (S. Iren., 11, 18), parce que, s'ils n’ont pas eu le mérite de se dévouer pour Jésus- Christ, ils ont eu l'avantage de verser leur sang à sa place et d'être victimes de la haine qu'on lui portait. Cf. Luc., 1x, 24; S. Thom., 2a 2e; q. 124, a. 1; et p. 3, q. 96. — 3 Tacit., Hist., v, 5. Quot vultis ex his circumstantibus et in christianorum sanguinem hiantibus, ex ipsis etiam severissimis in non præsidibus apud conscientias pulsem qui natos sibi liberos enecent? Tert., Apol., 1x. Rabidos effligimus canes, trucem bovem cædimus, portentosos fœtus extinguimus, liberos quoque, si debiles monstruosique editi sunt, mergimus. Non ira sed ratio est. Senec., de Lra., 1, 15. Auguste fit tuer le fils de sa petite-fille, qu'il soupçonnait être le fruit d'un adultère. Suéton., August, 65, 94. CE Claudius, 31; Act., xxvur, 42, 48; Juvenal, v, 551; vi, 603; xur, 115, Terent., Heautontim., Act., 1v, sc. À, v. 14; Codex, 1. 1x, tit. 11. — MEuSeD.MHATIT XI, xx,
244 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. - [N0.126 ce tyran, dit Voltaire, Néron fut un homme doux. » I fit périr presque toute la famille de Marianne, sa seconde femme, qui descendait des Machabées. Après avoir mis à mort Hyrcan, son grand-père, Alexandre, son père, Antigone, son oncle, Aristobule, son frère, Alexandra, sa mère, il finit par égorger Marianne elle-même, et étrangler les deux fils qu’il en avaiteus!, Le mot d’Auguste rapporté par Macrobe, auteur païen du quatrième siècle : Malle se Herodis esse porcum, vv, quam filium, voy?; montre de quoi on le croyait capable. Pour ce tyran, le meurtre d’une vingtaine d'enfants ou même d’une quarantaine, pro abundantia cautionis*, dans une province qu'il traitait en pays conquis et qu’il pouvait appeler indocile, était une bagatelle; et l’on comprend que Josèphe n'ait pas remarqué ce trait de cruauté au milieu de tant d’autres‘. 11 est possible d’ailleurs qu’il ait omis à dessein de parler d’un fait qui touchait de trop près à la personne du Sauveur, et qui établit entre Moïse et lui un rapport frappant *.
ARTICLE IN
Présentation au Temple, Luc., 11, 22-39.
(6 ans avant notre ère, 2 février.)
126. — Qnel est le temple où Notre Seigneur fut offert, et pourquoi saint Luc n'en fait-il pas la description?
Si S. Luc avait écrit après la ruine du temple et la suppression du culte mosaïque, il aurait dû donner quelques détails sur la cérémonie de la Présentation et sur la partie du temple où elle eut lieu; mais lorsqu'il composa son livre, rien n’était plus familier aux Juifs, ni plus facile à connaitre pour tous les chrétiens.
Le temple, +° tepov, où Notre Seigneur est allé tant de fois,
4 Gf. Joseph., 4., XV, vi, 7; XVI, x1, 7; XVII, vu-xim; B., I, xwi: xxu, 2; xxx, 7. — ? Macrob., Saturn, 11, 4. Cf. Sucton., 1n August, xciv. — 3 5. Chris., 1n Matth, hom. vi. — # De même du massacre des Galiléens mentionné en $. Luc., xur, 1, 2. Cf. Joan., XXI, 25, — 5 Exod., 1, 16, 22; 11, 3, 10. — 6 Ex., xu, 29, 30; xx, 2, 11-15; Num., VIT AIS
n'était plus l’édifice bâti par Salomon; celui-ci avait été détruit par Nabuchodonosor (584). Ce n’était même plus, à proprement parler, celui de Zorobabel ; du moins Hérode avait employé pendant de longues années plus de dix-huit mille ouvriers à le transformer ?. Mais c’était toujours le temple du vrai Dieu. Comme le premier et le second, il était situé sur le mont Moria, où l’on croit qu'Abraham avait offert Isaac. Il renfermait plusieurs parvis ou terrasses, élevés les uns au-dessus des autres comme autant de degrés superposés. Le premier parvis, appelé par Josèphe le temple extérieur, était celui des Gentils, où tout le monde pouvait entrer : c’est là que se tenaient les marchands auxquels on achetait des victimes et qui changeaient les monnaies. C’est là, dans quelque salle destinée à cet usage, que les Docteurs conféraient entre eux *. Le second parvis était celui des Israélites. On y voyait le Trésor, signalé par S. Jean*. Défense était faite aux -Gentils d'y pénétrer; et l’on a retrouvé en 1871 une pierre que Notre Seigneur a dû voir, sur laquelle cette défense se lisait en grec°. Ce parvis était divisé en deux parties, l’une pour les femmes, l’autre pour les hommes. Plus haut était un troisième parvis : celui des prêtres. Il contenait l’autel des holocaustes et touchait au temple proprement dit. C’est dans le dernier parvis qu’on immolait les victimes, qu’on bénissait, qu'on chantait des cantiques et des psaumes. Au-dessus de ces. trois parvis, s'élevait la maison de Dieu, ou l’édifice sacré qui servait au culte divin,
1 III Reg., vi-vin; II Par., m-vir. — ? Le travail entrepris par Hérode dix-sept ans avant Jésus-Christ ne fut achevé que par son petit-fils, l'an soixante-quatre. Josèphe nous a laissé une longue description de ce temple. « C'était certainement, dit-il, l'édifice le plus magnifique qui
existât sous le soleil. » 4., V, x1, 1; B., V, v,1. — 3 Agg., 11, 40. — & Luc., 11, 46. — 5 Joan., var, 20. — 6 La pierre a été transportée à
Constantinople, mais on peut en voir au Louvre un moulage parfait, Musée judaïque, n. 8. On y lit : Mnôeva aoyevn etonopeveobat evros tou TEQL TO LEÇOV TOUPAATOU xat mepiéokau" oc D’ av A.npÜn eavTw auttoe ec Ta Êva ro etuxohouOery Üavarov. C'est la première inscription grecque recueillie à Jérusalem : aussi est-ce aux Grecs qu’elle s'adresse. Clermont-Ganneau, La stèle du Temple. Uf. Act., xxr, 28. Infra, n. 394, 541 ct Joseph., 4., ANTON BV uv, 2: VI ir 4.