N° 128] SA VIE CACHÉE. — FUITE EN ÉGYPTE
ARTICLE V
Fuite en Égypte et retour, Matth., 11, 14-23.
Te
* 128. — Ne voit-on pas une figure et un sens spirituel dans le passage de saint Matthieu, 11, 14-23?
I. Le passage d’Osée, cité par S. Matthieu, est pris dans le sens spirituel. Littéralement, il a pour objet la postérité d'Abraham, que Dieu a délivrée de la tyrannie de Pharaon ?. C’est une preuve de ce que ditS. Augustin, que le peuple d’Israël a été la figure du Messie, aussi bien que ses patriarches *.
If. La persécution que subit le Sauveur est elle-même le présage et comme la figure de celles auxquelles l'Eglise et ses membres doivent être en butte. En effet, il y a trop d’analogies entre l’histoire de l'Eglise et celle de son divin chef, pour que cette conformité ne soit pas l'effet d’un dessein providentiel. Comme Notre Seigneur, l’Eglise naît dans la pauvreté et la souffrance ; comme lui elle est exposée, dès son berceau, à la haine et à la violence. On veut Pétouffer dans le sang. On la réduit à se cacher‘. Elle at-
1 Denier d'Auguste, Ægyplo capla. Depuis une huitaine d'années, l'Égypte n'était plus qu'une province romaine, gouvernée par un préfet. Le nom d'Auguste se lit dans plusieurs temples d'Egypte et de Nubie, Le crocodile, personnification du Nil, était la divinité principale du
pays. — ? Puer Israel, et dilexi eum et ex Ægypto vocavi filium meum. Osée., x1, 1. — 3 Dico illorum non tantum linguam, verum etiam vitam
fuisse propheticam, totumque illud regnum magnum quemdam, quia et magni cujusdam, fuisse prophetam. S. Aug., Con. Faust., xxir, 24. Vult enim Scriptura non solum auribus doceri populum, sed et oculis. Magis enim mente retinetur quod visu quam quod auditu ad animum pervenit. S. Hieron., {n Jerem., 1v, 19. Cf. Gen., xxvur, 5. Exod., m1, 15; 1v, 22, 23; LReg., x1x, 10. — # Apoc., xu, 6. Latebrosa ac lucifugax natio. Minut. Felix.
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tend pour se montrer que Dieu ait frappé ses persécuteurs. Alors, elle fait éclater sa sagesse, elle excite l'admiration par l'éclat de sa doctrine. Ainsi, la vie de l'Eglise est en germe dans la vie de Jésus !. C’est le mystère commencé de leur éternelle union ?. On trouverait des rapports de même genre entre la vie du Sauveur et celle des saints *. Avouons néanmoins que ces rapports sont incomplets, de diverses sortes, et que ce serait exagérer de vouloir en déduire des . données précises sur l’avenir de l'Eglise, à plus forte raison des particuliers.
* 129, — Comment doit-on traduire ce mot de saint Matthieu : Ut adimplerelur : Quoniam Nazaræus vocubilur, 11, 23, et comment le faut-il entendre ?
Il faut traduire, ici comme ailleurs, NixËreatoc par Nazaréen, Nazarenus. Il est évident que ce nom doit être justifié par le séjour de Notre Seigneur à Nazareth, et s’accorder avec le surnom de Nazaréen qui lui est donné plus de quinze fois dans l'Evangile et les Actes, qui a été inscrit au sommet de sa croix, et dont les païens se servaient pour désigner ses disciples. é
Mais où lit;on dans les Prophètes que le Sauveur doit s’appeler ainsi? Les Prophètes ne disent nulle part qu’il doit porter ce nom : seulement ils disent qu’on lui attribuera ce que cemot signifiait en Judée. En effet, il paraît que le nom de Nazaréen était, chez les Juifs de Jérusalem *, ce qu’il fut plus
1 C'est pour cette raison qu'on peut appliquer à l'un et à l'autre les mèmes figures, celle de Jonas par exemple, qu'on voit en tant d'endroits des catacombes. Celle-ci a Notre Seigneur pour premier objet; infra, n. 229, 429; mais elle convient aussi parfaitement à l'Eglise. Perdue et comme ensevelie dans le sein de l'empire romain, le géant des mers, suivant le langage de S. Jean, Apoc., xin, 1; xvir, 15, l'Eglise en sort après trois siècles, Apoc., xx, 4, 5, reprend une nouvelle vie, et opère en peu de temps la conversion du monde. Cette seconde signification n’est peut-être pas celle qui frappait le moins les premiers chrétiens. De même du sacrifice d'Abraham, des trois enfants d'Israël dans la fournaise de Babylone, etc., Heb., xurr, 8. — 2 Sustinet corpus quod præcessit in capite. S. Aug., In Psalm. xxxvi; Serm. u, 18. — 3 Joan., XV, 20; Rom., vin, 29. — # Joan., 1, 46; vu, 52.
N° 130] SA VIE CACHÉE. — IL RESTE DANS LE TEMPLE. 249 tard parmi les païens, au temps de Julien l’Apostat, un terme de mépris, à peu près comme celui de Béotien était chez les Grecs ‘. Or, les prophètes n’annonçaient-ils pas en bien des endroits que le Sauveur serait méprisé, injurié, tourné en dérision ??
S. Jérôme donne à ce mot une autre signification. Par son étymologie, dit-il, ce terme donne l’idée d’un arbrisseau, d’un rejeton; et cela s’accorde avec ce que dit Isaïe : Egredietur virga de radice Jesse*. Mais cette explication nous semble moins naturelle. Quant à l'interprétation qu’il propose ailleurs *, et qui consiste à prendre Nazaréen pour consacré à Dieu par le nazaréat, NiGwonoc, Nazarœus, ainsi que le fut Samson ‘, elle ne paraît pas s'adapter au texte de S. Matthieu. On peut dire de plus qu'elle ne s'accorde pas avec l’histoire du Sauveur ; car si Jésus-Christ a été consacré à Dieu plus parfaitement que personne, nous ne voyons nulle part qu'il se soit assujetti aux observances particulières qu'imposait le vœu du nazaréat‘.
ARTICLE VI
Jésus-Christ parmi les Docteurs, Luc., 11, 41-52.
(An 6, 2 jour*de mai.)
* 130. — Où était Notre Scigneur quand il fut retrouvé par ses
parents ?
L’Evancgile dit que Jésus fut trouvé dans le temple, ev rw ow, ce qu'il faut entendre de quelqu’une des salles renfermées dans l’enceinte du temple *. Il y en avait plusieurs le long du parvis, où l’on enseignait la science sacrée. Les maitres les plus renommés y donnaient leurs leçons. C’est donc là, dans une de ces salles, que Jésus se trouvait, non pas debout comme un disciple ordinaire, ni comme $. Paul au pied de la chaire de Gamaliel*, mais assis comme les
MOOD D 26 VIDA xx LOS ACt, EXIV, Deus ee ISal., LI, 4; LUI, 3. — 3 Jsai., x1, À ; Lx, 21. — # Brev., de Vigil. Epiph., lect. 1x. — hjudic., xnr, 5. — 6 Of. Luc., x, 15; vi, 33, 34, — 7 Joseph., B., vi, vr. — &Act., XXI, à.
250 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 431 | docteurs sur le même rang qu'eux, et même au maiieu d'eux? |
Les paroles qu’il adresse à ses parents ne sont pas moins profondes que celles qu’il a pu dire aux docteurs. Il n’est pas étonnant qu’ils n’en comprennent pas toute la portée ?. Celles de Marie rendent admirablement sa tendresse respectueuse envers son divin Fils et son affectueux respect pour son saint époux. Le silence de S. Joseph, en cette circonstance, et la peine qu’il avait ressentie le peignent également bien : Sicut illa caste mater, sic ille caste pater… Quod Spiritus operatus est *, utrisque operatus est *. Entre les paroles du, Sauveur, on remarquera le mot Pater meus, après celui de pater tuus, prononcé par la sainte Vierge.
131. — Comment faut-il entendre ce verset de saint Luc : Jesus proficiebat sapientia el ælale et gralia apud Deum el homines, 52?
I. Pour ce qui est de l’intelligence, nous entendonsS. Luc en ce sens qu'ayant, Comme homme, les mêmes facultés que” nous et se trouvant ici-bas dans des conditions analogues aux nôtres, le Sauveur éprouvait des impressions de même genre, voyait les mêmes objets, se formait les mêmes idées, acquérait la même science; et que laissant paraître cette science au dehors selon qu'il Pacquérait et n’en faisant pas paraître d'autre, il donnait de jour en jour à ceux qui l’observaient de nouvelles preuves de ses connaissances et de sa sagesse . Les Docteurs donnent à cette science le nom d’expérimentale, à cause de la manière dont on l’acquiert pour l'ordinaire. Elle était pour Notre Seigneur la conséquence naturelle de la condition où ils’était mis, et elle rend compte de ce qu'ont dit Ecriture et les Pères sur son enfanceet sur le développement graduel de son intelligence. Puisqu’il ac-
1 Luc., 11, 46. Quasi fons sapientiæ doctorum medius sedet, sed quasi exemplar humilitatis videre potius et interrogare doctores quam instruere quærit indoctos. Ven. Beda., In hunc loc. — 2? Luc., 1, 50. Uf. Luc., 1, 33. — 3 Luc.,1, 35. — 4 $S. Aue., Serm. 1r, n. 26, 30. — 5 Se= cundum profectum ætatis, perfectiora opera faciebat et in eis quæ sunt ad Deum et in cis quæ sunt ad homines. $. Thom., p. 3, q. 1, a. 12, ad 3et.q.12;a.2 .