‹ Manuel BibliqueChapitre 53 sur 126 · N° 140] SA VIE CACHÉE. — SA RETRAITE AU DÉSERT · texte numérisé non relu

N° 140] SA VIE CACHÉE. — SA RETRAITE AU DÉSERT

Dieu, méditant sa parole et opposant ses maximes aux suggestions du tentateurt.

140. — Pourrait-on penser que les tentations du Sauveur ont été intérieures, et que le récit de l'Evangile n’est qu'une parabole ?

Prétendre que les tentations du Sauveur ont été tout intérieures et spontanées, comme le sont communément les nôtres, à plus forte raison soutenir qu’elles ne sont qu’une parabole, ee serait embrasser un sentiment contraire au texte de l'Ecriture, à l'interprétation générale des Pères et à la croyance commune. De plus, ce serait porter atteinte à la dignité et à la sainteté du Fils de Dieu ?; car il ne convenait pas qu’il fût comme nous en butte aux attaques des passions, et nous voyons par plusieurs passages de l'Evangile qu’il avait sur elles l’empire le plus absolu #. Jésus-Christ n’a donc pu être tenté que par suggestion. Mais de cette manière, on conçoit qu’il ait pu et voulu l'être, soit pour nous avertir des épreuves auxquelles notre condition nous soumet”, soit pour nous montrer par son exemple les moyens que nous avons d'échapper au péril, soit pour nous mériter la grâce de tirer profit des attaques même du démon’. Car notre condition ici-bas nous expose à être tentés, d’abord par la sensualité, puis par la vanité et l’orgueil, enfin par Pambition et l'amour de la fortune.

On conçoit aussi que Satan se soit aveuglé un certain temps sur la divinité du Sauveur, qu'il n’ait pu croire à une

1 Matth., 1v, 3, 6, 9; Eph., vi, 11. Cf. S. Thom., p. 3, q. 40, a. 2 et. — ? Luc., 1, 35; Heb., vir, 26. — 3 Joan., x1, 33; x1v, 30. Turbaris tu nolens : turbatus est Christus quando voluit. S. Aug., In Joan., x1ix, 18. — # Vita nostra non potest esse sine tentatione, quia profectus noster fit per tentationem, nec sibi quisquam innotescit, nisi tentatus, nec potest coronari nisi vicerit, nec vincere nisi certaverit, nec certare nisi inimicum et tentationes habuerit. S. Aug., In Ps. 1x, 3. Cf. In Ps. xx1, 5. — 5 Heb., 1v, 14, 15. — 6 Matth., 1v, 10. À ces trois concupiscences sont opposés les trois vœux de religion, qui sont le grand chemin de la perfection chrétienne. S. Matthieu paraît avoir suivi, dans le récit des trois tentations, l’ordre des faits; S. Lac suit la gradation des lieux, le désert, la montagne, le pinacle du temple. Le P. Patrizi attribue l'interversion aux copistes.

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telle grandeur dans un tel abaissement, où du moins qu’il n’ait pas regardé le fait de l’Incarnation comme indubitable, et que, pour s’assurer de la vérité, aussi bien que pour satisfaire son instinct, il n’ait pas craint de s’exposer à la confusion d’une défaite‘. Dès lors le récit des évangélistes n’a plus rien d’invraisemblable ou dont on puisse contester la réalité?.

4 Matth., 1v, 3, 10; Luc., xxiv, 16. Tantum Christus innotuit dæmonibus quantum voluit ; tantum voluit quantum oportuit. S. Aug., De Civ. Dei., 1x, 21. Cf. S. Hilar., In Matth., x, 13 S. Chrys., In Matth., hom. x; S. Hieron., In Matth., 1v, 6, etc, — 2 Quid mirum si se permisit à diabolo duci, qui se pertulit a membris illius crucitigi ? S. Greg. M., In Evang., Hom. xvi, 1. Cf. Dan., xiv, 85; Act., vin, 39; Brev., Dom. Quinq., lect. vir-1x ; S. Thom., p. 3, q. 15, a. 2 et q. 41. Infra, n. 194 et 662.

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