‹ Manuel BibliqueChapitre 56 sur 126 · CS · texte numérisé non relu

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droit de répudier son mari’, et il n’y avait eu ni répudiation ni consentement de la part de Philippe.

2° Si Hérode ne professait pas la religion juive, il était au moins soumis, aussi bien qu'Hérodiade, à la loi naturelle. Or, n'est-il pas contraire au droit naturel qu’un mari renvoie sa femme sans raison et qu'il prenne celle d’un autre, soit par séduction, soit par violence, surtout quand cet autre est un proche parent, qu’il s’y oppose et qu’il a un enfant de la femme qu’on lui enlève *? Philippe n’était pas assez puissant pour résister à son rival *, mais on sait par Josèphe, qu'Arétas, roi des Arabes et père de la première femme d’Hérode, déclara la guerre à son gendre pour venger l’injure de sa fille sacrifiée à Hérodiade *.

* 154. — Pourquoi saint Jean-Baptiste n’a-t-il pas fait de miracles, Joan., x, 41?

Le Précurseur ne devait pas attirer sur lui l’admiration des Juifs, dit S. Thomas, ni détourner leur attention de la vie du Sauveur 5. On peut d’ailleurs lui appliquer le mot de $. Augustin sur S. Etienne : sa vie suffisait pour autoriser ses discours; c’était un miracle continuel ?. S'il ne fut pas un autre Elie par les prodiges, il le fut par son minis-

1 Quoique plusieurs y prétendissent, dit Josèphe, XV, vrr, 40. — 2 Matth., xiv, 16. — 3 Josèphe., B. J., I, xxx, 7. Ce Philippe n'était pas le tétrarque nommé par S. Luc., 117, 1; mais un fils d'Hérode et de Marianne à qui son père n'avait légué aucun domaine et qui vivait à Rome en simple particulier. — # Joseph., 4., XVI, 1v-vur. Infra, n. 182, 183, 405, 410. — 5 Médaille commémorative de la soumission d’Arétas à la république romaine sur la fin des Séleucides. Entre le nom du roi et celui de M. Scaurus, son vainqueur, on voit les lettres, Ex. S. C. : Ex senatus consulto. Cf. Joseph., À., XIII, xux, 3; B., 1, vi, 2 : Eckel, V, p. 131. — 6 Si miracula fecisset, Joanni et Christo ex æquo attendissent, p. 3, q. 38, a. 2, ad 2; et q. 40, a. 2, ad 1. Cf. Joan., nr, 30; x, 40, 41. — 7 Omni miraculo majus ipse miraculum. Cf. Matth., x1, 18. Vitæ monasticæ auctor Paulus, illustrator Antonius, princeps autem Joannes Baptista. S. Hier., Epist., xxn1, 86.

276 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [N° 152 tère !, par ses vertus ?, par son zèle *, par sa fermeté *, par sa mortification *, par son humilité et son dévouement à son divin Maître ©. Sa parole était, comme celle d’Elie, une flamme ardente et luisante 7. Aussi fut-il vénéré comme les prophètes et plus que les prophètes. Sa sainteté l’a fait honorer de ceux même qui n’ont pas cru à sa parole. « C’était, dit Josèphe, un homme d’une perfection éminente, tout occupé à porter le peuple à la justice et à la piété. Il baptisait ceux qui venaient à lui et leur apprenait à joindre la pureté de Pâme à celle du corps. Hérode Antipas, qui redoutait son influence ÿ, l’enferma dans le château de Macheronte, la place la plus forte de ses Etats; puis, à l’instigation de Salomé ?, il lui fit trancher la tête. Mais à la suite de ce meurtre, son armée fut taillée en pièces par Arétas, roi d'Arabie, qui s’empara de cette forteresse et d’une partie des états d'Hérode. Enfin, il mourut en exil, et sa mort fut regardée comme le juste châtiment de son crime ‘°. »

S I. — Les APpoTREs. Matth., 1v, 18-22; Luc., vi, 12-16; Joan., 1, 55-51.

Choix. — Appel, — Formation, — Promesses.

152. — Est-ce au hasard ou sans tenir compte de leurs dispositions que le Sauveur choisit ses Apôtres?

Notre Seigneur n’a rien fait à l’aveugle. Tous ses actes sont conformes aux règles de la divine sagesse, le choix des Apôtres en particulier, parce qu’il a une importance capi-

1 Cf. Mal., 1v, 5; Matth., x1, 10, 14; Luc., 1, 11, 16. — 2? Joan., v, 35. Cf. Eccli., xzvur, 1. — 3 Matth., ax, 1-12; x1, 14; Luc., 11, 3-14 — # Matth., xx, 1-12; x1v, 3-5; Luc., 11, 19. — 5 Matth, x, 4; x1, 18; Luc., vu, 25. — 6 Matth., ut, 14, Luc., m1, 15, 16; Joan., nr, 26-31. Fuit jejunus, humilis, parcus et virgo. S. Amb., Serm. Lu, 4. — 7 Eccli., xLvur, 1 ; Joan., v, 35. — 8 Marc., vr, 20. Cf. I Reg., xvunr, 12. — 9 Cf. Eccli., 1x, 4; Horat., Od. INT, vr, 20; Valer. Max. IX, 1, 2. Cf. Joseph., 4., XII, 1v. Idem fecerunt et Fulvia in Ciceronem ct Herodias in Joannem; quia veritatem non poterant audire, linguam veriloquam discriminali acu confoderunt. S. Hicron., In Ruÿf. apolog., 111, 42. — 10 Joseph., 4 XVII, v, 1. Cf. Marc., vi, 14, 16.

tale, et qu’il doit servir d'exemple à ceux qui auront à le représenter dans la conduite de son Eglise.

1° Avant d'appeler ses Apôtres, il passe une nuit entière à s'entretenir avec son Père dans la prière la plus fervente, in oratione Dei, afin d’appeler sur eux toutes les bénédictions du Ciel ‘. — 2° Il les choisit au nombre de douze, pour que le peuple chrétien ait comme le peuple d'Israël ses douze patriarches ?. Il les choisit d’aptitudes et de caractères divers, afin qu’ils sentent le besoin qu’ils ont les uns des autres pour se soutenir et se compléter. — 3° Tous sont [sraélites de naissance, non étrangers ni prosélytes, parce que c’est la race d'Abraham qui doit communiquer aux Gentils la bénédiction du Ciel*. Plusieurs sont de la tribu de Juda, ceux de sa famille par exemple; mais c’est dans la Galilée qu'il les prend et non dans la Judée, pour les raisons que nous avons dites *; c’est hors de la famille d’Aaron et même de la tribu de Lévi, parce qu'il veut fonder un sacerdoce nouveau *. — 4° Dans le choix des individus, il n’y a pas de doute que le divin Maître ne tiennne compte des qualités personnelles. [1 n’admet pas même au rang de ses disciples pour le suivre habituellement, tous ceux qui se présentent. Il en est qu’il écarte ‘, il en est qu’il éprouve ?, il en est qu’il diffère #. S'il n’appelle pas à lapostolat des hommes riches, éclairés, puissants, habiles dans les affaires et dans la conduite des hommes, c’est qu’ils ne conviennent pas à une œuvre où la main de Dieu doit seule paraître ?. Ce qu’il faut pour fonder l'Eglise, ce sont des hommes du peuple, sans autorité, sans instruction, sans grands talents *°, mais vertueux, sincères, généreux, vides d’euxmêmes. Aussi quelle foi éclate en eux dès leur début? quelle abnégation ! quelle simplicité de cœur! quelle doci-

4 Lüc., vi, 42. — ? Luc., vi, 13;.Act., 1, 11, 26; Apoc., xx, 14. C£ Ps. xciv, 18. — 3 Isai., 11, 3; Joan., 1v, 22; Rom,, 1x, 4, 5. — # Supra, n. 91. — 5 Heb., vu, 12-14. — 6 Marc., v, 19, — 7 Matth, vi, 19, 22. — 8Matth., xix, 21. — 9 I Cor., 1, 19. — 10 Act., 1v, 13. Idiotas elegit unde confunderet mundum. 5. Aug., in Joan., vu, 11. Ut quidquid magnum essent aut facerent, ipse in eis esset ct faceret. De civ. Dei,

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278 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [No 153 …

lité ‘! Et plus tard quel zèle! quelle constance! quelle intrépidité ?!

Voilà par qui le Sauveur veut instruire, convaincre el soumettre le monde. Non per oratores docuit piscatores, dit S. Grégoire le Grand *, sed mira potentia per piscatores subegit oralores.

* 153. — Quels sont les douze Apôtres?

Les douze Apôtres sont : Pierre, toujours nommé le premier *, quoiqu'il ne soit ni le premier appelé, ni le plus âgé; André, qui l’amena au divin Maître ‘; Jacques, fils de Zébédée, le Majeur ‘, mis à mort par Hérode Agrippa ‘; Jean, son frère *; Philippe, de Bethsaïde comme Pierre et André”; Barthélemi ! ; Thomas!‘ ; Matthieu !?; Jacques, fils d’Alphée, ou le Mineur, o puupoc, auteur de la première épitre catholique ‘*, l’une des colonnes de l'Eglise, comme Pierre et Jean !*; Jude, son frère !; Simon, de Cana, dit Zélote, qui ne figure que dans les canons des Apôtres ‘5, et Judas [scarioth ou de Kérioth, toujours placé en dernier lieu ‘7, comme celui qui a fait défection et qui n’a pas reçu l’esprit de l’apostolat ‘#.

Plusieurs étaient liés entre eux par lPaffection ou la parenté. André et Philippe étaient d’intimes amis, aussi bien que Philippe et Barthélemi. Pierre et André étaient frères, comme Jacques le Majeur et Jean, comme Jacques le Mineur et Jude; et de plus, ces deux derniers étaient parents de

4Matth., 1v, 19, 2051x,9 %1v,:28; Joan, 1, 49); x1, A6: xx) 28:xxr 1, 17, Brev. rom., Comm. Apost., lect. vr-1x, primo loco. — 2? Act., 11 14; 1v, 13, 24; vu, 1, etc. — 3 Moral., xxxnr, 18. Cf. Bossuet, Panég. de S. André; et Bourdaloue, Serm. sur la religion chrétienne. — * Non prinus inter pares, dit Cornelius à Lapide, sed primus ante omnes. Of. Matth” x, 25 xvr, 165 vu, xx vr ol Marc ur MG; Av, SX, al Buc., vi, 14; vor, 51; 1x, 28; Act, 1, 13, 15; 11, 14, — 5 Joan., x, 49. —

6Euc.; v, 10. — 7 Act., zu, 2. —8 Joan., x, 31. —19 Joan, 1, 4 — 10,Joan., 1, 45. — 11 Joan., xr, 16.— 12 Matth.; 1x, 9. — 15 Luc., vr, 15. — 14 Gal, 11, 9. — 15 Matth., xir, 55. — 16 Luc., vi, 15, 16. — 17 Non

frustra ultimus numeratus. 5. Aug., Serm. x, 6. — 18 O mapadouc,

0 FR Matth., xxvu1, 3; dtubodoc, adversarius, Joan., vi, 10. Cf. XIII, 2, 21e

Er CRT R RS CEE D ES À + —

Notre Seigneur. La plupart avaient plusieurs noms. On disait indifféremment Barthélemi ou Nathanael, Thomas ou Didyme, Lévi ou Matthieu, Simon ou Zélote, Jacques et Jean ou Boanerges. S. Pierre et S. Jude en avaient trois : Simon, Pierre et Céphas étaient synonymes aussi bien que Jude, Thaddée ou Lebhée ‘. Dans les Synoptiques comme dans les Actes, les douze Apôtres sont énumérés deux à deux dans un ordre à peu près constant, sans doute parce qu'ils étaient envoyés ainsi dans leur première mission. Cest à époque de celte mission qu’ils reçurent le nom d’Apôtres ?.

* 154, — Sur quoi se fonde-t-on pour identifier Nathanael avec Barthélemi ?

La plupart pensent-que Nathanael n’est pas différent de Barthélemi. Ils se fondent sur les considérations suivantes : — 1° Barthélemi n’est pas un nom, mais un qualificatif, un surnom comme Barjonas : il signifie fils de Ptolémée, nom alors usité chez les Juifs. Nathanael est un nom propre qu’on trouve en divers livres de l’Ancien Testament et qui répond à Théodore, comme celui de Matthieu. — 2° $. Jean place Nathanael entre les Apôtres, lorsqu'il énumère comme pêchant ensemble , Pierre, Thomas, Nathanael, Jacques et Jean, et deux autres disciples *. — 3° Les Synoptiques qui parlent de Barthélemi ne prononcent pas le nom de Nathanael, et $. Jean, qui parle de Nathanael, ne profère pas celui de Barthélemi. — 4° Barthélemi est associé à Philippe dans le catalogue des Apôtres donné par les Synoptiques, comme Nathanael l’est dans l’évangile de S. Jean *. — 5° A quel titre Nathanael figurerait-il dans le récit que fait S. Jean *, et pourquoi y tiendrait-il une si grande place, sinon parce qu'il est associé à la vocation de Pierre et d’André? — 6° Si Nathanael n'avait pas déjà été apôtre, on eût dû le mettre avec S. Matthias sur les rangs pour l’apostolat

1 Cf. Luc., vi, 15; Matth., x, 3. — 2? Marc., vi, 1; Luc., VI, et Sicut græce angeli, latine nuntii vocantur, ita græce apostoli, latine missi appellantur. $. Aug., In Joan., 11v, 3. Cf. Prov., xvur, 19; Eccl., 1v, 9. — 3 Joan., xxr, 2. — # Joan., 1, 45. — 5 Joan., 1, 35-51.

après l’Ascension du Sauveur. — 7° Enfin, si Barthélemi n’est pas Nathanael, on ne voit nulle part, dans l'Evangile, que Notre Seigneur l'ait appelé à Papostolat.

Néanmoins, un certain nombre de commentateurs regardent Nathanael et Barthélemi comme deux personnages distincts. Leurs raisons sont : — 1° Que le nom de Barthélemi se trouve dans les quatre canons des Apôtres !, tandis que celui de Nathanael ne se voit dans aucun. — 2° Que nul évangéliste ne dit que Nathanael ou Barthélemi ait un second nom, tandis que pour $S. Pierre, pour S. Matthieu, pour S. Jude, plusieurs ont soin de nous avertir de cette particularité.

* 155, — Comment Judas se trouve-t-il parmi ces douze apôtres ?

On ne peut dire que le Sauveur ait été trompé sur le mérite de Judas : il voyait l’intérieur de chacun ? ; il connaissait l'avenir comme le présent, comme le passé. Mais il a voulu se conduire à l’égard de ce disciple comme il fait ordinairement envers nous. Le trouvant dans ce moment digne de son choix, il Pappela avec les autres, malgré la prévision qu'il avait de son infidélité future *.

Par cette conduite : — 1° Le Sauveur entre dans les desseins du Père éternel, qui voulait que son Fils fût dans sa Passion en butte à tous les coups, à ceux de ses amis comme à ceux de ses ennemis *. — 2° Il apprend à son Eglise à ne pas s'étonner de voir quelquefois dans son sanctuaire des ministres indignes *, et à supporter patiemment ceux qui la dépouillent et la trahissent, au lieu de la servir$. — 3° nous fait sentir de quelle bonté il use à notre égard, en nous comblant de mille grâces dont il sait que nous abuserons, et nous avertit de ne pas regarder notre vocation, si

1 Matth., x, 3; Marc., nr, 18, Luc., 1v, 4; Act., 1, 13. — 2 Joan., 11, 25. — 3 Joan., vi, 71. Præsentia enim judicat, non futura; nec condemnat ex præscientia, dans potestatem conversionis et pœnitentiæ. S. Hicron., AUD MPRElA OS tr 6 MMPS TN, 3 PAoaN x 12 Rom ET 23 6 Furem ideo admisit ut ejus Ecclesia fures patienter toleret. S. Aug., In Ps. xxx. Eligitur, non per imprudentiam, sed per providentiam. S. Amb., In Luc, v, 45. Cf, Matth., xur, 24-30; I Cor., 1v, 2,

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