‹ Manuel BibliqueChapitre 59 sur 126 · IL. Il · texte numérisé non relu

IL. Il

plus parfaite !. — D'ailleurs, sis. Pierre disait seulement

que Jésus-Christ est un enfant de Dieu, fils d'adoption comme nous le sommes tous, que dirait-il de plus à sa gloire que ceuxqui l’appellentun prophète, Elie, Jérémie, Jean-Baptiste? Quelle raison aurait Notre Seigneur de louer sa foi, de le féliciter des lumières qu’il a reçues du ciel, de dire qu’il ne suit pas les enseignements des hommes : Caro ei sanquis Ron revelavit tibi??

* 163, — Saint Pierre est-il le premier qui ait confessé la divinité

de Jésus-Christ?

Notre Seigneur était connu depuis longtemps des Apôtres non seulement comme Messie, mais encore comme Fils de Dieu et comme Dieu‘. Il leur avait êté signalé en cette qualité par S. Jean-Baptiste ÿ. D'ailleurs ce n’est pas en son nom seulement, mais au nom (Le tous ses collègues, que $. Pierre rend témoignage au Sauveur °. — Mais ce qu'on peut affirmer à son éloge, c’est qu'en cette circonstance, il devance tous les autres, que son témoignage est plus exprès, plus solennel, que sa foi est plus ardente et plus énergique. Dans ce sens, il est juste de dire avec $. Léon : Primus est in Domini confessione qui primus erat in apostolica dignitate *. Quand Notre Seigueur demande : Quem me esse dicitis ? il ne répond pas : Dico te esse Christum, mais de la manière la plus ferme : Tu es Christus : « Vous êtes le Messie promis; » puis, après avoir répété les paroles de $. Jean-Baptiste et de Nathanael : Tu es Filius Dei, o Yios rov Osou®, il ajoute ce mot, tou Cwvyroe, par lequel les Israëlites distinguaient le Dieu véritable des vaines divinités du paganisme ”. [l'est probable que pour un

1 Nam multi crant christi, sacerdotes et reges, sed Christus cum articulo unus est. Theophyl., 17 Matth, xvr, 16. — 2 Cf. Matth., x1, 21;

Gal., 1,16; 1 Cor., xr, 23. Brov. rom., 18 janv. lect. ur; 22 feb., 29 jun., fe A

lect. vu-ix; Infra, n. 46%, 465. — 3 Joan., 1, 41; 1v, 29. — # Cf. Matth. 1, 23; xiV, 33, Luc., 1, 32, 43 ; mt, 15-17; v, 8; Joan., 1, 49; vr, 10, —

5 Joan., rl 32-31. CF. Matth., ur, 17; Joan., 11, 31, 35, 36. — 6 Matth., Xvr, LACS: Hicron., In lune loc. — 7 $. Leo., Serm. IV, nn. 2, — 8 Joan., 1, 34, 49. — ® Ad distinctionem corum dcorum qui putantur

dii, sed mortui sunt. 5. Hieron., In hunc loc.

certain nombre de disciples, ce dogme n’avait pas la même certitude que pour $. Pierre, et que sa profession de foi, à Césarée comme à Capharnaüm , est une protestation contre leurs hésitations et leur infidélité *.

16%. — Pourquoi Notre Seigneur défend-il à ses Apôtres de prêcher qu'il est le Clirist, Fils du Dieu vivant, comme l'a confessé S. Pierre 2?

Notre Seigneur avait plusieurs raisons pour recommander aux Apôtres de ne pas commencer sitôt à le faire connaître comme Messie et comme Fils de Dieu : — 4° L’intérét des âmes. Ce divin Maître leur disait encore au dernier jour de sa vie qu’il y avait des vérités qu'ils n'étaient pas disposés à entendre, et qu’il ne devait pas leur révéler* : est-il étonnant que le peuple ne fût pas préparé, dès le début de son ministère, à reconnaître sa nature divine et à se soumettre à son autorité? Qu'on remarque avec quelle prudence il procède dans la révélation de ses mystères, de celui de l’Eucharistie par exemple. [l commence par y faire allusion; il en parle ensuite d’une manière voilée; puis il en montre comme une ébauche dans la multiplication des pains. Devait-il user de moins de circonspection dans la révélation de sa divinité? Pour en convaincre les Juifs, ne convenait-il pas qu’il relevât d’abord la bassesse de sa condition par léclat de sa doctrine et de ses miracles‘? Ne valait-il pas mieux leur persuader ce dogme par ses œuvres que de le faire proclamer par ses disciples“? — 2° L’intérét des Apôtres. Avant d’avoir reçu son Esprit, ils n'avaient ni assez de lumières pour bien exposer les preuves de cette vérité, ni assez de constance pour supporter les persécutions qu’elle leur eût attirées, ni assez de force pour triompher des violences et des ruses de leurs ennemis. — 3° L'intérêt méme de son œuvre, si l’on peut parler ainsi d’une œuvre divine. En se donnant ouvertement dès le début pour le Fils de

4 Cf. Matth., xvi, 13; Joan., vi, 65, 66, 68, 70. — 2? Matth., xvi, 20, Cf. Marc., 1, 25 ; Luc.,1v, 35. Infra, n. 194, 327. — 3 Sap., var, l; xx, 21; Joan., xvi, 12. — * Cf. Matth., x1, 4, 5; xx, 14, 15, — 5 Matth., xx, 23; Joan., 1v, 29; vi, 31, 46.

292 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [No 165.

Dieu, ou même pour le Messie, il eût fourni occasion à des soulèvements populaires en Galilée et à des dénonciations perfides à Jérusalem !. Il eût déchainé contre lui les passions les plus furieuses ?. Les homes religieux eux-mêmes l’auraient traité de blasphémateur, et, loin de venir l'entendre, se seraient fait un mérite de fermer loreille à ses discours ou de le lapider avec ses Apôtres. À moins de prodiges continuels, quels succès eût-on pu attendre de sa prédication? Là ou ces périls sont moins à craindre, Pon peut remarquer qu'il est aussi moins réservé*.

L'Eglise, en établissant dans les premiers siècles la loi du secret sur les saints mystères, a conformé sa discipline aux exemples du divin Maître aussi bien qu’à ses maximes*.

* 165. — Jésus-Christ a-t-il conféré dès ce moment à saint Pierre son autorité et ses prérogatives ?

S. Pierre a toujours été à la tête du collège apostolique; mais il n’a pas toujours été le Vicaire de Jésus-Christ. Le Sauveur ne l’a investi de son autorité sur l'Eglise entière qu'après lavoir fait prêtre, au moment où lui-même allait disparaître et remonter à son père. Ainsi le divin Maître s’est conduit à son égard comme à l’égard des autres Apôtres. Avant de lui faire exercer son autorité, il a pris soin de l’y préparer, de l’en rendre digne. Pierre avait de grandes qua-

1 Matth., xxvr, 60; xxvir, A. — 2 Joan., x, 24, 39, — 3 Matth., x, 21, 37, 38; x, 16. Scichat et docere quod proderat et non docere quod oberat. S. Aug., In Ps. xxxvr, 1 Cf. Lemann, le Christ rejelé, 1881. Infra, n. 333, 337. — # Joan., 1v, 42. — 5 Nous voyons en effet que les premiers fidèles, tout en reconnaissant et en invoquant explicitement la sainte Trinité, étaient fort réservés sur la divinité du Fils et du Saint- Esprit en présence des paiens. Ils se bornaient souvent à donner le nom de Dieu au Père, de peur de faire penser qu'ils n’admettaicnt pas l'unité de Dieu ou que leur foi renfermait des contradictions. Cf. te 2VA,00, cu Ex, 20 Marc tv, 0 nc M0 MIA COrSer

1, 2; Heb., v, 2; Conslil. Apost., 11, 51; Omnibus mysteriis silentii fides adhibetur. Tertull., Apol. 1; Prescripl., 41; Orig., Cont. Cels., 1 sv, 10; 5. Basil., De Spin. sancto, 21:58. Cyril Hicros., Præf. Calech..et Catech. vi; S. Aug., In Ps. aux; Breviar., 3 maü, lect. var; Wiseman, Conf. xvit, Transsubstantiation; Martigny, Secret. Infra, n, 194, 280, 450, — 6 Joan., xx, 15-17. Infra, n. 4.

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lités. Il est impossible de ne pas admirer sa foi', son humilité?, sa générosité, son amour pour son Maître‘. Notre Seigneur l’encourage, l’affermit, l'anime dans la pratique de ces vertus”. Mais là ne se bornent pas ses soins : il lui signale ses imperfections et ses défauts; il le reprend de ses moindres fautes”; etsuivant la remarque des saints Docteurs, il fait en sorte que ses chutes même, par le repentir qu’elles lui inspirent, contribuent à sa sanctification et le disposent à son ministère.

$ IV. — NiconÈME. Joan., ur, 1-21.

* 166. — Qu'est-ce que Jésus-Christ apprend à ce docteur?

On ne saurait trop étudier l'instruction du divin Maître à ce docteur de la Synagogue. Elle résume les vérités les plus essentielles et les plus relevées du christianisme :

I. Tout ce qui concerne le baptême : — 1° La nécessité pour chaque homme de renaître* spirituellement, c’est-àdire de mourir à lui-même, aux inclinations déréglées qu’il tient de la nature, et d'acquérir un nouvel être, unenouvelle vie, une vie surnaturelle et divine, afin d'arriver au ciel, 3-7. — 2° Le rite extérieur par lequel la grâce de la régénération doit être conférée, ou le sacrement de baptême, sa nécessité absolue et universelle, sa matière et son effet particuliers *. — La cause efficiente de cette régénération, qui est l'Esprit saint, 5. — 4° Sa cause méritoire, qui est la croix du Sauveur ou le sacrifice de l’'Homme-Dieu, 1%, 17. — 5° Sa cause déterminante, qui est la charité de Dieu envers nous, 16-17. — 6° L'opposition qu’on peut mettre

4 Matth., x1v, 28, xvi, 16; Joan., vi, 69. — 2? Luc., v, 8; xxtr, 61, 62; Joan., xurr, 6. — 3 Matth., 1v, 20 ; xix, 27; Joan., x, 31. = # Matth., AUDI MXXXI, 00 DUC, *XIl, 98 XXIV, A Mb INTaT(N x1V, 29:xvT) 18) XIx,428.1— 6 Matth., x1v, 31 xxvi, 40. = M Matth., xvr, 23; xxvi,

34, 40; Marc., vin, 33; Luc., xx1r, 61. — 8 l'evvacÜar aywOev, nasci denuo. Cf. Gal., 1v, 9. Sicut homines non nascerentur injusti, nisi ex semine Adæ propagarentur, ita nisi in Christo renascerentur, justi non efficerentur./Conc. Trid., sess. vr, 3..— 9 Cf) Conc. Trid., sess. vir, Can. 2;

PSSTAOEEZOC., xxx VI, 25.

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aux desseins de Dieu, en fermant les yeux à la lumière de la foi ou en refusant d'observer les préceptes qu’elle impose, 48-21'. Toute cette doctrine implique ce principe, que celui qui a fait l’homme peut seul le réformer, ou que celui qui nous a donné la vie de la grâce peut seul nous la rendre?.

IL. Plusieurs autres dogmes très importants : — La Trinité, 8, 17, 18; — l’Incarnation, 13, 18; — la divinité du Sauveur, 16-18; — l’universalité de la Rédemption, 15-17; —- la nécessité de Ja foi pour le salut, 1%, 18.

167, — Quelles sont les paroles les plus remarquables du divin Maître à Nicodème?

Plusieurs paroles du divin Maître, non moins profondes que simples, demandent une attention particulière.

1° Le verset 8 : Spiritus ubi vult spirat. — Par spirilus, S. Augustin et un bon nombre d’interprètes entendent l’'Esprit saint, to veuux3. Mais S. Chrysostome et le plus grand nombre des commentateurs l’entendent de l'air en mouvement ou du vent, spiritus, image du Saint-Esprit. Suivant eux, Nicodème, s’étonnant des effets mystérieux que Notre Seigneur attribue à l'Esprit saint et se demandant où l’on voit des hommes régénérés par lui, le divin Maître lui montre une chose non moins mystérieuse dans la nature. « Le vent, dit-il, souffle librement; et quoique les effets en soient sensibles, nul ne peut dire son point de départ ni son point arrêt. Tel est l'Esprit de Dieu; tels sont ceux qui, par une nouvelle naissance, lui sont devenus semblables. On ne voit pas le principe qui les régénère, ni la fin à laquelle il les conduit; mais son influence sur eux est manifeste

1 5. Augs, In Joan., x. — ? Ego creavi, ego recreo ; ego formavi, ego reformo; ego feci, ego reficio. $. Aug., In Ps. x1v, 14, — 3 Nemo videt Spiritum sanctum; ct quomodo audimus vocem Spiritus? Sonat psalmus : vox est Spiritus; sonat cyangelium : vox est Spiritus; sonat sermo divinus : vox est Spiritus. Vocem cjus audis, et nescis unde veniat aut quo vadat. Sic si nascaris ct tu de Spiritu, hoc eris ut ille. Qui non est adhuc natus de Spiritu, non scict de te unde venias aut quo cas. In Joan., x, 5.

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