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NO 167 © SA VIE PUBLIQUE. — NICODÈME. 295 et constante. » Le mot sic semble en effet exiger une COMparaison!.
2° Le verset 14 : Sicut Moyses exaltavit, etc., qui nous met devant les yeux une des plus belles figures du sacrifice du Sauveur et de ses effets salutaires ?. Il répugnerait, en effet, de ne voir qu’un jeu de hasard dans les rapports signalés entre le serpent d’airain et la croix du Sauveur, et l’on est forcé de reconnaître en cet endroit une prophétie expliquée par une autre prophétie. Non seulement le Fils de Dieu s’est rendu semblable aux pécheurs et à Adam leur père en toutes choses, sauf le péché, comme le serpent d’airain était semblable aux serpents venimeux sans en avoir le venin ; non seulement il a voulu être élevé et fixé sur la croix aux yeux du monde entier, comme le serpent d’airain l’a été devant le peupie d'Israël ; mais comme cette image, comme ce signe figuratif, il guérit de toute morsure envenimée quiconque élève vers lui un regard de confiance et d'amour, et nul de ceux qui sont infectés du péché ne peut se sauver sans se tourner vers lui et invoquer sa grâce *. D’un côté comme de l’autre, la vie naît de la mort, et c’est la vue d’un mort qui rend la vie.
3° Le verset 16 : Sic Deus dilexit mundum, dans lequel S. Jean, parlant en son nom ou continuant à résumer les paroles du divin Maître, nous montre, dans l’Incarnation et le dévouement du Rédempteur, l'indice et la mesure de Pamour de Dieu pour les hommes. Jamais, en effet, on n’a eu l’idée de cet amour sans la connaissance de ces mystères, et quiconque les connaît se sent obligé d'admirer et de bénir infiniment la divine bonté. On ne conçoit pas d'amour plus spontané, plus généreux, plus libéral. Ce n’est pas un ange que Dieu donne aux hommes pour expier leurs crimes : c’est son Fils, son Fils unique, infiniment parfait *. Ce n’est
1 Cf. Ezec., xxxvu, 9; Joan., xx, 22; Act., 11, 2. Infra, n. 414, avantdernière note. — 2 Num. ., Xx1, 5-9. — 3 Sap., xvi, 6; Joan., vi, 40. Ad figuras Christus remisit, ut dicerent veterum cum novis cognationem, scirentque hæc non esse aliena. S. Chrys., In Joun., XxXVI, 2. — k Matth., ur, 17; Rom., vin, 32. Cf. Gen., xx11, 1, 2; Heb., x1, 11-19.
296 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [N° 168 pas un prêt ou un échange qu’il daigne leur faire en lenvoyant sur la terre : c’est un don et un abandon sans réserve. Ce n’est pas à des sujets soumis, respectueux, disposés à lui rendre hommage, qu’il le livre : c’est à des rebelles qui doivent l’attacher à une croix et le mettre à mort. Et il ne lui suffit pas de nous délivrer du plus grand des maux au prix du sang de son Fils : il daigne encore, en considération de son sacrifice, nous mettre en possession du souverain bien. Tout ce que le Sauveur à mérité, tout ce qu'il possède et qu’il peut nous donner, nous est offert en partage, à la seule condition de croire en lui et de laimer *. Comment ne pas reconnaitre ce que dit ailleurs S. Jean, que Dieu est la charité même et que notre premier devoir est de l’aimer de tout notre cœur *!
168. — Quel est le sens de ce mot : royaume de Dieu, employé ici par Notre Seigneur et tant de fois répété dans le Nouveau Testament?
I. Ce mot, royaume de Dieu, employé plus de cinquante fois par S. Mare et S. Luc; celui de royaume des cieux, non moins souvent répété par S. Matthieu ? ; ceux de royaume du Christ * ou simplement du royaume par excellence, n fBxstke, semblent pris indistinctement ou à peu près dans le même sens. Ils sont propres à la révélation chrétienne, dit S. Auoustin ©. Néanmoins l’expression royaume des cieux,
LICLRSIT Cor., y, 14,15, Mit, x, ETS LU TJoan. 1v, 1,2 9216292 2 Si totum me debeo pro facto, quid pro refecto et refecto tali modo, S. Bern., De dilig. Deo, 6. Cum ei donavero quidquid sum, quidquid possum, nonne istud totum est sicut stella ad solem, gutta ad fluvium ? Non habeco nisi minuta duo, imo minutissima, corpus et animam, vel potius unum minutum, voluntatem meam; et non dabo illum ad voluntatem illius qui tantus tantillum tantis beneficiis prævenit! Serm. de quadr. debilo. Cf. Lessius, De perf. divin., 1x, 4; Tolet, In Joan. — 3 5. Jean n'emploie que cinq fois celui de royaume de Dieu ou de
royaume du Christ. — # Matth., xx, 21; Luc., xxur, 30; Joan., xvur, 36; Eph#r; Col-r A3 TIM, 1y. AS -SIINPOt TM Na tthe, 1v, 23; vin, 12; 1x, 35; xx1v, 145 Luc., xx, 29. — 6 Regnum cœlorum
ori ejus nominandum servabatur quem regem ad regendos et sacerdotem ad sanctificandum fideles suos universus ille apparatus veteris Instrumenti in generationibus, factis, dictis, sacrificiis et rebus gestis et rerum figuris parturiebat esse venturum. Conf. Faust., XIX, xxxr. Cf. IX, x.
élait déjà employée par le Précurseur pour annoncer l’avénement du Sauveur ‘, et nous avons lieu de croire qu'elle était dès lors en usage pour désigner l’œuvre du Messie ou le nouvel état religieux et politique qu’on s'attendait à lui voir fonder.
If. Dans l'esprit de Notre Seigneur, ces mots avaient un sens non moins précis qu'étendu. Ils signifiaient la société chrétienne, l'Eglise dont il devait être le fondateur et le chef; le grand royaume prédit par Daniel ?, comme supérieur à tout autre: royaume véritablement céleste, qui ne tire d’ici-bas ni son origine, ni son autorité, ni sa constitution, ni sa hiérarchie ; royaume surnaturel, qui n’admet dans son sein que des hommes régénérés, élevés à la dignité d’enfants de Dieu *; royaume universel, dont l'autorité s’étend sur le monde entier et qui aspire à s’incorporer tous les peuples * ; royaume toujours combattu et toujours incomplet sur la terre; royaume éternel néanmoins, qui ne finira pas ici-bas avant la fin des temps, et qui doit se perpétuer et se consommer dans le ciel pour l'éternité. Maïs il s’en faut que ces expressions aient éveillé dès lors des idées aussi nettes et aussi exactes dans tous ceux qui les entendaient. Comme elles n’énonçaient clairement qu’une chose à savoir que le Messie régnerait et que sa royauté ne serait pas terrestre comme les autres, elles permettaient à chacun de faire ses conjectures et de garder les vues qu’il pouvait avoir sur les caractères, les prérogatives et les destinées de cette royauté à venir. On ne l’en désirait pas avec moins d’ardeur : au contraire. Ce qu'il y avait de vague dans l’idée qu’on s’en formait servait à écarter les difficultés ; et les ennemis du Sauveur, comme ses disciples, s’accordaient pour désirer de voir bientôt s’accomplir les desseins du ciel.
IT. Notre Seigneur aurait pu sans doute préciser son langage et dire nettement ce qu'il se proposait; mais il ne crut pas le devoir faire à son début, soit pour ne pas exciter trop vivement la haine de ses ennemis, soit pour ne pas
1 Matth., xxx, 2. — 2 Dan., n, 44; var, 13, 44, 22, 27. — 3 Joan., ur, .
— # Matth., xxvinr, 18-20.
le
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mettre la foi de ses disciples à une trop grande épreuve. Il prend donc son temps et met tous ses soins à disposer les esprits. À mesure que les préjugés des Apôtres se dissipent, il leur découvre l’objet de sa mission et le caractère de son œuvre. Il leur fait sentir que le salut dont il est le principe est celui des âmes ; que les ennemis qu’il doit soumettre, c’est le démon, la chair et le péché ; que ce qui importe à la gloire de Dieu, ce n’est pas que tel prince ait l'empire ou que telle nation domine : c’est que son nom soit respecté el qu'il ait par toute la terre des adorateurs en esprit et en vérité. Ses paraboles du royaume des cieux ‘ lui servent admirablement à éclaircir et préciser son dessein, en montrant en quoi ce royaume est conforme ou opposé aux divers types auxquels il peut être comparé. Ainsi parvient-il à faire comprendre que la société dont il sera le fondateur, bien qu'extérieure et visible ?, aura pour unique fin la perfection intérieure et le bien spirituel des âmes *; que cette société, qui existe déjà en germe *, va recevoir bientôt un vaste accroissement *; que le bien et le mal qui se mêlent dans son sein continueront à être mêlés sur la terre f, mais qu’elle doit être un jour épurée avec soin”; que la vie présente est pour elle un temps de travail et d’épreuve, et la vie future celui de la récompense et du bonheur *. Toutefois ces éclaircissements sont encore loin de dissiper toute obscurité. Il ne parait pas que Notre Seigneur se soit expliqué complètement avant sa mort sur la constitution de l'Eglise, sur son organisation, sur sa hiérarchie. Pour découvrir tout à fait ses plans, il voulut attendre que sa résurrection en eût rendu le succès indubitable, en faisant éclater sa toute-puissance et sa divinité. Encore fallut-il la venue du Saint-Esprit pour en donner aux Apôtres une pleine intelligence et pour les rendre capables de les réaliser.
1 Matth., xur. — ? Matth., xur, 31, 32; xvi, 18. — 3 Luc., xvir, 21. CfRom.,xiv;11; 1 Cor., 1v,:20. —# Matth:}xr, 12; Luc., xvr, 46..— 5 Matth., xn1, 31-33; Marc., 1v, 30 ; Luc., xn1, 19, 29. — 6 Matth., xxn, 1-44; Luc., xv, 1-7. — 7 Matth., xur, 40-43, 47, 48, = 8 Matth., xx, 1-16; xx0, 14-30 ; Luc., x1x, 12-27.
= Le
+ = > fe = We
$ V.— Marie-ManeLeine *, Luc., yf, 36-80: x, 38-49, cle.
* 169. — Quels symboles et quelles instructions trouve-t-on dans les visites que Notre Seigneur a faites à Simon le Pharisien et aux deux sœurs, Marthe et Marie ?
[. Chacune de ces scènes offre un caractère symbolique. — 1° Dans la première, la pécheresse représente évidemment les peuples gentils qui allaient se convertir et se purifier par une pénitence éclatante, tandis que Simon représente la nation juive, nation éclairée, orthodoxe, mais défiante, orgueilleuse, incrédule et jalouse ?. — 9° Dans la seconde, dit M. Ollier, Marthe figure la vie active, qui est la vie commune des chrétiens en ce monde, et Marie la vie contemplative, dont l’état des Bienheureux est le type glorifié *. Ces deux vies doivent être dans l'Eglise comme deux sœurs, s’estimer et se soutenir, sans se porter envie, ni se troubler l’une l’autre. Dans l’état religieux, voué spécialement à la contemplation, 1l faut prendre garde que Marie ne regarde pas derrière elle, qu’elle ne reprenne pas ce à quoi elle a renoncé pour Dieu *.
Cette signification symbolique est la raison pour laquelle on lit, à la messe de PAssomption, l’évangile de Marthe et de Marie. Quoi de plus naturel que d'attribuer ce jour-là à l'Eglise militante les plaintes de Marthe et d'appliquer à la sainte Vierge les paroles du Sauveur sur le bonheur de Marie 5!
Il. Unum est necessarium, dit le divin Maître; vérité simple et solide autant qu'importante et féconde, que les sages du monde n’ont jamais enseignée ni comprise. Les
1 Infra, n. 311. — 2 Cf. S. Aug., Serm. x1iv. —?$, Aug., Con. Faust., xxn, 52; S. Greg. M., In Ezec., Hom. xiv. S. Thom., 22 2e, q. 119-182. Cf, Luc., x, 39 et Act., xxu1, 3. — # Felix domus et beata semper congregatio, ubi de Maria conqueritur Martha! nam Mariam Marthæ æmu- Jari indignum prorsus arbitror. S. Bern., Serm. 1x, in Assumpl. Uf. Eccli., xxxnr, 9; S. Aug., Epist. axixs S. Greg., In Job., lib., xxx, 16; S. Bern., In Cant., vu. — 5 Cf. S. Hildeph., de Assumpl., Serm. v. — 6 Luc., x, 42. Cf. Ps/xxvr, 4; Matth., vi, 26, 33; xvi, 26; I Gor., vu, 324 Phil. ur, 14. ;
soins d’ici-bas ont leur raison d’être, et s’ils sont inspirés par dé saints motifs, ils contribuent à glorifier Dieu et à nous unir à lui; mais il n’y a qu’une chose estimable et désirable par elle-même, c’est cette union avec Dieu en son divin Fils; c'est cette connaissance et cet amour du souverain bien ‘. Heureux ceux qui, à travers toutes les vicissitudes, ne cessent jamais d’y tendre par le désir de leur cœur ! Plus heureux ceux qui ont renoncé à tout pour cet unique partage : il fera leur gloire dans le ciel, après avoir fait leurs délices sur la terre! Non auferetur ab eis ?.
* 170. — Comment faut-il entendre cette parole de Notre Seigneur sur la pécheresse : Remillunlur ei peccala multa, quoniam dilexit multum, Luc., vis, 41?
Considéré en lui-même, le verset 47 semble clair. Il n’y a de difficulté que si on le rapproche des versets 42 et 43, et si l’on suppose qu’il en est la conséquence ou la confirmation. C’est ce que font communément les commentateurs, les catholiques aussi bien que les protestants. Ceux-ci, ne voulant pas attribuer la rémission des péchés à la charité, mais seulement à la foi, disent que ex, rendu par quoniam, devait l’être par ideo, qu'il équivaut à notre mot car, lequel exprime, non la relation de la cause à l’effet, mais celle de la preuve à la chose prouvée. Le sens est donc, selon eux : « Beaucoup de péchés lui sont remis ”, car elle aime beaucoup : sa grande ferveur atteste un généreux pardon. » Notre Seigneur ferait ici à la pécheresse l’application du principe énoncé aux versets 42, 43. Les autres soutiennent que la Vulgate à eu raison de rendre ox par quoniam et de traduire : « Elle a obtenu un grand pardon, parce qu’elle avait une grande charité; » et ils déduisent ce sens du verset 42, en substituant au mot duigit celui de dilexit ou
1 JuCor:, vi, 11. — ? Luc., x, 42: Of. Joan., xvir, 2. Contemplatio incohatur in via, sed perficitur in patria. S. Greg., M.S. Aug., Serm. CIN, civ. Breviar., 21 dec., lect. 1. « Le parti que Luc a tiré de Marie et de Marthe, sa sœur, est merveilleux. Aucune plume n'a laissé tomber dix dignes plus charmantes. » M.fRenan. — 3 At aprptior avtne au mod, 41.
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diligere solet, qu’ils disent rendre mieux la pensée. Ni l’un ni l’autre de ces sentiments ne nous paraît solide. Nous ne voyons pas de raison pour subtituer ideo à quoniam, et moins encore pour remplacer diigit ou plutôt diliget, ayarset, 42, par dilerit ou diligere solet *. Nous pensons qu’il faut traduire les deux passages indépendamment l’un de l’autre, et laisser simplement à chacun son sens naturel. D'abord le divin Maître fait remarquer que si la pécheresse a plus reçu, elle doit avoir plus de reconnaissance, 43. Puis il ajoute qu'ayant aimé davantage, elle a dû recevoir une plus grande grâce, 47. Ces deux choses ne sont pas identiques ni essentiellement liées; mais elles ne sont pas non plus opposées; elles sont plutôt complémentaires. La charité avec la foi précède et amène le pardon; mais le pardon confirme et accroît la charité : il anime et la porte au comble.
On remarquera la dernière parole du Sauveur à la pécheresse : Fides tua te salvam fecit, 50. En la rapportant, S. Luc confirme le grand principe de $. Paul, son maitre, que ce ne sont pas les œuvres qui justifient, mais bien la foi, une foi vive, animée par la charité ?. Ce qui a effacé les péchés de cette femme, ce ne sont pas en effet ses observances, ses expiations légales : on n’en voit aucune; ce n'est pas non plus la parole de Notre Seigneur, 50 : ses péchés étaient déjà effacés auparavant, 47. C’est donc sa foi, sa foi vive et ardente, 50, cette foi au divin Sauveur qu’elle a conçue sur le rapport qui lui a été fait, 37, et qui Jui a inspiré un acte de pénitence et de charité si touchant, h4-A6. ;
1 Dictum est propter Pharisæum illum qui vel nulla vel pauca se putabat habere peccata.. O Pharisæe, ideo parum diligis, quia parum tibi dimitti suspicaris; non quia parum tibi dimittitur, sed quia parum putas esse quod dimittitur. S. Aug., Serm. xax, 6. Cf. $. Greg. M., In Evang., Homil. xxu. — ? Rom., 111, 28; Gal., v, 6. Infra, n. 216, 604%, etc.
S VI. — Les PARENTS DU SAUVEUR.
Sa mère. — S. Joseph. — Ses frères ou membres de sa famille,
171. N'est-il pas étonnant qu'il soit si peu parlé de la sainte Vierge dans l'Evangile ? s
Il est dit peu de choses de Ja sainte Vierge dans PEvangile, et seulement par rapport à Notre Seigneur. Elle n’y parle que sept fois ‘, de la manière la plus modeste. Mais ne convenait-il pas qu’elle s’effaçàt, comme $. Jean-Baptiste, devant le Verbe fait chair ?, afin que toute l’attention se portât sur les perfections et la divinité de son Fils? Ne fallait-il pas attendre qu’elle eût quitté la terre pour commencer à exalter ses grandeurs ? D'ailleurs, le peu de mots que l'Evangile a consacrés à Marie, ou qu'il rapporte d’elle, suffisent pour nous donner la plus haute estime de ses prérogatives et de sa sainteté. Nous y voyons, en effet, sa dignité de Mère de Dieu *, de Mère du Sauveur *, de Mère des chrétiens *, avec toutes ses vertus : sa virginité perpétuelle‘, sa foi ?, son espérance Ÿ, sa charité *, sa religion ‘, son humilité!!, sa tendresse pour les hommes, sa prudence !*, sa modestie *, son courage !*, sa sagesse ‘f, sa patience !7, son zèle ‘?, la générosité et l'efficacité de son intercession ‘?, son dévouement particulier pour l'Eglise et pour ses ministres ?, On ne trouvera rien dans les auteurs ecclésiastiques qui respire plus de respect et d'admiration pour sa personne que le récit de la Visitation, tracé par S. Luc?.
1 Luc., 1, 34, 38, 40, 46; 11, 48; Joan., 11, 3, 5. — 2 Joan., 11, 30. — 3 Luc., 1, 43; Matth., 1, 11, 43. — # Joan., xix, 25..Son titre de Mère de Jésus est répété 25 fois dnns l'Evangile. Or c'est l'abrégé de toutes ses grandeurs : Totum in hoc clauditur : De qua nalus est Jesus. S. Thom. a Villan. Cf. S. Thom., p. 3, q. 28, a. 3, ad 6. — 5 Joan., x1x, 27. — 6 Matth.
1, 20,25; Luc., 1, 35. Cf. Gal., 1v, 4. — 7 Luc., 1,38, 45. — 8Joan., ur, 5. —Luc., 1, 39, 86; 11, 1; Joan., x, 3;,.x1x, 29,,26. — 10 Luc.,.r, 46, 47° 142, 01 Luc, 1:138,048; 1, 48.12 Joan:,.11, 3-1 TUc., 11. 40: Joan., 11, 5. — 14 Luc.,r, 19; 11, 48. — 1° Joan., x1x, 25.,—"16 Joan. 11, 5. — 11 Matth., 1, 19; 1, 14; Luc., n, 35. — 18 Joan., 11, 5. Omnia prædicabilia uno verbo prædicavit, dicens : Quodcumque dixcrit vobis, facite. Alb. Magn., Super Missus est, 1. — 19 Joan., 11, 3, 5. — 29 Joan.,
xix, 26. Cf. Act., 1, 14, — 21 Luc., 1, 41, 47.
Le res Ve
RS VaN° 172] SA VIE PUBLIQUE. —. SES PARENTS. 303 172. — Ces mats de Notre Seigneur : Ecce maler mea et fralres mei,
Matth., x, 49, 50; Quinimo beati qui audiunt, Luc., x1, 98, ne tendent-ils pas à rabaïisser l'estime qu'on avait de la sainte Vierge ?
Ces paroles ont pour but, non de rabaisser l’estime qu’on témoigne de sa mère, mais de faire sentir d’où lui vient sa dignité, et en même temps d'apprendre à ses disciples à quelle hauteur Dieu élève ceux qu’il unit à son Fils et dont il fait ses enfants. Notre Seigneur s'adresse à ceux qui ne louaient en Marie que l’avantage ou l’honneur de lavoir pour fils. Il ne veut pas qu’ils louent ou qu'ils estiment autre chose que ce qui est pour une créature la source de tout vrai bien : la fidélité à Dieu, l’amour de sa parole, la soumission à sa volonté!. La gloire dont Marie jouit au ciel est la récompense de ses vertus, et la dignité même à laquelle elle a été élevée sur la terre est dans un sens le fruit de ses mérites. Jamais elle ne serait devenue la mére de Dieu, si elle n’avait été la plus sainte et la plus fidèle de toutes les créatures; jamais, toute Mère de Dieu qu’elle est, elle n'aurait eu la gloire dont elle jouit au ciel, si elle n'avait correspondu comme elle a fait aux grâces que lui a values sa divine maternité?, Nous pouvons donc lui appliquer littéralement cette parole de David : Omnis gloria ejus ab intus *, et dire avec Elisabeth inspirée par le Saint-Esprit : Beata quæ credidisti ?
Qu'elle soit plus admirable encore par ses mérites et par ses vertus que par le rang auquel elle a été élevée, n’est-ce pas ce qui doit donner la plus haute idée de sa perfection *? est ainsi que cette parole : Nemo bonus nisi solus Deus ?,
{ Non sunt verba repudiantis matrem, sed ostendentis quod nihil ci partus profuisset, nisi valde bona et fidelis fuisset. S. Chrys., In Matllh., Hom., x11v. — ? Fratribus, id est, secundum carnem cognatis qui non in eum crediderunt, quid profuit illis cognatio? Sic et materna propinquitas nihil Mariæ proficeret, nisi felicius Christum corde quam carne gestassot. $S. Aug., de Virg., 3; Breviar., Vigil. Assumpt., lect 1; Bourdal., Assumpl. — 3 Ps. xLvi, 14. — * Magis commendata est B. Virgo per Filii verba quam per verba mulieris; quoniam in verbis Jesu laudata est ex parte animæ, in verbis mulieris ex parte corporis. Cajetan, In hunc loc. — 5 Luc., xvux, 19, ‘
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loin de diminuer l’estime que nous avons de la bonté du Sauveur, doit l’accroître au contraire et l’éléver au plus haut degré ‘.
* 173. — Qu'est-ce que l'Evangile nous apprend sur saint Joseph?
De grandes choses en peu de mots. Nous savons qu’il était de la famille de David, comme la sainte Vierge ?, mais artisan de profession *; qu'il habitait Nazareth *, qu’il vivait de son travail, qu'il était juste, d’une vertu irréprochable et exemplaire®, digne d’être l'époux de la Reine des Vierges” et de remplir l'office de tuteur et üe père du Sauveur*. C’est la foi de l'Eglise, dit $. Pierre Damien ?, c’est du moins le témoignage de la tradition et la persuasion de tous les chrétiens, que le père de l'Homme-Dieu a toujours été vierge. S. Joseph eut à faire divers voyages, à Bethléem ‘°, à Jérusalem ‘', en Egypte ?, et les détails dans lesquels l'Evangile entre à ce sujet nous-donne lieu d'admirer ses vertus : entre autre sa docilité aux ordres de Dieu ‘* et sa tendresse pour Notre Seigneur !*. Sa sagesse ne se dément jamais *. Son humilité, comme celle de Marie, répond à sa dignité. On ne le voit pas adresser une seule fois la parole au Sauveur, si ce n’est par l’intermédiaire de sa mère, Marie '6. Il vivait du travail de ses mains, comme un ouvrier ordinaire ‘’. Les fatigues qu’il eut à supporter pour subvenir aux besoins de la sainte famille, en Egypte surtout, font penser qu'il était moins âgé que les peintres ne le supposent com-
1 Cf. Brev. rom., In Fest. B. M., lect. 1x. On a trouvé dans les catacombes des images de la Mère de Dieu qui remontent au second siècle, et mème des représentations très anciennes de la sainte Famille. Montigny, Sle Vierge, Sle Famille, Nalivilé, ete. — ? Matth., 1, 20 ; Luc., 1, 21510, 4. —3 Matth., xux, 52. — #-Luc,, 1, 1, 26-27; 11, 439: Matth, 1, 23, — 5 Matth., x, 5. — 6 Matth., 1, 19. — 7 Matth., 1, 16. — 8 Luc., 11, 22, 48; 11, 23. — 9 Ecclesiæ fides est ut virgo fuerit et is qui simulatus est Pater Filii Dei. S. Pet. Dam., de Cælib. sacerd. 11. Ut ex virginali conjugio, virgo Filius nasceretur. $S. Hieron., Adv. Helvid., 19. =—10Lucun, 4 — 1" Luc., m1, 29, 42. — 12 Matth., 11,:43,149.—= 13 Matth., 1, 24; ur, 14, 49-23; Luc., 1, 22, 44. — 14 Matth., 11, 22; Luc. 11, 44, 48. — 15 Matth., 1, 19, — 16 Luc., ur, 48. — 17 Matth., x, 55; Marc., vi, 3. à
munément ‘. Néanmoins, nul ne doute qu’il ne soit mort avant la prédication de l'Evangile. C’est au temple, où le Sauveur était resté seul à sa douzième année, que S. Joseph nous est montré pour la dernière fois. La sainte Vierge paraît Seule à Cana ?, aussi bien qu’au Calvaire %, et dans le cours des missions du Sauveur“. À Nazareth, on donne à Jésus le nom de fils de Marie *, ce qui semble supposer que celui qui passait pour son père n'existait plus depuis un certain temps. On peut voir la sagesse de la Providence dans cette disposition. Il convenait qu’on n’hésitât pas sur la pensée du Sauveur quand il parlerait de son Pêre, et qu'il pût affirmer sa nature divine sans trop choquer lesprit de ses compatriotes.
174. — De qui étaient nés les frères du Sauveur, en particulier Jacques, Joseph, Simon et Jude, à qui l'Evangile donne ce nom, Marc., vi, 3?
I. Si l’on admet la doctrine catholique, on doit être assuré que ce ne sont pas des frères proprement dits. La tradition la plus ancienne, la plus unanime et la plus constante, atteste que Joseph a été l’unique époux de Marie et Jésus son unique enfant, Dans l'Eglise c’est un dogme de foi que la Mère de Dieu est toujours restée vierge. Tel est le sens attaché de tout temps à ce titre que lui donne le premier Evangile, Hap0evos 7. Ainsi l’a-t-on expliqué contre Helvidius et les Sociniens $.
II. Si l’on consulte l'Evangile, on verra que, loin de contredire la tradition, il la confirme de la manière la plus posi-
tive.
1° Ce terme, frères de Jésus, ne saurait fournir une objec-
1 Cf. Suarez, In S. Thom., p. 11, t. 2. — 2 Joan., 11, 1. — 3 Joan. xix, 25. — # Luc., vin, 20. — 5 Marc., vr, 3. — 6 Abraham impositum est epitheton : Amicus Dei, et non dissolvetur; Jacob vero ut Israel vocetur et non alternabitur ; Apostolis Boanerges et non relinquetur : et S. Mariæ vox Virgo, et non mutabitur; impolluta enim permansit et sancta. S. Epiph., Hær. Lxxvurt, 6. — 7 Matth., 1, 23. — 8 Cf. S. Hicron., Cont. Helvid., 13-16; Conc. Lateran., can. 111, ann. 649; Constit. Pauli IV : Cum quorumdam, contra Socinianos ; et S. Th., p. 3, q. 28, a. 3. Infra, n, 131.
tion sérieuse contre la virginité de Marie. Tout le monde convient que le mot frère n'avait pas chez les Hébreux, ni chez les Juifs hellénistes, ni par conséquent dans la langue des écrivains sacrés, le sens restreint qu'il a chez nous ; qu’il servait à désigner tous les membres d’une même famiile ou tous les descendants d’un même père à peu près imdifféremment‘, La raison en est que la langue hébraïque manque de termes propres’ pour indiquer les divers degrés de parenté. Ainsi le mot ahh, frère, est en hébreu à peu près l’équivalent du mot germanus en latin, et du mot parent en français. On doit en dire autant du mot aèsgos dans les Septante, et par conséquent du mot frater dans la Vulgate ?.
2° Il y a plus. L’'Evangile lui-même explique cette expression de frères de Jésus, et témoigne de plusieurs manières que ceux à qui il donne ce titre n'étaient que ses cousins à un degré ou à un autre. En effet : — On remarquera d’abord que, bien qu'il soit question de frères et de sœurs de Jésus en douze endroits du Nouveau Testament, jamais ces frères de Jésus ne sont dits fils de Marie ni de Joseph, bien qu’on les nomme plusieurs fois à côté de Joseph et de Marie*; tout au contraire, non seulement Marie est souvent appelée Mère de Jésus ?, mais encore on voit Jésus désigné à Nazareth comme lest communément le fils unique d’une femme veuve sous ce titre : le fils de Marie, o vios Macias. — De plus, les paroles adressées du haut de la croix à S. Jean et à Marie : Ecce mater lua : ecce filius tuus, o vos oov, supposent
1 Fratres consobrinos dici omnis Scriptura demonstrat. $S. Hicron., In Mallh., xxr. Frater est consobrinus aut consanguineus quicumque. Gesenius, Lexic. 2 Cf" Gen, x, 5,18; M9Ex Ur, 8 XIV ME MG x 00, Die xIx, 10, 12, Mixx, 23" 25 91 ANume, VE, 0: MOSS EevuRE IWaRos x, 13:10 Par, x vin 8 PSNexx XI El A POC AL MIDMerC: — 3 Matth., xn, 46; xuu1, 55, 56; Marc., ur, 91; vi, 3; Luc., vin, 19; Joan; 1,12; var, 8,05, 10, xx, AT; Act. 7, A4) LiCor,ax, 5:Gal.,x, 49, — # Matth., x11, 46, 47; Marc., 1, 81, 32; Luc., vu, 19, 20 ; Joan., 11, 12; Actamdén— 5 Luc:, 1, 43;:Joan, ar, 1,3: Act., 1, A4eteSJeantne lui donne jamais d'autre nom. En joignant ainsi constamment le fils et Ja mère, il nous fait connaître l'amour qu'il porte à l'un et à l'autre. Cf. S. Thom., p. 3, q, 28, a. 3, ad 6; Brev. Fest. Sept. dol., lect. var. 60 Marc, 0:
qu'elle n’est pas la mère de Jacques, de Joseph, de Jude, de Simon, et même que Jésus est son fils unique; car s’il devait lui rester d’autres fils après lui, comment ne la leur recommanderait-il pas ? Comment lui dirait-il que Jean va être désormais son fils, o toc avrnc ? Pourquoi $. Jean devrait-il la regarder comme sa mère et la recevrait-il aussitôt dans sa maison, ets t2 1212 1? — Enfin le degré même de parenté de Jacques, Joseph, Simon et Jude avec Jésus ressort assez nettement de divers passages. En effet, on voyait au pied de la croix du Sauveur, suivant les synoptiques, Marie, mère de Jacques et de Joseph?. Or, quelle est cette Marie ? Evidemment ce n’est pas la mère de Jésus : elle ne serait pas désignée ainsi. C’est donc une autre Marie, celle que S. Jean place aussi à la Croix à côté de la Mère du Sauveur, qu’il dit être sa sœur ?, c’est-à-dire sa parente ou son alliée, et qu’il nomme Marie de Cléophée, ou femme de Cléophée, la mère de Jacques et de Joseph”. Voilà donc déjà deux des frères nominaux du Sauveur qui ne peuvent être que ses cousins et qui ne le sont probablement pas au degré le plus rapproché. Ajoutons maintenant que S. Jacques, nommé plusieurs fois fils d’Alphée* synonyme de Cléophée, Kawrac, dont il ne diffère que par une aspiration, a pour frère S. Judef, et que, d’après Héségippe, + 180, cité par Eusèbe 7, Simon ou Siméon, le dernier des quatre frères de Jésus nommés par $S. Marc *, succéda sur le siège de Jérusalem à Jacques le Mineur parce qu'il était comme lui fils de Cléophas, lequel était frère de $. Joseph”. Ainsi Pon voit que les quatre frères du Sauveur nommés dans les évangiles étaient tout au plus ses cousins, et probablement
ne l’étaient pas par sa mère.
1 S, Paulin., Epist, 1, n.17. — 2? Matth., xxvu, 56; Marc., xv, 40, 41; Luc., xx1v, 10. — 3 On distinguait les femmes par leur mari, comme les enfants par leur père. Luc., vur, 3; Matth., 1, 6. — # Joan., x1x, 25. — 5 Matth. x, 3; Luc., vr, 455 Act., 1, 13. — 6 Luc., vi, 46; Act., 1, 13; Jud., 4. — 7 Euseb., H., 1m, 11. — 8 Marc., vi, 3. — 9 Cf. Matth., x1nr, 55; Marc., vi, 3; xv, 40.
308 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 176
* 175. — Ces mots de saint Marc : Sui exierunt lenere eum : dicebant enim quoniam în furorem versus est, 11, 21, rendent-ils bien le texte original ?
Le texte grec pourrait se rendre par ces mots : J est tout hors de lui; ou il est tombé en faiblesse, et dans ce dernier sens il se lierait au verset précédent : Non poterant manducare panem ; mais rien n'empêche de l’entendre comme la Vulgate. Cette version s’accorde mieux avec les mots qui suivent, tenere eum, en particulier. On conçoit que les propos des ennemis du Sauveur aient fait une certaine impression sur ses proches; qu'ils aient voulu savoir si ce qu’on publiait de lui avait quelque fondement; s’il était, comme on le disait, sous l’empire du malin esprit. S. Jean dit expressément qu'à une époque, ses proches relusaient de croire à sa mission, malgré les miracles dont ils étaient les témoins ‘.
Du reste, ce mot : Dicebant, n’a pas de sujet déterminé. Il signifie : On disait : le bruit courait.
$ VII. — La SAMARITAINE ET LA FEMME ADULTÈRE, Joan., 1v et vit, 3-11,
116. — Que nous apprend la scène si intéressante du Sauveur conversant ayec la Samaritaine ?
La conversation du Sauveur avec la Samaritaine, ex nc Zaproeuxs yuyn ?. nous offre diverses instructions théoriques et pratiques.
4° Au point de vue doctrinal, Notre Seigneur s’y révèle comme la source de vie, 10, comme le principe de la vraie félicité, 14, comme celui qui doit réaliser toutes les espé-
1 Où adehgor avrov. Joan., vis, 5. S. Jean ne dit pas qu'aucun d'eux n'y croyait : il permet de faire exception pour ceux qui ont fait partie du collège apostolique. — ? Joan., 1v, 9. Le puits de Jacob est à une demi-lieue de Sichar (Sichem, Naplouse), mais à plus de deux lieues de l'ancienne ville de Samarie dont Hérode avait changé le nom en celui de Sébasle, et où il avait élevé à Auguste un temple, Kotcapetov. Joseph., A., XV, vin, 5; B., [, xvr, 2. Ce puits est aujourd'hui à peu près comblé.
+ : Le SE € 1