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N°177] SA VIE PUBLIQUE. — LA SAMARITAINE

rances et combler tous les désirs, 26, 42. L'eau vive, c’est la divine grâce. Elle désaltère, elle ranime, elle purifie : elle fait pour l’âme ce que l’eau vive fait pour le corps du voyageur brûlé par le soleil et harassé par la fatigue; bien plus, elle régénère, elle rend la vie.

2° Au point de vue pratique, nous y pouvons voir quel est le zèle du Sauveur pour le salut des âmes, même les plus dédaignées, même les plus coupables, 40-49. IT n’a, dit-il, d'autre désir ni d’autres délices que de s'attacher les âmes, de se les incorporer, 32 !. Il s'efforce, par son exemple d’abord, puis par ses paroles, de communiquer à ses Apôtres ce zèle universel dont ils doivent être eux-mêmes les modèles, 35-39 ?. Il l’inspire même à la Samaritaine, type de sa nation et des peuples infidèles que l'Evangile doit bientôt convertir, 39-42 5.

* 111. — À quelle époque remontait l'attente du Messie chez les Samaritains, et sur quel fondement reposait-elle ?

Le peuple de Dieu avait reçu des patriarches la foi au Rédempteur; or, en se détachant de Jérusalem et de Juda, les dix tribus schismatiques n'avaient pas renoncé à l’espérance du Messie. Quand Samarie eut été saccagée et que les habitants du royaume d'Israël furent emmenés en Assyrie, Salmanasar envoya pour les remplacer une colonie prise dans les provinces de Cuth, de Hava et de Hemath *. Mais, en s’établissant dans la Palestine, ces étrangers crurent devoir en adopter la religion, ou plutôt ils joignirent les croyances el le culte du petitnombre d’Israélites qu'on avait laissés dans ce pays aux superstitions idolâtriques dont ils avaient fait profession jusqu'alors. On voit même, aux livres des Rois, qu’ils demandèrent et firent venir d’Assyrie un des prêtres déportés pour les instruire et leur apprendre le culte de Dieu *.

GE AC, x 135 Joan, xx: MeThess y, 92) Of SA Lücsurr, 52-56: x, 33: Act., 1, 8; vin, 5-14. Sitit sitiri Deus. S. Greg. Naz. Quod dicit : Da mihi bibere, hoc in cruce omnibus dicet : Sitio. S. Laur. Just. — 3 Quæ venerat peccatrix, reversa est prædicatrix. S. Aug., de Div. quæst. 8. —# IV Reg., xvir, 6, 24; Joseph., 4. J., IX, x1v; XI, 1v, vu, 2; var, 2; XII, 1, 1, 5. — 5 IV Reg., xvur, 26-34.

Ainsi se forma la religion des Samaritains ‘. L’attente du Messie, qu'ils reçurent des anciens habitants, se perpétua et s’affermit parmi eux, soit par la lecture du Pentateuque qui devint leur code religieux ?, soit par les cérémonies du culte auquel ils se soumirent.

Toutefois, ce lien ne suffit pas pour mettre l’union entre eux et les Juifs. À leur retour de Babylone, ceux-ci continuërent à regarder les habitants de la Samarie, non comme des enfants d'Abraham ?, mais comme des Cuthéens “ ou des infidèles qui détenaient injustement une partie du territoire appartenant à leurs pères, et ils ne voulurent pas leur.permettre de prendre part à la reconstruction du temple 5. De leur côté, les Samaritains commencèrent à traiter les Juifs en rivaux et en ennemis ©. Au temps d'Alexandre le Grand, vers 332, un prêtre du nom de Manassé, ayant épousé la fille du gouverneur de Samarie, fut forcé de quitter la Judée, et, s'étant retiré parmi les Samaritains, il accrut encore leur hostilité contre ses compatriotes. C’est alors qu’ils construisirent un temple sur le mont Garizim, où ils inaugurèrent un culte particulier. Profané par Antiochus Epiphane et consacré à Jupiter en 16%, cet édifice fut abattu, une trentaine d'années plus tard, par Jean Hircan, puis remplacé par un simple autel. Enfin Hérode, en dédiant Samarie à Auguste sous le nom de Sébaste, lui avait bâti un temple sur le même sommet ?. Tous ces faits expliquent l’antipathie de ces deux peuples Ÿ, garantie providentielle de l'authenticité des livres de Moïse, également respectés par l’un et par l’autre *. Ils expliquent aussi la parole du divin Maître : Adoratis quod

1 IV Reg., xvir, 9, 81. — 2 Gen., xu, 3; xvan,1183 xx, 18; xxvim, 14 Dout., xvur, 15, 19. — 3 Joan:, 1v, 12. —# Joseph.; 4/, IV; x1v, 35 Niyiv, 4; VI, 1x, 1. — 5 I 'Esd., 1v, 1-4. — 60 II Esd';1vr, dx ROPSITAMarC v, 2ret Joseph, APN 1x Mec Sr EXVIII ETES 8 Eccli., z, 21, 28; Luc., 1x, 55; Joan., 1v, 9; vint, 48. — 9 À. T., n.245. Au commencement de ce siècle, on comptait encore une centaine de Samaritains qui conservaient soigneusement, avec leurs pratiques religieuses, un vieux manuscrit du Pentateuque qu'ils disaient être de la main d'Eléazar, fils d'Aaron. Cf. Ann. de phil. chrét., t. xivu, p.. 351,

ss) bar “ne. sd nn e.,23 2! Ju, À des ? LE = Xe Fa

= N0179] SA VIE PUBLIQUE. — LA SAMARITAINE. 311 nescitis : « Votre culte pèche par la base; il a l'erreur pour principe. »

178. — Que signifient ces paroles : Venil hora, el nunc est, quando veri adoratores adorabunt Palrem, Joan., 1v, 23, 24.

Ces paroles sur les adorations que Dieu désire, et qu’il va recevoir, annoncent, non l'abolition de tout culte extérieur, mais inauguration du culte parfait, de la religion véritable, universelle et définitive. Dieu est esprit et non matière. Il ne saurait se plaire dans des sacrifices charnels, et dans des observances de pure forme ‘. D’un autre côté, il ne peut se contenter toujours d’'hommages figuratifs. Il veut un culte véritable, qui honore réellement, qui ait son principe dans le cœur. Ce culte va commencer à lui être offert, dit le Seigneur, non plus en un lieu seulement et par un peuple particulier, mais par une multitude d’enfants adoptifs qui, étant incorporés à son Fils incarné, l’invoqueront comme leur Père. Ils lui offriront un sacrifice spirituel et néanmoins extérieur, ev rvsvpatt zat aAn0eta; et leurs adorations lui seront également agréables, de quelque endroit du monde qu'elles lui soient adressées ?.

* 179. — D'où vient la surprise des Apôtres à la vue du Sauveur conyersant avec cette femme, Joan., 1v, 27?

La surprise des Apôtres a fait faire à quelques commentateurs cette remarque que c’était une chose peu ordinaire de le voir s’entretenir seul avec une femme, psta yuyatxos, même en pleine campagne *. Cette observation n’est pas sans fondement. L’étonnementeût été moindre, si ce fait avait été fréquent. Néanmoins, la raison principale de la surprise des Apôtres est indiquée par la Samaritaine elle même : Non coutuntur Judæi Samaritanis, 9. Les Apôtres étaient encore imbus des préjugés de leurs compatriotes à l'égard des infi-

1 Joan.,1v, 24; vi, 64. Cf. Matth., xv, 6; II Cor., 11, 6-8. — 2 Cf. Deut., xu, 13; Malac., 1, 41; Joan., iv, 24; xu, 20. Dicit Christus : Adorabunt Patrem, quia adoratio Legis non erat Patris, sed Domini. S. Thom., In hunc loc. Cf, 22 2e, q. 83, a. T, ad 1, ot q. 84, a. 5, ad 1. — 3 Cornel. a Lapide, In hune loc.

ke 312 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [N° 1480 dèles, étrangers à leur nation ‘. Ils ne pensaient pas qu'ils dussent jamais avoir une même foi et un même culte avec des Samaritains, objets d’anathème pour ieurs Docteurs. En se révélant à eux, comme Messie et comme Sauveur ?, le divin Maitre leur fait voir que ces Samaritains, loin d’être réprouvés de Dieu, sont destinés à devenir aussi ses enfants ; que la bonne nouvelle s’adresse aux infidèles aussi bien qu'aux Juifs, qu’il est le Sauveur du monde entier * et que ceux qui semblent les plus éloignés du royaume de Dieu pourront, dans un avenir prochain, donner, comme le peuple d'Israël, des membres à son Eglise et des élus au ciel *.

On admirera comme la scène est bien décrite et avec quel charme le paysage se reflète dans les paroles de Notre Seigneur, 17, 16, 21, 38, et dans celles de l’'Evangéliste, 5,27, 28.

480. — Pourquoi tant de docteurs protestants rejettent-ils comme apocryphe l'histoire de la femme adultère, vu, 53; vin, 41?

Le motif principal qui porte les docteurs protestants à rejeter comme apocryphe l’histoire de la femme adultère, c’est le peu d'estime qu'ils ont pour la tradition, et la disposition où ils sont de contredire, autant que possible, l’enseignement de l'Eglise. Sans tenir compte de la profession qu’ellea toujours faite de conserver les textes anciens, du soin qu’elle a pris, à toutes les époques, pour en empêcher laltération, ils demandent qu’on leur prouve aujourd’hui l'authenticité de chaque fragment, comme si on ne l’avait jamais prouvée,

1 Luc., 1x, 54. — 2 Joan., 1v, 26, 42. — 8 Joan., 1v, 42. — # Cf. Luc., 1x, 6; x,3; Act.,1, 8; vu, 5, 14. — 5 Revers d'une médaille très connue, d'Antonin le pieux : Mont Garizim, avec cette Jégende : æ\, Neacno)ewc Evpuos Uadoucrivns, Monnaie de Flavia Neapolis de Palestine en Syrie. Sur le sommet à gauche, un temple de style grec, avec fronton et colonnes. À droite, un édifice plus petit, sans colonnes. Sur le flanc de la montagne, un grand escalier qui avait alors 300 marches en 333, au rapport du Pèlerin de Bordeaux. Infra, n,. 410,

N° 180] SA VIE PUBLIQUE. — LA FEMME ADULTÈRE. 313 et que nous eussions encore, pour éclairer la question,

toutes les pièces qu’on avait dans les premiers temps. Rien

de moins juste que cette exigence. Néanmoins cela ne suffit

pas pour leur donner gain de cause; et récemment encore, un écrivain protestant d’un mérite reconnu, Berger de Xivry !, était forcé d’avouer que, pour ce passage en particulier, les résultats de la critique nous sont plutôt favorables que contraires ?.

[. ILest vrai qu’on ne le trouve pas dans la Péchito, ni dans les manuscrits du quatrième et du cinquième siècle, B, N, À, C. Le premier que l’on puisse citer en notre faveur est celui de Cambridge, D, qu’on rapporte au sixième #. Mais ce n’est pas une petite autorité. Le D' Hug, dans son Znlroduction au Nouveau Testament, croit pouvoir établir, par la comparaison qu’il en a faite avec les citations des premiers Pères et divers passages de la Péchito, qu’il est la fidèle reproduction d’un manuscrit du troisième siècle ou peut-être du second. On sait assez d’ailleurs que les manuscrits peuvent avoir des lacunes; ils ne se reproduisent pas par les mêmes procédés que les gravures.

Il. Mais nous avons en notre faveur un témoignage d’une toute autre valeur, celui de l'Eglise latine tout entière. On a toujours lu l’histoire de la femme adultère dans la version Vulgate, et, aussi suivant toute apparence, dans lElalique, bien antérieure à tous les manuscrits. On lexpliquait au peuple, dans presque toutes les Eglises, comme les autres passages du Nouveau Testament ; et les Pères les plus éclairés la citent dans leurs ouvrages avec une pleine assurance. Nous pouvons nommer : S. Jérôme, qui atteste que cette histoire se trouve dans un grand nombre de manuscrits tant grecs que latins *; — S. Augustin, qui l’a souvent expliquée aux fidèles, comme le reste de l’Evangile*; tout en faisant cette remarque que « des hommes de peu de foi, ou

4 Eludes sur Le Nouveau Testament, 1856. — 2 Item Michaelis, Lange, Ebrard, Wieseler, Renan, etc. — # Adde E, F, G, H, K, M, etc. — # In multis et græcis et latinis codicibus invenitur. $. Hieron., Dial cont. Pelag., u, 11. — 5 $. Aug., De cons. evang., 1v, 11; In Joan., xxx,

314 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 480.

ennemis de la vraie foi, ont retranché ce passage, de peur de laisser à leurs femmes la liberté de pêcher !; » —$. Ambroise, qui cite non moins souvent cette histoire, malgré la crainte du scandale qui paraît le préoccuper, et qui l’allègue comme une pièce tout à fait décisive ?; — Pacien, auteur espagnol du quatrième siècle, qui, dans sa lettre au novatien Sempronianus, lui oppose cet exemple d’indulgence; — enfin S. Fulgence, S. Léon *, Sedulius, $. Pierre Chrysologue, $. Grégoire, Cassiodore, etc.

L'Eglise grecque est moins affirmative, mais on ne peut pas dire qu’elle soit en opposition avec l'Eglise latine. Nous trouvons même des témoignages d’un grand poids chez plusieurs de ses Docteurs, dans le Aix recoapwy ou l’Harmonie des Evangiles de Tatien (160), ou du moins dans sa version latine *; dans les Constitutions apostoliques *, dans la Synopse des Ecritures, attribuée à $. Athanase ® (v° siècle), etc.

IT. A ces témoignages il faut joindre cette considération que rien, dans ce passage, n’est de nature à faire soupcçonner une interpolation, et qu'au contraire tout répugne à cette hypothèse. — 4° Le récit de S. Jean se lie avec ce qui précède et ce qui suit. Le début du verset 12 semble y faire allusion, aussi bien que le verset 15; et même le verset 20 parait avoir sa raison dans le verset 1. Il est en parfaite harmonie avec le caractère du Sauveur’, avec le style de l’Evangéliste, avec ses habitudes de langage symbolique. On y trouve une preuve de plus de la divinité de Jésus- Christ et des mauvaises dispositions de ses ennemis. Si l’on remarque quelques termes peu familiers à $. Jean, cette

1 Abstulerunt de codicibus suis, quasi permissionem peccandi tribueret qui dixit : Jam amplius noli peccare; aut ideo non debuerit mulier a medico Deo sanari, ne offenderentur insani. $. Aug., De aduller, conjug., u, 6. Cf. In Psalm. 1, 8; Contra Faust., xxu, 25. Cf. Infra, n. 219, 392. — ? Jesus scribebat in terra. Quid scribebat, nisi illud propheticum : Terra, terra, scribe hos viros abdicatos? Jer., xx11, 30. $S. Amb. Epist. xxv, 4. Cf. Epist. xxvi, 1. Apol. David Ile 1. —3 $. Leo., Serm., Lx, 4. — h Aro recoapewv; traduit en latin (545) par Victor de Capoue (Migne, Patrol. latin., zxvin). Supra, n. 23, 39, — 5 Const. Apost., xXxIV, 1. — 6 Migne, Palrol. græc., xxXvur, p. 401, — T Bossuct, Sem, sur les jugements humains, HS Dim, de Carème,

particularité s’explique aisément et se trouve en bien d’autres endroits‘. — 2° Un tel passage n’a pu se glisser dans le texte par inadvertance; car il n’est pas ici question d’un mot ou deux, ayant pour objet un léger détail : il s’agit de neuf versets et d’une histoire entière. Si ce récit n’est pas de $. Jean, il y a donc eu fraude; les versets vir, 53, vi, À et 2 eux-mêmes ont été supposés pour amener ce récit. Or, comment admettre un pareil fait? Quoi de plus étrange, de plus invraisemblable qu’une telle interpolation, dans un temps où les chrétiens avaient tant de respect pour les Evangiles, et les connaissaient si bien?! Remarquez qu'aucune fraude n’était de nature à exciter des réclamations plus unanimes. Si les Docteurs même qui avaient toujours vu cette histoire dans leurs exemplaires avaient quelque peine à en faire la lecture au peuple, comment se serait-on accordé pour l'inventer, pour l'insérer dans le Nouveau Testament, pour en faire officiellement le commentaire dans les livres liturgiques, s’il avait été inconnu et qu’on ne l’eût trouvé dans aucun manuscrit ancien ?

IV. Voici donc, en laissant de côté l'autorité de l'Eglise, la conclusion à laquelle on est conduit#. Au second siècle, cette histoire se lisait dans tous les manüscerits grecs et latins ; mais l'influence du montanisme ayant resserré la discipline et prévenu les esprits contre toute apparence de relâchement, on jugea prudent de l’omettre dans les lectures publiques. On la distingua d’abord par quelque signe dans les exemplaires destinés à un usage liturgique, ou bien on l’omit entièrement. Puis ce changement s’étendit peu à peu *. Il finit pas servir de règle dans les manuscrits grecs et devenir assez commun, même dans les manuscrits latins et syriaques, entre le quatrième et le septième ou huitième

1 Patrizzi. Voir sur ce sujet une note intéressante de la Revue des sciences ecclés., Ile série, t. 1x, p. 217; Ann. 1869. — 2 Cf. Apoc., xxnr, 18, 49. — 3 Conc. Trid., sess. 1v. Cf. Act. Conc. Trid., t.1, 11-71. Infra, 890, note. — # On a encore des manuscrits grecs dont le synaxaire ou la table avertit qu'il faut omettre la lecture de ce passage dans l'office, par exemple le cursif n. 1; et ces synaxaires ont été, comme les manuscrits eux-mêmes, copiés sur des exemplaires plus anciens.

siècle; mais à partir de cette époque, on revint à l’ancien texte et l’histoire fut rétablie.

La nature du récit et les témoignages que nous avons rapportés sont de nature à établir cette solution.

S$ VIIT. — LES PROFANATEURS DU TEMPLE. Joan., 1, 13; Matth., xxr, 12.

181. — Pourquoi le Sauveur commence-t-il son ministère par chasser du temple ceux qui le profanent ?

En commençant son ministère par chasser de l’enceinte consacrée au Seigneur, ex Tev tepov, Ccux qui en violent la sainteté, le Sauveur veut montrer qu’il est bien l’envoyé divin prédit par le dernier prophète, que le culte de son Père est ce qu'il a de plus cher, et qu'il ne peut souffrir ceux qui profanent sa maison par un indigne trafic'. Il veut encore faire entendre que le temps est venu de renouveler le culte et d'établir un sacerdoce plus parfait ; et c’est ce qui porte au plus haut degré la haine de la tribu sacerdotale contre lui?. À cette occasion, il se désigne lui-même comme le temple vivant de la divinité, comme le sanctuaire, ov0<, que les Juifs violeront bientôt de la manière Ja plus odieuse, mais qu'il relèvera au bout de trois jours et qui remplacera le temple figuratif 3.

Lorsqu'il reviendra à Jérusalem, à la fin de son ministère, pour s’immoler lui-même à son Père, il renouvellera cet acte de zèle si étonnant, en l’accompagnant cette fois de reproches sévères et menaçants : Domus mea domus oralionis vocabitur : vos autem fecistis illam speluncam latronum * |! et bientôt après, de cette étonnante prédiction : Ecce relinquitur vobis domus vestra deserta! Ainsi témoignera-t-1l de plus en plus que ce qu’il a fait dès le début est

MCPMMal. ri, Zac, txiv,t215Osée. x M5; Moan:, 12 0f PARLE Dan.;rx 026 Prec RL 0er ir ALERTE Mal., 1, 10.— 3 Matth., x11, 16; xv1, 18 ; Joan., 1, 14; vr, 1v, 21.— # Matth., xx1, 13. Ut ostendat quod maxima causa destructionis fuit peccata sacerdotum. $. Bonav. Cf. Joan., 11, 19-22; Marc., xv, 29. Infra, n. 240. — 5 Matth , xx, 38.

important et significatif, et qu’il veillera toujours, visibleblement ou invisiblement, à l'honneur de son sanctuaire!

S IX. — Les HÉRODES ET LES HÉRODIENS.

182, — De combien d'Hérodes est-il parlé dans l'Evangile ?

Il est parlé dans l’évangile de deux Hérodes, Hérode l’Ancien ou le Grand, fils d’Antipater, meurtrier des Innocents ?, mort quatre ans avant notre ère, et Hérode Antipas, ou le jeune, fils du précédent, tétrarque de Galilée, époux adultère d'Hérodiade, meurtrier de $. Jean-Baptiste, celui que Notre Seigneur appelle un renard *, et devant qui il comparait dans sa Passion *. C’estavec lui que Manahen avaitété élevé. C’est lui qui eut pour intendant Chusa, dont la femme était au nombre des disciples les plus dévoués du divin Maître 5. I] mourut dans l’exil. — Les Actes parlent encore d’un troisième Hérode, surnommé Agrippa, petit-fils d’Hérode l’Ancien, fils d’Aristobule et d’une petite fille de Marianne, neveu d’Hérode Antipas et son beau-frère par Hérodiade. Celui-ci, porté subitement au trône par le caprice de Caligula, dont il était le compagnon de débauche et le favori, fit décapiter S. Jacques et incarcérer $. Pierre, puis périt rongé des vers”. Le roi Agrippa, devant qui Festus fit comparaître S. Paul, était son fils ÿ. — Les Hérodes étaient Iduméens d’origine, c’est-à-dire descendants d’Esaü. Le premier naquit à Ascalon.

Ascalonita necat pueros, Antipa Joannem, Agrippa Jacobum, tentatque occidere Petrum.

1 Secundum sensus mysticos, quotidie ingreditur domum Patris, et ejicit.. vendentes et ementes. Scriptum est enim : Gratis accepistis, gratis date. S. Hieron., In hunc loc. — ? Matth., 11, 1. 13, 16,19; Luc., 1, 5; Joseph., À., XVIII, v, 4. —— 3 Propter fraudes ejus et dolos, quod plenum fraudis est animal, in fovea semper latere desiderans, et nunquam rectis itineribus, sed tortuosis anfractibus currens, Quæ cuncta hæreticis, quorum Herodes typum gerit, congruunt. Ven. Beda, In Luc., xur, 31. — # CF. Matth., x1v, 3, 10; Marc., vi, 17; Luc., m1, 1; vu, 3; x, 31, 32: xxu7, 11. Joseph., 4; XVIII, v, 1,25; vu, 2. Infra, n° 405: 5 Act., xt, À. — 6 Luc., vi, 3. — 7 Act., xx, 2-4; 21-23; Joseph., AS OXNIII, y, Svetvr: BIL x 506 Infra,"n. 512, — 8 Act," xxXY, 13-27; Joseph., 4., XIX, xnr, 2.

183. — Dans sa réponse aux Hérodiens, Matth., xx, 21, Notre Seigneur ne semble-t-il pas mettre sur la même ligne la souveraineté de droit et la souveraineté de fait? 4

Pour répondre aux Hérodiens sur la question de l'impôt, Notre Seigneur n’examine pas si les Juifs doivent renoncer à leur autonomie et accepter définitivement le joug des Romains. C’était bien Ja préoccupation de l’époque‘, la Judée n'ayant été réunie à l’empire que peu d’années auparavant par Sulp. Quirinus. Mais il n’était pas prudent d’en dire son sentiment en public. Le Sauveur se borne ici à une observation pratique et à un argument ad hominem. Il dit à ceux qui l’entourent que César ne réclame d’eux que ce qu’ils tiennent de lui; que, puisqu'ils acceptent son autorité, qu’il est en possession de battre monnaie et de gouverner le pays, ce serait une inconséquence de ne pas lui fournir les moyens nécessaires pour maintenir l’ordre et s'acquitter de sa charge. Il ne va même pas jusque-là : il se contente d’insinuer cette réponse, en alléguant un principe général : Reddite quæ sunt Cæsaris Cæsari?. Bien plus, il a soin de joindre un second principe au premier pour indiquer la limite de celui-ci et en empêcher l'abus; et il saisit l’occasion de flétrir les hommages idolâtriques dont l’image et le nom des empereurs étaient l’objet.

Ce récit semble avoir pour but d'apprendre aux ecclésiastiques à être réservés en matière politique, à préférer tou-

1 Cf. Deut., xvir, 15; Dan, vit, 1; Joseph., 4., X VIF, 11, 4. 5. B:, IN, 8; 4. T., n. 185. Ce récit reflète au plus haut degré la couleur du temps et du Jicu. Placé ailleurs, ou à une autre époque, il ne se comprendrait plus. Les Romains était alors pour Jes Juifs ce qu'ont été longtemps, Jes Français ou les Roumis pour les Arabes d'Algérie. La Judée ne pouvait s'habituer aux impôts ni aux monnaies de l'empire. Les images des empereurs etles inscriplions en caractères grecs ou latins blessaient leurs regards. Notre Seigneur ne réprouve pas ces dispositions ; ct bien qu'il recommande de rendre à César ce qui appartient à César, il ne semble pas avoir bien à cœur les intérêts de l'empereur. I] n’a pas sur lui sa monnaie, le numisma census (denier d'argent, 0, 13 cent). Il est forcé de demander qu'on le lui montre. Exod., xx, 4; Matth., xyu, 26. — ? Cæsari pecuniam, Deo temet ipsum, Tert., De idol., 15. Cf. Matth, xx 11/49 21Mer1Macr x 16070

N0 18%] SA VIE PUBLIQUE. — LES SADDUCÉENS. 319 jours les intérêts spirituels aux intérêts temporels, et même

à ne s'occuper de ceux-ci qu'autant que le demanderaient Ja gloire de Dieu et le bien des âmes.

$ X. — Les SannucÉens ?, Matth., xxt1, 23-33,

184. — Quelle idée le divin Maître donne-t-il de la vie future, ct

comment en prouve-t-il la réalité ?

I. Le Sauveur fait remarquer aux Sadducéens que la vie future sera bien différente de celle-ci, que les justes ressuscités égaleront les anges en gloire et en pureté : Erunt sicut Angeli Dei in cœlo, 30*.

IL. I] prouve ensuite à ces incrédules l’existence de cette autre vie par un raisonnement très simple, fondé sur un texte du Pentateuque, seul livre qu’ils reconnussent pour divin * : Ego sum Deus Abraham, Eyw eur, « Je suis, j'ai été, je serai toujours le Dieu d'Abraham. L'alliance que j’ai faite avec lui subsiste toujours. Il est toujours du nombre de mes serviteurs et sous ma protection. Non confunditur Deus vocari Deus eorum, dit S. Paul : paravit enim üllis civitatem ‘. Omnes enim vivunt eiT. Si Abraham était réduit au néant, ou s’il n'existait plus qu'à l’état de poussière, le Seigneur serait-il le Dieu d'Abraham plus que celui des méchants et des impies? Pourrait-il même se glorifier de lavoir été? Loin de se montrer le Dieu des justes, d'être pour eux un maître bon et généreux, ne serait-il pas plutôt un séducteur et un tyran*.

IN. Le divin Maître n’insiste pas sur la résurrection des corps en particulier, parce qu’il était admis que Fhomme revivrait tout entier ou périrait tout entier ; mais en disant aux Sadducéens qu'ils sont dans l'erreur, parce qu'ils ne

1 Luc., 1x, 60. Cf. Luc., 1, 14; x11, 13, 14. — 2 Supra, n. 76. — 8 Cf. Act., xx1n1, 8. Ubi mors non est, neque connubium. $. Aug., Quæsl. evang., 1, 49. Les Pères concluent de là que les Vierges participent dès cette vie aux privilèges de la vie angélique. Matth., xxn1, 30; Cf. Gen., 1, 16; I Cor., xv, 35-44. Brev., Comm. Virg., lect. v-vi. — # Joseph., A° XII, v, 95 XVIII, 115 Beollvur, 14. — 5 Ex., 11, 7, 15, 16: — 6 Cf. Gen., xvu, 1; Heb., xt, 46, etc. — 7 Luc., xx, 38. Cf. Matth., x, 28, etc. — 8 Bossuet, Médit., xx, xL1.

connaissent pas les Ecritures, il fait entendre que l'Ancien Testament contient une foule de textes qui impliquent la réalité de la résurrection et de la vie future'. Néanmoins, ces paroles ne les convertirent pas : on ne connaît aucun de ces matérialistes qui se soit attaché au christianisme.

$ XI. — Les PHaRisiENS ?. Matth., xxut, etc.

Leur caractère, — Reproches que leur fait le divin Maitre,

185. — Qu'enseignaient les Pharisiens et quel était leur caractère ?

I. Les Pharisiens ne passaient pas pour alléger le joug de la loi. En général, leur doctrine était exacte ?. Cependant Notre Seigneur leur reproche de s’écarter, sur des points importants, de la justice et de la vérité‘ : « Ce sont des aveugles, dit-il, et des conducteurs d’aveugles Ÿ. » Tandis qu'ils poussaient jusqu’au scrupule l'exactitude aux petites choses, ils se mettaient peu en peine du grand précepte de la charitéf, Ils disaient : « OEil pour œil et dent pour dent 7, » ce que S. Augustin appelle justitia injustorum *. Ils comptaient pour peu de chose les fautes intérieures ?. Ils éludaient certaines obligations par des subtilités ‘°. [ls en exagéraient d’autres au-delà de toute mesure ‘‘, surtout la loi du sabbat *?.

1 Onpeut voir: Gen, 1, 26,411, 215 1V, Av, 22-24; 7x, 5x v M A5: xVIN, 18; xxxv, 29; xxxvir, 33-35, xLvir, 30; x11V, 29, 32; Ex., m1, 6; Dev exvir, A1: "x vIr D x1x5 8, dl xX, 6 TE NUM xx 0 Dent: xXU, 23; XIV, 1; xvinr, 115 xxx, 16; xxx11, 49, 50; Job, xrv, 3-14; xrx, 23, 25,21; xxr, 30, 82; Ps. xxvi, 13; xzvint, 15; LxXxIT, 24-28 ; LXXX VIN, 3 ; cxxxIx, 11; Isai., xxVI, 195 LxvI, 245 Ezec xx, 13: xxxvir, 1; Dan, xu, 2; Eccli., var, 31; x2vin, 5; Sap., 11, 1-17 ; 1v, 1 ; v, 1-6; Osée; xnr, 14; Sophon., ut, 8; Mal., 1v, 5; I Mac., vi, 26; vir, 9, 14, 23; x11, 43, 44; Heb., xt, 11. —- ? Dicitur hoc verbam segregationem interpretari, quomodo in lingua latina egregius, quasi a grege scparatus. S. Aug., Serm. cuxix, 5. — 3 Matth., xxx, 2, 3; Act., xxvi, 5. — * Matth., xv, 3, 5, 6; xvI, 12; xxut, 16, 18, 24-26. — 5 Matth., xv, 14. — 6 Matth, in, T51x, 11, 14; xxim, 14, 23; Luc., xr, 42. — 7 Matth.,v, "38. — 8 S. Aug., In Psalm. cvur, 4. — 9 Matth., v, 21. — 10 Matth., xxnr, 16-22; Marc., vi, 10-12. — 11 Matth, 1x, 11; xxur, 4, 24; Marc., vu, 3, 4; Luc., vir, 39; x1, 12; Act., xv, 5. — 12 Matth., xn, 2; Marc., 11

23, 24; Luc., vr, 1; x1v, 1-6; Joan., v, 8, 9: 1x, 16, etc.

IT. Leur caractère était bien plus répréhensible que leur enseignement. Sauf un petit nombre, dont la vertu contrastait avec les défauts de la secte !, entre autres Nicodème, neveu de Gamaliel ?, ils étaient orgueilleux *, fiers de leur savoir *, pleins de prétention *, de dédain pour leurs frères ‘, insensibles aux faiblesses et aux besoins du prochain *, avares *, hypocrites *. Ils disaient et ne faisaient point *°. [ls affectaient l’austérité !, le jeûne ‘?, les ablutions fréquentes ‘*, les longues prières ‘*; mais tout cela par amour propre et par intérêt. Il leur fallait partout les premières places et les témoignages de respect !*. Ils rendaient eux-mêmes des honneurs aux prophètes, quand ils étaient morts; mais durant leur vie, quand ceux-ci les reprenaient de leurs vices, ils les persécutaient et cherchaient à les perdre !f, Ils passaient les mers et parcouraient le monde pour faire des prosélytes, mais par le seul désir de les attacher à leur secte, de leur inoculer leurs principes et leurs vices !7. En somme, Notre Seigneur leur préférait les publicains ‘, quoique odieux au peuple et regardés, dit Tertullien ‘*, comme des pécheurs de profession ?. Aussi les frappe-t-il, peu de temps avant sa mort, des plus terribles malédictions ?!. De leur côté, les pharisiens ne pouvaient le souffrir. Ils étaient jaloux de sa réputation, de son influence et de ses miracles *?. Après lui avoir tendu toutes sortes de

1 Matth., ju, 7; Luc., vu, 36; xur, 31; Joan., 1x, 16. — 2 Joan., ur, AO EMVIT OU DA EXIX, 29. CÉPACT., V, J4SSXEVI, 4" LUC, XI, 49! xvUuI, 9-14. — # Joan., vir, 48, 49; 1x, 29, 34. — 5 Matth, vi, 5, 16; xxu1, 5, 14, 29. — 6 Matth., 1x, 11; Luc., vur, 39; xvir, 10-12. — 7 Matth., xxur, 4; Luc., x1, 46. — 8 Matth., xxx, 14; Luc., x1v, 3-6. AS GNT, LE Matth vr, 2, 5/16; xv. 1; Xxxu1, 271, 28,29: Luc, x1, 393 x11, 1; xx, 16. — 10 Matth., xx1r, 3, 4. — 11 Matth., 1x, 11; xx, #3 Marc., 11, 15, 18. — 12 Matth., 1x, 14; -Luc., xvarr, 12. — 43 Matth., xv, 2. — 1# Matth., xxui, 14; Luc., xvin, 11. — 15 Matth., xx, 6, 7; Luc., xx, 46. — 16 Math., xxur, 29. — 17 Matth., xxur, 15.

— 18 Matth. *xx1, 31; Luc., vu, 34; xvur, 14; x1x, 2-8. En Palestine, les impôts étaient affermés à des reccveurs généraux, apytre)wvne, Luc., x1x, 2, qui faisaient lever les impôts sur les transports par des publicains ou péagers, tekwvat. — 19 Tert. de Pudicil.,9. — 20 Matth., xt, 19; xvin, 11; Luc., 1, 125 v, 80; xvi, 135 xi1x, 7. — 21 Matt., xxin, 13, 44, 15,46, 23, 95, 27, 29, — 22 Joan., 1v, 1-3; 1x, 22; x, 19.

pièges ! et lui avoir suscité toutes sortes d’oppositions ?, ils finissent par le faire attacher à la croix *.

* 186. — Pourquoi Notre Seigneur condamne-t-il dans les Pharisiens les titres de Maîtres et de Docteurs #, que l'Eglise autorise parmi les chrétiens ?

Notre Seigneur n’entend pas condamner ni interdire absolument l’usage de ces noms; car son intention était qu'il y eût toujours dans l'Eglise des maîtres, des pasteurs, des guides spirituels, chargés d'enseigner sa doctrine; et qu’estce qui empèchait de les qualifier selon leur profession * ? Mais il condamne ceux qui s’attribuent indûment ces titres, qui les ambitionnent, qui en tirent vanité, qui prétendent s’en prévaloir contre lui pour combattre son influence et sa doctrine 5. Voilà ce que veulent dire ces mots : MNolite vocari Rabbi. « Ne cherchez pas à vous attacher des disciples, à vous faire honorer comme Maîtres, à vous établir dans lesprit du peuple en cette qualité. Sa pensée est complétée par la maxime suivante, qui est capitale et pour tous les temps : Unus est enim magister vester : «Le Maître véritable, l'unique Maître, c’est le Fils de Dieu fait homme. »

* 187. — Quelles raisons Notre Seigneur oppose-t-il aux enseignements rigoristes des Pharisiens par rapport au sabbat, Matth., x11, 4-8 ?

Le divin Maitre allègue quatre raisons pour prouver que la loi du sabbat, comme toute loi positive, admet des exceptions : — 1° L’exemple de David, recevant, pour se soutenir dans un moment de détressse, les pains de proposition. Cet argument suppose deux principes, mais qui n'étaient pas contestés : le premier, que David n’avait pas péché en

1 Luc., xu, 53, 54. — 2 Joan., xut, 42. — 3 Matth., xxvur, 18, 20; Marc., xv, 10 : Væ nobis miseris, ad quos Pharisæorum vitia transierunt ! S. Hieron., In Mallh., xxur, 6. Cf. Bossuct, Médit , cr-LxŸ. Dern. sem.; Bourdaloue, Pensées. — 4 Matth., xxur, 8-10. Beaucoup de Pharisiens étaient scribes ou Docteurs de Ja loi; mais ils ne l’étaient pas tous. Ce nom désigne une profession, non un parti. — 5 Cf. Joan., xx, 16; I Cor., xtt, 28, L Tiro., 1, 7, M Tim, 1, 11. — 6 Matth., xxu, 5-7. Cf. Jac., mr, 4, — 7 Matth., xxux, 8, 10. Cf. Joan., xt, 13. — 8 Matth., x1, 3, 4.

Let

N° 188] SA VIE PUBLIQUE. — LES PHARISIENS. | 323 agissant ainsi; le second, que la loi du sabbat n’était pas plus rigoureuse que celle qui interdisait aux laïques l’usage des pains consacrés à Dieu. — 2 L'exemple des prêtres, à qui il est permis de travailler ce jour là pour le service du temple. Cette exception faite, d’où vient qu’il serait défendu de travailler pour le service de Celui à qui le temple est dédié ‘? — 3° La supériorité des œuvres de miséricorde sur les observances purement religieuses ?. — 4° Sa dignité personnelle étant, comme Homme-Dieu, au-dessus de toute règle, 8.

188. — Quel est ce Zacharie, fils de Barachie, dont parle Notre Seigneur?

IL y a divers sentiments, plus ou moins plausibles, sur la personne de Zacharie, fils de Barachie *.

I. Plusieurs interprètes pensent qu’il s’agit ici de celui que les zélateurs ont immolé dans le temple, ev peco to tepuw ?, pendant le dernier siège de Jérusalem. Notre Seigneur aurait pu parler de ce meurtre à l’avance et annoncer qu’il serait puni; mais il ne paraît pas le faire ici. [l parle au passé, comme d’un crime déjà commis.

II. D’autres supposent qu’il est question de Zacharie, le dernier des petits prophètes. Son père s’appelait bien Barachie; mais si un personnage si connu, le plus récent des prophètes, avait été tué entre le vestibule et l'autel, est-il à croire qu'il n’en fût fait mention nulle part?

IE. La plupart croient, comme $. Jérôme, que ce Zacharie est celui qui fut lapidé par Joas, in atrio domus Domini ”, c’est-à-dire dans le parvis des prêtres, entre l'autel des holocaustes placé en avant du vestibule et le saint ou l’enceinte qui précédait immédiatement le Saint des saints, petaëu tou vaou xat tou Dustastptou. C'était probablement un usage parmi les Juifs d’unir le meurtre Abel à celui de ce pontife, comme les deux crimes les plus odieux qui eussent jamais été déjà commis. Si l’on objecte que le meurtre de Zacharie

1 Matth., xu, 6. Cf. Joan, vi, 22. — 2 Matth., xu, 1. Infra, n. 250, — 5 Matth., xxur, 35. — # Jos., B., IV, v,,4. — 5 IL Par., xxIY, 21,

324 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [N° 189 était déjà bien ancien pour être cité comme le dernier dont ils fussent coupables, on répond que le livre dans lequel on le lisait était un des livres historiques les plus récents de leur canon. Ainsi le meurtre d’Abel se lisait aux premières pages de la Bible, et celui de Zacharie aux dernières.

La difficulté de ce sentiment est que, selon les Paralipomènes, ce Zacharie était fils de Joiadas et non pas de Barachie. On la résout néanmoins de plusieurs manières : — 1° En supposant que le père de Zacharie, Joiadas, avait deux noms, qu'il était surnommé Barachie ou fils d’Achias, ce qui n’a rien d’invraisemblable. — 2° En prenant le mot fils dans le sens de petit-fils ou d’héritier, ce qui a lieu fréquemment ‘. Si l’on suppose Barachie mort avant son père Joiadas, il était naturel que l’auteur des Paralipomènes donnât à Zacharie la qualification de fils, c’est-à-dire de descendant et d'héritier de Joiadas, son aïeul, plutôt que de Barachie, son père ?. Or, il paraît que Pâge de Joiadas confirme cette supposition *. — 3° En supposant que les mots, fils de Barachie, qui ne sont pas en $. Luc et qui manquent dans KR, à cet endroit deS. Matthieu, ont été introduits par un des premiers copistes, qui aura cru qu'il s'agissait du dernier Zacharie.

189. — Comment les Juifs contemporains de Notre Seigneur pouvaientils être punis pour les crimes de leurs pères?

C’est comme peuple, comme corps de nation, que les Juifs ont été punis pour les crimes de leurs ancêtres. Or, il est dans la nature des choses que les punitions comme les récompenses dont les peuples sont l’objet soient générales, et par conséquent ne s'appliquent pas exclusivement à ceux qui les ont méritées, Comme dans une famille, les enfants subissent toujours plus ou moins la conséquence des fautes commises par leur père, de même, dans une nation, les in-

1 Cf. Supra, n. 118, 119. — 21 Paral., xx1v, 15. — 3 S. Jérôme dit qu’on lisait : flium Joiadæ, dans l'Evangile des Nazaréens. Brev. rom., 26 dec., lect, vir-1x,

dividus portent le châtiment des crimes dont leurs chefs ou leurs ancêtres se sont rendus coupables. Nier la légitimité de cette disposition, ce serait contester à Dieu le droit de punir ou de récompenser les nations comme nations, et condamner ce qui fait l’essence même de la société, la solidarité des membres dans les actes et dans les intérêts sociaux.

Du reste, il y a deux considérations dont il faut ici tenir compte : — 1° La part des individus dans les châtiments publics ne va jamais au delà de ce qu'its ont mérité par des fautes volontaires, ou de ce que la sagesse divine a droit de leur imposer d'épreuves. — 2% Au dernier jugement, Dieu tiendra compte à chacun de tout ce qu’il aura souffert, et il réglera définitivement notre sort sur la seule considération de nos mérites ou de nos péchés personnels !.

190. — Pourquoi Notre Seigneur, la bonté même, prononce-t-il contre les Pharisiens de si terribles anathèmes ?

C’est pour le bien de son œuvre et pour l'instruction de ses Apôtres, plutôt que dans l'intérêt des pharisiens et par zèle pour leur conversion ?. En effet :

1° Si son dessein principal avait été de ramener les pharisiens, il est probable qu’il leur eût parlé avec moins de sévérité; car des hommes si vains et si artificieux devaient être peu disposés à profiter d’une humiliation publique.

2° Un intérêt supérieur l’obligeait de dévoiler leurs défauts et de les traiter sans ménagements. Il était de La plus haute importance de prémunir les Apôtres contre la contagion de tels exemples. D'ailleurs tout le monde connaissait l'opposition des pharisions à sa doctrine et leur aversion pour sa personne. Ces dispositions, qui ne cessaient de croître, étaient le principal obstacle à la propagation de l'Evangile. Il fallait donc que le divin Maitre levât le scandale. Or, comment le faire sans démasquer ces faux docteurs, sans montrer qu’ils ne méritaient aucune confiance, que,

1 Cf. S. Aug., Quæst. ex Vel. Testam., xx, xiv. Infra, n. 931. — 2 Brev., 20 guill., lect. virr. 1x.

326 JÉSUS-CHRIST -SELON L'ÉVANGILE. [N° 491 loin d’être inspirés par l'amour de la vérité et de la vertu, ils obéissaient aux instincts les plus pervers, à l'intérêt, à l'ambition, à la jalousie, enfin à toutes les passions qui avaient porté leurs pères à tremper leurs mains dans le sang de tant de prophètes ?

ARTICLE IL

Faits surnaturels !.

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