‹ Manuel BibliqueChapitre 67 sur 126 · II. Guérisons · texte numérisé non relu

II. Guérisons

216. — D'où vient que les guérisons miraculeuses sont plus nombreuses dans l'Evangile que dans l'Ancien Testament?

Dans l’Ancien Testament, Dieu voulait manifester surtout son autorité, sa puissance, sa souveraineté; et le sentiment qu'il cherchait à inspirer était le respect et la crainte. Ge qu’il tient le plus à faire connaître dans le Nouveau, c’est sa bonté et son amour !. Le Verbe s'étant fait chair par miséricorde, pour nous tirer de la mort et nous délivrer de tous nos maux, quoi d'étonnant qu’il commence par soulager nos infirmités visibles, et que par la guérison des corps il annonce son dessein de remédier bientôt aux maladies des âmes? Du reste, le principe des maux corporels eux-mêmes résidait dans les âmes : c’était le péché dont elles avaient contracté le venin. C’est pourquoi S. Matthieu ? applique ici cette parole d’Isaïe : Vere languores nostros ipsi tulit *.

On remarquera que la plupart de ces guérisons sont accordées à la foi. Creditis quia hoc possum? dit Notre Seigneur aux malades *. Credis hoc * ? Fides tuate salvum fecit $. Il voulait faire entendre par là que les âmes ne seraient délivrées du péché et n’arriveraient au salut qu’en croyant à sa parole et en se soumettant à l'Evangile 7.

Un lépreux. Matth., vi, 1-4,

217. — Pourquoi Notre Seigneur renvoie-t-il le lépreux aux prètres, en lui recommandant le secret?

I. Notre Seigneur envoie aux prêtres ce lépreux ÿ, après lavoir guéri par un simple acte de sa volonté ? : — 4° Par respect pour la loi qui lui défendait de se mêler au peuple auparavant ‘‘, afin de nous apprendre à ne pas nous dispenser

1 Tit., 0, 14, 42; 1, 4 — 2 Matth., vi, 11. — 8 Isai., un, 4, 8. Cf. I Pet., 11, 24. — + Matth., 1x, 28. — 5 Joan., xr, 26. — 6 Marc., v, 34; x, D2; Luc., vu, 50 ; vu, 48 ; xvur, 19, etc. — 7 Rom., 1, 17; mr, 22, 98; Gal., n, 46; Eph., 11, 8, etc. — 8 Plenus lepra. Luc., v, 12. Cf. Levit., xur, 43. — 9 Volo, mundare. Cf. Act., 111, 6, 13. — 10 Lev., x1v, 2.

des règles sans nécessité. — 2° Parce que, sans cela; cet homme n’aurait pas été admis à la participation des choses saintes. — 3° Afin de mettre ses ennemis à même de constater le miracle. — 4° Pour compléter la figure qu’il avait en vue; car la lèpre figure le péché, et le péché ne devait être remis que par le ministère des prêtres.

IT. Il recommande au lépreux de ne pas dire qui la guéri : — 1° Par modestie, afin de nous apprendre à éviter l'éclat, autant que l'intérêt de Dieu le permet ‘. — 2° Par prudence, de peur que la haine dont ses ennemis étaient animés ne s’accrût encore et qu’elle les portât à nier la réalité de cette guérison *.

Le paralytique des Synoptiques. Matth. 1x, 1-7.

* 218. — La guérison de ce paralytique prouvait-elle que Notre Seigneur eût le pouvoir de remettre les péchés?

Le pouvoir de guérir subitement n’est pas plus divin que celui de remettre les péchés; mais l’effet de l’un tombe sous les sens et peut se constater, tandis que celui de l’autre est invisible. Un imposteur ne pouvait s’attribuer faussement que le second. Pour écarter tout soupçon à cet égard, il suffisait à Notre Seigneur, dit S. Jérôme, de mettre le premier sous les yeux des auditeurs *.

« La suite de ses paroles, ajoute le même Docteur, nous apprend que les maladies du corps sont souvent le châtiment des péchés de l’âme. » Toutefois, rien n’autoriserait à dire de chaque maladie qu’elle est la punition d’une faute commise par le malade.

1 Marc., vir, 36, 31; Luc., xu, 5. Sic opus sit in publico ut intentio maneat in occulto. S. Greg., In Evang., Hom. x1. — ? Cf. Matth., vr, 15; F xvi, 20; Supra, n. 164, 19%, 215. — 3 Fit carnale signum ut probetur spirituale. $S. Hieron., In hunc loc. Verum de Deo cogitabant, sed Deum præsentem non videbant. Fecit ergo quod viderent, et dedit quod crederent. S. Aug., In Ps. xxxv1, Enarr. 111, 3.

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Paralytique de saint Jean. Joan. v, 1-15.

(An 81, fin mars.)

219. — Doit-on regarder comme authentiques les versets 3 et 4 sur la descente de l’ange,et le mouvement de l'eau dans la piscine ?

Les protestants rejettent communément le verset 4 et la fin du verset 3 comme apocryphes, parce qu’ils ne se trouvent pas dans les manuscrits du Vatican, B, du Sinaï,, de S. Ephrem, C, de Cambridge ‘, D, et qu'Origène les a omis. Mais indépendamment de l'autorité de l'Eglise qui les maintient dans la Vulgate, nous avons pour en soutenir l’authenticité les raisons critiques les plus imposantes :

A0 On les lit dans le manuscrit alexandrin, A, du cinquième siècle. — 2° [ls se trouvent dans l’Italique et la Péchito aussi bien que dans les plus anciens manuscrits de la Vulgate. — 3° On les voit cités par un bon nombre de Pères, non seulement du quatrième siècle, Didyme (+ 395), S. Ambroise ? (+ 397), S. Chrysostôme * (+ 407), S. Augustin * (+ 430), mais même par Tertullien, en deux endroits de ses ouvrages, à la fin du second siècle et au commencement du troisième, cent ans après la mort de $S. Jean *. On les lit même dans le Ata recoapwy (le Tatien, plus ancien encore. — 4e Ils sont tellement liés au reste du récit que, si on les retranche, les versets 5 et 6 accusent une lacune et le verset 7 devient presque inexplicable. — 5° La descente de l’Ange parait exigée par le sens symbolique du passage. Les malades représentent l'humanité déchue. Jusqu'à Notre Seigneur, il n°y avait qu'un petit endroit, la Judée, où Dieu se révélât, et où l’on pût espérer ses faveurs. De temps en temps apparaissait un Ange, un envoyé céleste, mais c'était à de longs intervalles; les grâces qu’il y apportait étaient pour un petit

«nombre, et il fallait un effort, un acte extérieur pour en profiter. Avec Jésus-Christ, l’Ange du grand conseil, arrive

1 D a pourtant le verset 3 en entier. — ? $. Amb., en trois endroits. — 3$. Chrys., {n Joan., xxxvi, 1. —#$S. Aug., Serm. oxxv, 3; In Joun., xvir, 3, In Ps. 1xx, 15.—5 Tert., Adv. Jud., 13, ann. 196-205; de Bapt., v, ann. 204. Cf. Gal., 11, 19 ; Heb., 11, 2.

enfin le salut ‘; il est offert à tous et facile pour tous. Il n’est plus besoin d’ablutions ni d’œuvres extérieures : la bonne volonté suffit. — 6° On n’imagine aucune raison qui ait pu porter à intercaler ces versets. On conçoit bien plus aisément que certains esprits en aient pris ombrage, qu'ils les aient crus propres à exciter la défiance, ou à favoriser les prétentions des Juifs ? ; et que pour cette raison, à la suite peut-être de quelques omissions involontaires, on les ait d’abord marqués de quelque signe, puis omis délibérément dans un certain nombre de manuscrits.

* 220. — Ne pourrait-on pas regarder ces deux versets comme l'explication vulgaire d'un effet naturel, produit par la vertu d'une eau thermale, et penser que saint Jean s’est conformé, dans son récit, à la manière de parler ordinaire, sans s'en faire pour cela le garant?

Quelques catholiques ont cru pouvoir adopter ou tolérer ce sentiment’. Mais il est contraire aux explications des saints Docteurs, et à moins de retrancher le verset #4, il contredit ouvertement l'Evangile. S. Jean ne dit pas : « C’était alors une croyance commune ; » mais : « Voici ce qui avait lieu. » D'ailleurs, s’il n’y avait eu là qu’une eau thermale naturelle, aurait-elle eu la méme efficacité pour toutes les maladies? Aurait-elle produit son effet subitement ? N’auraitelle eu de vertu que dans certains moments et sur un seul malade à la fois ?

Suivant Tertullien, ces guérisons miraculeuses et ces apparitions d’anges étaient un signe que Dieu donnait aux Juifs

1 Redire in domum suam est in Paradisum introire. S. Amb., /n Luc., v, 24. Cf. S. Aug., Serm. cxxv, 3. C'est à cause de cette signification que ce miracle est représenté en vingt endroits des Catacombes. Voir Bottari, PI. 39; Aringhi, VI, vi.

Jussus post multos graditur paralyticus annos, Mirandum, lecti portitor ipse sui. CLAUDIANUS.

2 Infra, n. 392, 196. — 3 En premier licu, Sepp, La Vie de J.-C., sect. 1, ch. 5. La tolérance de ce docteur rivalise en beaucoup d’'endroits avec l'indépendance des hétérodoxes; par exemple, sur la nature de la manne, l'histoire de Jonas, le sacrifice d'Abraham, la femme de Loth, la vision d'Elie, le livre d'Esther, etc. Voir ses Etudes sur la vie de Jésus, 1866, t. 11, p. 20-30, 260.

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pour leur annoncer la venue du Sauveur, et ce signe cessa bientôt, en punition de leur incrédulité. Peut-être le peu de durée du prodige est-il la raison pour laquelle ii n’en est fait mention nulle part ailleurs, ni dans les Livres saints, ni dans les ouvrages profanes *.

L’hémorrhoiïsse. Matth., 1x, 20-22; Luc., virr, 43-48.

* 221. — Eusèbe ne confirme-t-il pas la réalité de cette guérison?

Eusèbe, l'historien, de Césarée en Palestine (+ 338), affirme que cette femme était de Panéas, ville de Phénicie, appelée en dernier lieu Césarée de Philippe.

Il dit qu’il y à encore devant la porte de sa maison deux statues d’airain, dont l’une représente cette femme dans une attitude suppliante, et l’autre Jésus-Christ enveloppé dans un manteau et lui tendant la main. Il ajoute qu’au pied de cette seconde statue croit une herbe d’une espèce inconnue qui, lorsqu'elle atteint le bord des vêtements du Sauveur, acquiert la propriété de guérir toute sorte de maladies. « On a ignoré pendant un certain temps, dit-il, ce que représentait ce groupe; mais la base en ayant été découverte, on y a lu le nom de Jésus et reconnu l’hommage qu'on avait voulu lui rendre. » « Elle a subsisté jusqu’à notre époque, ajoute-t-il en finissant, et nous l’avons vue de nos yeux ?. » Le même fait est rapporté par Sozomène (450) et par saint Astère, évêque d’Amasée (370-400); mais ce dernier ajoute que de son temps cette statue ne subsistait plus. Plusieurs auteurs disent que l’hémorrhoïsse est celle des saintes femmes qui a présenté un linge au Sauveur sur le chemin du Calvaire et qu’on vénère sous le uom de Véronique *.

S. Augustin indique la signification morale de ce récit, lorsqu'il dit : C’est par la foi qu’on touche le Sauveur : Fide tangimus Cluistum.…. Turba premit : fides tangit *. Un certain

1 Tert., Adv. Jud., 13. Of. S. Hieron., de Loc. hebraic. — 2 Euseb., H., vu, 14, 18; Tillemont, Mémoires, t. vu, Julien, art. 11; Honoré de Ste-Marie, t. 11, liv. 1v, art. 3; Fleury, H. E., xv, 20. Acta SS., 4 feb., 6 maii. — 3 Evang. de Nicodème. Acta SS., 1 feb. et Tmaii. — #$, Aug., Serm. coxLu, 2, et GGXLVI, 4. Audiant christiani, qui quotidie Christi

N°:222) SA VIE PUBLIQUE. — SES MIRACLES. der

nombre de Pères regardent l’hémorrhoïsse comme l’image de l'Eglise des Gentils; c’est pour cette raison sans doute qu’elle a été si souvent représentée dans les catacomhes et sur les monuments des premiers siècles !.

L'aveugle-né. Joan., 1x.

222. — Comment Notre Seigneur peut-il dire qu'il est venu sur la terre pour aveugler ceux qui voyaient?

Le Fils de Dieu se révèle ici, par son action comme par ses paroles, comme la vraie lumière du monde”. Ce qui est aujourd'hui un fait aussi éclatant que le soleil était alors une simple révélation, un objet de foi. L’aveugle que le Sauveur guérit est le type des âmes droites et humbles qui, reconnaissant leur aveuglement naturel, sont heureuses de voir par lui, au flambeau de la foi *. Les Pharisiens sont la figure des incrédules volontaires, de ceux qui, pleins de confiance en eux-mêmes, ne veulent voir que par eux-mêmes, par leurs facultés naturelles, et refusent obstinément de croire aux vérités révélées *.

corpus attingunt, quantam de ipso corpore sumere possint medicinam, cum mulier rapuit de sola Christi fimbria sanitatem. Pet. Chrys., Serm. XXXY.

1 Voir Aringhi, vi, 1. Bottari, pl. 19, 21, 34, 39, 41, 84, 85, 89, 135; Martigny, Hémorroïsse, Images, Jésus-Christ. — ? Tête laurée de Tibère, l'Auguste du temps, avec ces deux mots presque effacés : Katcapoc XZcéacrov. Au cou de l’empereur le monogramme de Philippe. Au revers, portique d'un temple tetrastyle, celui que son père avait dédié à Auguste dans la ville de Pancas ou du dieu Pan. Philippe, en étant devenu maître et voulant ajouter à cç qu'avait fait son père, changea son nom en celui de Césarée. Légende, biumrov tetpapyov. L. I O indique l'an 19 de son règne. Cf, Hist. de l'Acad. des Insc., ur, p. 105. — 3 Lumen vitæ, to owc tns Cwnçs. Joan., vi, 12 ; 1x, 5, 39. Sol intelligentiæ, Sap., v, 6. Infra, n. 328. — # Joan., 1x, 6, 1, 17, 30, 38. — 5 Joan., 1x, 16, 19/22/2428 29 34 Rome, 19,20,

Le désir du Fils de Dieu est bien que tous les hommes ouvrent les yeux aux rayons de l'Evangile; mais comme ceux qui se croient plus éclairés que les autres et qui le sont en effet à certains égards s’obstinent à les fermer et s'efforcent de tout obscurcir, de peur d’avoir à lui rendre hommage, il dit que sa venue, qui devait éclairer tout le monde, aura pour résultat d’'aveugler ceux-ci de plus en plus. Evidemment, c’est à regret qu'il voit ce fait et qu’il Le constate. Il ne le veut que comme la conséquence d’une obstination coupable en opposition avec ses désirs. On ne doit pas plus le lui imputer qu’on n’impute à un prince le châtiment de ceux qui violent ses ordres. Ut indique un résultat plutôt qu'une intention : il équivaut à ta ut, unde fit ut '. La prédiction contenue dans les paroles qui suivent s’est accomplie d’une manière frappante, lorsque les Gentils, recueillant la doctrine du divin Maître, rejetée par les Juifs, sortirent des ténèbres du paganisme et ouvrirent les yeux aux rayons de l'Evangile ?.

IL est peu de chapitres aussi intéressants que celui-ci, même en S. Jean. L’éclat du miracle rend impossible toute contestation. La description est d’un naturel inimitable. En lisant le récit, on croit assister à la scène, voir et entendre les interlocuteurs. Les mots Abü, lavi et video, sont frappants de vérité et de concision. La parole du Sauveur à laveugle dont il vient d'ouvrir les yeux, Ef vidisti eum, n’est pas moins admirable. Enfin le cri qui sort alors du cœur du miraculé : Credo, Domine, échappe aussi spontanément à tout lecteur de bonne foi*.

Mais l’aveugle principal que le Sauveur avait à guérir, c'était le genre humain, héritier de la peine et du châtiment

BCE Toan sv 20 VIN AE En 2328 ENT, MB ENT) XVI, 9, 32 ; x1x, 24, 36. — 2 Cf. Joan., xur, 37-41. Et nos non terrena bona, sed lucem quæramus, nec lucem quæ loco clauditur, quæ tempore finitur, quæ noctium interruptione yariatur, quæ a nobis communiter cum pecoribus cernitur; sed lucem quæramus quam videre cum solis Angelis possimus, quam nec initium inchoat, nec finis angustat. S. Greg., In Evang., hom. 11, T. — 3 Cf. Joan., 1, 34, 49 ; xx, 27 ; xx, 98, 30. Cette scène est représentée dans une fresque du cimetière de 5. Calixte, à Rome.

d'Adam. Il Péclaire en le purifiant dans les eaux du saint baptême. Il devient à la fois sa lumière et son salut. En présence de ce prodige, les incrédules d'aujourd'hui ne sont pas moins embarrassés que ceux d'autrefois. [ls essaient en vain de nier les ténébres du monde ancien et d'expliquer les clartés du monde nouveau. Les fidèles se rient comme l’aveugle-né de leur embarras et de leurs sophismes.

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