Combien de résurrections a opérées Notre Seigneur
Nul ne peut dire avec certitude, répond $. Augustin, combien de morts le Sauveur a ressuscités ! ; mais l'Evangile nous en fait connaître trois, et chacun d’eux se distingue par un caractère particulier. Dans le premier cas, c’est une jeune personne qui vient de rendre l’âme; dans le second, un jeune homme un peu plus âgé qu’on porte au tombeau ; dans le troisième, un homme fait qui est enseveli depuis plus de trois jours. Par ces résurrections, de plus en plus frappantes et de mieux en mieux attestées, le Sauveur montre qu'il est l'arbitre absolu de la vie et de la mort, et que, dans la tombe comme au cercueil, comme sur le lit funèbre, on est toujours sous sa main : Omnes enim vivunt ei?. De plus ces trois miracles sont la figure d’autant de genres de conversions, ou de résurrections mystiques que la parole du Fils de Dieu ne cesse d'opérer dans les âmes ?; car il y a trois sortes de pécheurs ou de morts spirituels *. Il en est qui ont. perdu la grâce par un acte de volonté purement intérieure; d’autres ont commis le mal extérieurement, en réalisant leurs mauvais desseins ; d’autres sont dans l’habitude du péché et répandent la corruption avec le scandale Ÿ. La grâce
1 S. Aug., Serm. xavinr, 3. Mortui resurgunt, dit Notre Seigneur en S. Matthieu, x1, 5. Cf. x, 8. — 2 Luc., xx, 38. — 3 Joan., v, 11; S. Aug,, In Ps. c1, Serm. un; Brev. rom., 4 maïi, lect. vir-1x. — # Apoc., 111, 1. — 5 Tria genera peccatorum quos hodieque suscitat Christus videlicet voluntate, opere, consuetudine, $S. Aug., Serm. xaviu, 5. Ecce ipsa soror Lazari, Maria, melius suscitata est quam frater ejus. S. Aug., In Joun., XX, 69.401 -ArTINChI, VI, x:
du Ciel s’étend à tous. Il n’est pas d'âme morte à la grâce qui ne réponde à la voix du Sauveur, quand il lui plait de la’ rappeler à la vie‘.
Fille de Jaïre. Matth., 1x, 18-26.
294. — Notre Seignour n’a-t-il pas dit de la fille de Jaïre qu’elle n’était pas morte, mais qu'elle dormait, 24?
Avant de la ressusciter, Notre Seigneur a dit de cette personne qu’elle dormait, mais dans le même sens qu’il Va dit de Lazare : Dixerat autem de morte ejus ?. En réalitè, ni un ni l’autre n’élait mort définitivement, puisque le Sauveur allait les rappeler à la vie, et qu'il ne lui en coûte pas plus de ressusciter un mort que d’éveiller un homme qui sommeille. Mortua est vobis, lui fait dire S. Jérôme, traduisant sa pensée : mihi dormit *.
On peut admirer ici la confiance et la simplicité que les Evangélistes montrent dans leur récit. Des imposteurs se seraient bien gardés d'attribuer ce mot à Notre Seigneur. Eux n’ont pas même l’idée du soupçon que ces termes pourraient donner. Du reste, $. Luc ajoute : Et reversus est spiritus ejus*, et S. Matthieu : Extié fama hæc in universam terram illam *.
Lazare. Joan., x1, 1-45, 295, — Peut-on mettre en doute la réalité de cette résurrection ? D’abord l’authenticité de ce passage du quatrième évangile
1 Ainsi prouve-t-il qu'il est par essence notre vie véritable, la vie de nos âmes pour l'éternité, n avaotaotc xat n Ewn, Joan., xr, 25 ; x1v, 6; n Cwn nov, Col., 11, 4; o Zwomotwv, Rom.,1v, 17 ; o pLovoc eywv afavaotav, I Tim., vi, 16, — 2 Joan., x1, 11-14. Aux yeux de la foi, mille ans ne sont qu'un jour, ct tous les fidèles couchés dans leur tombeau, attendent le réveil de la résurrection. De là dormilorium, en grec xommrnptov, cimetière, de xotuaw, dormir. Cf. Ps. xt, 9; I Cor., xv, 6, 18, 20, etc. Cf. Euseb., H., var, 13. — 3 $S. Hicron., In hunc loc. Cf. Luc., xx, 38. — k Luc., vin, 55. Cf. III Reg., xvir, 22, — 5 Matth., 1x, 25. Mème simplicité dans le récit de la résurrection du jeune homme de Naïm, malgré les traits touchants qu'il présente comme la plupart des récits de S$. Luc. Rapprocher ces mots : Dedit illum malri suæ, vi, 15, de ces autres qui pouvaient s'appliquer à Notre Seigneur ct à sa Mère : Ecce filius unicus matris suæ; et hæc vidua eral, 12, Voir Pauvert, Vie de Jésus.
est incontestable. Il n’y à pas une page qui porte à un plus haut degré l’empreinte de $. Jean, ni qu’il fût plus difficile d’y intercaler furtivement. Etant deS. Jean, le récit est d’un témoin oculaire, d’un homme qui n’a pas connu seulement Lazare et ses sœurs ‘, mais qui a vécu longtemps avec eux. L’historien ne peut donc pas avoir été trompé. Dira-t-on qu'il trompe? Dans quel intérêt tromperait-il? Quel besoin a-t-il de supposer ce miracle? Un homme sensé peut-il avoir l'idée d'inventer un pareil fait, de le donner comme indubitable, alors que nul n’en aurait l’idée, qu'une foule de personnes seraient en état d’en démontrer la fausseté, qu’elles y seraient intéressées ? Un imposteur décrirait-il le miracle de la manière que fait S. Jean, dans ses moindres détails, sans la moindre précaution oratoire, sans aucune ambiguïté de langage, sans aucune atténuation, avec la confiance d’un homme qui défie toute contradiction ? Préciseraitil toutes les circonstances ?, la notoriété du fait, la multitude des témoins , l’exaspération des ennemis du Sauveur et la détermination fatale qui en fut la suite“? Ce fait se lierait-il si naturellement à ce qui précède et à ce qui suit : l’amitié de Jésus pour Marthe et pour Marie, le redoublement de la haine des Juifs envers le Sauveur et la résolution qu'ils prennent de le mettre à mort? Enfin le trouverions-nous attesté par la plus ancienne et la plus respectable tradition, et confirmé par la foi de l'Eglise tout entière 7?
1 Joan., xx, 38. — ? Joan., x1, 5, 6, 18, 28, 30, 32, 35, 38, 44. — 3 Jon. x1, 49, 31, 33, 42, 45. — # Joan., x1, 41-56 ; xt) 9-40) 47, CI. Matth., xx vi, 5. — 5 Luc., x, 31-42. — 6 Joan., x1, 46-53. — 7 « La résurrection
de Lazare revient souvent (une trentaine de fois) dans les peintures des catacombes. C'était pour les fidèles un fait historique en même temps qu'une instruction et un symbole. Elle les faisait penser à la résurrection des âmes aussi bien qu'à celle des corps. Maïs le sens moral qu'on en tirait les eût peu intéressés, si, avant tout, le fait n'eût pas été certain. Soyons sûrs qu'on y a regardé de près. » D. Guéranger, Ste Cécile, xur. « Seigneur Jésus, ceux qui refusent de croire à cette résurrection saventils qu'après avoir ressuscité un homme, vous avez ressuscité un monde, et que le miracle de Béthanie s'efface devant celui qui a tiré de son tombeau le vieux monde paien, ce mort de quatre mille ans qui n'élail plus qu'infection et pourrilure? » H. Perreyve. Cf. Euscb., /1., 1v, 3; 5, Amb., De fide resur., n, 11. S. Chrys., In 1 Cor., Homil. vu; In/ra, n. 168.
ll, 21
226. — Quelles raisons avaient les Synoptiques d'omettre dans leurs récits un miracle si frappant?
Rien ne s’opposait précisément à ce que les Synoptiques commençassent par là, comme S. Jean, le récit de la Passion; mais ils n’y étaient pas obligés, et l’on s'explique l’omission de ce fait : — 4° La seule résurrection dont ils étaient frappés et sur laquelle ils voulaient porter l'attention, c'était celle de l’'Homme-Dieu. Celle de Lazare leur semblait peu de chose en comparaison. — 2° À l’époque où ils écrivaient, la prudence devait leur conseiller de ne pas attirer l’attention des Juifs sur Lazare et ses sœurs!, comme elle leur défendait de dire le nom de celui qui avait tiré l’épée contre le serviteur du grand-prêtre ?. — 3° Après s’être bornés à décrire l'apostolat du Sauveur dans la Galilée, lies Synoptiques ont dû trouver naturel de commencer l’hisioire de sa Passion par son entrée triomphale à Jérusalem : pour $. Jean, au contraire, il entrait dans son plan de recueillir tout ce que le Fils de Dieu avait dit et fait dans la Judée comme dans la ville capitale*. — 4° Enfin nul évangéliste n’a prétendu donner un tableau complet des miracles du Sauveur. Bien plus, il n’est pas un évangile où l’on ne lise quelque miracle négligé dans les autres*. Un des plus prodigieux et des plus incontestables, l’apparition du Sauveur aux cinq cents disciples, n’est rapporté que dans les Epîtres, et n’a d'autre garant que l’apôtre S. Paul°.