CONSÉQUENCE DES MIRACLES DU SAUVEUR
221. — Que prouvent les miracles de Notre Seigneur ? Ils prouvent la réalité de sa mission, sa qualité de Messie
1 Cf. Joan., xu, 10. — ? Cf. Matth., xxvi, 81 ; Marc., x1v, 41; Luc., xxu, 50 et Joan., xvi, 10. = 3 Supra, n. 42. — # Joan., xxr, 25. Cf. Matth., x11, 14-16 ; x1v, 13, 14, 34-36; xv, 29-34 ; x1x, 1, 2; xxr, 14; Marc., vi, 53-56; Luc., 1v, 40; v, 15; vi, 17-19 ; vir, 20-22. — 5 Des trente miracles de Notre Scigneur, quinze sont rapportés par un seul évangéliste : sept par S. Jean, 1, 1, 14; 1v, 46 ; v, 2 ;1x, À ; xvux, 6; six par S. Luc., 1v, 30; v, 1; vir, 12 ; xur, 11 ; x1v, 2 ; xvur, 12 ; xxur, 51; deux par S. Matthieu, 1x, 27; xvu, 26 ; un par S. Marc., vin, 22. — 6 I Cor., xv, 6. « Une citation dit plus que cent omissions, » Bossuet.
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et sa divinité, et cela de deux manières, d’une manière indirecte et d’une manière directe.
I. D'une manière indirecte. — Notre Seigneur se donnait pour un envoyé de Dieu, pour le Messie et pour le Fils unique du Père. Or, ces miracles avaient pour but d’attester la vérité de ses paroles’. S'ils ont eu lieu, si ce sont de vrais miracles, il faut évidemment reconnaître qu’il possédait ces qualités ?. Diderot disait : « Je ne demande pas de miracle pour croire, mais seulement un bon syllogisme. » « Il ne s’apercevait pas, dit Laharpe, que le miracle est un syllogisme en action, le meilleur et le plus convaincant de tous les syllogismes. » On ne trouvera aucun incrédule, aucun homme intelligent et refusant de croire au Sauveur, qui consente à admettre le caractère miraculeux de ses œuvres *.
IL. D'une manière directe. — Quand Notre Seigneur ne se fût pas attribué expressément ces qualités, et qu’il n’eût pas donné ses miracles comme preuve de sa parole, ses œuvres parleraient pour lui; car un certain nombre d’entre elles, et surtout la manière dont il les opère, ne permettent de mettre en doute, ni sa mission, ni sa dignité de Messie, ni même sa divinité. Elles supposent en lui, non un pouvoir dépendant et limité comme celui d’un simple envoyé du Ciel, mais une puissance propre, absolue et par conséquent divine. On disait que nul n’avait jamais parlé comme lui, avec la même autorité : on peut affirmer également que nul n’a jamais agi avec un tel empire*. Lui-même atteste qu’il fait des choses que nul homme n’a jamais faites, quæ nemo alius fecit *. Non seulement il commande à toute créature, aux flots de la mer ÿ, aux démons”, aux morts; non seulement il ouvre, à son gré, les yeux de l'esprit comme ceux du corps”, mais c’est en son nom et par son autorité qu'il commande *’;
1 Matth., x1, 4-6 ; Luc., v, 24; x1, 20 ; Joan., 11, 2; v, 36; vi, 14; Wir, 34 ; x, 25, 38; x1, 42, 48; xx, 30; 815 etc: — 2 Matth., 1x, 8; xv; 30, 31; Luc., vu, 16 ; 1x, 4%; Joan., 1, 23 ; 1x, 32. Cf. IV Reg,, v, 1. — 3 Joan., 1x, 46, 24, 31. S. Thom., 23-26, q. 178, a. 2. — 4 Joan., xx1, 23. — 5 Joan., xv, 24. — 6 Luc., vu, 24. — 7 Matth., xvu, 17; Marc., 1, 21. — 8 Joan., xr, 43, etc. — 9 Luc., xx1v, 45. Supra, n. 198. — 10 Matth., ur, 2; vu, 32; Marc., 1v, 39; v, 32 ; 1x, 24; Luc., vu, 14; Joan., u1, 8.
c’est à sa propre vertu qu’il attribue ses miracles *. EL dit qu'il se ressuscitera lui-même?. Il assure à ses disciples qu’il leur enverra l'Esprit saint, l'Esprit de vérité, qui procède du Père *. [1 leur donne le pouvoir de faire en son nom les mêmes prodiges que lui, et de plus étonnants encore *. Aussi jette-t-il dans la stupeur ceux qui le voient et l’entendent f, et les peuples le proclament-ils en diverses circonstances plus qu'un homme et plus qu'un prophète *.
228. — Pourquoi tant de Juifs, témoins des miracles de Notre Seigneur, ne croyaient-ils pas en lui ?
La vérité, si claire qu’elle soit, n’entraine pas nécessairement l’assentiment de l'intelligence, encore moins la soumission de la volonté. Elle permet à ceux qui y sont résolus de s’aveugler et de se perdre : Evangelium in ts qui pereunt est opertum'. Les Juifs voyaient les miracles du Sauveur’; ils ne les contestaient pas”°; ils ne récusaient pas les témoins; mais ils avaient des préjugés et des passions auxquelles ils ne voulaient pas renoncer, et ils attribuaient au démon ce qu'ils reconnaissaient au-dessus des forces de la nature ‘°. Ils fermaient les yeux de leur cœur à la lumière de la grâce, comme leurs pères avaient fait du temps des prophètes ‘!, comme leurs enfants ont fait du temps des Apôtres ‘?, et comme font encore parmi nous tant d’incré-
1 Matth., van, 3 ; Marc., 1v, 10; Luc., vi, 5-10 ; var, 46 ; Joan., v, 21; x1, 43. Of. Act., 1, 12, 16. — ? Joan., n1, 19 ; x, 11. — 3 Joan., var, 38; XIV, 38; XV, 26. Quomodo Deus non est qui dat Spiritum sanctum ? Imo quantus Deus qui dat Deum ? $. Aug., de Trin., xv, 26. — # Matth., var, 22, 23,;1x, À; Marc., 51,12; 1x,37 ; xVI; 11; Joan, x1v, 12 5 °Atct., 111,0: 1V,9, 10. Hoc Deo qui parum putat, quiä plus exspectet ignoro. S. Aug,.,
Epist., axxxvir, 143. — 5 Matth, xu, 23, Marc., vi, 51 ; Luc, 1x, 44 6 Matth.,x1v, 33; Luc., vit, 25 ; Joan., vu, 81. Cf. S. Thom., p. 3, q. 43, a. 4; Masillon, Serm. pour la Circonc., 1'e p. — 7 I Cor., 1v, 3. Infra,
n. 455, note 637. — 8 Joan., vir, 31; x1, 17. — 9 Matth., xxvir, 42; Joan., xi, 41; Act., 11, 22 ; 1v, 16. Hæc operatum esse Christum nec vos diffitemini, leur dit Tlertullien, Ado. Jud., 1x. — 10 Matth., xur, 24. Celse et Julien l'Apostat faisaient comme les Juifs. Orig., Cont. Cels., 1,6, 36, 68; ur, 23 ; vu, 9 ; 5. Cyril. Alex., Conf. Jul., vi, 10; Euscb., Præp. evang., v, 10.— 11 Matth., xxim, 37; Joan., v, 31, 46. Cf, Orig., Cont. Cels., nx, 74, 15. — 12 Act., 1v, 16, 17; vu, 51, 52, Cf, S, Epiph., Hæres., xxx, 9,
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dules et d’athèes. On conçoit donc l’incrédulité du grand
nombre”, incrédulité prédite, d’ailleurs, et par conséquent plus propre à affermir qu’à ébranler notre foi?. Mais ce qui ne s’expliquera jamais sans une vue claire de la vérité, sans une conviction sincère et profonde, c’est la conversion de tant d’âmes droites, intelligentes, vertueuses, qui ont cru au Sauveur, malgré l'intérêt qu’elles avaient à ne pas croire, qui ont fait de leur foi la règle de leur conduite, qui ont donné leur vie pour la servir et la propager, et qui se sont laissé égorger plutôt que d’y renoncer.
229. — Pourquoi le Sauveur refuse-t-il de faire des signes dans le ciel #, et dit-il aux Juifs qu'il ne leur en donnera pas d'autre que celui de sa résurrection, Matth., xvi, 1-4?
L. S'il refuse de faire les miracles qu’on lui demande, c’est que les Juifs les demandaient sans raison, qu’ils étaient disposés à n'en pas tenir plus de compte que des autres, et qu'il ne voulait rien faire qui sentit l’ostentation ou qui flattât la curiosité.
I. Il ne veut pas dire qu’il ne fera pas d'autre miracle que celui de sortir du tombeau, mais il fait entendre qu’il leur donnera ce prodige à la place de ceux qu'ils lui demandent. C’est comme s’il avait dit : « [ls comptent pour rien les miracles que j’opère chaque jour; ils en veulent de plus merveilleux pour se convaincre : ils n’en auront qu’un, mais qui ne leur laissera rien à désirer; celui de Jonas, que je renouvellerai sous leurs yeux. » On peut remarquer, en effet, que ce miracle de sa résurrection, le plus prodigieux et le plus décisif.de tous, eut pour unique fin de démontrer la divinité de sa mission. Le Sauveur ne l'a pas fait, comme les autres, pour consoler des affligés ou soulager des in-
4 Joan., 11, 16, 19-21; Act., xvur, 25. Infra, n. 452, 660. — ? Videntes videbitis et non perspicietis, etc. Isai., vi, 9. Rapporté six fois dans le Nouveau Testament. — 3 Act., 11, 43 ut, 53 vin, 1; xx1, 20; xxvi, 9-20; Tit., au, 3-1. Infra, n. 506. — # Cf. Isai., vis, 11. — 5 Parole étonnante, où Jésus-Christ est prophétisé et prophète à la fois, et dont la divinité ne peut être contestée. Il fallait l'Esprit de Dieu pour entendre la figure, sa science pour en prédire la réalisation et sa puissance pour l'accomplir.
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firmes : il l’a fait uniquement pour convaincre la nation juive et ne laisser aucune excuse à son incrédulité. C’est sous cet aspect qu'il le propose dans $. Matthieu‘, dans S. Luc? et dans $. Jean*. Aussi est-ce celui que les Apôires allèguent toujours comme la raison de leur croyance et le sceau de leur enseignement. C’est sur cette base qu’ils font reposer tout l’édifice de la foi*.
Notre Seigneur n’a pas répondu d’une autre manière au défi qu’on lui faisait de prouver sa divinité en descendant de sa croix ? :
Plus fecit; ecce mortuus Se reddit ipse lumini :
Deco satum jam credite 5.
230. — Pourquoi le Sauveur fait-il ainsi ses miracles de préférence le jour du sabbat?
Il choisit le jour du sabbat pour deux raisons surtout :
1° Afin de réagir contre les préjugés des Juifs et de les préparer à l’abrogation des pratiques cérémonielles, à la translation du sabbat en particulier’. Chaque miracle opéré dans ce jour leur fait sentir que le rigorisme de leurs Docteurs est une exagération, que l'honneur de Dieu et la loi de la charité doivent l'emporter sur la loi Au repos qui est purement positive.
20 Afin qu’on soit plus attentif aux prodiges qu'il opère et aux instructions dont il les accompagne. Ce jour-là le peuple avait toute liberté pour s'occuper de pensées religieuses. Il se réunissait par groupes autour des synagogues, et rien ne le distrayait des discours ou des faits qui pouvaient l’intéresser”. Quelle que fût la modéstie du Sauveur,
4 Matth., xur, 39; xvr, 4. — 2 Luc., x1, 29. — 3 Joan., 1, 19. — # Act., 11, 24, 31, 1v, 33; x, 40, xur, 80: xvur, 31; xxv, 19; Rom., iv, 25 > van, 34; x1V, 9; I Cor., xv, 4, 42; II Tim., 11, 8, Cf. Bourdaloue, Carëme:; sur Generalio sta signum quæril. Cf. Lue., xvr, 31. Infra,n. T11.—5S. Aug., Serm. cLvut, 6. — 6 Le Tourneux, Hymn. pasc. Bossuet, 1ve Serm. pour le jour de Pâques. —7TMatth., xt, 41, 12. — 8 Ils portaient à 39 le nombre des travaux interdits le jour du sabbat, et l'on avait formulé 1219 règles pour assurer l'observation parfaite du repos sabbatique. — 9 Joan., v, 16; IX, 14; xvinr, 20.
dit S. Chrysostome, il ne laissait pas de prendre ses mesures pour que ses miracles ne restassent pas inaperçus, et qu'ils ne pussent être révoqués en doute. « Après avoir multiplié les pains, il a soin de dire qu’on recueille les restes, afin qu'on les compare aux provisions qu’on avait d’abord. Quand il à guéri le lépreux, il l'envoie se montrer au prêtre. Quand il à changé l’eau en vin, il en fait porter à celui qui préside au festin, et lorsqu'il a rappelé à la vie la fille de Jaïre, il ordonne aux parents de lui donner à manger !. » C’est pour le même motif qu’il dit au paralytique de prendre son lit et de l’emporter?.
* 231. — Faut-il prendre à la lettre ce que saint Marc dit de Notre Seigneur et de ses dispositions à l'égard de ses ennemis : Circumspiciens 3 eos cum ira, contrislatus super cæcilate cordis eorum, 11, 5?
Ce sentiment que l’Evangéliste attribue au Sauveur par rapport à ses ennemis n’a rien que de juste et de louable. Mais pour en voir la raison, il faut distinguer, avec S. Thomas *, les divers sens du mot ira dans l’Ecriture. — 1° Quelquefois ce mot est pris dans un sens objectif. [l signifie, non une disposition intérieure de l'esprit, mais un mal extérieur, une peine, un châtiment. C’est ainsi qu’il faut l’entendre toutes les fois qu'il est question de la colère de Dieu, Dieu n’étant pas sujet comme nous à l’émotion, à la passion Ÿ. — 2 Le plus souvent il exprime un mouvement de l'appétit sensitif, qui prévient la raison, qui trouble l'esprit et qui porte la volonté, soit à se venger d’un tort dont on est victime, soit à se réjouir du châtiment infligé au coupable. Telle est la colère à laquelle nous sommes enclins, Guuos : il faut tâcher de s’en défendre; car un pareil mouvement est toujours imparfait et dangereux, souvent désordonné et répréhensible f. — 3° Ce mot signifie aussi quel-
15. Chrys., In Joan., Hom. xxxvu, 1. — ? Kpaëaros, Joan., v, 8, grabat, couchette portative, tapis ou simple natte. — 3 Remarque souvent faite par S.. Marc”, 111, 5; 3#5;Lv326ux, 1) x,123 1x7, 41. — 4 S.. Thom.; p.3; q. 15, à. 9. — 5 Cum tranquilitate judicat. Sap., x11, 18. Cf. Luc., xx1, 23; Joan., 11, 36 ; Rom., 1v, 15; Eph., 1v, 26; Apoc., x1, 18; Lactant., De ira Dei, — 6 Cf. Luc., 1v, 28; Col., ur, 8; Tit., 1, 13 Jac., 1, 19, 20.
quefois un sentiment très juste et très louable, une indignation réfléchie, calme, désintéressée, à l'égard d’un acte mauvais ou d’une disposition vicieuse qui demande à être réprimée. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que le mot ira, opyr, peut être appliqué au sentiment de Notre Seigneur; car il n’avait rien de déréglé, ni d’involontaire, ni d’irréfléchi !.