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384 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [N°246 affirme aussi ce fait à sa manière !. C’étaitle dessein de Dieu,
en effet, de ne pas détruire la nation juive avant que le peuple chrétien ne fût formé et ne la remplaçât avec avantage ?. Il fallait que l'Eglise catholique remplaçât visiblement la Synagogue, etquela soumission des Gentilsà l'Evangile, protestant contre l'incrédulité des Juifs, les convainquit de mauvaise foi.
En trente ans, ce dessein s’accomplit, et Jésus-Christ eut partout des apôtres et des disciples *.
Du reste, ce verset 14 de $S. Matthieu est un de ceux qui ont un sens spirituel : il n’y à pas de doute qu’il ne se vérifie de nouveau au dernier àge du monde, et qu’alors l'Evangile ne soit prêché et connu dans toutes les contrées de la terre *.
* 246. — Que signifient ces mots : Ubicumque fueril corpus, illic congregabuntur et aquilæ. Matth., xx1v, 28?
C'était un proverbe usité chez les Hébreux. Il est tiré d’un fait d'histoire naturelle, fréquent dans ces contrées et décrit au livre de Job *. Un grand nombre de commentateurs lexpliquent en ce sens, qu’à la première apparition du Sauveur, toutes les âmes justes, fuyant les faux Messies, s'empresseront d’accourir autour de Jui . Mais il paraît plus naturel de l’entendre du peuple juif dans l’état de mort, de corruption, de décomposition où il allait tomber. Le mot rrwxx, rendu par corpus, signifie cadavre. « Oùil y a un cadavre, dit Sénèque ?, comptez sur le vautour. »
Rien n'empêche de voir dans ces aigles, ot «erct, une allusion aux aigles romaines *. Get emblème était connu, et cette
1 Etc maoav rny ynv, Rom., x, 18; ev mavtt tw xoouw, Col., 1, 16; ev nact in xttoet, 23. CE. Rom., 1, 8; xv, 18-21,,28, Col., 1, 5,16: Cf Act. 11, 5, 9, 10, 11, 41; I Pet., 1, 1. — 2 Matth., xx, 41. Confirmabit pactum multis, avait dit Daniel, et crit in templo abominatio desolationis,
* 1x, 21. — 3 Dan., 1x, 21. Ecclesia Dei jam per totum orbem uberrime germinante, hoc templum tanquam effætum ac vacuum, nullique usui bono commodum arbitrio Dei auferendum fuit. Oros., vir, 9. Item Orig., Homil. in Levil., x. Infra, n. 456.— * CF. Brev. rom., Comm. plur. Marlt., 30 loc., et 19 sepl., ject. vir-1x. Romanæ spatium Urbis et orbis idem. Ovid. 11 Fast., 684. — 5 Job., xxx1ix, 27-30.— 6 II Thess., 1v, 16. — 7 Senec., Epist. xav. Cf. Osée, var, 1. — 8 Est-ce pour cette raison que S. Irénée attribue l'emblème de l'aigle à S. Marc l'Evangéliste de Rome? Cf. IV Esd,, x1, 7, 45; xur, 14; Apoc., vin, 13; x1x, 16.
signification devait se présenter à l’esprit. Une trentaine d'années auparavant, d’ardents patriotes ayant brisé à coups de hache et jeté sur la place l’aigle d’or qu'Hérode avait placé sur le portail du temple, quarante d’entre eux furent condamnés au feu et brûlés vifs ‘
241. — Cette parole de saint Matthieu : Sicut fulgor eril adventus filii hominis, xxiv, 21, s'accorde-t-elle avec celle de S. Luc : Non venil regnum Dei cum observalione, xvur, 20?
Dans $. Luc, il est question de l’origine du royaume de Dieu. Notre Seigneur dit qu’il ne frappera pas alors les regards, qu’il s’établira insensiblement, graduellement. Dans S. Matthieu, il s’agit de l’apparition de ce royaume sur la terre ou du triomphe glorieux du Sauveur, soit à la ruine de Jérusalem, soit à la fin des temps. Alors, loin d’être obscur et difficile à reconnaître, il frappera comme l'éclair les yeux les moins attentifs, et sera visible à la fois sur tous les points du monde ?
248. — Comment peut-on expliquer la survivance du peuple juif au coup dont il fut frappé?
La survivance du peuple juif à la ruine de sa capitale et à sa dispersion par tout l'univers est un effet visible de Ja divine Providence. Elle a été annoncée par les prophètes et par Notre Seigneur *. « On ne voit plus, dit Bossuet, aucun reste des anciens Assyriens, ni des anciens Grecs, ni des anciens Romains. La trace s’en est perdue et ils se sont confondus avec d’autres peuples. Après avoir été la proie de ces nations, les Juifs leur ont survécu. » Dieu les conserve depuis dix-huit siècles, malgré leur dispersion, dx terra aliena *, pour fournir à l'Eglise une preuve irrécusable de la divinité de l'Ancien Testament, pour attester au monde l’immolation
iBjoseph Adele Sr BI xxT, 2ACLEBT II EIx, 2x, 0 — 2$, Aug. |Quæst. evang., L XX VIL. Infr a, 396. — 3 Gen., 1v, 15. PS. Lvur, 2: Jen, 1x, 18-165 XXx, 2; XXI, 90), Ezec., 1, 4, D, 6; Amos, 1x, 8-11; Osée, A L: Luc., xix, 42-44; XXI, 94. Lonfdénter ne Fe nunquam esse té ttuendos, écrivait Origène vers 250. Con. Cels.,1v, 22
— 4! Ps. xxx VI, 4.
du Sauveur et pour mettre sous les yeux de tous le monument le plus frappant de la justice céleste ". »
Grâce à eux, l'Eglise a conservé l'Ancien Testament dans sa langue originale; elle peut montrer dans les mains les moins suspectes les livres où l'Esprit saint a prédit, des siècles à l'avance, la venue du Rédempteur, sa vie, ses miracles, ses œuvres ? : elle peut donner leur interprétation traditionnelle comme appui et fondement de la sienne *?. Qui pourrait nous soupçonner d’avoir fabriqué ou altéré les prophéties, quand nos adversaires les plus obstinés en proclament” l'origine divine et en reconnaissent le véritable sens, se bornant à contester l’application que nous en faisons *? Quant au
1 Sur 1 à 8,000,000 de Juifs qui existent aujourd'hui comme à l'époque de Notre Seigneur, plus de 5,000,500 habitent l'Europe, 400,000 l'Afrique, le long de la Méditerranée, 250,000 l'Asie, 300,000 l'Amérique du Nord. On en compte en Russie plus de 3,000,000; en Autriche-Hongrie, 1,600,000; en Allemagne, 650,000; en Roumanie, 300,000; dans la Turquie d'Europe, 100,000; en Hollande, 70,000; en Italie, 50,000; en Angleterre, 160,000; en France, 80,000; à Paris, 50,000; en Algérie, 25,000 ; en Pologne, 50,000; dans la Turquie d'Asie, 200,000; en Perse, 50,000 ; à Jérusalem, 28,000. Mais, si éloignés qu'ils soient les uns des autres, tous ces Juifs sont étroitement unis. Ils restent toujours juifs par l'esprit et par le cœur, aussi bien que par la race. Sans aucun territoire commun, sans une seule ville à eux, ils n’en forment pas moins un peuple distinct de tous les autres et obstiné à s’en distinguer, ayant ses pratiques religicuses, ses livres sacrés, ses cérémonies, ses lois, ses traditions, et s'y conformant autant qu'il le peut, conservant ses mœurs, son caractère, ses aspirations, ses antipathies, le regard toujours tourné vers Jérusalem, caressant toujours l'espoir de rentrer dans la terre de ses pères et de dominer le monde, faisant servir habilement à ses fins l'influence de ses financiers, de ses écrivains, de ses industriels et de ses homines d'état. Cf. Dan., vi, 10. — 2 Rom., mr, 2. Proferimus codices ab inimicis nostris, ut confundamus alios inimicos. Codicem portat Jadæus uude credat christianus. Librarii nostri facti sunt, quomodo solent servi post dominos codices ferre. S. Aug., In Ps, Lvr, 9, Occisi non sunt, sed dispersi : in cordibus nostri hostes, in libris suffragatores, in codicibus testes. De Fide eorum quæ non videntur. Dispersit vos per universas terras, ut ubique prophetias de ejus nativitate, passione, resurrectione perferatis atque lucernam legis, tanquam lignea candelabra sensu carentia, gentibus ministretis. S. Aug., Confra Judæos, 18; De consensu evang., 26. Infra, n. 409. Ils montrent à tous le royaume de Dieu, d’où ils se sont exclus. — 3 Cf, ROM AROTAETE # Ne forte dicant duri ad fidem quia nos illas composuimus, hinc cos convincimus. S. Aug., In Ps. Lv1, 9,
Sauveur, eux-mêmes attestent qu’il a prêché son Evangile parmi eux, qu'il s’est dit le Fils de Dieu, qu’ils Pont fait crucifier pour l'avoir dit, et qu’ils ont cessé d’exister comme nation peu d'années après sa mort. Enfin, leur exemple apprend à craindre la justice de Dieu et à attendre l’accomplissement de ses menaces avec la même certitude que la réalisation de ses promesses. L'aspect de ce peuple étrange, sans patrie, sans organisation visible, « squelette ambulant qui survit à son arrêt ? » pour subir son châtiment, la vue de son territoire, autrefois si riant, si fertile et si peuplé, aujourd’hui inculte, presque désert et toujours asservi, doit faire sur les chrétiens la même impression que faisait sur les Israélites la vue de la mer Morte et de ses bords désolés : Est ira Dei populo huic ?. C’est l'annonce, la figure, le gage assuré de la fin du mondeet de la réprobation des méchants. Le passé garantit l’avenir. La même bouche qui a prononcé le premier arrêt a porté le second : le même bras doit l’exé-
cuter *.
249. — Les événements prédits en saint Matthieu, xxrv, 29, 30, et en saint Luc, xx1, 25-31, ne semblent-ils pas devoir venir peu après la ruine de Jérusalem, et même y succéder immédiatement?
Les événements dont Notre Seigneur parle en cet endroit sont distincts de la ruine de Jérusalem, puisqu'ils doivent arriver après la venue, rzpousta, du Sauveur, 27 *; mais il ne peuvent être renvoyés à la fin du monde,-ni même à une époque fort éloignée. Plusieurs raisons s’y opposent :
1° Notre Seigneur dit expressément qu’ils auront lieu im-
1PEZec 82 2Nahum, nt 6: RomMxr, MAMCPNTOS MP UT, 48. — ? M. Renan, L'Eglise chrétienne. — 3 Quæ sit causa tam grandis offensæ, maxime eum idola non colant? Præter interfectionem Salvatoris non valent invenire. S. Hieron., In Osée., 11, 4-5. Judæc, quomodo clementissimus quondam Deus, qui nunquam tui estoblitus, nunc per tanta spatia temporum miseriis tuis non adducitur ut solvat captivitatem? Ob quod, inquam, facinus et tam execrabile scelus avertit a te oculos suos? Habes quod elegisti; usque ad finem mundi serviturus es Cæsari, donec genlium inlroeal plenitudo el sic omnis Israel salvus fiat. Epist. axx1x, T. CMS SIP AIDES SMIC sx 24-E Cor. x v, 23-70 n. 279, 418. — # Kant nunc et dicant : Manducemus et bibamus! S. Aug., Serm. ozvir, 6. Cf. Jer., xix, 12-16; Rom., xr, 20-22. — 5 Cf. Matth., xx1v,21.
médiatement après : Sfatim post *, ce qui indique au moins qu'ils commenceront bientôt à s’accomplir.
2% NonseulementleSauveur annonce cesévénements comme prochains, mais il indique les signes auxquels on pourra les discerner et en voir approcher le terme ?. Or, pour la fin du monde, il va dire qu’elle arrivera subitement, sans qu’on s’y attende *, ni que personne en puisse annoncer l’époque *.
3° Les dernières paroles du Sauveur sur ce sujet : Non præteribit generatio hæc, donec omnia fiant *, semblent également indiquer une autre époque moins éloignée, car si l’on veut y voir indiquée toute la durée des temps, on n'obtient aucun sens satisfaisant, soit qu’on entende par generatio hæc le genre humain ou la nation juive. Dans le premier cas, on fait dire à Notre Seigneur qu’il y aura des hommes sur Ja terre jusqu’à la fin des temps, ce qui ne répond nullement à la solennité de cette formule : Amen dico vobis: dans le second, on lui fait prédire la persistance extraordinaire de la race juive, malgré sa dispersion, ce qui n’a aucune liaison avec le reste du passage.
&o Après l'apparition du Fils de l’homme ou la révélation de sa souveraine puissance, il est dit que les Anges ou les envoyés de Dieu rassembleront les élus, electos Filii hominis, 31 °, de toutes les parties du monde. Or, pour le jugement, ce ne sont pas les élus seulement, mais tous les hommes bons et mauvais qui seront rassemblés. Il semble donc plus naturel d'entendre par élus, exhentor, au verset 31 de S. Matthieu comme au verset 22, les chrétiens qui ont recu le don de la foi’, et de voir indiquée en cet endroit la conversion des peuples infidèles, selon ce qui est dit en S. Jean : Moriturus erat Jesus... ut filios Dei, qui erant dispersi, congregaret in unum *.
Enfin, à la suite de ces événements, Notre Seigneur dit
1 Matth., xx1v, 29. — ? Matth., xx1v, 32, 33. — 8 Matth., xx1v, 37-39; Luc, xx1, 34, 35. — # Matth., xxtv, 36. — 5 Matth., xxiv, 34; Luc. xxt, 32. — 6 Cf. Matth., xunr, 39, 41; Luc., vn, 24; Gal., 1v, 14; Apoc., x1V, 6, 1. — MSap., in, 9; 1v, 15. — 8 Joan., xr, 52. Cf. Matth., xxui 1, 8, 14; S. Aug., Epist. cxatx, 41, 45-48.
que les chrétiens seront affranchis, délivrés de la servitude, - redempti*, qu'ils pourront relever la tête, qu’ils verront l'été succéder à l’hiver, 30, c’est-à-dire le règne de Dieu commencer, 31.11 ne paraît pas naturel d'entendre par ces paroles la fin du monde et le commencement de la vie éternelle ? Qu'on se souvienne toutefois que le triomphe du Sauveur sur la terre étant le gage et la figure de son triomphe et de son règne glorieux au ciel, ce qui est dit ici littéralement de la ruine de l’idolâtrie et de l’empire païen a pour objet dans le sens spirituel la fin du monde et le jugement dernier. Et l’on peut voir dans ce sens spirituel, ou cette seconde vue du Sauveur, la raison de certaines hyperboles, qui, sans cela, pourraient paraître outrées et singulières, par exemple au verset 34.
250. — Trouve-t-on dans l’histoire, vers l’époque indiquée par Notre Seigneur, quelque grande catastrophe à laquelle ces traits puissent convenir ?
On trouve dans l’histoire, à l’époque indiquée par Notre Seigneur, la ruine de Rome et la chute du grand empire idolâtre. Nul événement plus frappant, qui porte à un plus haut degré le caractère d’un châtiment divin, qui ait plus de rapport avec la destruction de Jérusalem et avec la fin du monde, qui soit plus propre à figurer le jugement universel. Point de fait non plus qui ait eu des conséquences plus heureuses pour le christianisme et qui fût désiré par les fidèles avec plus d’impatience*. Ce fut pour l'Eglise l’époque de l’affranchissement, de l’expansion, de l’unification, du triomphe. Alors le signe du Fils de l’homme parut au ciel et sur la terre; et il fut permis aux chrétiens de relever la tête ‘. Alors eut lieu l’avènement du Sauveur dans le monde social. Alors commença le règne visible et com-
1 Luc., xxI1, 28. — 2? Cf. Matth., xvi, 28. Brev. Of. S. Joan., Ant. ad
Laudes. — 3 Luc., xxr, 28-31; Apoc.; VI, 10. — # Dan., 11, 44, 45; vi, 8, 43; Matth., xx1v, 30; Luc , XXI, 28. Cf. S. Greg. Naz., Oral: v, cont. Julian., 11, 25; Socrate H. E., 1, À; Evagr., H. E., 1v, 26, S. Cyrill. Hieros., Epist. ad Constant., 6; Arc de Constantin, avec l'inscription, instinctu divinitalis, mise par ordre du Sénat.
390 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 251
plet de Dieu ici-bas, ou la période de mille ans, pendant laquelle l'Eglise devait dominer et le démon rester dans les fers. Les destinées des nations furent accomplies. Jérusalem cessa d’être foulée aux pieds des Gentils ? et passa sous une domination chrétienne.
254. — Ne serait-il pas étonnant que la chute de l'empire eût été annoncée dans des termes si extraordinaires ?
Il ne doit pas sembler étrange que Notre Seigneur se soit servi de ces images pour annoncer le triomphe du christianisme.
1° Il est naturel qu’en annonçant la chute de Rome, il use de termes moins simples et moins précis qu’en parlant de la ruine de Jérusalem. En général, les prédictions sont d’autant moins nettes que leur accomplissement est plus éloigné, et les figures employées par les prophètes grandissent à proportion deleur objet. On peut, du reste, comparer les termes de cette prophétie avec d’autres, relatives à la Judée$.
2° Notre Seigneur avait des raisons particulières pour ne pas prédire d’une manière trop claire la destruction de l’empire romain; et les évangélistes en avaient aussi pour ne pas rapporter d’une telle prophêtie ce qui eût été trop facile à comprendre pour les infidèles. Les prédictions relatives à la ruine du temple avaient assez irrité les Juifs pour que les auteurs sacrés prissent garde de ne pas s’attirer encore la colère des Romains. D'ailleurs, ne suffisait-il pas aux fidèles de savoir qu'après la ruine de Jérusalem, il y aurait une nouvelle période de troubles, d’agitation, de décadence, mais qu'à la fin, la puissance du Sauveur se montrerait, que toute persécution cesserait et que le christianisme s’établirait par tout le monde? Et quel inconvénient y avait-il à ce qu'on se préoccupât d’abord du sens spirituel, ou de la fin du monde, dont la ruine de l’empire romain devait être la figure et le gage ? Ce que nous disons ici des évangélistes peut se dire également des commentateurs des
1 Apoc., xx,°1-3. Cf. Is., xziv, 22, 23. — ? Luc., xx1, 28. — 3 Matth., xxIu, 38; Luc., xxil1, 28-91.