DOCTRINE DU SAUVEUR
ARTICLE I
Paraboles 3.
* 251. — Qu'est-ce qu'une parabole?
Hxp2$0kn dit simplement rapprochement, comparaison, analogie développée : rapx BxAkeuw, objicere, conferre. Mais Vusage a modifié le sens de ce terme. Dans l’Ancien Testament, il signifie le plus souvent énigme *, sentence ‘, dis-
4 CE. S. Aug., In Ps. xxxix, 28; Lxx, Enarr, un, 13 > zxxur, in fine; exxxiv, 2%; cxLvir, de calech. rud., 45, 46, 53 ; Serm. xxxvux, 10; ex, 4. Voir aussi de Fide rerum quæ non videntur, 3-11; S. Chrys., In I ad Cor., hom., vu, 9; Bossuet, 1. U., II, xxxr. — ? Cette image est du second siècle et se voit à la voûte d'une des cryptes du cimetière de Ste Priscille, via Salaria. Le bon Pasteur porte sur ses épaules la brebis qu'il a recouvrée. 11 se tient debout entre deux brebis fidèles qui le regardent avec amour. C'est la figure du Sauveur exerçant son ministère ici-bas et travaillant à ramener les pécheurs. Les deux arbres qu'on voit à ses côtés, et sur les branches desquels deux colombes se reposent, sont l'emblème du ciel et figurent la paix qu'y goûtent les élus. Apoc., xxut, 23; Infra, n. 215. — 3 Voir Wiseman, Mélanges, et P. Ventura, Homélies sur les paraboles. — * Ps, xLvur, 5. — 5 Prov., x, 1.
cours figuré ‘. Dans le Nouveau, il désigne une forme de langage spéciale, un genre d’apologue déterminé. On entend par parabole l'expression symbolique d’une vérité religieuse, au moyen d’un récit plus ou moins fictif, mais toujours pris dans la nature ou dans les habitudes de la vie humaine ?.
La parabole se rapproche de la fable, par la fiction qu’elle admet comme par la moralité ou l'instruction qui en ressort ; mais elle en diffère en ce qu’elle garde mieux la vraisemblance, et qu’elle ne se permettrait pas, ce qu’affecte la fable, d'attribuer aux êtres qu’elle met en scène des actions, des qualités, des habitudes étrangères à leur nature. Sans exclure la simplicité, la parabole est essentiellement grave et noble. Ce n’est pas la forme de langage la plus rapide ni la plus précise; mais c’est une des plus saisissantes, celle qui pique davantage l’attention, qui fait mieux ressortir une idée, qui la grave le plus profondément dans la mémoire. Nulle n’est mieux appropriée à l'esprit du peuple, ni plus en harmonie avec les locutions figurées des Orientaux *. Nulle n’est plus convenable à la majesté d’un Dieu qui daigne converser paternellement avec les hommes. Aussi le Verbe fait chair s’en est-il fait une habitude et comme un
langage propre.
Onne trouve guère de paraboles hors de nos Evangiles #*. Nous ne voyons pas que les Apôtres même en aient fait usage. Il semble qu’ils ont désespéré de parler dignement ce langage après leur divin Maître, ou qu'ils ont renoncé à s’en servir, par respect, comme on s’est interdit de prendre et de donner son nom. Quant aux auteurs de l’Ancien Testament, c’est à peine si l’on trouve dans leurs livres un ou
4 Num., xx, T3; Job., xxvur, 1. etc. — 2 Ut ex his quæ animus novit, surgat ad incognita quæ non novit. S. Greg. M. In evang., Hom., xt, 1. — 3 Sapiens in versutias parabolarum introibit, occulta proverbiorum exquiret et in abscondita parabolarum conversabitur. Eccli., xxxu1, 2, 3. Cf. III Reg., 1v, 32; IT Par., 1x, 1 ; Matth., x, 42. Ut quod per simplex præceptum teneri ab auditoribus non potest, per similitudinem exemplaque teneatur. S. Hieron., In Matth, xvin, 23. — * Les évangiles apocryphes n'en ont pas.
deux exemples de paraboles proprement dites : l’apologue de Nathan à David !, et celui de la femme de Thécua ?. Les autres apologues, auxquels on donne quelquefois le nom de paraboles, sont ou des fables *, ou des énigmes *, destinées à suggérer avec ménagement certaines vérités qui auraient pu blesser sous la forme directe.
* 958. — Combien compte-t-on de paraboles dans l'Evangile ?
Le divin Maître a dû en prononcer un grand nombre ; mais les évangélistes nous en ont conservé vingt-quatre d’une certaine étendue, qu’on peut répartir en trois classes, d’après la nature des objets qui en ont fourni l’idée.
1° Sept de ces paraboles sont empruntées aux institutions et aux usages de la vie sociale. Ce sont :
49 Les mines, Luc., xix, 12-21; et les talents, Matth., xxv, 14-30 ; 20 La robe nuptiale, Matth., xxu, 1-14 ;
3° Les invitations méprisées, Luc., x1v, 16-24;
4° La veuve opprimée, Luc., xvux, 2-8;
5° Le bon Samaritain, Luc., x, 30-31;
60 Le mauvais riche, Luc., xvi, 19-31;
7° Le pharisien et le publicain, Luc., xviir, 9-14.
2° Huit sont tirées de la famille et des usages de la vie domestique :
4o Les deux fils, Matth., xx1, 28-32;
20 L'enfant prodigue, Luc., xv, 11-32 ;
30 Le maître bon et le serviteur impitoyable, Matth., xvir, 31-35 ; 4° Le bon et le mauvais serviteur, Luc., xn, 35-48;
5e L’économe infidèle, Luc., xvr, 1-12;
6° Les dix vierges, Matth., xxv, 1-13;
1° Le levain, Matth., x, 33;
89 La drachme, Luc., xv, 8-10.
3° Neuf sont tirées de l’agriculture, de la vie pastorale et de la pêche ‘:
19 La semence, Matth., xux, 3-9, 48-23; 20 Le bon grain et l’ivraie, Matth., x, 24-30; 30 Le grain de sénevé, Matth., xi, 31-32;
1 I Reg., x, 1. — 2? II Reg., xiv, 5. — 3 Jud., 1x, 8, 15; IV Reg., x1V, 9; Isai., v, 1. — # IT Reg., xx, 39. — 5 Matth., x, 34; Marc. 1V, 33. — 6 Cf. Dupanloup, Efud., d'un homme du monde.
40 L'arbre stérile, Luc., xnr, 6-9;
50 Les ouvriers de la vigne, Math., xx, 116;
69 Les vignerons homicides, Matth., 33-41 ;
T° Le riche insensé, Luc,, x, 16-21;
8° Le pasteur qui court après sa brebis égarée, Luc., xv, 3-7; 9° Les poissons pêchés et choisis, Matth., x1n1, 41-50.
* 259. Ne pourrait-on pas grouper ces paraboles autrement, dans un ordre logique ou d'après leur signification?
On l’a essayé plusieurs fois; mais quelque plan qu’on imagine, il est clair que ces paraboles n’ont pas été faites pour le remplir et que le divin Maître, en les prononçant, ne songealt pas à suivre un programme.
I. Beaucoup de commentateurs se bornent à signaler un groupe tout formé de sept paraboles sur le royaume des cieux : ce sont la bonne semence et l’ivraie, le grain de sénevé, le levain, le trésor, la perle, le filet ‘. On voit là comment ce royaume s'établit, quels obstacles il rencontre, par quelle vertu il se développe, quels fruits il produit, qui sont ceux qui en demeureront possesseurs.
IT. Quelques docteurs rapportent toutes les paraboles à ce royaume de Dieu qui fait le grand objet de la prédication du Sauveur. Ils y voient : — 1° Sa nature et son excellence, dans le trésor, la perle, le filet. — 2° Son origine, dans le grain jeté du dehors et se développant peu à peu ?. — 3° La manière dont il s’étend et se propage, dans la semence, le grain de sénevé, le levain. — 4° Les conditions pour en faire partie, dans les invitations refusées, le bon pasteur, la drachme, les noces et la robe nuptiale, l’enfant prodigue, le publicain. — 5° Les vertus qu'il faut pratiquer et les défauts qu’on doit éviter, dans le repas où l’on prend les premières places, le serviteur sans pitié, l’économe infidèle, le mauvais riche, celui qui à fait une récolte abondante, les serviteurs qui attendent leur maître, le bon Samaritain. — 6° Ce qu’il y faut faire, dans les ouvriers de la vigne, les deux fils, les talents, la veuve qui supplie, l’ami qui a reçu des hôtes, le figuier stérile. — 7° Enfin la destinée dernière de ceux
1 Matth., x1ur, 3-53. — 2 Marc., 1v, 26-29.
qui en font partie, dans les dix vierges, l’ivraie, le filet jeté à la mer.
Il, Un plus grand nombre rangent les paraboles en irois classes : prophétiques, morales et mixtes ; et cette division nous semble la plus naturelle et la plus conforme aux vues de Notre Seigneur.
Paraboles prophétiques,
49 Les vignerons homicides, Matt., xxt, 34-46;
20 Les ouvriers du père de famiile, Matth., xx, 1-16; 30 Les invitations refusées, Luc., x1v, 15-21 ;
49 L'arbre stérile, Luc., xrir, 6-9;
ÿo Le grain de sénevé, Matth., xt, 31-32;
6° Le levain, Matth., xur, 33.
Paraboles prophétiques et morales.
40 Les mines, Luc., xiX, 12-27;
20 La semence, Matth., xur, 3-24;
30 L'ivraie, Matth., xu1, 25-30 ;
40 Le prodigue, Luc., xv, 11-32;
50 Les deux fils, Matth., xxr, 28-32;
60 La robe nuptiale, Matth., xx1x, 1-14; 10 Le filet, Matth., xin, 47-50.
Paraboles purement morales.
10 Le bon Samaritain, Luc., x, 30-37;
20 Le maitre miséricordieux et le serviteur impitoyable, Matth., XVII, 31-35;
30 Le pharisien et le publicain, Luc., xvuur, 9-14;
40 L’économe infidèle, Luc., xvr, 1-12;
5o Le riche insensé. Luc., x, 16-21 ;
60 Le mauvais riche, Luc., xvr, 19-31 ;
6° Les dix vierges, Matth., xxv, 1-13;
8° Le pasteur et sa brebis égarée, Luc., xv, 3-7;
90 La drachme, Luc., xv, 8-10;
109 La veuve oprimée, Matth., xxv, 12-27;
119 La perle et le trésor cachés, etc.
À ces paraboles, plusieurs en ajoutent encore un certain nombre, mais fort courtes, et plutôt indiquées que développées :
1° Les enfants qui chantent et qui pleurent, Matth., xr, 16; 20 Le trésor trouvé dans un champ, Matth., xux, #4. Cf. Phil. ,ur, 4-41 ; 30 La voie étroite et la porte petite, Luc., xinr, 24;
9 La tour à élever, Luc., xiv, 28-30;
59 La femme en travail, Joan., xvi, 21, etc.