‹ Manuel BibliqueChapitre 79 sur 126 · I. — PARABOLES PROPHÉTIQUES · texte numérisé non relu

I. — PARABOLES PROPHÉTIQUES

Les vignerons homicides. Matth., xx1, 34-46.

260. — Cette parabole a-t-elle réellement une signification prophétique ?

Le sens prophétique de cette parabole est manifeste, et son accomplissement ne saurait être plus frappant.

1° Notre Seigneur annonce, sous le voile de l’allégorie, mais sans nulle équivoque, un grand nombre de faits relatifs à sa personne : que les princes des prêtres entraveront la mission qu'il a reçue de son Père, 37; qu’au lieu de le recevoir et de reconnaître son autorité, ils chercheront à assurer leur indépendance, en le traînant hors de Jérusalem et en le mettant à mort, 38, 39; que la justice divine déjouera leur dessein, en les chassant eux-mêmes pour les remplacer par des ministres plus fidèles, 41, 43; en d’autres termes, que le déicide dont ils se rendront coupables à son égard sera le point de départ d’un ordre de choses tout nouveau; que le Fils de Dieu rejeté et immolé deviendra la tige d’un nouveau peuple, eûve, choisi parmi les nations, qui rendra au Seigneur l’obéissance que le premier lui aura refusée, et qui triomphera par une vertu miraculeuse de toutes les épreuves et de toutes les persécutions, 43, 44. Il est impossible de méconnaitre la pensée du divin Maître. Non seulement les trois Synoptiques l’énoncent avec une grande clarté, mais ils ajoutent tous trois que ses auditeurs le comprirent parfaitement, 45, 46.

2° On ne peut pas davantage révoquer en doute le caractère divin des événements qui ont vérifié ces paroles. IT est vrai qu'au temps où les évangélistes les écrivaient, une partie déjà de ces prédictions appartenaient à l’histoire. Jésus-Christ avait été traîné hors de la ville et mis à mort d’une manière sanglante !; néanmoins, la partie la plus considérable et la plus surprenante restait encore à réaliser. On sait comment et. avec quelle promptitude elle s’accom-

1 Joan., x1x, 11; Heb., x, 11-13. Cf. Lev., xvr, 21.

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plit !. Quelques années plus tard, le temple était détruit, le peuple dispersé, l’ancien sacerdoce aboli, ou plutôt remplacé. Sur les ruines de la synagogue, une nouvelle société se formait. L'Eglise chrétienne réunissait dans son enceinte les Gentils convertis avec les Israélites fidèles, et après avoir supplanté le judaïsme, brisait par sa fermeté toutes les puissances qui osaient entrer en lutte contre elle. Il est donc impossible d’éluder la force de cette prophétie. Quand on pourrait l’attribuer aux écrivains sacrés, ce qu’elle a de plus frappant ne resterait pas moins antérieur aux événements, et elle n’en serait pas moins évidemment divine *.

Le passage du Psaume cxvu, 22, cité ici par Notre Seigneur, l’est également par S. Paul dans l’Epître aux Romains *, et par S. Pierre en deux endroits, dans un premier discours *, et dans sa première Epitre *.

Les ouvriers de la vigne 6. Matth., xx, 1-16.

261. — Cette parabole des ouvriers de la vigne et du denier promis convient-elle à tous les temps et à tous les lieux ?

La parabole des ouvriers envoyés à la vigne a toujours et partout son application, car Dieu sollicite à chaque instant tous les hommes à travailler à leur sanctification et à celle

1 Ut possiderent occiderunt, et quia occiderunt, perdiderunt, S. Aug., Serm. LxxxvII, 3. — ? Multa, Judæe, scelera commisisti; cunctis circa te servisti nationibus. Ob quod factum? Utique propter idololatriam. Quumque servisses crebro, misertus tui est Deus et misit Judices et salvatores. Ad extremum, sub Vespasiano et Tito, urbs capta templumque subversum est. Post eversionem templi, paulo minus per quadringentos annos et urbis et templi ruinæ permanent. Ob quod tantum facinus? Certe non colis idola, sed etiam serviens Persis atque Romanis ignoras alienos Deos. Quomodo clementissimus quondam Deus, qui nunquam tui oblitus est, nunc per tanta spatia temporum miseriis tuis non adducitur ut solvat captivitatem? Ob quod, inquam, facinus et tam exsecrabile scelus avertit a te oculos suos? Ignoras? Memento vocis parentum tuorum : Sanguis ejus super nos el super filios nostros. Et : Venile, occidamus eum el nostra eril hæreditas. Et : Non habemus regem nisi Cæsarem. Habes quod elegisti. S. Hieron., Epist. cxxix, 7. Supra, n. 242, 244, 336, 312. Bossuet, H. U., IT, xx1v. — 3 Rom., 1x. 32. — #* Act. 1v 41, 12. — 5 I Pet., 11, 1. P. de la Rue, Serm. sur la divinilé de la reli-

gion. — 6 Operartü, les esclaves étaient rares chez le peuple de Dieu, CF, Marc, 1, 10.

-N° 262], SA VIE PUBLIQUE. — PARABOLES. 107 du prochain ; mais dans les circonstances où elle a êté prononcée, elle faisait allusion aux divers appels adressés par le Seigneur à son peuple et plus particulièrement à la vocation des nations infidèles ‘. Quant au denier ?, c’est le royaume de Dieu, qui commence en cette vie par la grâce, pour se consommer en l’autre dans la gloire. Il est donné à tous ceux qui répondent à l'appel divin, et donné à tous en pur don, par miséricorde. C’est pourquoi il est le même pour tous, pour les Gentils comme pour les Juifs. Les uns et les autres peuvent jouir des mêmes biens et être l’objet du même amour. La réunion des uns et des autres forme l’unique peuple de Dieu *. Oculus nequam est une expression propre à la langue hébraïque qui signifie regard envieux, jalousie *.

Il fallait toute la prévention de l’esprit de parti pour amener des exégètes à voir dans cette parabole de S. Matthieuet dans sa moralité, répétée par S. Marc, comme par $. Luc», une représaille des partisans de $. Paul contre les plaintes que les rationalistes se plaisent à imputer aux premiers disciples du Sauveur sur le rang et les prérogatives attribués à ce dernier venu dans le ministère évangélique.

Les invitations refusées., Luc., xrv, 15-24,

* 262. — Ce mot, Compelle intrare, autorise-t-il à faire violence

aux hérétiques pour les réunir à l'Eglise?

Il s’agit, dans cette parabole, non de violence, mais d’instances, de sollicitations $, comme en pourrait faire un pasteur zélé ou un saint missionnaire ?; et les infirmes ou les mendiants dispersés dans les rues et le long des haies figurent plutôt les infidèles qui ne sont pas encore entrés dans l'Eglise que les hérétiques qui en sont sortis.

4 Nihil sic excitat tardiores ut æmulatio, remarque $S. Chrysostome, propterea sæpius inculcat Dominus : Erunt novissimi primi. /n Matth.,

Homil. xvu, 3; Brev. In fest. S. Mariæ Ægypl. — ? Paie du soldat romain. Tacite, Ann., 1, A 4: T., n. 186.:—, 3 Apoc., xx1, 3. — # Cf.

Deut, xv,9%Eccli.;cxiv, 104 =Marc:,=vr1,22.—,P Marc., x, 31; Luc, zut, 30. — 6 Luc., xxiv, 29; Act., xvi, 15; II Tim., 1v, 2. Cf. II Reg. y, 16, — 7 Comminatione scilicet æternorum suppliciorum et ostensione

præsentium. $S. Bonav.

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A la vérité, S. Augustin allègue ce passage pour justifier les peines imposées par les empereurs chrétiens aux Donatistes révoltés contre l'Eglise ‘. « Un père, dit-il, n’abuse pas de son pouvoir en contraignant un enfant indocile à écouter sa mère et à faire son devoir. » Sans contredire le principe de ce saint Docteur, surtout dans le cas auquel il l’applique, on peut dire néanmoins qu'une fin bonne, si excellente qu’elle soit, ne légitime pas tous les moyens, et que le prince a une mesure à garder dans l’emploi de sa puissance. Il est difficile de nuire à quelqu'un en le conduisant au ciel : Intus enim inveniunt unde se lætentur intrasse. Mais on ne peut mettre personne au ciel malgré lui, et en voulant forcer quelqu'un d’y entrer directement ou sans délai, n’aurait-on pas à craindre de l’en éloigner ou d’en détourner d’autres ??

Quant à la robe de noces, sans laquelle on ne saurait avoir part au banquet céleste *, c’est la foi animée par la charité, qui nous revêt de l'esprit du Sauveur et qui fait l’ornement de toutes les âmes saintes *.

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