S IT. — PARABOLES PROPHÉTIQUES ET MORALES
Les mines. Luc., xix, 12-27.
263. — La parabole des mines est-elle différente de celle des talents,
Matth., xxv, 14-30?
La parabole des mines et celle des talents se ressemblent sous beaucoup de rapports. Le but général est le même;
1 Foris inveniatur necessitas, nascetur intus voluntas. S. Aug., Serm. ex1r, 1; De Unit. Ecclesiæ, xx; Epist. xaur, 3; 11; cexxmr, 10: GLxxxv ; Cont. Epist. Parmen., 1, et Contra Gaudent., 1, 28; Bossuet, Polil. sacrée, VIT, m1, 10. — 2? Illud magnopere cavere Ecclesia solet, ut ad amplexandam fidem catholicam nemo invitus cogatur, quia quod sapienter Augustinus monet (In Joan., xxvt, 2) : « Credere non potest nisi volens. » Leo XIIT, Immortale Dei. S'il est vrai que des canonistes ont attribué à l'Eglise le pouvoir de punir de mort, où du moins de prison et de confiscation, la désobéissance à ses lois, nous ne voyons pas que ce sentiment ait été reçu communément ni mis en pratique, — 3 Matth., xx11, A1, CE. Gen., xLr, 42; xuv, 22; Dan., v, 1; Horat., Epis(. I, vx, 140. — # Rom., xur, 14; Brev., 18 sept. lect. 1.
mais S. Luc insiste plus que S. Matthieu sur le châtiment infligé au serviteur mauvais et paresseux.
Plusieurs pensent que tout n’est pas imaginaire dans cette parabole, non plus que dans celle du mauvais riche, du Samaritain, du pharisien et du publicain, de l’économe infidèle, du propriétaire qui a fait une bonne récolte. Ils croient reconnaître dans le maitre austère dont parle S. Luc, 21, Archélaüs, fils d’'Hérode l'Ancien. En partant pour Rome, où les rois allaient alors demander l'investiture de leur pouvoir : accipere sir regnum, 12 *, il avait confié à des amis et à des serviteurs ses biens et ses trésors. Une députation de Juifs le suivit en Italie pour prier Auguste de ne pas donner un tel maître à leur nation *; mais elle n’eut pas de succès pour lors, et, à son retour, Archélaüs se vengea de ce qu’on avait fait contre lui *.
264. — Est-il juste de dire : — que Dieu donne à chacun selon ses mérites ou ses dispositions : secundum virlulem, 15; — que, pour punir le serviteur paresseux, il lui ôte même ce qu'il n'a pas, 29; — que sa rigueur va jusqu'à vouloir moissonner là même où il n’a pas semé, 24?
Lo On ne peut dire que les premières grâces soient données à raison des mérites, ou que celui qui les obtient y avait droit et les méritait par sa conduite ; car il est de l’essence de la grâce d’être gratuite à son origine, et de l’essence du mérite d’avoir la grâce pour principe *, mais il est certain qu'avec les premières grâces on peut en mériter d’autres, et qu'un grand nombre sont la récompense du bon usage qu’on a fait des grâces précédentes.
20 Par les talents ou les mines, Notre Seigneur semble plutôt désigner ici les offices et les dignités qu’il confie à ses ministres pour le gouvernement de l'Eglise, ou les grâces, gratis datæ, les dons surnaturels dont il gratifie certaines personnes dans l'intérêt du prochain, le don des miracles, le don des langues, etc. *. Dans la distribution de ces dons
1 Baouerav, Luc., x1x, 12. Cf. I Mac., vin, 13. — 2 Cf. Luc., xix, 14. ICE Joseph 4 x ire Pr M Ex Tr, 01 2; B:, IL vr kS. Thom., 22-22; q. 24, a. 3, ad 1. 5 I Cor., xnr, 11.
ou de ces charges, il n’y a pas de doute qu’il ne tienne compte des dispositions naturelles et surnaturelles de chacun, de sa position, de son caractère, de sa science, etc.
3° Celui qui n’a pas mis à profit, dans son intérêt comme dans celui de son maître, l'emploi, le talent, la grâce qui lui a été confiée, mérite de perdre ce qu’il à reçu et ce qu’il pouvait acquérir. [l est juste de l’en dépouiller et de lui ôter les faux biens dans lesquels il se complaît ‘. C’est ce qui arrive au serviteur inutile, cxvncoc, aygetos ?, 26, 30, c’est-à-dire oisif et paresseux. Celui qui ne fait pas valoir les dons de Dieu les perd, tandis que ceux qui les font fructifier en obtiennent de plus précieux. À la mort, la gloire est donnée à celui qui possède la justice. Mais celui qui n’a pas même la grâce sanctifiante se voit enlever ce qu’il avait reçu pour s’y disposer, et il est jeté dans les ténèbres extérieures.
4° I n’est pas une âme qui ne participe aux grâces du ciel et qui ne reçoive des secours abondants pour se sanctifier, et même souvent pour contribuer à la sanctification des autres. Ces dons sontautant de semencesdont Dieu a droit derecueillir les fruits. Il est donc faux qu’en faisant rendre compte à tous ses serviteurs, il veuille récolter là où il n’a pas semé *. Et s’il châtie sans miséricorde le serviteur méchant et paresseux, c’est en partie parce qu’il lui impute cette prétention déraisonnable et injuste *.
1 Ce qu'il s'imagine posséder. Cf. Matth., xur, 12; xxv, 29; Luc. vin, 18. Notez l’'habileté qu'avaient dès lors les Juifs à faire valoir leurs capitaux. — ? Cf. Rom., xur, 11. — 8 $. Thom., 22-22, q. 62, a. 5, ad 3, — # Matth., xxv, 26. — 5 Cette médaille offre d'un côté un palmier, à la place de la tête de l'Empereur, où l'on aurait cru voir de l'idolâtrie, Ex., xx, 4; de l’autre un épi de blé barbu, et, autour, Katcapoc. Cf. Matth., xx, 21. Les lettres L, AT indiquent l'an 33 d'Auguste, 6 de l'ère chrétienne, date de l'expulsion d’Archélaüs. Cf. Jos., 4., XVII, xv; XVIII, 1. Supra, n. 48.
La semence. Matth., xur1, 3-24,
* 265. — Que signifie cette parabole, et en particulier la terre qui produit trente, soixante et jusqu'à cent pour un?
I. La parabole de la semence nous apprend deux choses : — 1° Que c’est communément le petit nombre qui profite de la parole de Dieu, comme cest le petit nombre qui a profité, au commencement, de la prédication de l'Evangile. — 2° Les principales causes qui l’empêchent de produire ses fruits. Comme il y a trois conditions pour qu’elle fructifie, dit S. Thomas : Quod memoria conservetur, quod radicetur per amorem, et quod sollicite colatur, il y à aussi trois causes qui la rendent stérile : la légèreté d’esprit, la dureté de cœur et le dérèglement de la conduite : Tria enim priora per tria tolluntur : memoria per vanitatem, caritas per duritiam, sollicitudo per germinationem vitiorum !.
IT. Par ces bonnes terres qui produisent trente, soixante et jusqu’à cent pour un ?, les Pères entendent trois sortes de justes : ceux qui débutent dans la perfection, ceux qui progressent, ceux qui approchent du terme ; ou bien ceux qui sont engagés dans le mariage, ceux qui vivent dans le célibat, et ceux qui ont consacré leur vie à la virginité *.
L’ivraie. Matth,, xu1, 25-30 4.
266. — Convient-il qüelquefois de tolérer le mal? Dieu tolère le pécheur pour lPamener à la pénitence*.
1 In Matth., Nolite habere durum cor, unde cito verbum Dei pereat; nolite habere tenuem terram, ubi radix caritatis alta non sedeat ; nolite curis et cupiditatibus sæcularibus suffocare bonum semen; sed estote terra bona. S. Aug., Serm. Lxxu, 3. — ? Cf. Gen., xxvi, 12, — 8 Sicut in terra mala tres fuere diversitates, secus viam et petrosa et spinosa loca, sic in terra bona trina diversitas est, centesimi, sexagesimi et tricesimi fructus. S. Hieron., {n hunc loc. Cf. S. Thom., 14-2#, q. 70, a. 3, ad 2; et p. 3, q. 96, a. 4. — # Cum dormirent homines. Brev. rom., Dom. V post. Epiph., lect. 7-9. — 5 Eccli., xxx, 15; I Pet., m1, 9. Omnis malus aut idco vivit ut corrigatur, aut ideo vivit ut per illum bonus exerccatur. S. Aug., In Ps. 11v, 4. Melius judicavit de malis bene
Cette conduite du père céleste doit nous servir de règle : Si semper bonus fuisti, habeto misericordiam ; si aliquando malus fuisti, noli perdere memoriam. Et quis est semper bonus "? En bien des circonstances, il est impossible d'extirper le mal sans porter préjudice au bien, de mettre le feu aux buissons sans incendier les récoltes ?. C’est donc un devoir pour les pasteurs comme pour les fidèles de modérer leur zèle et de raisonner leur conduite”. Ce qui est essentiel, c’est de ne jamais se plaire dans la vue du mal, de n’y pas rester indifférent, de prier Dieu d’y apporter remède, et de ne se résigner à le souffrir que pour éviter un mal plus grand *.
Un écrivain rationaliste Ÿ a fait remarquer que le terme par lequel est ici désigné l’auteur du scandale, ey0pos ayowres®, est un des noms injurieux que les ébionites donnaient à S. Paul. Mais que conclure de là ? Ce n’est pas assurément ques. Matthieu ait désigné le premier à l'Eglise cet Apôtre comme son ennemi. C’est que les hérétiques abusaient d’un terme que l'Evangile avait rendu familier, pour en faire l’application à lApôtre, et par suite que l'écrit de $S. Matthieu est antérieur aux déclamations de ces sectaires ‘.
La parabole des bons et des mauvais poissons est comme la suite et le complément de celle-ci.
facere quam nulla mala esse permittere. Enchir., 8. Sex diebus creavit cœlum et terram, et civitatem Jericho septem diebus solvit. Ne mireris : volox est Deus ad extruendum, tardus ad destruendum. Illud potentiæ, istud bonitatis est. S. Chrys., de Pœnil., Homil. vu, 4.
1$S. Aug., Serm. xLvI1, 6. Non toleras : quis te tolerabit? In Ps. cxxix, 4, etc. — 2 Ex., xxnx, 6. — 8 IT Tim., x, 20, 21, 24-26. Tolera zizania, si tricitum es ; tolera paleam, si frumentum es; tolera pisces malos intra retia, si piscis bonus es. S. Aug. In Ps. x1, 8 — # Non dixit : Crescant zizania, decrescat frumentum : sed : Sinite usque ad messem. Gaudete in frumentis, tolerate zizania; gemite in tritura, suspirate in horreum. S. Aug. In Ps. cxvvir, 20. Cf. Gal., v, 12. S. Thomm., 23-2e, q. 10, a. 8. q. 64, a. 2, ad 1. — 5 M. Renan, Evangiles, 109. — 6 Cf. Clément., Hom. xvn; Matth., xir, 39. — 7 Cf. Rom., v, 10; Col., 1, 21 ; II Thess., 1, 8 — 8 Matth., xur, 47-52.
L'enfant prodigue. Luc., xv, 11-32.