‹ Manuel BibliqueChapitre 85 sur 126 · EXORDE, V · texte numérisé non relu

EXORDE, V

284. — Pourquoi Notre Seigneur commence-t-il par parler de la béatitude et en quoi la fait-il consister, v, 3-12?

I. Comme le Psalmiste, Notre Seigneur commence par promettre la félicité à ses véritables disciples, parce que le désir du bonheur est le principal attrait du cœur de l’homme, et que les promessses ont plus d'efficacité que les préceptes pour nous porter à la perfection. Au lieu de commander et de dire : Soyez pauvre; soyez doux; il dit : Heureux les pauvres, heureux les cœurs détachés de la terre, qui soupirent après les biens du ciel ‘! Heureux ceux qui sont doux, ceux qui aiment la paix, qui sont miséricordieux, qui ne cherchent pas à rendre le mal pour le mal, mais à triompher du mal par le bien ?!

1 Luc., 1v, 18. Irwyot two ryevpart, pauperes spiritu, qui ont l'esprit de pauvreté. Que paupertate etiam beatus Job pauper fuit et antequam magnas illas divitias amisisset. Quod ideo commemorandum putavi, quoniam sunt quidam qui facilius omnia sua pauperibus distribuunt,

quan ipsi pauperes Dei fiant. S. Aug., In Psalm. 1xxr, 3. Cf. Ps. xxxiv, 19; Eccli., xur, 80; Lvur, 15. — 2? Quis non alacriter currit, cum ei dici-

IT. Ainsi notre félicité dépend de nous aussi bien que notre perfection. Ni l’une ni l’autre ne consiste dans la jouissance des biens extérieurs ‘, dont Moïse parle si souvent, mais dont il n’est pas au pouvoir de tous d’être pourvu : elles consistent dans les bonnes dispositions de l’âme, dans le détachement, la mortification, la miséricorde, la pureté du cœur, l'amour de la paix, le sacrifice et le dévouement pour la justice : car ces dispositions sont le gage de l'amitié de Dieu en cette vie et de sa possession en l’autre, c’est-à-dire de la félicité commencée sur la terre et de la félicité consommée dans le ciel. Tel est le sens des huit premiers versets, infiniment supérieurs aux grandes maximes des philosophes et à toutes les idées qui régnaient alors dans ce monde. Rien de plus admirable que les vues du divin Maître en prononçant ces paroles. Rien de plus ravissant que les fruits qu’elles ont produits et qui en ont montré la vérité au monde *.

À 285. — Sont-ce les Apôtres seulement ou leurs successeurs que Notre Seigneur appelle le sel de la lerre ct la lumière du monde ?

On peut se représenter ceux qui écoutaient Notre Seioneur comme formant une triple couronne autour de lui : d’abord ses Apôtres, puis ses disciples habituels, puis la foule du peuple; mais on ne voit pas qu’en cet endroit il se détourne des uns pour s'adresser aux autres. Qui ne sent pourtant combien ces paroles; Vos estis lux mundi, vos estis sal terræ, conviennent particulièrement aux ministres de PEglise et aux pasteurs des âmes? Pour eux, c’est une obligation d'état, un devoir de justice, de prêcher la vérité et d’exhorter à la vertu *. Ils sont tenus d’instruire et de sanctifier toutes les âmes dont ils ont la charge, même les

tur : Beatus eris! S. Aug., Sem. zur, 1. Cf. S. Chrys., S. Aug., In hunc loc. Bossuet, Médit. sur l’'Evang., 1-xLvr.

1 Non est gaudere impiis, dicit Dominus. Isai., Lvu, 21. Mali enim homines non gaudent sed gestiunt. 5. Aug., De Serm. Dom. in monte, 1, 87. — ? Matth., x, 3-23. — 3 Cf. Joan., v, 35; Eph., v, 8, 11; Phil. u, 45. Non jussit Dominus bona opera abscondi, sed in bonis operibus laudem humanam non cogitare. S. Aug., Serm. cGcxXXVI, 3.

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482: JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [N° 286 plus éclairées et les plus parfaites. Caveant ergo pastores el episcopi, dit S. Jérôme ‘.

Le sel préserve de la corruption; c’est pour cela et dans ce sens que les chrétiens sont le sel de la terre : Quod est in corpore anima, hoc sunt in mundo christiani, disait au second siècle l’auteur de l’Epître à Diognète ?: Detinentur quidem in mundo, tanquam in custodia, sed ipsi mundum conservant *.

29 CoRPs DU DISCOURS, V, 17; vil, 12.

1° Supériorilé de la loi évangélique, v, 17-48.

* 286. — En quel sens Notre Seigneur dit-il qu'il est venu pour accomplir la loi, adimplere, v, 11?

Quand Notre Seigneur dit qu’il est venu pour accomplir la loi, il entend qu’il entrait dans sa mission de donner son couronnement à la loi de Moïse, d’en réaliser toutes les figures, d’en tenir toutes les promesses. C’est ce qu’il à fait en complétant les révélations des prophètes, en enseignant à ses disciples une morale plus parfaite que celle de la Synagogue, en donnant à l'Eglise son sacrifice pour glorifier son Père et ses sacrements pour sanctifier les âmes. Par cette conduite, loin de détruire la Loï, il l’a accomplie, complétée, perfectionnée, transfigurée *. [l s’est montré, non pas hostile, mais supérieur à Moïse, tel que devait être le législateur par excellence, le maître souverain de l'humanité ÿ.

On traduit parfois plus simplement ce verset 17 : « Je ne suis pas venu pour transgresser la loi, mais pour l’observer. » Le Sauveur avait certainement droit de parler ainsi ; carila donné l'exemple de la plus parfaite obéissance, depuis son entrée dans la vie, où il s’est soumis à la circoncision, jusqu’à la veille de sa mort, où il a voulu célébrer la Cène ÿ. Telle n’est pas cependant sa pensée. Il ne parle pas seulement de

1 Brev. rom., Comm. non Virg., lect. vi. — 2 Ecrit du commencement du second siècle. Cf. S. Theoph., Antioch., ad Aulol., 11, 14. — 8 Cf. Brev., Comm. Doct., 1° loco, lect. vrr-1x. — * Joan., x1r1, 34; Rom., x, 4, 5; Heb., vit, 12: — 5 Cf. Matth.,-v, 22, 28, 32, 34, 39, Æ4 vx, 24, 29. — 6 Matth., xx, 11; Luc., 1v, 4; Joan., v, 1, etc,

as

Ja loi, mais de la loi et des prophètes ‘; il ne dit pas qu’il

observera les préceptes, mais que, loin de supprimer ce qui a été établi ou révélé avant lui, il achèvera ce qui n’est que

commencé. Il se donne pour législateur plutôt que pour

observateur de la loi ?.

* 287. — Comment explique-t-on ce verset : Qui solveril unum de mandatis islis minimis et docuerit sic homines, minimus vocabitur in regno cœlorum, v, 19?

Il y a de ces paroles deux interprétations assez différentes : S. Augustin traduit : « Celui qui violera le moindre de ces commandements, et qui ne laissera pas d'enseigner comme il doit, entrera dans le royaume de Dieu, mais il n’y aura que la dernière place *. » Mais la plupart entendent autrement et docuerit sic. [ls traduisent : « Celui qui violera le moindre de ces commandements et qui apprendra aux autres à faire comme lui, sera le dernier qu’on appellera au royaume des cieux, c’est-à-dire, n’ysera jamais admis, ehaytotos xhr0nontar. A l’appui de cette interprétation, on allègue la liaison de ce verset avec le suivant, 20, où l’exclusion du royaume des cieux est prononcée bien nettement, el la gravité manifeste de la faute que commet un ministre de Dieu, en enseignant par ses discours comme par ses exemples à transgresser la loi qu'il a mission de faire observer.

* 288. — Pourquoi les chrétiens doivent-ils être meilleurs que les pharisiens pour entrer dans le royaume des cieux, v, 20?

La vertu des pharisiens avait de grands défauts que nous devons éviter : — 1° Plusieurs se contentaient dé prêcher la vertu sans la pratiquer *. — 2° Un bon nombre se préoccu-

paient uniquement des œuvres extérieures, sans veiller sur

leurs dispositions, leurs intentions, leurs pensées °. — 3° Souvent ils faisaient passer les observances les moins importantes avant les lois les plus essentielles 5, — 4° Ils

1 S: Th:,142-28; qe 107, à 2: — 2 Matth., v, 19-22, 28, 32, 39; var, 24, Cf Luc., xvr, 11 —3 $., Aug., Refract., 1, 19. — # Matth., xxu1, 3; Rom., 1, 21. — 5 Matth., v, 21, 27,43; xxur, 25. — 6 Matth., xxur, 23,

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