‹ Manuel BibliqueChapitre 98 sur 126 · AR · texte numérisé non relu

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526 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. = :{N0 87372 Seigneur, S. Thomas, se conformant aux instructions de son Maître, aurait envoyé auprès du roi d’Edesse un des soixantedouze disciples, Thaddée, différent de $. Jude, appelé aussi Thaddée ‘. On trouve déjà des traces de cette tradition dans les œuvres de S. Ephrem ?.

Quoi qu’il en soit du fait, on ne peut douter que la renommée du Sauveur, au moment de sa Passion, ne s’étendit au-delà de la Palestine ?, et il n’est pas étonnant que des étrangers aient témoigné à ses Apôtres le désir de le connaître. Les paroles qu’il prononce à cette occasion : Venit hora, 23, font ressortir la portée de ce fait et la signification que S. Jean y attache *.

313. — Que signifient ces versets : Nunc judicium est mundi, nunc princeps hujus mundi ejicietur foras. El ego, si exaltutus fuero, omnia traham ad meipsum. Joan., xu, 31, 32?

Ils sont l’annonce du grand changement qui va accomplir.

« Le sort du monde et de son prince * va être réglé, dit Notre

Seigneur : mon règne va remplacer celui du démon, et c’est

mon supplice qui fera mon triomphe. » En effet : 1° En faisant condamner à la mort le Sauveur des hommes,

le démon perdra le droit et la puissance dont il est en possession sur l’humanité coupable. — Les enfants d'Adam, infectés par le péché de leur premier père, sont passés sous l'empire de Satan, pour être ses esclaves en ce monde et ses victimes en l’autre °. Mais du moment que Jésus-Christ les aura rachetés, qu'il aura versé son sang pour satisfaire

à la justice de Dieu et mis entre leurs mains le prix de leur

rançon, il dépendra d’eux de recouvrer leur liberté et de

briser le joug de leur tyran 7. — Et qui sont ceux qui vou-

1, Euseb., H., 11,140. Cf. ads x, 2b, ef Acta Sanclorum,"Verx, S. Thaddée. — ? S. Ephrem, Testament. — 3 Abiit fama ejus in totam Syriam. Matth., 1v, 24, 25; x1x, 1; Marc., vir, 24-26; Luc., vir, 11. — HGfeToan.ur,: 195 mr, MAMA RM AG; xT1,0920—= 5 Joan x 31: CF. xiv, 80; xvi, 11; Eph., 11, 2; vr, 12; Col., 11, 45. — 6 Joan., vu, 34; Rôom., 11,193; MuTim., 11, 26. — 7 Rom, au, 21% IL°Cor., v, 15-17; Col, 11, 14, 15; Heb., 11, 14, 15. Hac die portas ferreas confregit; hac die vectes ferrcos contrivit. Non abstulit vectes tantum, sed contrivit… Absorpta est mors in victoria. S, Chrys., De cœmet. el cruce, 2.

N° 373] SA VIE SOUFFRANTE. — ENTRÉE A JÉRUSALEM. 527 dront rester sous son empire? Un grand nombre au moins lui échapperont'. Aujourd’hui le démon reçoit non seulement Pobéissance, mais l’adoration ? : il a des autels, des prêtres, des prophètes *. Demain ses esclaves deviendront ses vainqueurs; ils feront taire les oracles*; ils le chasseront de ses temples * et quoi qu’il fasse pour retenir sa puissance, il la verra de plus en plus abhorrée et méprisée .

2° En se sacrifiant pour le salut des hommes, Notre Seioneur acquerra sur eux une nouvelle souveraineté 7. — Aux titres qu'il avait de Fils de Dieu et de Verbe incarné, il joindra celui de Rédempteur; et ceux qu’il aura sauvés deviendront de droit ses sujets . Aussi son règne ne tarderat-il pas à s'établir sur la terre *. Quel que soit le nombre des indociles et des ingrats, l'élite du genre humain passera sous ses lois, et les hommes les plus vertueux se feront gloire de lui appartenir ‘°. Le spectacle de son immolation les attirera à lui; et il se les unira de telle sorte par le lien de sa grâce qu'ils ne feront plus avec lui qu’une seule personne morale, qu’un même corps dont il sera le chef !". Entre lui et eux, tout sera commun, l'esprit, la vie, les vertus, la destinée, la gloire *?. [ls honoreront Dieu par lui, et lui le servira par eux ; et eux et lui seront comme une même hostie et un

1 Rom., vr, 16-18, 20. — 2? Ps. xov, 5; Lev.s#x,220; "Apoc;-1x, 20; xvin, 2. — 3 Matth., vin, 39; x, 8; ACt., xvi, 16. — # Omnia idola conticuerunt. Ubi Apollo Delphicus, Deliusque et Clarius, et cætera idola futurorum scientiam pollicentium? $. Hier., /n Ps. xrr, 42. Cf. Juven., Sat., vi, 555. — 5 Auratum squalet Capitolium. Fuligine et arenarum telis omnia Romæ templa cooperta sunt. Solitudinem patitur et in urbe gentilitas. Dii quondam gentium cum bubonibus et noctuis in solis

culminibus remanserunt. Marnas Gazæ luget inclusus et eversionem templi jugiter pertimescit. Epist. cv, 12. —6 Luc., x, 18. In/ra, n. 938.

= Romv, 20 :1Hebs, HN Joan., xu, DENIS 221 Corner M5; 1 Thess., v, 10. — 9 Vexilla militum crucis insigniasunt. Regum purpuras

etardentes diadematum gemmas patibuli salutaris pictura condecorat. Jam Ægyptius Serapis factus est Ghristianus. De India, Perside, Æthiopia, monachorum quotidie turbas suscipimus. Hunni discunt psalterium ; Scythiæ frigora fervent calore fidei.S. Hicr., Epist. avi, 2:—10 Ps. x1v, 1; Is., 1x, 6, 1v, 10; Joan., vin, 28; 11, 20. — 11 Eph., 11, 15; 1v, 12, 13; Col., 1, 20. — 12 Rom., vin, 16, 11; 1 Cor., 1, 30; Eph., 11, 5; Heb., ir, 44. Brev., 14 sept. lect. 8 et 9; Bossuct, 1° serm. sur l'Exaltation de la Croix.

528 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [n° 374 même prêtre, offrant au ciel le même sacrifice dans toute l'étendue et la durée de l'Eglise *.

Prédiction étrange sur les lèvres du Sauveur à la veille de son supplice, et qui devait bien étonner encore soixante ans plus tard sous la plume de $. Jean! Aujourd’hui nous la voyons en grande partie réalisée, L'empire de Jésus-Christ a renversé celui de Satan, et est devenu le plus vaste et le plus solide de tous les empires. Il n’a plus qu’à se compléter sur la terre ?, et à se consommer au ciel *.

$ IV. — CÉLÉBRATION DE LA PAQUE. Matth., xxvi, 17-30. (Jeudi 2 avril 83, après le coucher du soleil.)

Pâque et Cène pascale, — Dernière Cène du Sauveur. — S. Jean et les Synoptiques.

314. — Qu'était-ce pour les Juifs que la fête de Pâque et la Cène pascale?

La principale solennité du peuple juif était celle de Pâques, établie en mémoire de la sortie d'Egypte ou de l’affranchisse-

1 J Pet., 1v, 11. — 2? On voit encore aujourd'hui, dans les pays infidèles, les restes de la domination de Satan sur les hommes et sur les choses, sur les corps comme sur les âmes. Ce qui est presque inconnu chez nous, ce qu'un grand nombre refusent de croire, les possessions, les opérations magiques, les apparitions, les oracles sont encore Ià comme au temps du Sauveur des faits manifestes et de tous les jours. On peut interroger là-dessus les missionnaires. Mais l'action du démon ne manque jamais de s’affaiblir à proportion que le culte du vrai Dieu s'établit et que la religion chrétienne se propage. — 3 I Cor., 111, 32; xv, 27; Col., 11. — # Table antique d'un friclinium, avec ses trois lits de repos, muni de tapis et de coussins. On voit quelle devait être la position de S. Jean auprès de Notre Seigneur; et comment à Béthanie Madeleine put répandre son parfum en premier lieu sur les pieds du divin Maître.

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ment du peuple hébreu. Elle commençait le soir du quatorze de Nisan, ou avec le quinze du premier mois de l’année sainte, à la pleine lune qui suivait l’équinoxe du printemps, par la manducation de l'Agneau pascal, suivant le rite prescrit par Moïse ‘. La Cène légale, figure du banquet eucharistique ?, avait donc lieu au lever des étoiles, à l'instar du dernier repas fait en Egypte, la nuit même où passa l'ange exterminateur qui mit à mort tous les premiers-nés des Egyptiens *. C'était là proprement /a Päque où le début de la solennité des Azymes *. La fête durait huit jours. Pendant toute l’octave, on immolait des hosties pacifiques en grand nombre et on continuait à user des pains azymes,en mémoire des pains sans levain dont les Israélites avaient été forcés de se nourrir dans leur fuite précipitée 5.

315. — Jésus-Christ at-il fait la Pâque la veille de sa mort, suivant la loi de Moïse et la pratique des Juifs?

L. Que Jésus-Christ ait fait la Pâque avec ses disciples, la veille de sa mort, c’est un fait qu'il n’est pas permis de contester, au jugement des plus graves théologiens ‘. Nous le voyons, non seulement mentionné, mais décrit avec des détails presque identiques par les trois premiers évangélistes : Discipuli paraverunt Pascha, Matth., xxvi, 19. Et discubuit. Luc., xxn, 14. Et discumbentibus eis et manducantibus, ait : Unus ex vobis tradet me. Marc., x1v, 18. Et ait : Desiderio desideravi hoc Pascha manducare vobiscum.… Ex hoc Jam non manducabo ilud. Luc., xxu, 5-16. Et hymno dicto exierunt. Matth., xxvr, 30. Le mot Pascha ne peut avoir que son acception ordinaire, soit sur les lèvres de Notre Seigneur et de ses disciples, soit sous la plume des Evangélistes,

1 Levit., xxur, 5. Cf. Exod., x1r, 14, 26, 27, 42 ; Num., xxvin, 11-28. — 21 Cor., v, T. — 3 Exod., xur, 23, 27; Num., xxxu1, 3. — # Levit., xx, 6, — 5 Exod., x, 8. 39; xxur, 45; Deut., xvr, 2, 3. La distribution gratuite des pains azymes faite dans cette semaine aux indigents israélites de Paris a dépassé 25,000 kilos en 1889. — 6 Benoît XIV qualifie l'opinion contraire de nimis audax. De Fest., I vr, 1. Suarez est plus sévère. In S. Thom., p: ur, q. 50, à. 6; sect. 3. Cf. Lett. de Witasse, Journal des Savants, 1696; Wouters, xx1v, 1.

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0 \ AS 2 BOUT JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. | [no 375

Aussi ce fait n’a-t-il été nié que par un très petit nombre, par Marcion d’abord (150), hérétique qui donnait pour mauvaises et opposées à la foi chrétienne toutes les pratiques mosaïques‘; puis, si l’on s’en rapporte aux citations de la Chronique pascale ?, par quelques Docteurs du second et du troisième siècles, qui voulaient abattre par le fondement les prétentions des Ebionites et des Quartodécimans relativement à la célébration de la Pâque et à la manducation de V'Agneau pascal : $. Apollinaire d’'Hiérapolis (+ 183) *, Clément d'Alexandrie (+ 217) *, S. Hippolyte de Porto (+ 230) °, et S. Pierre d'Alexandrie (+ 311) . Si l’on joint à ces auteurs quelques écrivains peu connus : Philoponus, du septième siècle, Cédrénus, du onzième, et quelques écrits notés par Photius comme opposés au sentiment suivi par l'Eglise’, on aura à peu près toutes les autorités que peuvent réclamer en leur faveur ceux qui ont tenté dans les derniers temps de faire revivre ce sentiment, le P. Lami ÿ, le P. Tournemine ? et D. Calmet, lequel se croit obligé de reconnaitre qu'il a contre lui toute la tradition !?.

1S. Epiph., Hæres., xxx, 22 et xcr, 62. — ? Compilation de deux auteurs inconnus, du 1ve au vin siècle, découverte au xvie, en Sicile et contenant de nombreuses indications chronologiques relativement aux fètes juives et chrétiennes. M. Migne, Patrol. grec. t. xen. Les ouvrages allégués par ces deux anciens auteurs en faveur de leur opinion étant perdus, il n'est pas possible d'en constater l'exactitude et l'authenticité. Cf. Don Calmet, Dissert. — 3 Migne, t. xcrr et v, p. 1298.S. Apollinaire a écrit deux livres contre les Juifs (Euseb., H., 1v, 21). Il n’allèguc en faveur de ses idées ni la tradition ni le sentiment commun. — # Migne, t. xour, et 1x, p. 158. — 5 To nacya oux epayev, «1\ emalev, dit S. Hippolyte dans la Chronique, Migne, t. xour et x, p. 869, 870. Cf. S. Aug., In Joan.,1v,1.— 56 Migne, t. xarret xvinr, p. 518, 519. — 7 Photius (+ 891), avertit de se tenir en garde contre cette opinion singulière : Ista maturiori consideratione digna sunt; Chrysostomus enim et Ecclesia contra-

rium tenént. Biblioth. — 8 Trailé historique de l’anc. Pâque des Juifs. Suite du traité : Démonstralion, etc. — 9 Lellre au P. Lami sur la dernière Päque de N.S. —10 « Il est inutile de citer des témoignages

particuliers. On admet que le sentiment opposé est celui de presque tous les Pères, qu'il a été suivi par le Concile de Trente et qu'il est généralement reçu dans l'Eglise. » D. Calmet, Dissert. sur la dernière Päq., en tête du Comment. sur S. Matthieu. Le P. Lami dit aussi : « Le sentiment que je défends a été universellement abandonné. » Traité de la Pägq., Préf,

IL. Que le jour où Notre Seigneur a fait la Päâque avec ses disciples soit bien le 14 Nisan, le jour même où les Juifs devaient manger l’Agneau pascal et où ils le mangèrent, ce point à moins d'importance que le premier ; mais il ne laisse pas d’être établi solidement dans les Evangiles et dans la tradition. En effet :

1° Le récit que les Synoptiques font de la dernière Cène ne permet pas de douter qu’elle ne se soit faite régulièrement, au temps et de la manière voulue par la loi : Venit dies azymorum in qua necesse erat occidi Pascha*. Luc., xxn, 7. Quando Judæi pascha immolabant. Marc., xiv, 12. Venerunt discipuli, dicentes : Ubi vis paremus tibi...? Matth., xxvr, 17. Vespere autem facto, discumbebat cum discipulis. Matth., xxvVI, 20. [ls ajoutent que l’on se mit à la table à l'heure légale, facta hora. Luc., xxn, 14; et que le lendemain était le jour solennel des Azymes, la fête pascale, dies solemnis, festus, où le gouverneur devait, suivant l’usage, rendre la liberté à un prisonnier *.

2° Si l’on met à part les exceptions que nous avons fait connaître, presque tous les Pères et des Docteurs qui se sont expliqués sur cette question disent ou que Notre Seigneur à fait la Pâque le 14 de Nisan *, ou qu’il a été crucifié à la fête des Azymes*'. Nous ne croyons pas nécessaire de

1 T1 paraît qu'on appelait quelquefeis parmi les Juifs, jours des Azymes, premier jour des Azymes, celui à la fin duquel on commençait à faire usage du pain non fermenté, c'est-à-dire qu'on faisait de ces mots le même usage que les étrangers, ou que par jour on entendait l'intervalle du matin au soir. Le nom de féle ou de jour solennel des Azymes était réservé au lendemain et à l'octave qui suivait. — 2 Matth., xxvir, 15; Marc., xv, 6; Luc., xx, 17. Cf. Joan., xvir, 39. — 3 Polycrat. Cf. Euseb., H., v, 24 et Apollin. (Migne, Pat. græc., v, 1298); S. Iren., IT, xxx, 23. CF. IV, x, 1; xx; Origen., In Levit., Hom. 1x; In Matth., n. 79 (Migne, x, p. 1728); S. Amb., Epist. xxux, 2, 12, 13 ; Theophil. d'Alex., Ad Theodos., 5 (Migne, Lxv, p. 51); S. Cyrill. d'Alex., Ad Patres Conc. Carlhag.;S. Hieron., In Malth., xxvi. 26, etc. — # $. Justin., Dialog., n. 111; S. Iren., II, xxnr, 3; S. Chrys., In Malth., Hom. Lxxxt, 1, et de prod. Juda, Hom. 1, n. 4; S. Aug., Epist. xxx, xxxvi, 30; Tertullien, dont le sentiment paraît assez clair, puisqu'il fixe la Passion, prima die azymorum. Adv. Jud., x. Nam c tot festis Judæorum Paschæ diem elegit. Adv. Marc., 1v, 40, Et ut prophetiæ adimplerentur, pro-

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faire ici l’énumération de ces Pères, mais nous ferons remarquer : que le sentiment actuel de l'Eglise témoigne de son sentiment ancien; que pour la faire varier à cet égard, il aurait fallu des considérations bien puissantes, ou plutôt des preuves péremptoires de la fausseté du sentiment contraire; que la constance et la fermeté de sa conviction sont attestées par la liturgie‘ et par le concile de Trente”; que la principale raison de l’usage du pain azyme pour le saint sacrifice à toujours été que Notre Seigneur avait dû s’en servir dans l'institution de l’Eucharistie *; que les Pères les plus anciens dont nous citons le témoignage ne font jamais supposer qu’ils s’écartent de la tradition; enfin que le premier motif allégué par les Ebionites et les Quarto-décimans pour faire leur Gène et célébrer la Pâque le 1%, c’est que le Sauveur l’avait faite lui-même ce jour-là, juxta evangelium* ; à quoi les catholiques, qui faisaient la Pâque le dimanche suivant, se contentaient de répondre qu'il avait eu des raisons pour agir ainsi, mais que la loi ancienne étant abolie, ces raisons n’existaient plus, et qu'on n’était pas fondé à porter l’imitation jusque-là *.

316. — $S, Jean contredit-il les Synoptiques sur le jour de la dernière Cène, ou bien oblige-t-il à les interpréter autrement qu'on ne fait d'ordinaire ?

Tous les auteurs qui s’écartent du sentiment que nous

peravit dies vesperam facere, id est tencbras efficere, quæ media die factæ sunt, atque ita dies festos vestros convertit Deus in luctum. Adv. Jud., x. Sil'on pensait que le Sauveur est mort au milieu de la journée du 1%, pourrait-on dire qu'il a choisi pour mourir la fète des Azymes, qui avait lieu le lendemain?

1 Noctis recolitur cœna novissima. Qua Christus creditur, etc., Of. SS, Sacram. — ? Sess. xx1r, de Sac. Miss., 1. — 3 I Cor., 1v, 7. Leo IX, Epist. adv. Mich. Cerul.; Mabillon, de Pane eucharistico; Honoré de Ste-Marie, de la Crilique, x, Les Grecs s'en abstiennent pour marquer leur opposition à la pratique des Ebionites sur ce sujet. Cf. S. Epiph., Hæres., xxx, 15. — # Polycrat., apud Euseb., I. E., v, 24: — 5 Orig., In Malth., n. 19. C£. Tillemont, Lell. au P. Lami; Mémoires ponr lhis. ecclés., t. 1, Witasse, Tracl. de Euchar.; Honoré de Ste-Marie, de La Crilique, t. 1. Bible de Vence, t. x, Réfut de D. Calmel; Wouters, XXIV, 9

venons d'exposer invoquent S. Jean en leur faveur. Ils se rangent en deux classes bien distinctes. — Ceux de la première déclarent que le récit de cet évangéliste est inconciliable avec celui des Synoptiques, et que, par conséquent, Pun ou l’autre de ces récits doit être abandonné. Généralement, c’est celui de S. Jean qu’ils rejettent, comme suggéré à l’auteur par le désir de faire reconnaître en Jésus-Christ le véritable Agneau pascal et de détourner les chrétiens de la Pâque légale. Tel est le sentiment des rationalistes ‘, et même d'un bon nombre de protestants, prétendus orthodoxes, qui restreignent à la doctrine l'inspiration des écrivains sacrés ?. — Ceux de la seconde classe n’imputent pas d'erreur aux Evangélistes. Suivant eux, S. Jean ne contredit pas les Synoptiques, mais il donne la clé de leur récit; il y jette un nouveau jour, et il force le lecteur qui réfléchit de reconnaitre que le Sauveur n’a pas célébré réellement la Pâque légale, ou que, s’il l’a faite, il en a anticipé le jour, ou bien qu’une grande partie des Juifs, sinon tous, l’ont différée jusqu’au lendemain.

Que penser de ces sentiments?

I. En principe, il ne saurait y avoir de contradiction entre S. Jean et les Synoptiques. Nous en avons pour garants, non seulement l’inspiration des Evangiles, que l'Eglise nous atteste, mais encore l’impossibilité manifeste qu’une telle contradiction ait eu lieu. En effet, elle est impossible sous tous les rapports et à tous les points de vue. Impossible que les trois Synoptiques aient été dans l’erreur ou qu’ils aient voulu tromper sur un fait tel que la célébration de la Pâque au début de la Passion. Impossible que $S. Jean, qui n’a écrit que pour compléter et confirmer l’œuvre de ses devanciers, ait voulu les contredire sur ce point capital, qu'il s’y soit résolu sans aucune raison sérieuse, et que, s’il a voulu le faire, il V’ait fait d’une manière si peu nette que personne ou presque personne ne l’a remarqué. Impossible, s’il y avait eu erreur, qu’elle n’eût pas été aperçue et relevée

1 Baur et l'école de Tubingue. — ? Supra, n. 21.

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aussitôt, de quelque part qu’elle vint, et que le conflit n’eût pas donné lieu à des débats, à des scandales, à des divisions. Impossible surtout que dans l’ardeur des discussions soulevées dès le milieu du second siècle au sujet de la célébration de la Pâque, chaque parti n’eût pas opposé évangile à évangile et traité d’erroné le texte qu'il aurait trouvé contraire à ses prétentions.

Il. De fait, si l’on étudie les quatre Evangiles sans prévention, avec la déférence que lon doit au sentiment de l'Eglise, on ne tardera pas à reconnaitre deux choses. D’un côté, les Synoptiques sont trop nets et s'accordent trop bien dans leur récit pour se prêter à une interprétation différente de celle qui se présente naturellement et qu’on en donne d’ordinaire. D’autre part, $. Jean ne dit rien qui oblige d'abandonner les Synoptiques ou de réformer l’interprétation commune. À la vérité, il évite de parler de la Pâque légale, et au lieu d’attester, comme les Synoptiques, que le Sauveur ne l’a pas omise, il a soin de faire remarquer aux fidèles, comme l’apôtre S. Paul, que c’est Jésus-Christ qui est maintenant leur Agneau pascal ‘. Mais faut-il s'étonner de cette différence? S. Jean n’écrivait-il que pour répéter ce que les autres avaient écrit? N’y avait-il pas, au moment où il écrivait, des Judaïsants trop attachés à leurs vieilles observances pascales ?, à qui il importait d’inculquer cette vérité, que la Pâque des chrétiens, la victime de leur délivrance, c’est l'Agneau divin, immolé sur la croix aussi bien qu’à la dernière Cène et à l’autel *? Rien de plus facile, au reste, que d'accorder avec le sentiment commun les quatre ou cinq passages de son évangile qu’on a coutume d’alléguer pour établir que le Sauveur n’a pas fait la Pâque, ou qu'il ne l’a pas faite au jour prescrit. Ainsi, par exemple :

1 CE. Joan., 1, 29; x1x, 31-33 ; I Cor., v, 1; xt, 24, 95. Of. I Pet., 1, 49: Apoc.,.v, 6, etc. — 2? (:f. Tert., de Præsc., 53 (Apocr,); Euseb., #H.,4v, 15, 20. — 3 Rupert, In Exod., vi. S. Anselm., ]n Matth., xxvr. La figure de l'Agneau pascal a été accomplie à la Cène, dans le repas eucharistique, aussi bien et mieux que par l'immolation du Calvaire; mais elle n’a été entièrement réalisée que par les deux actes réunis.

1° S. Jean ne dit pas que le Sauveur a fait la Cène le jour même des Azymes, ou à la fête de Pâques, mais la veille: Hso Ts ezprns To [lx6y7, ante diem festum Pasche *. Soit. Est-ce à dire qu’il ait en vue un autre jour que celui qui est désigné par les Synoptiques? Non. Qu’on se souvienne qu'il écrivait pour les Gentils, hors de la Judée, après la ruine de Jérusalem, sur la fin du premier siècle. Pour les Gentils, et en dehors de la Judée, les jours ne commencçaient pas avant minuit. Par conséquent, la Cène ayant été célébrée le jeudi soir, S. Jean pouvait et devait dire, pour être compris, qu’elle avait eu lieu la veille du vendredi, jour des Azymes, diei Azymorum qui dicitur Pascha?, de même que nous disons : « la veille de sa passion; » pridie quam pateretur ?. N'est-ce pas ainsi qu’il parle au chapitre xx, 9 : « Le soir de la résurrection; » cum sero esset, die illo: bien que le jour légal fût terminé et que le suivant fût commencé depuis le coucher du soleil, suivant la manière de compter des Juifs *?

2° Que les Apôtres aient cru que Judas sortait du Cénacle pour acheter des provisions *, ce n’est pas une preuve qu’on ne fût pas au début de la fête de Päques 5. Où voit-on que lPachat des aliments fût défendu les jours de fête, surtout dès la veille au soir et'lorsque le lendemain de la fête était un sabbat 7?

3° On voit bien, à la vérité, dans S. Jean, que les Juifs s’abstiennent d’entrer chez Pilate avec le Sauveur, afin de pouvoir prendre part au repas pascal, ut manducarent Pascha; mais s'agit-il de la Cène où l’on devait manger l’Agneau pascal? Ne donnait-on pas le nom de victimes pascales ou de Pâque à tout ce qu’on offrait à Dieu et qu’on consommait

dFoanxiurs de Luc, xx, 1 ONCE x A5." S, Thom., p. 3, q. 46, à. 9, ad 1. Cf. Ex., x11, 5, 18. Quelques commentateurs lient ces mots anle diem au mot sciens qui les suit. Cette explication enlève la difficulté, mais ne semble pas naturelle. — 5 I Joan., x, 29. — 6 Au contgaire, si le lendemain avait été un jour ordinaire, quelle raison aurait-il eue de sortir si tard et de tant se presser pour faire des pro- ‘visions? — 7 Exod., xu, 45, 46; Lev., xx, 7, 11, 15; Num., xxXVUI, 18; Marc.. xv, 42, 46; Luc., xx1m1, 56. — 8 Joan., xviur, 28.

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avec du pain sans levain pendant la durée des Azymes? Plusieurs passages de l’Ecriture paraissent l’établir assez s0lidement *.

&° Enfin, il est vrai que $. Jean appelle en un endroit le jour de la mort de Jésus-Christ, parasceve Paschæ ?. Mais d’un côté, on ne vüit nulle part que la fête de Pâques fût précédée d’un jour de préparation. D’un autre côté, on trouve souvent le mot Pascha employé pour désigner toute la solennité pascale, etle motrrpzoxeun, préparation, l’est toujours pour désigner le vendredi de chaque semaine, comme le jour où l’on devait préparer tout ce dont on aurait besoin le lendemain. $. Marc atteste que tel est le sens propre de ce mot *. Rien donc de plus naturel que de rendre parasceve paschæ par le vendredi compris dans l’octave pascale, et c’est dans ce sens que ce terme est expliqué par $. Jean luimême, puisqu'il dit simplement ailleurs parasceve et parasceve Judæorum *.

On voit qu'on peut résoudre toutes ces difficultés sans torturer les textes. [Il n’est pas moins facile de répondre à objection tirée de la loi du repos comme prohibant l’arrestation, exécution, la sépulture du Sauveur au premier jour des Azymes *. Ces actes n'étaient pas plus prohibés que les achats aux jours de fête. Tobie est loué pour avoir enseveli ses frères ces jours-là, cum esset dies festus Domini ‘. Le violateur du sabbat est arrêté le jour même du sabbat et mis à mort par ordre de Dieu ’. Si les ennemis du Sauveur conviennent d’abord qu’ils attendront la fin de la solennité pour mettre la main sur Jésus-Christ, ce n’est point par

1! Immolabis phase Domino de ovibus et bobus, etc. Deut., xvi, 1-8, Cf Lev., vu, 40; Num, xxvinr, 16-24; J0s.,.v, AL IIMPar., xxx, 22-227 xxXV, 1-9; Joan., xr, 55. S. Aug., In Joan., ax1v, 2. Joseph., B. J., v, 8. — ? Joan., xix, 14, x1x, 31, 42. — 3 Erat Parasceve, quod est, anle sabbatum, Tpoc26arov. Marc., xv, 42. Cf. Luc., xxut, 54; Joan., xix, 31, #2, Brev. rom., de S. Sindone, lect. vir; Infra, n. 424. S. Jean ajoute : Ce jour du sabbat, n npepa tou ou66arov, était grand, nv weya)n. C'està-dire : Il devait être respecté comme un jour saint, ou, si l'on”veut, plus respecté que les autres jours de l'octave pascale. Cf. Joan., vir, 31. —30an. xl EE DRE UT EC XITD IPN Ce TL O0 XIV, 0e 6 Tob., x1t, 12. — 1 Num, xv, 32-36. Cf. Luc., 1x, 16-29; Act., xur, 4.

N°9376] SA VIE SOUFFRANTE. — DERNIÈRE CÈNE. 537 crainte de violer la loi du repos ‘. D’ailleurs la plupart des actes qu’on dit être contraires à cette loi ont eu des étrangers pour auteurs *, et l’on peut conclure de l’édit même d’Auguste en faveur des Juifs que les étrangers ne la respectaient guère *.

Il est bien vrai, et nous ne voulons pas le contester, que ces difficultés se résoudraient également, ou même que la plupart ne se présenteraient pas, si les Juifs avaient fait la Pâque le lendemain du jour légal, un jour plus tard que Notre Seigneur. Mais cela suffit-il pour ériger en fait cette supposition ? Non; il faudrait l’établir par de bonnes preuves, et l’histoire n’en fournit aucune. Ni dans l'Ancien Testament, ni dans le Nouveau, ni dans Josèphe *, ni dans aucun auteur ancien, on ne trouve la trace de cette dérogation à la loi et au culte mosaïques. Au contraire, on voit des Juifs devenus chrétiens se séparer de leurs frères par une attache aveugle et opiniâtre au jour fixé par Moïse 5. Qu'il y eût quelque difficulté à immoler au temple en un seul jour assez de victimes pour suffire à tout le peuple, est-ce une preuve qu’on ait remis au lendemain celles des Galiléens? Etait-il plus essentiel d’immoler toutes les victimes dans l’enceinte du temple que de faire la fête ensemble, en un même jour ? Qu'il fût peu commode de s’abstenir de tout travail deux jours de suite, est-ce une raison de croire qu’on ait différé la fête ou qu'on lait réunie au sabbat? N’est-il pas vraisemblable que la loi du repos s’observait moins rigoureusement les jours de fête que le septième jour 7? Au moins peut-on dire que ces considérations ne peuvent fournir que des conjec-

1 Matth., xxvi, 5. Cf. Joan., vir, 22, 23, 32. Supra, n. 361. — 2 Matth., xxvIT, 26-36; Act., 11, 23, etc. — 3 Joseph., À., XIV, x, XVI, vi On a encore objecté le verset 22, ch. xn, de l'Exode, où il était défendu aux Israélites de sortir de leurs 1naisons après le repas pascal; mais il suffit de lire ce passage pour reconnaître que cette prohibition ne concernait que la première Pâque et n'avait pour motif que l'attente de l'Ange exterminateur. — # Cf. Joseph., B., VI, x11; Philo, /n vita Mos., et In Decal. — 5 Euseb., H., v, 23; S. Aug., de Hæres., xxix; S. Theophil., Apud Migne, t. v, p. 1370, n. 6. — 6 II Paral,, xxx, 16, 11; xxxv, 56. Josèphe prétenä qu'une année on en immola 256,000. B., VI, 1x, 3. — T Sabbatum, requies Domini, Exod., xx, 8-10; Levit., xin1, 3,

tures, etqu’ellesnesauraient prévaloir contre lestémoignages si formels des trois Synoptiques ‘.

$ V.— INSTITUTION DE L'EUCHARISTIE, Matth., xxv1, 17-29 ; Joan., xu1, 1-30. us

La dernière Cène, — l’Eucharistie, — la Transsubstantation, — le Sacerdoce.

311. — Pourquoi Notre Seigneur a-t-il lavé les pieds de ses Apôtres ayant d'instituer l'Eucharistie et le sacrement de l'Ordre?

Notre Seigneur a voulu laver les pieds de ses Apôtres avant de leur donner son corps et son sang et de les consacrer prêtres; pour deux raisons, entre autres : — 1° Afin de leur faire observer qu’il faut une plus grande pureté pour participer à l’Eucharistie, et surtout pour la consacrer, que pour prendre part au repas pascal ?. Suivant le récit deS. Jean, le repas était commencé avant cette ablution *, et il y a lieu de croire que la Pâque légale était achevée. On se mit donc de nouveau à table *. — 2° Pour les prémunir contre l’orgueil, au moment où il va les élever au comble des honneurs et des pouvoirs ecclésiastiques, en leur apprenant par son exemple à se mettre aux pieds de leurs frères et à se dévouer à toutes les humiliations dans l'intérêt de la gloire de Dieu et de la sanctification des âmes *.

1 Ben. XIV, de Fest., I, vi, 25. Cf. S. Thom., p. 3, q. 46, à. 9; et q. 14, a. 9. Quant à l'identité de la première Cène rapportée par S. Jean et celle que décrivent les Synoptiques, il n’est pas possible de la contester. L'une et l’autre est suivie du départ pour le jardin des Olives et du commencement de la Passion. Judas assiste à l'une et à l’autre. Dans l'une et dans l’autre, le Sauveur annonce la trahison dont il va être l'objet et le reniement qui aura lieu pendant la nuit. Cf. Matth., xxvr, 23-25, 34; Luc., xx11, 21, 34; Joan., xx, 12-17, 21, 22, 38. Dans l’une et dans l’autre encore, il recommande à ses Apôtres les vertus d'humilité et de charité. Cf. Luc., xx11, 26, 27 et Joan., x, 12-17. — 2 O Xehovpevoc, qui à été baigné, baptisé. Joan., xx. 10. Cf. Gen., xvur, 19; Jud., x1x, 21 ; Luc., vu, 44. S. Aug., et Origen., In hunc loc. Martigny, Ablution:

Moïse délachant sa chaussure. — 3 Joan., xux, 2, 4. — # Joan., xur, 42-26: —:5 Joan., xin, 4, 5, 14-17: Cf. Luc:, xxr1, 25-29 : T'Cor., xn,, 31:

Jac., v, 16. Quantum quisque intelligentia profecerit, tanto magis caveat superbiam et invidentiam. Meminerit evangelium Joannis, quanto magis erigit ad contemplationem veritatis, tam multo amplius præcipere de dulcedine caritatis. S. Aug., de Cons. Evang., 1v, 20.

318. — La manière dont l'Eglise entend le mystère de l'Eucharistie est-elle en harmonie avec l'esprit de Notre Seigneur et avec les principes d'une sage interprétation?

I. Rien de plus contraire aux apparences sensibles que la présence réelle du Sauveur dans lEucharistie, mais rien qui s’accorde mieux avec sa religion envers son Père et sa charité pour les hommes :

1° La religion le portait à rendre à la majesté divine le plus de gloire possible. Or, quoi de plus propre à glorifier son Père que de se rendre présent en son humanité à tous les lieux et à tous les temps, et de renouveler partout et à tout moment son divin sacrifice? Par ce moyen, il perpétue et multiplie ses adorations ici-bas, et il donne aux nôtres, à celles que nous offrons avec lui, toute la perfection et toute la valeur qu’elles peuvent acquérir.

2 À quoi devait le porter l’amour dont il est animé à notre égard? À rester au milieu de nous, à se faire le centre, le lien et la vie de nos âmes, à s’immoler pour nous autant qu’il lui était possible et à nous mettre à même de profiter de son sacrifice en ne cessant de nous immoler avec lui et par lui *. Or, l'Eucharistie n’est-elle pas le moyen le plus parfait à employer pour cela? En se donnant au monde par l’Incarnation, il avait fait en faveur du genre humain tout ce qu'il pouvait pour contenter son amour. Afin de compléter son œuvre, ne convenait-il pas qu’il se donnât à chaque individu aussi réellement qu'à l'humanité entière, de sorte que nulle âme n’eût à porter envie à aucune de celles qu'il avait favorisées de sa présence durant sa vie mortelle?

IL. Quant aux paroles de l’Ecriture sur ce mystère, le sens que l'Eglise leur donne, loin de choquer la raison, est le seul qu’il soit raisonnable d’y reconnaitre.

1 Qui habet sponsam, sponsus est Joan., 11, 29. Qui suam uxorem diligit, seipsum diligit. Nemo unquam carnem suam odio habuit, sed nutrit et fovet eam, sicut Christus Ecclesiam ; quia membra sumus corporis ejus, de carne ejus et de ossibus cjus. Propter quod erunt duo in carne sua. Sacramentum hoc magnum est; ego autem dico in Christo et in Ecclesia. Eph., v, 28, 32. Of. Rom., voi, 32, 59.

L° Est-il croyable, en effet, que le Fils de Dieu, qui connaissait l’avenir et qui savait de quelle manière on entendrait ses paroles, ait choisi, pour exprimer ce dogme, des termes qui devaient être pour son Eglise une cause permanent d'erreur et d’idolâtrie, dont on ne commencerait à soupçonner le véritable sens qu'après un laps de dix ou quinze siècles, et qui continueraient toujours d’être, pour les âmes les plus droites, les plus éclairées et les plus saintes, le fondement d’un culte idolâtrique et sacrilège ?

2° Comment s’imaginer que l'aliment par excellence de la piété, la source des vertus les plus héroïques, le principe de la sainteté chrétienne depuis dix-huit siècles, soit une erreur monstrueuse dans la foi et une pratique damnable dans le culte divin; que les âmes les plus dignes des faveurs et des bénédictions du ciel aient été à toutes époques les plus aveugles dans leur croyance , et qu’il ait fallu des hommes tels que Calvin, Zwingle, Luther, pour expliquer le mystère de la foi à l'Eglise et la remettre dans la voie de la vérité 2?

3° Enfin, comment admettre que le pain de vie figuré par la manne, et le sacrifice eucharistique figuré par Melchisédech, par l’Agneau pascal et par tous les sacrifices anciens, ne soient eux-mêmes que des figures et des ombres, et qu'ainsi les mystères du Sauveur aient été mieux représentés dans le culte mosaïque qu’ils ne le sont dans le culte chrètien? Est-ce que le ministère charnel n’est pas inférieur au ministère spirituel *? Est-ce que l’objet figuré ne doit pas l'emporter sur la figure, autant que la substance corporelle l'emporte sur son ombre ou son image ?

Aussi l'Eglise n’a-t-elle jamais hésité sur la pensée du

1 Nocesse est ut omnes fideles, omnes Sancti, omnes casti, continentes, virgines, omnes clerici, levitæ et sacerdotes, tanta confessorum millia, lanti martyrum excrcitus, tantus postremo jam pene terrarum orbis ignorasse, errasse, blasphemasse, nescisse quod crederet, pronuntietur! Vinc. Ler., Commonil, 24. — ? Nunquam mihi persuadere potui Christum, qui veritas et caritas est, tandin passum fuisse dilectam sponsam suam in errore tam-abominando hærere ut crustulum farinæ pro ipso adoraret. Erasm., Epist. ad Berum. — 3 II Cor., ur, 7-11,

divin Maître, et « malgré l’incrédulité ou la trahison d’un certain nombre‘, l'humanité est venue au banquet de la grâce; elle a dressé des tables, elle a bâti des monuments magnifiques pour couvrir d'ombre et de gloire le pain dont il avait dit : Ceci est mon corps. Elle à cru que, puisqu’une mère peut porter son fils dans ses entrailles et le nourrir encore de sa substance après l'avoir mis au monde, il n’était pas impossible à Dieu d’avoir la même puissance dans la même tendresse et de renouveler entre lui et nous les miracles de la maternité ?. »

* 319. — D'où vient que S. Jean passe sous silence l'institution de l'Eucharistie, et que les Synoptiques la rapportent en si peu de mots?

[. S. Jean n’a pas écrit pour ajouter son témoignage à celui des trois premiers Evangélistes, mais pour suppléer à ce qu’ils ont omis et pour mettre hors de doute ce qu’on attaquait de son temps. Il s'attache surtout aux discours du Sauveur. Quoi d'étonnant qu'il ait retracé la promesse plutôt que institution de l’Eucharistie, déjà décrite par les trois Synoptiques et par l’apôtre S. Paul, et qu’il ait cru plus important de faire connaître les effets du sacrement que d’en constater la réalité? N’a-t-il pas fait quelque chose de semblable pour le sacrement de Baptème, pour l’Ascension de Notre Seigneur *, pour la mission du Saint-Esprit‘, et pour la primauté de S. Pierre? Du reste, la solennité avec laquelle il débute dans le récit de la dernière Cène, au chapitre xur, l'annonce qu’il fait d’un témoignage d’amour que Notre Seigneur y doit donner à tous les siens, suis qui sunt in mundo *, et par lequel il doit couronner toutes ses bontés précédentes, wsque in finem, ne s'expliquent point par le lavement des pieds; mais le lavement des pieds lui-

1 Joan., vr, 67. — 2 Lacord., Conf. 13. — 3 I Cor., xt, 23-30. — # Cf, Joan., 11, 3-7, et Matth., xxvinr, 19. — 5 Cf. Joan., xx, 17, et Luc. IV OO ex IV, 10 MT 266 EI MS et ACt., dr, 1. "100,

Matth., xvu, 11-19, et Joan., xx1, 15-17. La conclusion à tirer du silence de S. Jean en cet endroit, c’est qu’il s’agit bien de l'Eucharistie et de son institution, dans son chapitre vi. — 8 Cf, Joan., xt, 52,

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