‹ Manuel BibliqueChapitre 99 sur 126 · II · texte numérisé non relu

II

512 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [N° 380 même, la lecon d’humilité qu’il donne à ses Apôtres, la pureté parfaite qu’il exige d’eux, le regret qu'il a d’en voir un si mal disposé, la recommandation qu’il leur fait de purifier leurs frères comme il vient de les purifier, ce long discours si affectueux et si sublime qui remplit les trois chapitres suivants, s'expliquent par linstitution de l’'Eucharistie et du Sacerdoce. S. Jean y fait donc visiblement allusion *.

IT. Pour les Synoptiques, la simplicité et la sobriété de leur récit sont la meilleure preuve de son authenticité. Si un imposteur eût imaginé de décrire l’institution de ce sacrement au second siècle, lorsqu'il y avait déjà un culte établi, des égliseset plusieurs ordres de ministres reconnus, il en eût fait, selon toute apparence, une description détaillée et un tableau magnifique. Il aurait mis dans la bouche de Notre Seigneur une formule moins brève. Le récit de S. Paul n'est-il pas déjà remarquable par sa solennité ??

* 380. — Que signifient littéralement ces mots de S. Matthieu : Hic est sanquis meus novi Teslamenti, xxvr, 28, ct ceux-ci de S. Luc : Hic est calix novum Teslamentlum in sanguine meo, xxx, 20?

Les premiers signifient : « Ce qui est en ce calice est mon sang, le sang du Testament nouveau. » Les autres : « Ce calice est un nouveau Testament, ou fonde un Nouveau Testament, grâce à mon sang qu’il contient *. » Le sens de S. Matthieu ressort du texte grec. Dans l’une et l’autre de ces formules,on reconnait une allusion à la manière dont l’ancienne alliance avait été scellée au pied du Sinaï‘. Pour protester de la sincérité de cet engagement, des victimes avaient été immolées suivant l'usage, et de leur sang recu dans douze coupes, Moïse avait aspergé douze colonnes, représentant

1.Tout le monde reconnait qu'au moment où fut écrit le quatrième évangile, la Cène était partout célébrée dans l'Eglise, et qu'on y faisait partout mémoire de l'institution de l'Eucharistie. I Cor., xr, 28-26. — 2 Son but, en le rappelant, était de remédier aux abus qui s'étaient déjà glissés dans la célébration de la Cène, I Cor., xr, 20 : comment ne remonterait-elle pas à l'origine de l'Eglise, vingt à vingt-cinq ans plus tôt? — 3 Double métonymie : le contenant Pour le contenu et l'effet pour la cause. Cf. I Cor., x1, 25. — # Ex., xxrv, 8. Cf. Jer., xxxt, 31.

N° 381] SA VIE SOUFFRANTE. — L'EUCHARISTIE. 543 les douze tribus, en disant : Hic est sanquis testamenti quod pepigit Dominus vobiscum*. Afin de sceller et de cimenter le Testament nouveau, Jésus-Christ, qui en est l’auteur et qui va en ètre la victime, fournit lui-même son sang. [Il en fait boire aux douze Apôtres, pères du peuple chrétien, et il en offre à tous ses disciples. Les paroles qu’il prononce font entendre qu’à la Cène il y a, comme il y eut au Sinaï, un sacrifice véritable, une victime réellement présente, qui verse son sang et à laquelle on participe. De plus, elles insinuent qu’il n’y aura plus à l'avenir qu’une seule hostie pour la rémission des péchés : Hoc corpus. Hic SAN QUIS ; que dans le Nouveau Testament, le sang de l’Agneau divin remplacera celui de tant de victimes qui ruisselait depuis l’origine du monde ?, et que ce sang ne purifiera plus seulement l'extérieur, mais le fond de l’âme.

* 381. Comment le Sauveur changea-t-il le pain et le vin en sa chair et en son sang?

Le Sauveur, ayant rendu grâce à son Père, svyaprornoue, changea le pain en sou corps et le vin en son sang par cette double formule que les prêtres répètent encore aujourd’hui

1 Cf. Heb.,1x, 15-20. — 2 Cf. Mal., 1, 10, 11; I Cor., x1, 26; Heb., IX, 11-22; xu1, 18-24. Infra, n. 813, 814. — 3 Représentations du sacrifice de la messe, publiées par le P. Garrucci, Remarquer, à gauche, l'autel sur lequel l'Tyôvs est étendu ; et autour de l'arbuste, à droite, le serpent, auteur du péché, qui rend l’immolation nécessaire et indique le caractère expiatoire du sacrifice. Le premier personnage tient une corbeille où est le pain eucharistique, le second, le linge sur lequel il doit le recevoir, le quatrième, un rouleau, symbole de son office de diacre ou de prêtre. Martigny, Volume.

544 JÉSUS-CHRIST SELON L'ÉVANGILE. [No 382 pour la consécration : Hic est corpus meum.… Hic est sanguis meus, novi Testamenti', etc... Sur les lèvres du Fils de Dieu, de telles paroles ne pouvaient manquer de produire l'effet qu’elles énonçaient; elles avaient la même efficacité que celles par lesquelles il guérissait les malades ou remettait les péchés : Dimissa es ab infirmitate tuu*. Filius tuus vivit 3. Remittuntur tibi peccata tua*. Le verbe est opère et montre déjà fait ce dont la réalité est affirmée. Fiat eût moins convenu : il pourrait s'entendre d’un simple vœu. En tout cas, ce mot porterait l'attention sur l’opération plutôt que sur le résultat. Quant au mot hoc, il ne doit pas être regardé comme un substantif indépendant, mais comme un pronom relatif qui s'accorde avec corpus, et il faut l’entendre de la même manière que hic dans ces propositions : Hic est panis quem dedit vobis Dominus ad vescendum $. Hic est Filius meus dilectusf. Hic est hæresT. Hic est omnium Dominus®. « C’est mon corps... C’est mon sang. » Ces paroles opérant ce qu’elles expriment, c’est par leur énonciation même que le sujet et l’attribut s’identifient dans le même objet.

* 382. — Comment lé Sauveur dit-il de sa chair qu'elle est donnée pour nous : pro vobis dalur, au présent, et de son sang qu'il est répandu, exyvvouevov, pour la rémission des péchés ?

Notre Seigneur parle au présent de sa chair immolée et de son sang répandu, pour deux raisons : — 4° Parce que, dès ce moment même et dans cette action, il offre son corps et son sang en sacrifice de propitiation en notre faveur, et qu'il doit persévérer jusqu’à la fin des temps dans cette

1 5. Luc et S. Paul rendent un peu différemment la même pensée : Hic est calix novum testamentum... Hic calix novum testamentum est in meo sanguine (2x pour per). Luc., xx1, 20 ; I Cor., xt, 25. — 2 Luc., xut, 12. — 3 Joan.,1v, 50. — + Luc., vir, 48. « Par la parole, l'homme exprime sa pensée, Dieu sa puissance. » S, Aug., Epist. x1ix, « Les paroles d'un homme sincère disent ce qui est : les paroles toutes puissantes du Fils de Dieu font ce qu’elles disent. » Fénelon, Sur la communion. — 5 Exod., xvi, 15. — 6 Matth., xvur, 5. — 7 Matth., xx1, 38. — 8 Act. x, 36. Cf. Brev. rom., Off. votiv. SS. Sacram., mense sept., et Inf. Oct. Corp. Dom., fer. 1v, lect. 1v-v1.

oblation sacramentelle. C’est ce qui paraît surtout dans le récit de S. Luc : Teuro egrt ro cuyux peu, vo UTEp VV Ddcpevoy, Touro ro morrptsv ev 7tw ŒUMATL MOU, TO UTEP LHLUWY EZYLVOLEVOY |. — 2° Parce qu’il unit dans sa pensée le sacrifice de la Cène à celui du Calvaire, qui est déjà comme présent. C’est cette considération sans doute qui a porté l’auteur de la Vulgate à traduire exyvvoysevos, participe présent, par le futur : quod effundetur ?; comme dans S. Paul, il rend XAWLEVOY, qUuod frangitur, par quod tradetur *. -— I] n’est personne qui ne voie combien ce parallélisme, qui montre la chair et le sang du Sauveur distinctement présents sous l’une et l’autre espèce, et la répétition multipliée de chacun des termes ro cu, TO aa, To Tn6 xAUVNS Crabmune, to dropevo, To exyuvomevoy, fortifient l'affirmation de sa présence réelle au sacrement de autel.

* 383. — Pourquoi le Sauveur s'immole-t-il mystiquement au Cénacle y | , au moment où l'on va l'immoler réellement sur la croix ?

Il importait : — 1° Que le Fils de Dieu exerçât en personne d’une manière visible sa dignité de souverain Prêtre. — 2° Qu'il témoignât ainsi combien son immolation était libre et spontanée. — 3° Qu'il inaugurât lui-même la célébration du sacrifice eucharistique, qui est celui de son Eglise et qui doit durer à jamais, donec veniat *. — 4° Qu'il montrât par son exemple avec quelle religion ses ministres doivent s’y préparer, l’offrir et en rendre grâce, — 5° Que la divine Victime fût dès lors et pût être à jamais, comme les victimes figuratives, l'aliment de ceux pour qui elle était offerte, afin qu’on pût s'unir à elle d’une manière sensible et participer plus abondamment aux fruits de son oblation °.

De toutes les parties du sacrifice, l’immolation est la seule qui fut bien visible au Calvaire.

1 Yrep vuwv, pro vobis. Luc., xxut, 19, 20. Cf. Rom., m1, 24, 25; Heb., V, 5 1x, 18, 14: — 2 Matth., xxvi, 28; Marc., x1v, 24; Luc., xxur, 20, — 3 [ Cor., x1, 24; id est quod datur ad vescendum. Hébraisme : Panem frangere pour dare in cibum. — # I Cor., x1, 26. Christus corporis et san-

guinis sui ordinans sacramentum, docebat qualis Deo hostia deberet offerri. S. Leo, Serm. Lvirr, 3. Supra, n. 315. — 5 Joan., xvui, 23.

* 384 — Quel est le pain que consacra Notre Seigneur et pourquoi le bénit-il ?

1° Le pain que Notre Seigneur consacra à la Cène fut du pain sans levain. Le pain fermenté était interdit durant toute la fête pascale !, et le pain azyme était le plus convenable, soit pour représenter la parfaite pureté de Celui qui daigne se mettre sous l'apparence d’un aliment, soit pour nous dire celle avec laquelle nous devrons nous-mêmes nous approcher de lui. On sait que, dans la pensée des Juifs, le levain altérait la pâte, la rendait moins pure?.

20 L'usage des Juifs et la pratique de Notre Seigneur était de bénir le pain à tous les repas, avant de le rompre“. Mais il semble que la bénédiction dont il est parlé est une bénédiction spéciale ou plutôt une prière par laquelle le Sauveur rendit grâces à son Père pour tous ses dons et en particulier pour l’aliment divin qu’il allait offrir aux âmes.

385. — Pourquoi Notre Seigneur a-t-il voulu qu'à la Cène S. Jean fût placé à ses côtés et comme sur son cœur, Joan., x, 25?

S. Jean, placé à côté de Notre Seigneur et penché sur son cœur, est pour nous un symbole et une leçon. En lui donnant cette place, Notre Seigneur complète l'instruction qu’il vient d'adresser aux Apôtres en leur lavant les pieds. Il montre d’une manière sensible la vérité de cette maxime de Esprit saint : Qui diligit cordis munditiam habebit amicum regem*; car ce qui est l’objet de sa prédilection dans S. Jean, c’est la pureté, c’est l’innocence. Nous devons en conclure que les âmes auxquelles il s’unit le plus étroitement et se communique avec le plus d’amour sont les âmes pures, et que ses faveurs dans la communion se mesurent, non sur le rang et la dignité extérieure, mais sur la sainteté, la candeur, la charité avec lesquelles on vient à lui’. N'est-ce pas ce qu’apprend aussi l'expérience? Un autre mo-

IMpuc., x M2, Matth. xVr 6: MACOr., v, 6-8 Gal Eve 8 I Tim., 1v, 4. — # Matth., x1v, 19; Luc., 1x, 16, etc. — 5 Joan., xinr, 8, 10, — 6 Prov., xxur, 11. — 7 Joan., x1v, 21.

tif pour lequel le Sauveur a pu témoigner tant d'affection à S. Jean, c’est qu'il voyait en lui, dès ce momemt, le fils adoptif de Marie et le plus dévoué de ses enfants. Jésus s’efforçait de faire passer en son cœur l’affection et la tendresse dont il désirait le voir rempli’, et il le récompensait d'avance des services qu’il rendrait à sa Mère.

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