ART. II. — ANALYSE ET EXPLIC. DU LÎV. DE TOBIE
d'un de ses parents soulTrait et priait aussi à Rages, en Médie, d'après le texte actuel de la Vulgate, m, 7, mais plus vraisemblablement à Ecbatane, comme le portent les versions grecques (1). Sept fois elle avait été mariée, et ses sept époux avaient été tués, la nuit même des noces, par le démon Asmodée. Une de ses esclaves lui en fait le reproche, et Sara, affligée de cette insulte, demande à Dieu de la secourir ou de la délivrer de la vie, m, 7-23.
Nous voyons apparaître ici un esprit pervers qui cherche le malheur des hommes, comme Satan dans Job. Dieu veut nous montrer d'abord la lutte des démons contre les hommes ; bientôt il nous fera voir qu'ils ne sont pas les plus forts, si nous nous confions en lui, parce qu'il sait envoyer son ange pour nous déUvrer. Asmodée paraît être le démon de la concupiscence, Nosse debemus non omnes dœmones umversas hominibus inferre passiones, sed unicuique viiio certos spiritus ma7are,ditCassien(2).Lenomd'Asmodée vient, d'après les uns, du perse azmûden, « tenter ; » d'après les autres, de l'hébreu schâmadj a perdre. »
530. — III« section: Voyage du jeune Tobieen Médie, m, 24-vi, 9.
Dieu exauce la prière de Tobie et celle de Sara, et il envoie son ange Raphaël pour mettre fin aux épreuves de ces deux justes. Le vieillard aveugle, croyant sa mort prochaine, après avoir donné à son fils les plus sages conseils, l'envoie en Médie, pour recouvrer des mains de Gabélus une somme dQ dix talents d'argent qu'il lui avait prêtée. L'ange Raphaël, qui a pris une forme humaine (3), sert de guide au jeune voya-
(1) Jl y a, aans tous les textes, des confusions entre Rages, la ville où habite Gabael ou Gabélus, et la ville où habite Raguel. Comme Rages était plus loin que la ville de Raguel, d'après ix, 6, il est probable que les copistes ont mis par erreur Rages dans notre Vulgate, m, 7 et VI, 6, de même que les copistes grecs ont mis aussi par erreur Rages, VI, 9, tandis que les autres ont mis constamment Ecbatane. Gutberlet, DasBuch Tobias, p. 117-119, 200.
(2) Coll. VII, c. XVII. Cf. Suarez, De Angelis, 1. VIII, c. xxi, n»» 23 sq.; S. Th.,I, q. 109, a. 2.
(3) S. Th., I, q. 51, a. 2, ad 2um; Suarez, De Angelis, l. IV, c. xxxvi, n» 8.
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geur sous le nom d'Azarias. « Socius itineris Tobiae natura erat AngeUis, sed in esse reprœsentativo evài Azarias quia effigieui et formam Azariae praî se l'erebat, » dit Léonard de S. Martin (J).
Le soir de la première journée du voyage, Tobie et son conducteur s'arrêtèrent sur les bords du Tigre, soit le fleuve célèbre de ce nom, qui traversait l'ancienne Ninive, ce qui impliquerait que l'Israélite demeurait sur la rive droite, soit le grand ou le petit Zab, affluents du Tigre, à l'est, à qui on donnait aussi ce nom, Hérod., v,22. Tobie ayant voulu laver ses pieds dans le fleuve, ecce piscis immanis exivlt ad devorandum eum, dit notre Vulgale, yi, 2; exilivitj dit l'ancienne Italique, et circumplexus est pedes ejus, mots qui rendent le grec du Codex SînaiticuSf èlouXéio xaTaTiisiv tbv TrooaToj Traiâapicu, « le poisson s'élançant voulut dévorer le pied du jeune homme. » On a supposé que ce poisson était un silure, un esturgeon, un callionyme où un uranoscope; mais ta vrai dire, le moyen de déterminer rigoureusement à quelle espèce il appartenait nous fait défaut. Cependant si la leçon du Codex SinaUicus était certaine, ce qui n'est pas, on pourrait affirmer que ce poisson était un brochet, comme l'avait déjà supposé Calmet (2). Ce poisson atteint souvent la grosseur d'un homme (3) et peut devenir très vieux. Il est très vorace ; on a trouvé quelquefois dans ses entrailles des membres humains (4) ; Oken raconte qu'à Gracovie une jeune fille eut le pied saisi par un d'eux (5). On le trouve dans le
(1) Summa scripiurisiica^ pars m, p. 182.
(2) Galmet, Commentaire littéral, Tobie, Vf, 2, p. 268-269,
(3) Oken, Lehrbuch der Naiurgeschichle, 1816, 111 Th., Ablh. il, p. 100.
(4) Bloch, Histoire naturelle des poissons, Berlin, 1785, in-f", 1. 1, p.l83- 185 : « La lête est grosse, l'ouverture de la bouche large et s'éleud presque jusqu'aux yeux.., Le brochet... est très vorace;... il n'épargne pas même son espèce;... il ne se contente pas des poissons,... il avale aussi les autres habitants des eaux, tels que,., les rats, les serpeats, etc. On a trouvé dans sa gueule des parties de corps humain, des jeunes chiens ou chats, qu'on avait jetés à l'eau... Scheffer raconte qu'il y a en Laponie des brochets plus grands que des hommes. »
(5) Oken, Ailgemeine Naturgeschichte, t. vi, p. 294; Gutberlet, Das Buch Tobias, p. 187.