JUDITH
ARTICLE I
Introduction au livre de Judith.
Texte original. — Versions et mannscrits. -• Caractère historique. — Auteur. — Date.
* 535. — Du texte original du livre de Judith.
Nous n'avons plus le texte original du livre de Judith, non plus que celui de Tobie. 11 est même incertain en quelle langue il a été primitivement écrit. D'après quelques-uns, il était en hébreu, d'après S. Jérôme enchaldéen (i). Ce qui est incontestable, c'est qu'il a été rédigé d'abord en une langue sémitique et non en grec, car 1° la version des Septante est hérissée de locutions et de tournures orientales (2) ; la couleur est hébraïque, les constructions portent une empreinte tellement caractéristique qu'il est facile à un hébraisant exercé, en lisant le récit, de reconstruire mentalement la phrase primitive. — 2" Aucun autre livre de l'Ancien Testament n'est
(1) s. Jérôme, Pr«/. in Judith, t. xxix, col. 39.
(2) Judith, II, 17, et vu, 18; i, 16; ii, 18; V, 9, 18; x, 7, et xil, 20, XIV, 19; I, 7; ii, 23; 5; m, 20; vu, 15 j x, 23; xi, 5; V, 28, etc.
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aussi pauvre en particules (1), ce qui indique encore un original sémitique. — 3° Enfin la traduction grecque contient quelques passages peu intelligibles qui s'expliquent facilement en rétablissant le texte mal compris (2).
* 536. — Variantes des anciennes versions et des manuscrits.
Le texte de notre Vulgate diffère notablement de la version grecque. S. Jérôme omet plusieurs choses qui se trouvent dans le grec (3), et dans ce dernier manquent plusieurs détails qu'on lit dans le latin (4). On peut se rendre compte, jusqu'à un certain point, de ces différences, par ce que dit S. Jérôme, dans sa préface du livre de Judith : a Sepositis occupationibus, quibus vehementer arctabar, huic [libro] unamlucubra tiunculam dedi, magis sensum e sensu, quam ex verbo verbum transférons. Multorum codicum varietatem vitiosissimam amputavi ; sola ea quae intelligentia intégra in verbis chaldaeis invenire potui, latinis expressi. » La comparaison des manuscrits grecs confirme le langage du saint docteur ; ils ne sont pas d'accord entre eux. Les citations faites par les anciens Pères montrent aussi qu'il existait une grande variété de leçons. Enfin, indépendamment des développements plus ou moins longs du récit, des additions ou des suppressions, les nombreux noms propres qu'on lit dans Judith sont très différents dans les manuscrits et les versions, ce qui achève de rendre l'interprétation de ce livre difficile.
(1) La particule Se manque, i; m; iv; xi;àX>à, iii-v; vu; ix-xi; xiii, xv-xvi ; l'une et l'autre sont remplacées par xaé ; (xsv se lit seulement V, 20; âv seulement XI, 2, 15; xii, 4; xiv, 2; te, ouv, dpa, nulle part. Fritzsche, Handbuch zu den Apocryphen, t. ii, p. 117.
(2) Grec, xvi, 3; m, 9 ; i, 10. Vaihiûger, au mot Judith; Herzog, Realencyklopâdie, t. vif, 1857, p. 136.
(3) Texte grec reçu, i, 13-16; vi, 1, etc.
(4) IV, 8-15; V, 11-20, 22-24; VI, 15 sq.; ix, 6 sq. Pour des variantes de forme, voir i, 3 sq.; m, 9 ; vi, 13 ; vu, 2 sq.; x, 12 sq.; xv, Il ; xvi, 25. Noms différents : i, 6, 8, 9; iv, 5; viii, 1; nombres différents : i, 2; II, 1 ; vil, 2, etc. La comparaison du texte des Septante et de la Vulf;ate a été faite en détail par J. Cappel, Commentarii et notas criticsein V. T., Amsterdam, 1689, p. 574-575; Eichhorn, Einteitung in die apokryphischen Schrifien^ p. 318.
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Cet élal du texte du livre de Judith s'explique par sa grande popularité. Gomme il était beaucoup lu, il était beaucoup copié et, par suite, il s'y introduisait beaucoup de variantes (1). La traduction que contient notre Vulgate doit être préférée à toutes les autres. « Quoique... S. Jérôme traduisît le livre assez librement, inagis acnsum e sensu quant ex verùo verbum iransferens, il faut considérer sa version, en somme, comme la restitution la plus fidèle du texte original, lors même que le texte grec, en certains endroits, serait plus exact » (2).