Auteur du livre de Judith
Les opinions sur ce point sont aussi diverses que possible :
(1) Sur cette fête considérée comme preuve, voir Montfaucon, Vérité de l'histoire de Judith, 1. III. c. m, p. 296.
(2) Luther a douné le ton à tous les protestants dans sa préface du livre de Judith, où il dit : « C'est une fiction religieuse ou un poème écrit par un homme pieux et ingénieux, qui symbolise la victoire du peuple juif sur tous ses ennemis, victoire que Dieu lui accorde en tous temps d'une manière merveilleuse... Judith est le peuple juif, représenté comme une veuve chaste et sainte, ce qui est toujours le caractère du peuple de Dieu; Holopherne est le maître païen, impie ou antichrétieu de toutes les époques; Béthulie désigue une vierge, ce qui indique que les Juifs croyants de cette époque étaient comme des vierges. » Quelques catholiques, comme Bernard Lamy et Jahn, se sont laissé ébranler par les objections de Luther et de ses sectateurs. Montfaucon a exposé la preuve de tradition, Vérité de l'histoire de Judith, LUI, c. IV, p. 301-318.
(3) Sur la canonicité du livre de Judith, n® 35, on peut voir Vieusse, La Bible mutilée par les protestants, p. 160-169. — Quant à son caractère historique, on peut consulter encore avec fruit, quoiqu'ils ne soient plus en rapport avec les progrès actuels de l'histoire des pays orientaux, .Montfaucon, La vérité de l'histoire de Judith, in-12. Paris, 1690; Huet, Démonstration évangélique^ 6-9, dans Migne, Dém. et., t. v, col. 32S.
d46 CHAP. VII. — JUDITH. [j40]
S. Jérôme Fattribue à Judith ; Wolff, à Achior rAmmonite, V, 5 ; Sixte de Sienne, au grand-prêtre Éliacin ou Joakim, XV, 9; Huet, Galmet, à Josué, fils de Josédec, compagnon de Zorobabel, au retour de la captivité de Babylone; Ewald, à l'époque de Jean Hyrcan, vers 130 avant J.-C. ; Volkmar, qui voit dans ce livre une description allégorique de la victoire des Juifs sur Quietus, délégat de Trajan, à un Israélite qui écrivait en 117 ou 118 de notre ère, etc. Les deux dernières opinions sont certainement fausses; mais il est impossible de décider quel est le véritable auteur de Judith,
539* — Époque de la compositioa du livre de Judith.
Si Ton ne peut déterminer Tauteur du livre de Judith, peut-on du moins fixer approximativement l'époque où il a été rédigé? — Oui, quoique les sentiments ne soient pas moins divers. Les uns le font remonter jusqu'à l'an 784 av. J.-C, les autres le fond descendre jusqu'à l'an 117 ou 118 de notre ère. Cependant, comme les découvertes assyriologiques permettent d'assurer avec une très grande vraisemblance que les faits racontés dans ce livre se sont passés sous le règne d'Assurbanipal, fils d'Assaraddon, petit-fils de Sennachérib, roi d'Assyrie, pendant la captivité de Manassé à Babylone (1), il y a tout lieu dépenser que la narration a été écrite peu après les événements, parce qu^au bout d'un certain temps écoulé il eût été impossible d'avoir conservé la mémoire d'événements aussi détaillés, aussi compliqués et aussi précis.
540. — Réponse aux objections contre l'antiquité du livre de Judith.
On a prétendu prouver par des arguments plutôt philologiques qu'historiques la date récente du livre de Judith : 1" 11 y est question du sanhédrin, -^epoucia^ iv, 8; xi, 14; xv, 8, texte grec. Or, le sanhédrin n'existait pas avant la captivité. Par conséquent, ce récit est postérieur au retour des Juifs de Babylone. — L'objection serait fondée si ^cpouala signifiait ici sanhédrin ; mais ce mot est simplement la traduc-
(1) Voir La Bible et les découvertes modernes^ t. iv, p. Ti'S sq.
[oil] ART. II. — ANALYSE ET EXPLIC DU LIV. DE JUDITH. VH
tion de la locution qu'on rencontre si souvent dans la Bible, les anciens d' Israël, xv, 9.
2* Deux autres expressions employées par la version grecque sont aussi mises en avant comme preuves du peu d'antiquité de Judith, irpo^ifoxia et 7rp5v:u;xv(a!, viii, 6. Les Juifs, dit-on, ne commencèrent qu*assez tard à ranger parmi les lêtes les vigiles du sabbat et des néoménies. Un écrit qui les mentionne est donc peu ancien. — A vrai dire , nous ignorons à quelle époque commença l'usage de ces vigiles, et il n*est pas possible, par suite, de s'en servir, pour fixer une date. De plus, nous avons le droit de penser que le texte original ne parlait pas des vigiles du sabbat et des néoménies, puisque la Vulgate ne les mentionne point.
ARTICLE H
Analyse et explication du livre de Judith.
Campagnes d'IIolopherne contre l'Asie occidentale. — Israël s'apprête à lui résister. — Achior. — Dieu suscite Judith pour délivrer Béthulie. — Elle tue Hulopherne. — Victoire d'Israël sur les Assyrien?.
541. — l'« seclioQ : causes qui amenèrent l'expédilion d'Holopherno coulre l'Aàie occidentale, i.
Le récit (I) s'ouvre par la mention d'une victoire de Nabuchodonosor, roi de Ninive, sur Arphaxad, roi des Mèdes. Arptiaxad est probablement le nom, altéré par les copistes, de Phraorte ou Aphraarte (2), successeur de Déjocès, roi des
(1) Coiimientateur3 catholiques : Raban iMaur, Exposiiio in librum Judith, t. cix, coi. 5il-592; il est suivi, col. 593-036, du Commentaiium Jacobi Pamelii in eumdem librum; Didacus de Celada, Judith illuslris perpétua commentario litterali et morali , cum tradatu appendice de Judith figurata, id est, de Virginis beiparas laudiàus, in-f», Lyon, 1037; N. Serarius, In lib. Judith, daus Migue, Cursus compl. Script. S., t. xii; le texte de la Vulgale est accoinpagué d'une traduction latine du texte grec; J. de la Neuville, Le tivre de Judith, avec des réflexions morales, in-12, Paris, 1728, etc. Cf. Neteler, Untersuchung der Geltung des D . Judith, MûDster, 1886; Palmieri, Deveritate histOi\ca libri Judith, Golpeu, 1886.
(2) Voir Montfaucon, Vérité de l'histoire de Judith, 1. I. c. il, p. 12- 13; 0. Wolf, Das Buch Judith als geschichtliche Urkunde vertheidigt und ej'ktùrU 1S61, p. 25-27.
iO
Mèdes. Nabuchodonosop^ roi de Ninive, est Assurbanipal. Aucun roi d'Assyrie n*a porté le nom de Nabuchodouosor (c'est-à-dire, que le dieu Nébo protège la couronne!), parce que le dieu Nébo n'était pas adoré dans ce pays, mais seulement en Babylonie. Cependant, comme Assurbanipal régnait sur ce dernier pays de même que sur le premier, on peut admettre qu'il avait adopté, comme roi de Babylone, un nom qui rendait hommage au dieu de la contrée. Assurbanipal raconte, dans ses inscriptions, qu'il a vaincu les Mèdes. Après cette victoire, il voulut rétablir son pouvoir sur l'Asie occidentale qui s'était révoltée, depuis la Lydie, où régnait Gygès, jusqu'à Memphis, en Egypte, où régnait Psammétique, fils de Néchao,
542. — U« section ; les trois premières campagnes d'Holopheroe contre l'Asie occidentale, ii-iii.
Assurbanipal plaça sous le commandement d'Holopherne l'armée chargée de remettre sous le joug assyrien les anciens tributaires de l'Asie occidentale, ii, 4-11.
1® Dans une première campagne, elle opéra une sorte de razzia dans la Cappadoce et une partie de l'Asie-Mineure, n, 12-13.
2° Holopherne fit ensuite une seconde campagne, à l'est de TEuphrate, ii, 14. La révolte des habitants de Babylone et du Bas-Euphrate, qui ne sont pas mentionnés parmi les rebelles du ch. I, l'avait obligé à modifier ses plans. Une insurrection avait éclaté au sud de l'Assyrie, et la nécessité de la réprimer contraignit Assurbanipal à rappeler Holopherne pour combattre les insurgés de la Chaldée. Le général assyrien porta donc ses armes depuis le fleuve Chaboras jusqu'au golfe Persique (1) et prit ainsi part à la défaite de Babylone et de ses alliés, défaite racontée longuement dans l'histoire d'Assurbanipal.
(1) Le iiom du fleuve Chaboras a été défiguré par les copistes, il est devenu Mambré dans la Vulgate, Abrona dans les Septante, mais il est assez facile de reconnaître le Chaboras, Chabur ou Habur, dans Taltôralion grecque.
(o42] ART. lï. — ANALYSÉ BT EXPLIC. DIT LIV. DE JUDITH. 4-10
3° Les Arabes s'étaient unis à Saulmiigina, vice-roi de Babylone, frère d'Assiirbanipal, dans sa révolte contre son suzerain. Holopherne fit contre eux sa troisième campagne, ii, d5-l7 : Et occupavit terminos ejus^ a Cilicia usque ad fines Japhehth, qui sunt ad ausfrum, abduxitque omnes filios Madian et prœdavit omnem locupletationem eorum omnesque resistentes sibi occidit in ore gladii. Et post hœc descendit in campos Damasci in diebus messis et succendit omnia sata omnesque arbores et vineas fecit incidi. Toute la ligne des pays parcourus par Holopherue était occupée, en dehors des villes, par des Arabes. Les Madianites dont il est question ici sont certainement des Bédouins nomades, c'est-à-dire les Arabes des documents ninivites. Le texte grec mentionne dans les termes suivants le traitement inflgé aux vaincus : « 11 enveloppa tous les fils de Madian, et il brûla toutes leurs tentes, et il pilla tous les parcs où ils avaient leur bétail. » — Voici maintenant comment Assurbanipal raconte qu'il châtia la révolte des Arabes :
2. Les hommes d*Arabîe> tous ceux qui élaieut venus avec lui [leur roi],