ART. IL — ANALYSE ET EXPLIC. DU LIV. DE JUDITH
raires qui osent ainsi s'opposer à sa marche. On a souvent trouvé invraisemblable qu'Holopherne ignorât ce qu'était fsraël; rien n'est cependant plus naturel; avant le Christianisme, Israël n'occupait qu'une place imperceptible, aux yeux des étrangers, dans l'histoire du monde. L'Assyrie avait vaincu Samarie, il est vrai, et fait la guerre à Juda, mais d'après les inscriptions cunéiformes, ce pays était insignifiant, la 22° partie seulement des royaumes de l'Asie occidentale. De plus, Holopherne était, comme l'indique son nom, d'origine aryenne et non sémitique, et, par conséquent, encore moins au courant que le reste des Assyriens de ce qui touchait aux Israélites. Achior lui fit un résumé de leur histoire et lui déclara qu'il ne pourrait les vaincre que si Dieu était irrité contre eux par leurs iniquités. Un tel langage remplit d'indignation le général assyrien, qui fit conduire Achior à Béthulie, afin de le châtier après la prise de cette place.
545. — V® section : Dieu suscite Judith pour délivrer Béthulie, vii-viii,
Holopherne assiège Béthulie, coupe toutes les conduites d'eau et réduit la ville à l'extrémité. Les habitants, mourant de soif, veulent se rendre. Une pieuse veuve, nommée Judith, d'une vertu et d'un courage extraordinaires, suscitée de Dieu pour faire lever le siège, ranime la confiance de ses compatriotes et conçoit le projet d'aller dans le camp ennemi tuer elle-même le général assyrien.
546. — Vl« section : Judith réalise son projet et tue Holopherne, ix-xiir, 10.
1° Judith, après s'être préparée par la prière à l'exécution de son projet, se rend au camp des Assyriens, accompagnée d'une servante. Là, elle gagne les bonnes grâces d'Holopherne, et, après un grand festin, dans lequel il s'enivre, elle lui coupe la tête.
2° L'Écriture Sainte loue l'héroïsme de Judith, malgré la manière dont elle trompa Holopherne : Cui etiam Dominus contulit splendorem , quoniam omnis ista compositio, non ex Ubidine, sed ex virtute pendebat, x, 4; eraf etiam virtuti cas-
titas adjuncta, xvi , 26. Cf. xiii, 23-25; xv, JO-H (1). Sur quoi S. Thomas fait l'observalion suivante : e Quidam commendautur in Scriptura non propler perfectam virtutem, sed propter quamdam virlutis indolem , scilicet quia apparebatin eis aliquis laudabilis aflectus, ex quo movebantur ad qusedamindebita facienda; et hoc modo Judith laiidatur, non quia raentita est Holopherni, sed propter affectuni, quem habuit ad salutem populi , pro qua pericuhs se exposuit. « 2* 2=^ , q. ex, a. 3, ad S""". Quant au meurtre du général assyrien, les peuples de l'antiquité ont toujours considéré la mort d'un ennemi comme licite (2).
547. — VII« section : Victoire d'Israël sur les Assyriens, à la suite de la mort d'ilolopherne, xiii, 11-xvi.
Judith s'empressa de porter à Béthulie la tête de son ennemi, qui fut reconnue par Achior (3). Le peuple éclata en actions de grâces et sa joie n'eut d'égale que l'abattement des Assyriens, quand ils connurent la mort de leur général ; lorsque ces derniers furent attaqués par les assiégés, ils ne songèrent qu'à s'enfuir, laissant derrière eux un riche butin. L'héroïne célébra sa victoire par un cantique (4), et tout le peuple remercia Dieu par des sacrifices solennels à Jérusalem ; elle mourut pleine de jours dans la ville qu'elle avait sauvée.
(1) Les Pères et les docteurs, à cause de ces différents traits du caractère de Judith, nous niontrent en elle la figure delà Sainte Vierge.
(2) Cf. n«s 453, 2° et 454, 1»,
(3) Remarquer, xiii, 20, la croyaace aux auges gardiens.
(4) On y lit, XVI, 8 : Nec filii Titan percusserunt eum. On peut s'étonner de rencontrer le nom des Titans dans la bouche de Judith; maii le grec, d'où il vieut, xvi, 7, a rendu par ce mot, très vraisemblablement, l'hébreu gibbôrim, qui veut dire forts, héros, de même qu'il a rendu rephaïm par géants, dans le même verset.
[54S] CllAP. VIII. — ART. I. — LNTR. AU LIVRE d'eSTHER. \ 53