Du prétendu scepticisme de l'Ecclésiaste
4<» a Le combat intérieur qui prépare l'âme à s'abreuver de toutes les amertumes du scepticisme, dit M. Léon de Rosny, se reconnaît jusque dans les contradictions du Kohéleth. Tandis que Job se console tant bien que mal de l'impénétrabilité des desseins de Dieu, l'Ecclésiaste, après avoir vainement cherché le mot de l'énigme, ne se décide encore à proclamer l'impuissance de la raison et la vanité de toutes choses que lorsque l'amertume, longtemps contenue dans son cœur ulcéré, déborde malgré lui à longs flots et engloutit ses dernières espérances et son Dieu. » Umbreit a écrit un livre intitulé Kohéleth scepticus. Nœldeke va jusqu'à dire : « Le caractère dominant chez l'auteur est le scepticisme; il n'a aucune conviction arrêtée. »
2" L'accusation de scepticisme est tirée de plusieurs passages, i,%, 8-18; III, 9-H; VI, 8, et surtout viii, 16-17 : a Et apposui cor meum ut scirem sapientiam et intelligerem distentionem, quae versatur in terra; est homo, qui diebus et noctibus somnum non capit oculis. Et intellexi quod omnium operum Dei nullam possit homo invenire rationem eorum, quae fiunt sub sole; et quanto plus laboraverit ad quaerendum, tanto minus inveniat; etiamsi dixerit sapiens se nosse, non poterit rcperire. »
3" Des exégètes cathoUques ont pensé que ces versets et autres de ce genre étaient des objections que Salomon se faisait à lui-même pour les réfuter ensuite; mais cette exphcation paraît peu satisfaisante, car on ne voit pas d'ordinaire la réponse suivre l'objection. Il est d'ailleurs facile de justifier directement rËcclcsiasle.
[Soi] ART. lî. — ANALYSE DE L*EGGLÉSÎASTE. 4 15
4" L'Ecclésiaste est si peu sceptique qu'il n'aborde pas même la question de la certitude, qu'on lui fait résoudre dans un sens négatif. Il ne se demande point si l'homme peut acquérir la certitude, il se demande seulement s'il peut jouir du bonheur parfait ici-bas, et il assure, en passant, à ceux qui croient qu'on peut trouver la félicité dans l'étude, que notre esprit est incapable de rien approfondir, ce qui est vrai et incontestable. Voir Job, xxxvi, 23, 26; Is., xl, 13; Rom., XI, 33-34. Nulle part Salomon ne révoque en doute la légitimité et la réalité de nos connaissances, et M. Delitzscha eu raison de répondre à Henri Heine, qui appelait l'Ecclésiaste (( le Cantique des cantiques du scepticisme, » que ce livre est au contraire « le Cantique des cantiques de la crainte de Dieu (1). »