m. École allégorique
C'est celle qui a toujours été le plus en faveur dans l'Église. Elle ne voit dans le Cantique qu'une sorte de parabole, comme celle du festin de noces dans l'Évangile, Matth., XXII, 2-14, des vierges sages et des vierges folles, xxv, 1-13, de la semence, xiii, 3-13, etc., qui n'expriment point des faits réels, mais qui cachent une vérité morale sous le voile de l'allégorie. Ce qui, pour l'école de Bossuet, n'est que le sens mystique du Cantique, est au contraire pour les allégoristes le sens littéral. Le mariage de Salomon avec la Sulamite est une pure figure, une allégorie qu'il ne faut pas entendre dans le sens propre, mais dans un sens métaphorique. Cette explication a de tout temps prévalu non seulement chez les chrétiens, mais aussi chez les Juifs. Elle est consignée dans le Talmud et dans la Midrasch, ainsi que dans la paraphrase chaldaïque. La célèbre école de Hillel l'enseignait au commencement de notre ère. Origène la reçut des Juifs, en la modifiant toutefois; S. Jérôme la rendit, pour ainsi dire, vulgaire dans l'Église latine; S. Bernard Ta exposée avec éclat dans des homélies célèbres.
Les divers partisans de l'école allégorique n'attachent pas tous d'ailleurs la même signification à Tœuvre de Salomon. La paraphrase chaldéenne y voit un résumé de l'histoire du peuple hébreu depuis l'Exode jusqu'à la venue du Messie. En général, les commentateurs juifs la considèrent comme une exposition symbolique de l'alliance de Dieu avec son peuple (1), les interprètes chrétiens, comme une peinture de
(1) Un commentateur juif du moyen âge, Ibn Caspi (1280-1340), prétend que Salomon dépeint l'union entre l'intellectus agens et VinteUectus materiali^! Kitto, Cyclopssdia of Biblical Liierature, t. m, p. 874.
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l'union de Notre -Seigneur avec son Église. D'après Origène, suivi par la plupart des catholiques, « la pièce entière... est un chant nuptial sous forme de drame, où figurent tour à tour quelques interlocuteurs, l'époux, réponse et deux chœurs, l'un formé des compagnes de l'épouse, l'autre composé des amis de Tépoux... L'époux du Cantique, c'est le Christ; l'épouse, l'Église ou l'âme fidèle; par les compagnes de l'épouse, il faut entendre les âmes encore imparfaites, qui aspirent, elles aussi, à l'union avec Dieu; et par les amis de l'époux, les anges qui protègent l'Église et se réjouissent de son triomphe (1). »