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Démonstration du sens allégorique du Cantique

i" L'interprétation allégorique du Cantique est fondée sur l'insertion de ce li\re dans le canon des Écritures. « On ne s'expliquerait pas l'admission du Cantique des Cantiques dans le canon des Hébreux, si la Synagogue n'y avait vu dès l'origine, sous le voile de Tamour conjugal, l'alliance spirituelle de l'âme avec Dieu (2). Aussi les plus anciens commentateurs juifs lui ont-ils prêté cette signification..., les

(1) Msf Freppel, Origène, t. il, p. 182-183. S. Bernard l'explique à peu près de même : « Rex Salomon sapientia siogularis, sublimis gloria, rébus affluens, pace securus,... divinitus inspiratus, Christi et Ecclesiae laudes... et aeterni connubii ceciait sacrameota :... et epithalamii Carmen, exultaas in spiritu, jucundo composuit elogio, fîgurato tameu ; nimirum velabat et ipse, instar Moysi, faciem suam,... eo quod illo adhucin tempore, nemo aut rarus erat, qui revelata facie gloriamistam speculari sufficeret. » Sermo l in Cant., n^^ 7-8, t. CLXXXiii, col. 788. — « Canticum Canticorum, dit S. Basile, Hom. xii, n» 1, t. xxxi, col. 387, modura ostendit animarum perficiendarum. Continet namque sponsœ et sponsi concordiam, hoc est animae cum Deo Verbo familiaritatem ac consuetudinem. » — D'après Cornélius a Lapide, l'épouse est la très Sainte Vierge. Les auteurs mystiques appliquent aussi fréquemment à la bienheureuse Mère de Dieu divers traits du Cantique, mais saos exclure l'application à l'Église. Voir Le Hir, Le Cantique des Cantiques, dans la Bible de Lethielleux, 1883. Enfin on met aussi les sentiments du Cantique dans la bouche des âmes fidèles, dévouées à Jésus-Christ. L'abbé Roques, Études exégétiques sur le Cantique des Cantiques, 1874,

p. XVII.

(2) Cet argument est développé par Théodoret, In Cant. Vrœf.^ t. LXi « , col. 30-31. Cf. S. Ph il astre, De hx^esib.^ c. cxxxv, t. xii, col. 1267.

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Targumistes, rabbi Siméon, rabbi Akiba, rabbi Kimchi, rabbi Salomon, Aben-Esra et Maimonide, tous s'accordent à voir dans le cantique de Salomou un ensemble de vérités supérieures à celles qu'exprime la lettre du texte. Héritière des -aines traditions de la Synagogue, l'Église catholique a toui »urs interprété dans le sens allégorique ce livre, le joyau le [las brillant que renferme l'écrin de la Bible. Dans l'ancienne version syriaque, il figure, avec raison, sous le titre de Sagesse des Sagesses. Quand Théodore de Mopsueste osa s'élever contre le sentiment général, le deuxième concile de Constantinople, réuni en 553, n'hésita pas à condamner des vues si contraires à l'enseignement traditionnel (n" 863). Parmi les Pères de l'Église, il n'y a qu'une voix sur le caractère spiritualiste d'un poème qui a inspiré de si belles pages à Origène, à S. Jérôme, à S. Augustin, à S. Bernard et à Bossuet. » Sans doute, il s'est toujours rencontré des esprits qui, se bornant au terre-à-terre d'un réalisme grossier, n'ont pas su s'élever dans leurs interprétations au-dessus des images vulgaires d'un amour sensible. Mais ces conceptions étroites et mesquines ne servent qu'à prouver combien le style des Écritures leur est peu familier. Rien n'est plus commua dans la Bible que les images de l'époux et de l'épouse employées pour rendre, sous une forme expressive, Tunion de l'âme avec Dieu, du peuple choisi avec son maître et son roi. Pour Jérémie, ii, 2 comme pour Ézéchiel, xvi, 3 et suiv., Jérusalem est une épouse que Dieu a élevée jusqu'à lui, et dont les infidélités sont dépeintes sous les couleurs de l'adultère. Les écrivains du Nouveau Testament tiennent le même langage : dans l'épître aux Éphésiens, v, 31, l'Église est représentée comme l'épouse de Jésus-Christ; l'Apocalypse de S. Jean, xix, 7, nous parle des noces spirituelles de l'Agneau ; et le Seigneur lui-même compare le royaume des cieux, tantôt à un roi qui célèbre les noces de son fils, tantôt aux vierges qui vont au devant de l'époux et de l'épouse, Matth., xxii, 2; XXV, 1 (l). La nature des choses indique ces assimila-

(1) Cf. aussi Ex., xxxiv, 15, 16; Lev., xi, 5-6; Num., xv, 39; Deut.

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lions ; et Ton conçoit très bien que la plus grande et la plus forte des affections humaines ait été choisie par l'Espril Saint pour figurer l'union des âmes avec Dieu (1). »

2" Les raisons qu'on vient de voir démontrent la fausseté de l'opinion soutenue par l'école littérale. Les motifs qui doivent faire préférer l'interprétation allégorique à l'interprétation mystique sont les suivants : 1° Plusieurs traits ne conviennent pas à Salomon et supposent que Tépoux est un autre personnage que lui, v, 2. Salomon ne désignant que le Messie et non le vrai fils de David, l'auteur, selon les usages du genre allégorique, n'a pas fait un portrait en tout point historique du roi de Jérusalem. 2" Un certain nombre de détails ne s'appliquent pas non plus à l'épouse de Salomon, I, 6; V, 7 ; vu, i. L'époux est représenté comme un pasteur, titre qui convient parfaitement à Notre-Seigneur, Joa., x, H, 14, mais ne peut s'appliquer au sens littéral à Salomon; l'épouse apparaît comme une bergère, qualité qui n'indique point une fille de roi.

XXXI, 16; II Par., xxi, 13; P3. lxxii, 27; Ez., vi, 9, où l'alliance entre Dieu et son peuple est représentée comme un mariage ; Di^n est appelé époux, Is., Liv, S-6; Israël, épouse, Is., Lxii, 4, 5; cf. Is., L, t ; Jer.; III, 1-U; xvi; Os., i-iii; Matth., ix, 15, Joa., lu, 29; II Cor., xi, 2, Eph., V, 22-32 ; Apoc, xix, 9; xxi, 2, 9 ; xxii, 17. — On peut ajouter que le genre allégorique a toujours été dans le goût des poètes orientaux, comme le prouvent en particulier les soufis des musulmans, (1) Ms' Freppel, Origène, leçon 56, t. ii, p. 180-1§3

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